Bien-être, longévité et optimisation de l’espérance de vie en bonne santé avec Mount Sinai
Invité : Zahi Fayad, co-directeur, Initiative sur l’espérance de vie en bonne santé, Mount Sinai
Animateur : Oliver Chen, analyste, Produits de détail et de luxe, TD Cowen
La nouvelle économie de la longévité : une approche du vieillissement axée sur la biologie. Nous recevons Zahi Fayad, co-directeur de l’initiative sur l’espérance de vie en bonne santé à Mount Sinai pour discuter de la transition des soins réactifs aux malades vers une optimisation proactive de l’espérance de vie en bonne santé dans le marché haut de gamme. Les principaux facteurs incluent les outils numériques, l’imagerie avancée, les jumeaux numériques, la surveillance continue et l’IA, et ceux-ci contribuent à recadrer le concept de longévité comme étant la préservation de la vitalité tout en comprimant les risques de morbidité.
Ce balado a été initialement enregistré le 9 mars 2026.
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Bienvenue à Insights de TD Cowen. Un balado qui réunit des spécialistes qui offrent leur éclairage et leurs réflexions sur ce qui façonne notre monde. Soyez des nôtres pour cette conversation avec les esprits les plus influents de nos secteurs mondiaux.
Oliver Chen :
Bienvenue à Visionnaires des Services de détail, un balado qui parle d’idées et de gens visionnaires. Je m’appelle Oliver Chen et je suis analyste, Produits de détail, Produits de luxe et Nouvelles plateformes chez TD Cowen. Je suis ravi d’animer cet épisode avec Dan Brennan, qui couvre les instruments et les diagnostics et dirige l’équipe chargée de ces sujets à TD Cowen. Dans cet épisode, on accueille Zahi Fayad, codirecteur de l’initiative sur la durée de vie en santé de Mount Sinai, pour discuter de la longévité et de la personnalisation croissante des soins de santé.
Docteur en philosophie, Zahi Fayad est titulaire de la chaire Lucy Moses d’imagerie médicale et de bio-ingénierie à l’Icahn School of Medicine de Mount Sinai. Il est également le directeur fondateur du BioMedical Engineering and Imaging Institute. Son travail se situe à l’intersection de l’imagerie de pointe, de l’IA et de la médecine translationnelle, et s’attache plus particulièrement à faire évoluer la pratique des soins de santé en amont vers une pratique de détection précoce. Zahi, c’est un réel plaisir de vous recevoir.
Zahi Fayad :
Ravi d’être ici. Merci beaucoup. C’est un plaisir pour moi aussi de vous revoir tous les deux.
Oliver Chen :
Parlez-nous de votre parcours professionnel. Qu’est-ce qui vous a amené à Mount Sinai? Qu’est-ce qui vous a inspiré l’idée de cibler la longévité? Comment est-ce que vous en êtes arrivé à ces travaux?
Zahi Fayad :
Oui, très bien, en fait c’est tout à fait… Mon parcours est sans aucun doute très intéressant.
Ce qui m’a vraiment amené à Mount Sinai, c’est une personne nommée Valentin Fuster. Il a été chef du service de cardiologie à Mount Sinai. Il est toujours là, mais en tant que professeur émérite, et c’est vraiment l’un des plus grands cardiologues au monde; ce que je veux dire, c’est qu’il est véritablement connu dans le monde entier.
Je l’ai rencontré quand il est venu nous parler de certaines de ses nouvelles découvertes. Il avait étudié des cadavres, des personnes décédées, pour essayer de comprendre ce qui avait entraîné leur décès à la suite d’une maladie cardiovasculaire. Il s’était alors davantage penché sur ce qu’on appelle aujourd’hui les plaques, ou plaques d’athérosclérose, c’est-à-dire des dépôts dans une artère qui entraînent des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. Mais ça n’était pas très bien compris. Comment est-ce que ces plaques se forment? Et est-ce que ces plaques qui sont obturantes ou qui finissent par se rompre sont la cause du problème? Et donc il avait découvert qu’on pouvait avoir une artère qui semblait saine du point de vue du flux, mais qu’il y avait ces plaques d’athérosclérose qui étaient responsables de la mort.
La raison pour laquelle je vous dis ça, c’est que ça m’a fait réfléchir à tous ces aspects liés au dépistage et à la prévention. Et donc, c’est là-dessus, en un certain sens, que je me suis concentré au départ. Je suis venu à Mount Sinai parce qu’il m’a recruté ici il y a 29 ans, et j’ai contribué à l’élaboration du programme d’imagerie cardiovasculaire, mais depuis le premier jour, mon attention s’est portée sur cette question : est-ce que je peux voir et prédire la maladie précocement? Et à mesure que j’ai évolué dans mon travail et mes recherches, j’ai choisi de m’orienter vers cet aspect global de la santé et de la longévité. Mais tout est venu de cette réflexion initiale : comment est-ce qu’on peut voir la maladie avant qu’elle se manifeste?
Dan Brennan :
Eh bien, c’est très intéressant, Zahi. Je suis Dan Brennan, comme l’a dit Oliver. Pour continuer peut-être un peu là-dessus, qu’est-ce qui est le plus mal compris aujourd’hui au sujet de la science de la longévité, selon vous?
Zahi Fayad :
C’est une excellente question. Je pense qu’on s’intéresse sans aucun doute beaucoup à la longévité. On est toujours… c’est un domaine tellement nouveau. Comme vous l’avez dit, Dan, il y a beaucoup d’idées fausses.
Mais ce à quoi les gens pensent quand ils parlent de la longévité, peut-être que c’est lié au mot qu’on utilise, c’est au fait de vivre plus longtemps. Et ils pensent que c’est notre objectif, qu’on veut que les gens vivent au-delà de 100 ou 120 ans, et qu’on arrive à battre ce record. Et il y a même des personnes qui, quand on leur parle de longévité, pensent qu’on essaie de faire en sorte que les gens vivent éternellement. Il y a des gens qui y réfléchissent, ça ne fait aucun doute, mais ce n’est pas notre objectif pour le moment, du moins pas à la phase 1.
Ce qu’on essaie de faire pour le moment, c’est que cette thématique d’être en bonne santé, d’être alerte, de vivre normalement, soit intégrée tout au long de la dernière décennie de notre vie. Il y a toujours un fossé, d’environ dix ans, entre le moment où on est confronté à des maladies chroniques et celui où on finit par mourir. Ces dix dernières années de notre vie sont en fait terribles et très tristes, donc on veut réussir à réduire ce fossé. Voilà comment on l’appelle : on parle de la durée de vie en santé par rapport à la durée de vie tout court, et on veut réduire le fossé entre les deux.
Je pense que c’est ce qui m’enthousiasme le plus, en fait : pouvoir… Et si vous me posez la question, je veux être dynamique; je veux continuer à vieillir, mais je veux rester extrêmement dynamique en vieillissant. C’est l’objectif qu’on essaie d’atteindre. L’idée fausse est vraiment celle-là : le fait de vivre plus longtemps ou éternellement.
Oliver Chen :
Eh bien, Zahi, pour faire suite à la question de Dan, où est-ce qu’on en est dans cette phase? L’un des principaux thèmes est qu’il faut devenir proactif plutôt que réactif : qu’est-ce qui doit évoluer pour que ces changements se produisent?
Zahi Fayad :
La bonne nouvelle, Oliver, c’est que le sujet reçoit sans aucun doute de l’attention, surtout de la part du public. Le public est vraiment très attentif à ça et tout le monde parle du fait de vouloir vivre en bonne santé. Et je pense qu’en ce moment, il y a un changement qui se produit… Ce sont les prémices, il n’y a pas de miracles pour l’instant; si quelqu’un vient nous voir et nous dit : « J’ai ça, faites ceci et cela », je pense qu’on va être un peu sceptiques.
En ce moment, ce qu’on essaie de faire, premièrement, c’est de bâtir un pont entre la science, la biologie, et ce qui relève de leur traduction clinique. Le fossé entre ces deux aspects est grand. Il y a encore tellement de problèmes non résolus, soit parce qu’on ne s’est pas trop penchés dessus… En fait, il y a une étude sur les multivitamines qui a été publiée aujourd’hui; je ne l’ai pas lue, mais elle s’est penchée sur Centrum, le célèbre fournisseur, je ne dis pas ça pour faire de la publicité; il s’agit d’une étude qui a duré deux ans et qui montre que les multivitamines sont en fait utiles. Eh bien, j’étais sceptique à l’égard des multivitamines, car je n’avais jamais vu d’études importantes qui abordaient la question de la santé en lien avec elles : on parle des vitamines lorsqu’on a une déficience.
Donc, je pense qu’on est en train d’apprendre. On en est au début, mais ce que je crois, ce que j’essaie, ce qu’on essaie de faire, c’est d’intégrer vraiment la science là-dedans. Il faut qu’on soit en mesure de fonder toutes nos recommandations sur des études et des données scientifiques qui aident à stimuler ce domaine.
Dan Brennan :
Si on se penche un peu sur les facteurs de l’évolution vers une approche proactive de la santé, dans quelle mesure est-ce que cette évolution est dictée par les consommateurs et non par les institutions? Et qu’est-ce qui accélère ce changement?
Zahi Fayad :
C’est tout à fait vrai que le consommateur fait d’une certaine façon pression en ce sens, Dan. J’en ai déjà parlé : le titre du livre d’Eric Topol… Avant, on disait : « Le docteur va vous recevoir. » Maintenant, on dit : « Le patient va vous recevoir. » Ce que je veux dire, c’est qu’on sait que le changement qui est en train de se produire est très largement dicté par le consommateur. C’est ce qui se passe.
Je pense aussi que, en parallèle, il y a des gens comme moi et des chercheurs universitaires, ainsi que des cliniciens, qui examinent sérieusement ce domaine. On découvre une nouvelle biologie qu’on ne connaissait pas auparavant, et qui est importante pour la santé et la longévité. Il y a donc ces deux aspects qui se profilent,
mais ils ne s’en viennent pas à la même allure : il y a encore de nombreuses institutions… il y a très peu d’institutions qui investissent dans la longévité et la santé, mais je pense que c’est une tendance nouvelle et je suis heureux que le grand public pousse en ce sens. On doit toutefois faire preuve de prudence, car bon nombre de ces aspects, qui sont parfois répandus par les consommateurs ou auxquels ils croient parfois, ne sont pas vrais en réalité. On doit donc poursuivre la recherche et le dialogue pour éduquer les deux parties sur l’orientation que va prendre ce domaine et sur le champ des mesures concrètes qu’il va générer et offrir aux consommateurs sur le plan clinique.
Oliver Chen :
Zahi, l’un des modèles qu’on suit ici et qui est issu de notre conférence Glow Ahead, que Dan et moi avons coanimée, est le suivant : diagnostic, personnalisation, puis rituel, ce dernier correspondant au côté consommateur. Mais la personnalisation et l’IA vont de pair. Parlez-nous un peu du projet DigiTwin et de ce qui s’y passe, et aussi de votre point de vue sur la façon dont l’IA va se recouper avec la durée de vie en santé.
Zahi Fayad :
Absolument. Le terme Digital Twin, ou jumeau numérique, est utilisé de très nombreuses façons. Ça ne vient pas de moi; ça remonte à tout ce qui s’est passé dans le secteur dans les années 70 environ et à la NASA qui essayait de créer une version informatique d’un système. Et on essaie de déterminer si on peut utiliser le même concept pour tenter de créer une version informatique de la santé de quelqu’un, c’est-à-dire pouvoir rassembler tous les points de données liés à sa santé. Et aujourd’hui, avec l’avènement, par exemple, de la méthodologie de dépistage, des marqueurs sanguins, de la surveillance continue de la glycémie et des mesures physiologiques en continu, grâce aux objets personnels connectés, on est en train de se doter d’énormément de données. Plutôt que d’être traitée de façon épisodique; de façon générale, la santé est consommée de façon épisodique; maintenant, on essaie de voir si on peut créer cette surveillance continue de la santé et enfin, avec l’IA, élaborer ces agents d’IA, ces modèles d’IA, qui nous permettraient alors non seulement de faire des recommandations à quelqu’un sur son état de santé, pour la semaine et les mois à venir, mais aussi de faire des prédictions sur comment on sera dans 10 ans, dans 20 ans. Donc, on pourrait mieux planifier la santé.
C’est quelque chose dont vous avez vous-même beaucoup l’habitude avec la planification financière : vous regardez l’ensemble du portefeuille, vous regardez l’ensemble de la personne. On veut appliquer exactement la même méthodologie d’analyse, on veut l’intégrer au sujet de la santé. Voilà ce qu’est le projet sur le jumeau numérique.
J’ai un projet appelé Mount Sinai Digital Twin, dans le cadre duquel on fait venir des gens dans nos installations, on effectue des tests pendant quatre heures, des tests approfondis dans nos installations cliniques, et ensuite on leur fournit des capteurs, des objets personnels connectés et des instruments qu’ils peuvent utiliser à distance, et on relie tout ça tout au long de l’année; on a maintenant une vision de ce qui se passe concernant leur santé, de ce qui change dans leur environnement et de la façon dont ils y réagissent.
Dan Brennan :
Bon, la médecine privée à accès privilégié est devenue en quelque sorte plus omniprésente aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été, selon moi. Et comme j’ai 55 ans, je m’intéresse sans aucun doute à la médecine privée à accès privilégié. Mais parlez-moi de l’accompagnement scientifique personnalisé : qu’est-ce que ça signifie en pratique? En quoi est-ce que c’est fondamentalement différent de la médecine privée à accès privilégié traditionnelle?
Zahi Fayad :
Je pense que l’accompagnement scientifique personnalisé est structurellement différent de ce qu’on appelait auparavant la médecine privée à accès privilégié ou la médecine fonctionnelle. Ce que je veux dire, c’est qu’il s’agit vraiment maintenant d’intégrer la rigueur de la recherche universitaire et tout ce qu’on apprend de la biologie, ainsi que tout ce qu’on apprend en utilisant les plateformes technologiques qui offrent les outils de dépistage que j’ai mentionnés, comme ceux qu’on déploie dans le jumeau numérique, et ensuite, d’utiliser ça de façon personnalisée et de se demander, non pas si la personne est malade; ça, c’est de la gestion des maladies chroniques; mais de se demander ce qu’on peut utiliser à partir du profil biologique de la personne, comment on peut dès maintenant optimiser sa santé, soit pour une courte période, soit en se demandant si on peut établir un plan à long terme qui pourrait être suivi.
En même temps, encore une fois, je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas d’événements épisodiques. On veut pouvoir faire en sorte que, avec cet accompagnement scientifique personnalisé, la personne soit entièrement connectée avec ses fournisseurs de soins de santé, et que les personnes qui prennent soin d’elle soient en mesure, grâce aux données qu’elles reçoivent, d’intervenir le plus tôt possible lorsqu’elles constatent des changements dans sa santé et son profil biologique.
C’est très différent de ce qu’on fait aujourd’hui avec les soins aux malades. Aujourd’hui, les soins aux malades consistent à recevoir les gens seulement lorsqu’ils sont vraiment malades et qu’ils se sont manifestés après avoir ressenti une douleur thoracique ou avoir soudainement perdu la mémoire. Ce n’est pas comme ça qu’on essaie de faire : on veut que ce soit personnalisé, on veut être proactifs et on veut le faire en continu.
Oliver Chen :
Zahi, il peut parfois y avoir trop de données et toutes ces modalités sont en train d’émerger. Donc, selon vous, qu’est-ce qui est vraiment nécessaire ou quelles sont vos hypothèses? Et est-ce que vous pouvez donner des exemples des choses les plus intéressantes qui vous viennent à l’esprit concernant ce que vous avez répondu à Dan à propos de l’évolution actuelle?
Zahi Fayad :
C’est quelque chose auquel je pense beaucoup. On est vraiment à l’ère de l’apprentissage, ce qui signifie qu’en ce moment, j’ai tendance à procéder à peut-être beaucoup de suréchantillonnage, pour utiliser la terminologie scientifique, ou… J’accumule peut-être beaucoup trop de données, parce que je ne sais pas lesquelles sont véritablement utiles à ce stade. Pour finir, on va découvrir, en tant que communauté dans ce domaine, qu’on va juste prendre probablement, disons, un million de points de données pour n’en obtenir finalement plus que quelques-uns… idéalement, on va peut-être optimiser un peu plus de 12 points de données.
Ce n’est pas différent de ce que les gens font en matière de performance humaine : lorsque vous êtes un athlète, vous êtes beaucoup évalué au début; ça permet de générer un profil sur vous et de vous comprendre; et puis, vous allez optimiser ça pour vous concentrer sur le dernier 1 % qui vous permettra de gagner la médaille d’or. On va optimiser quelques éléments, mais on ne pourra en aucun cas optimiser tous les points de données. C’est comme ça que les athlètes s’entraînent en général et c’est ce que j’essaie de voir : comment est-ce que je peux apprendre de tous les ensembles de données dont je dispose. Et, en fin de compte, si je veux pouvoir passer ça à l’échelle, mon objectif est de faire ça à l’aide du minimum de données nécessaires pour optimiser votre santé.
Dan Brennan :
Plus tôt, Oliver a parlé de l’IA, mais elle est évidemment partout aujourd’hui, n’est-ce pas, dans tout ce qu’on fait; ce n’est que le début. Mais il s’agit de démocratiser l’information; pourtant, effectuer des mesures coûte beaucoup d’argent. Alors, si vous réfléchissez à la façon dont l’IA peut créer l’effet de levier le plus concret sur la longévité aujourd’hui, ça se situe à quel niveau selon vous?
Zahi Fayad :
Je ne pense pas qu’on puisse discuter de ça, et je peux vous parler de ce que serait le jumeau numérique si l’IA n’existait pas. Les types de données qu’on recueille et dont on dispose sont extrêmement complexes, et ils n’ont pas les mêmes dimensions.
Par exemple, une IRM a une certaine échelle et un marqueur sanguin en a une autre. Avant, on n’arrivait pas facilement à intégrer ces données et à les unifier. On n’a toujours pas résolu ce problème, mais, avec les modèles multimodaux fondamentaux en particulier, je peux maintenant prendre ces différents points de données et accélérer le développement de ces modèles d’IA prédictifs qui permettraient d’y arriver.
Et comme vous l’avez dit, Dan, c’est aussi l’un des meilleurs moyens qu’on ait pour passer à l’échelle. Pour qu’on puisse mettre ça à l’échelle à moindre coût ou pour déployer un produit moins cher, on doit utiliser l’IA du fait de l’immense quantité de données disponibles. Et on ne doit pas non plus accabler les fournisseurs de soins de santé avec toutes ces données : ils ne peuvent pas en intégrer autant, ils ont besoin d’aide pour ça.
Oliver Chen :
Un autre sujet brûlant et pertinent, mais aussi très profond, c’est l’approche biologique. Qu’est-ce que ça signifie? Et quelles sont les évolutions dans ce domaine, avec les travaux que vous menez? Qu’est-ce que les gens qui n’ont peut-être même jamais entendu parler de ça devraient savoir?
Zahi Fayad :
Oui, oui. À mon avis, quand on pense à l’approche biologique, on pense au fait que le vieillissement n’est pas une maladie unique. Le vieillissement est un tout, ce qui signifie qu’on peut être atteint d’une maladie cardiovasculaire, d’une maladie cognitive, d’un cancer, etc. Donc il faudrait vraiment pouvoir faire intervenir l’approche biologique dans ce cadre, car l’âge n’est pas une notion uniforme, ça varie énormément d’une personne à l’autre. On ne peut pas surveiller l’âge à l’aide de quelques analyses annuelles en laboratoire.
Encore une fois, on change complètement la façon de pratiquer la médecine. Tout d’abord, la médecine signifie actuellement soigner. Ensuite, c’est très cloisonné ou ça implique d’examiner une maladie à la fois : vous avez un problème cardiaque, vous allez voir le cardiologue; vous avez un problème neurologique, vous allez voir le neurologue; vous avez un cancer, vous allez voir l’oncologue. Mais le vieillissement est une combinaison de tous ces éléments.
J’espère donc qu’on va commencer à former des médecins pour qu’ils soient en mesure d’intégrer toutes ces données de la biologie; il y a tous ces points de données dont on va pouvoir se servir pour s’attaquer au vieillissement. Comme je l’ai dit, on va faire en sorte que la pratique de la médecine et que la relation avec le patient évoluent : ce ne sera pas seulement lorsqu’on est malade; ce ne sera pas lors de cette visite épisodique chaque année. Ce sera une relation continue, ce qui signifie qu’il va falloir apporter au fournisseur de soins de santé tous les outils qui l’aideront à faciliter ce flux de travail.
Voilà ce qu’est l’approche biologique, à mon avis. On ne va pas examiner l’aspect actuel de… Fondamentalement, on va contrevenir à toute la logique financière et de remboursement qui est actuellement le modèle dans le secteur de la médecine. Donc il faut intégrer l’approche biologique et créer le modèle d’affaires autour.
Dan Brennan :
Zahi, plus tôt, lorsque vous avez parlé du concept de jumeau numérique, vous avez évoqué l’importance de ces objets personnels connectés et de ce qu’ils pourraient faire. Si on se projette, quels types de capteurs ou même de nouvelles approches de mesure vont définir l’avenir de la surveillance de la santé, à votre avis?
Zahi Fayad :
Oui. Je porte en ce moment même deux de ces dispositifs, juste là, et je les utilise personnellement. Ils m’aident beaucoup dans tout ce que je fais, que ce soit pour mon sommeil ou quand je fais de l’exercice, pour stimuler et gérer ma santé et me surpasser moi-même, pour essayer de m’améliorer sans cesse.
Selon moi, ce sont des outils de première génération. Je veux dire que ce sont des capteurs axés sur l’aspect physiologique, ce qui est très important : ils indiquent la fréquence cardiaque et sa variabilité, la température, la saturation en oxygène et donnent des renseignements sur le système nerveux autonome. Ce sont d’excellentes mesures.
Je pense qu’on va voir arriver la prochaine génération d’outils, qui se situera davantage au niveau moléculaire. On a commencé à l’observer avec les appareils de contrôle de la glycémie. Là encore, ça nous prouve qu’on peut coller sur soi un capteur, mesurer son glucose interstitiel et gérer son diabète, mais aussi gérer sa santé, comme sa nutrition, peut-être son activité physique et d’autres marqueurs du métabolisme.
La prochaine génération d’outils sera bientôt là. On commence à voir… je veux dire que si vous lisez la littérature chaque semaine, comme on le fait, il y a de nombreux articles. Et, nous aussi, on développe nos propres capteurs à Mount Sinai, qui sont de la deuxième génération, grâce auxquels on examine maintenant les marqueurs moléculaires. Toutes les différentes substances à analyser dans notre corps peuvent commencer à être mesurées une par une à l’aide de ces capteurs. Donc maintenant, d’une certaine façon, on a à portée de main des laboratoires à domicile, sur soi, sur notre corps, en tout temps. On n’a pas besoin d’aller se faire prélever du sang à l’aide d’un appareil et de l’envoyer à Quest ou à LabCorp; on peut obtenir ces mesures immédiatement, en tout temps. On n’avait encore jamais vu ça. Par exemple, j’ai commencé à examiner les mesures de l’inflammation, issues de la sueur : je n’avais encore jamais vu comment l’inflammation provoquée par le système immunitaire évoluait au cours d’une journée; c’est incroyable, ce sont des renseignements très précieux.
On va donc aller de plus en plus vers ce genre de choses. Ça va évidemment nous aider, non seulement… Il faut qu’on lise les chiffres, mais on va s’efforcer de personnaliser l’intervention en fonction de ces nouvelles mesures de biologie moléculaire dont on dispose. Je suis donc extrêmement optimiste en ce qui concerne les capteurs. Je pense que la technologie va continuer d’évoluer. L’adoption par le consommateur va se poursuivre et l’adoption par le système de soins de santé aussi.
C’est un domaine extrêmement intéressant, où on peut aussi démocratiser l’usage très rapidement et le déployer à grande échelle, si on compare ça à… par exemple, je viens du domaine de l’imagerie, j’ai commencé là-dedans, mais je fais de tout, maintenant. L’imagerie est très chère : on dépense des millions de dollars pour chaque appareil d’IRM; on le construit, ça coûte beaucoup d’argent à construire et à installer, et on demande aux gens d’aller là où on l’a installé. Ce n’est pas ça qu’on veut. On veut disposer de cette mesure plus continue qu’on pourrait effectuer le plus possible à distance avec exactitude. Voilà, c’est ça.
Oliver Chen :
Zahi, vous en avez parlé plus tôt, mais quelle est la technologie que vous trouvez la plus intéressante? Quelles sont vos prévisions ou quelle est votre vision générale pour les trois à cinq prochaines années? Quelles sont vos prédictions quant à ce qui va prendre de l’importance?
Zahi Fayad :
Oui. Je suis sans aucun doute très très emballé par les capteurs. Je pense que c’est parce que j’ai fait une analogie et que je vois les répercussions que les capteurs ont eu dans le secteur industriel : si vous prenez une voiture Tesla, si vous prenez un avion Airbus, il y a des milliers de capteurs sur ces moteurs ou sur l’avion, sur la voiture, et ça… à l’évidence, ça aide à mieux conduire la voiture; ça aide à mieux l’entretenir et à éviter les accidents. On devrait tous les adopter pour notre santé. Donc je pense que les capteurs et la surveillance à distance seront très utiles et auront un impact incroyable. Des technologies moins chères qui permettent de diagnostiquer des maladies sans utiliser d’IRM, de tomodensitomètre ou d’imagerie rétinienne, par exemple. Il y a maintenant des systèmes portables, des systèmes qu’on peut facilement déplacer à l’aide d’un chariot, qu’on peut placer dans un lieu de soins, qu’on peut utiliser à la maison; je pense qu’ils sont extrêmement importants.
Et bien sûr, je suis très enthousiaste concernant la façon dont on ajoute l’IA et les agents d’IA, et de nombreux agents, à titre de coach pour vous. Ça permet ainsi à chacun d’avoir à portée de main plusieurs médecins ou plusieurs coachs qui gèrent les renseignements le concernant et les relient à ses résultats cliniques réels.
Oliver Chen :
La composante relative au consommateur sera très intéressante pour ce qui est d’aider à favoriser la confiance, l’adoption et les rituels, et aussi pour ce qui est d’apporter de la constance. Les recoupements avec ce qui se passe du côté de l’IA adaptative et de l’IA agentique sont aussi très intéressants. Mais on va passer à la dernière question. Je pense que toutes les personnes qui nous écoutent pourraient vouloir venir vous voir pendant les heures de bureau, mais qu’est-ce que les gens qui s’intéressent à la durée de vie en santé devraient faire? Qu’est-ce qu’ils devraient lire et faire individuellement ou en tant que leaders? Et puis, cette fois c’est vraiment la dernière question; qu’est-ce qui est le moins bien reconnu à propos de la durée de vie en santé?
Zahi Fayad :
Tout d’abord, j’invite tout le monde à communiquer avec moi, j’espère que vous pourrez fournir mes coordonnées. Sérieusement, c’est un sujet qui me passionne et je pense qu’on doit dialoguer, continuer d’en parler aux gens et de les éduquer. Alors, tout d’abord, vous pouvez communiquer avec moi en tout temps. Vous êtes la bienvenue dans notre laboratoire, peut-être pour vous joindre à notre étude sur les jumeaux numériques.
On a aussi d’autres protocoles dont on n’a pas parlé et qui sont liés à une nouvelle intervention. On fait partie des finalistes du XPRIZE Healthspan Challenge. C’est un programme incroyable auquel on participe et pour lequel on va recruter; on vient de terminer la première phase de l’étude, mais prochainement, on va recruter des gens ayant un certain âge. Bien. Donc on poursuit l’étude Xspan sur la durée de vie en santé, une étude interventionnelle sur le vieillissement et la longévité, et on invitera les gens à participer; je me ferai un plaisir de vous envoyer des renseignements à ce sujet.
Bon, l’autre aspect, plus général, qui correspond à ce que je dis aux gens que je rencontre au bar, au restaurant ou dans les couloirs, c’est que j’encourage tout le monde à commencer le parcours de façon simple, mais vraiment très proactive, ce qui signifie que si vous voulez vraiment vous lancer, commencez le plus tôt possible. Tout d’abord, commencez par des habitudes faciles à suivre. Par exemple, marcher et faire au moins 7 000 pas par jour, c’est quelque chose que vous pourriez facilement inclure dans votre vie.
Deuxièmement, il faut aller un peu plus loin. Je pense qu’il est important de surveiller la durée du sommeil et d’essayer d’avoir de bonnes habitudes de sommeil, parce que beaucoup d’autres choses positives ou négatives en découlent.
Ensuite, une fois que vous avez passé ces étapes, y compris concernant le sommeil, vous pouvez commencer un programme d’activité physique : un peu d’entraînement contre résistance, un peu d’entraînement cardio-vasculaire. Ensuite, peu à peu, faites monter les enchères et intégrez ça à votre routine quotidienne. Vous pouvez sauter une journée par semaine; il est démontré que sauter les micro-habitudes pendant trois jours d’affilée est une mauvaise chose. Mais encore une fois, la vie est là. Une fois que ça fait partie de votre routine, vous n’y pensez même plus; vous ne dites pas aux gens : « Je vais au centre d’entraînement »; vous y allez. Et ça va faire partie de votre vie.
Et puis, évidemment, après ça, une fois que vous commencez à agir ainsi, vous commencez soudainement à surveiller votre nutrition et ce que vous mangez. Tout ça, c’est l’effet boule de neige. Ne commencez pas tout en même temps, prenez une chose après l’autre, puis établissez un plan et mesurez vos résultats avec un des objets personnels connectés qui existent. Placez vos efforts sur un aspect en particulier. Vous n’avez pas besoin de vous toquer et de devenir très… Je suis moi-même fou de ça parce que j’aime ça. Mais, encore une fois, vous pouvez commencer simplement et vous observerez des résultats incroyables. Vous le ressentirez physiquement, mentalement, et puis, bien sûr, vous le ressentirez lorsque vous irez voir votre médecin lors de votre examen médical annuel. Vous remarquerez que vous avez fait un travail incroyable sans faire appel à moi.
Oliver Chen :
Eh bien, Zahi, c’était très instructif. Et aussi, tout d’abord, c’est comme avoir eu le ticket d’or pour vous rencontrer, tout comme ç’a été tellement utile sur le plan personnel comme professionnel alors qu’on décrypte l’avenir des soins de santé, l’avenir des consommateurs et ce que signifie la durée de vie en santé. Merci, merci. Dan, c’était un plaisir d’être ici ensemble aujourd’hui.
Zahi Fayad :
Encore une fois, merci de m’avoir invité. Je serais ravi de poursuivre notre conversation maintenant ou plus tard.
Voix hors champ 1 :
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Oliver Chen, CFA
Directeur général et analyste de recherche, Biens de consommation, Commerces de détail, Magasins de gamme complète de produits et grands magasins et Magasins spécialisés, TD Cowen
Oliver Chen est directeur général et analyste de recherche principal sur les actions, et il s’occupe des produits de détail et de luxe. Sa compréhension approfondie du consommateur et sa capacité à prévoir les dernières tendances et les changements technologiques qui toucheront les espaces des services de détail lui ont permis de se démarquer de ses pairs. Sa vaste couverture et son regard attentif font de lui le partenaire de réflexion des chefs de file des services bancaires de détail et de la marque. Sa couverture du secteur du commerce de détail a donné lieu à de nombreux prix sectoriels et à une couverture médiatique de CNBC, de Bloomberg, du New York Times, du Financial Times, du Barron’s et du Wall Street Journal, entre autres. M. Chen a fait partie du classement de l’équipe All-America Research du magazine Institutional Investor en 2018 et en 2017 à titre d’analyste de premier plan dans le secteur des produits non durables des commerces de détail, des grands magasins et des magasins spécialisés. M. Chen a également été choisi comme une personne d’influence de premier plan dans le secteur du commerce de détail; son nom figure sur la List of People Shaping Retail’s Future de 2019 de la National Retail Federation Foundation. Considéré comme un expert du secteur, M. Chen prend souvent la parole dans le cadre d’événements clés du secteur. M. Chen est également professeur adjoint en commerce de détail et en marketing à la Columbia Business School, où il a donné le cours New Frontiers in Retail et a reçu une reconnaissance comme étant l’un des Outstanding 50 Asian Americans in Business par le Asian American Business Development Center en 2023, compte tenu de son rôle dans la croissance de l’économie américaine.
Avant de se joindre à TD Cowen en 2014, il a passé sept ans à Citigroup, où il a travaillé dans un vaste éventail de commerces de détail aux États-Unis, notamment des magasins spécialisés, de vêtements, de chaussures et de textiles, des magasins de luxe, des grands magasins et des grandes lignes. Avant Citigroup, il a travaillé à la division de recherche sur les placements à UBS, au sein du groupe de planification stratégique/des fusions et acquisitions mondiales de PepsiCo International et au sein du groupe des fusions et acquisitions de produits grand public/de commerces de détail à JPMorgan.
M. Chen est titulaire d’un baccalauréat en administration des affaires de l’Université de Georgetown et d’une maîtrise en administration des affaires de la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, et il détient le titre de CFA. À la Wharton School, M. Chen a été récipiendaire du Jay H. Baker Retail Award pour son influence dans le secteur du commerce de détail et a été cofondateur du Wharton Retail Club. Il est également membre du PhD Retail Research Review Committee pour le Jay H. Baker Retailing Center de la Wharton School. En 2017, M. Chen a été reconnu dans la liste 40 Under 40 des anciens étudiants les plus brillants de la Wharton School.
La passion de M. Chen pour le secteur a commencé à l’âge de 12 ans lorsqu’il a commencé à travailler avec ses parents dans leur commerce de détail à Natchitoches, en Louisiane.