Invité : Brett Redfearn, chef de la direction, Panorama Financial Markets Advisory, et ancien responsable de la SEC pour la négociation et les marchés
Animation : Peter Haynes, directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Dans la dernière partie de notre série en deux épisodes sur la segmentation des actions en unités, la discussion avec notre invité spécial Brett Redfearn, fondateur et chef de la direction de Panorama Financial Markets Advisory, passe des notions de base de la segmentation en unités aux répercussions de cet important changement touchant la structure du marché. M. Redfearn parle des activités actuelles liées aux jetons, du rôle de l’émetteur dans le passage à la négociation décentralisée de jetons d’actions, du débat autour de la Règle sur la protection des ordres, de sa pertinence par rapport au mouvement lié aux jetons et du fonctionnement des expériences de type « bac à sable ». Vers la fin de la discussion, M. Redfearn donne son opinion sur les menaces pour les institutions financières traditionnelles, comme les bourses et les agents des transferts, offre des conseils aux organismes de réglementation et se prononce sur l’état final de la structure des marchés boursiers d’ici 5 à 10 ans.
Écoutez la première partie de cette série, qui porte sur les notions de base de la segmentation des actions en unités.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 0:39 | L’activité de segmentation en unités à l’heure actuelle |
| 8:38 | La participation des émetteurs aux activités liées aux jetons |
| 11:23 | L’élimination de la Règle sur la protection des ordres est-elle essentielle au mouvement en faveur des jetons? |
| 18:39 | Les expériences de type « bac à sable » et les litiges |
| 26:33 | La menace pour les infrastructures de la finance traditionnelle |
| 31:02 | Conseils pour les organismes de réglementation |
| 36:06 | Les prévisions de M. Redfearn quant à la structure du marché d’ici 5 à 10 ans |
| 38:47 | Comment en apprendre plus sur la segmentation en unités |
Ce balado a été enregistré le 26 novembre 2025.
Brett Redfearn :
Les sociétés concurrentes cherchent des moyens d’élargir leur offre de titres segmentés en unités, sans pour autant demander la permission de chaque émetteur.
Peter Haynes :
Bienvenue à l’épisode 77 du balado Bid Out, qui traite de la structure du marché au nord du 49e parallèle. Ici votre animateur, Peter Haynes. Aujourd’hui, on conclut la deuxième partie de notre discussion avec Brett Redfearn sur la segmentation en unités des actions. Dans la première partie, nous avons abordé les notions de base de la segmentation en unités, le test de Howey utilisé pour définir un titre, les organismes chargés de réglementer ce domaine ainsi que certaines discussions récentes des dirigeants de la SEC sur la taxonomie de la négociation de cryptomonnaies. Nous allons maintenant poursuivre cette discussion avec Brett, en commençant par les activités actuelles liées aux actions segmentées en unité.
Brett, comme je l’ai mentionné, pouvez-vous nous dire où se déroule actuellement la segmentation en unités des actions dans le monde? Ces marchés étrangers sont-ils complètement inaccessibles aux investisseurs américains?
Brett Redfearn :
Peter, merci beaucoup de m’avoir invité à nouveau. C’est un plaisir de poursuivre cette discussion. Permettez-moi de commencer par dire ceci. Ce phénomène se produit aux États-Unis. C’est un peu comme si nous testions le terrain, mais il y a une certaine activité ici. Tout d’abord, il convient de noter que l’une des premières segmentations en unités de titres aux États-Unis a été effectuée par la société Securitize. Pour être tout à fait transparent, il s’agit d’un de mes clients. Elle a segmenté en unités Exodus dans le cadre d’un placement Reg A+ de 75 millions de dollars en 2021. Elle a segmenté en unités 75 millions de dollars. Ce titre a finalement été transféré à la bourse NYSE American, car il s’agissait d’un marché secondaire plus solide. Aujourd’hui, il existe toujours sous forme segmentée ainsi que sous forme d’inscription en compte, ce qui permet de le négocier sur l’AMEX. Vous pouvez donc vous le procurer, par exemple, sur Algorand. J’en possède d’ailleurs une partie au sein du portefeuille Exodus sur Algorand.
C’est ce qui se passe. D’autres produits ont également été créés. FG Nexus en fait partie. Je pense qu’on s’intéresse aussi à Galaxy aux États-Unis. Galaxy est une société de cryptomonnaies visionnaire et très avant-gardiste. Elle a également segmenté en unités des actions de Galaxy, qui peuvent aussi être acquises. Vous pouvez en obtenir des parts, mais elles sont très petites. Je pense que la capitalisation boursière d’Exodus est d’environ 130 millions de dollars. FG Nexus est assez modeste. Je crois que Galaxy n’a segmenté qu’environ un million d’actions en unités, soit un million de dollars. Ça se produit aux États-Unis et les gens s’y intéressent de plus en plus. Et c’est là qu’on a ce genre de… Ces modèles, d’ailleurs, font tous partie du modèle de parrainage dont j’ai parlé précédemment.
À l’étranger, c’est une autre histoire. N’oubliez pas que dans le secteur des cryptomonnaies, en raison de l’histoire de notre cadre réglementaire, beaucoup de projets ont été menés à l’étranger. Je pense que l’une des choses que Paul Atkins essaie de comprendre est la manière dont on peut assouplir le cadre réglementaire afin qu’un plus grand nombre de projets puissent voir le jour au pays. Pendant ce temps, oui, beaucoup de choses se sont produites à l’étranger.
Voici certains des projets les plus importants dont vous entendrez parler. L’un d’eux est Ondo Global Markets. Ondo est une société qui a procédé à la segmentation en unités de plus d’une centaine de titres. Je pense que c’est environ 103. La dernière fois que j’ai vérifié, la capitalisation boursière des titres segmentés en unités s’élevait à environ 320 millions de dollars. Cela comprend Tesla et beaucoup d’autres grands titres dont vous entendrez parler. Il y a aussi Kraken, qui propose ses xStocks en collaboration avec Backed Finance. Je pense qu’à l’heure actuelle, la capitalisation boursière des titres segmentés en unités s’élève à environ 140 millions de dollars.
C’est intéressant. Il s’agit de titres qui sont segmentés en unités… Sans entrer dans les méandres réglementaires de la façon dont c’est fait, si vous vous demandez si les investisseurs américains peuvent en être propriétaires ou comment ils sont transférés, sachez que ces titres ne nécessitent aucune permission. Cela revient au point que j’ai soulevé lors du dernier balado, à savoir que si vous avez des jetons sans permission, vous avez la possibilité de… La toute première personne doit respecter les exigences CVC, mais après ça, les transferts peuvent être effectués vers des personnes qui ne sont pas conformes aux exigences CVC. On peut se demander où ils vont, quelle est la provenance de cet aller-retour et qui y touche avant qu’ils ne reviennent. On peut supposer que les investisseurs américains ne sont pas censés en détenir. En réalité, s’il s’agit d’un titre ne nécessitant pas de permission, celui-ci peut rebondir. Le terme « rebond » signifie que ces titres peuvent revenir aux investisseurs américains et que les investisseurs américains peuvent en fait acheter ces titres.
Il existe des plateformes où l’on peut se rendre. Il ne faut pas nécessairement être conforme aux exigences CVC dans la finance décentralisée, et on peut acheter des xStock ou des actions de Tesla. Je ne dirai pas comment et pourquoi je le sais, mais je suis absolument certain que c’est possible.
Peter Haynes :
Pensez-vous que la SEC pourrait, à un moment donné, si elle est inquiète au sujet de la LCBA et, comme vous le dites, de l’issue de ces titres sans permission, trouver un moyen de déclarer ouvertement : « si vous êtes actifs sur ce marché, vous êtes passibles d’une violation des règles gouvernementales »? Est-ce comme ça qu’elle pourra finalement sévir contre les investisseurs américains qui utilisent peut-être un marché ne nécessitant pas de permission auquel ils ne sont pas censés avoir accès?
Brett Redfearn :
Je crois en fait, Peter, que cela relèverait davantage des organismes de réglementation des valeurs mobilières des territoires où ces titres sont négociés.
Peter Haynes :
Même si le titre sous-jacent est américain?
Brett Redfearn :
Oui. N’oubliez pas que certains titres américains se négocient sur les marchés de Francfort et d’ailleurs dans le monde. À mon avis, ça relève plutôt de la compétence de l’AEMF et de la Commission européenne, par exemple, en Europe, ou de la FCA, si on parle de Tokyo. Pour moi, il s’agit donc des organismes de réglementation mondiaux et de la manière dont ces différents organismes de réglementation mondiaux abordent la question. Selon moi, certains organismes de réglementation mondiaux ont une portée très limitée. Que ce soit à Dubaï, à Singapour ou ailleurs, il existe des endroits où il est plus facile de faire certaines choses. En Europe, tout dépend de l’avis de l’AEMF. Vous verrez que certains de ces produits sont inscrits au Lichtenstein, où vous trouverez l’organisme de réglementation du Liechtenstein. J’ai vu un avis qui a été publié et l’organisme de réglementation du Lichtenstein avait écrit une lettre disant : « Nous ne sommes pas certains d’aimer ça. » Je me suis dit : « si vous avez énervé l’organisme de réglementation du Lichtenstein, vous avez vraiment placé la barre très haut. »
Peter Haynes :
C’est un faible dénominateur.
Brett Redfearn :
Je veux dire, je pense que c’est délicat et que ça tient en partie à la façon dont ils sont présentés. J’ai entendu différentes histoires. Je ne connais pas tous les détails, mais j’ai entendu dire que dans certains cas, ils pouvaient être présentés comme des titres de créance. Il existe donc des moyens de contourner certaines lois très explicites sur les valeurs mobilières. Ce sont des choses sur lesquelles les organismes de réglementation devront vraiment se pencher, surtout si on commence à voir ce qui est en fait des titres du NMS cotés aux États-Unis circuler sans permission vers on ne sait qui, d’une manière qui soulève des questions. Ce sont des questions auxquelles les organismes de réglementation, l’OICV et la communauté internationale devraient réfléchir.
Peter Haynes :
Je suis tout à fait d’accord. Avant de poursuivre, pouvez-vous nous expliquer ce que fait Robinhood en Europe? Les gens se posent beaucoup de questions parce qu’ils considèrent cette société comme la première ou l’une des premières à offrir aux investisseurs européens un accès aux titres segmentés en unités.
Brett Redfearn :
Sans entrer dans les détails, je pense que Robinhood a un modèle très intéressant. Il faut garder à l’esprit que le processus de segmentation en unités commence en quelque sorte à croiser cette concurrence que nous observons sur le marché ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Donc, quand on parle de négociation 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, par exemple, la conversation ne porte pas sur le quand, mais sur le qui et le où. Il s’agit de savoir comment accéder aux investisseurs ailleurs dans le monde qui souhaitent pouvoir négocier en dehors des heures d’ouverture des marchés américains.
Robinhood a donc trouvé une façon de segmenter les titres en unités. Je pense que ça s’inscrit davantage dans le modèle de produits dérivés dont nous avons parlé précédemment, où il s’agit de produits dérivés. Je ne crois pas que le placement comprend des droits de vote. Comme il s’agit de produits dérivés, il existe certains risques de contrepartie. J’ai lu certains des documents que la société a publiés. Elle les a mis à la disposition des investisseurs étrangers, aux investisseurs européens, afin qu’ils puissent acheter des titres du NMS et une sorte de produit dérivé dont ils profitent à la hausse ou à la baisse. Elle est très claire sur le fait qu’il existe un risque de change, etc. Elle l’assume. Néanmoins, elle leur offre quelque chose sur un marché étranger. Nous n’en sommes donc qu’au début.
Comme l’a expliqué Vlad dans sa présentation à Cannes, il s’agit d’un processus en plusieurs étapes. La première étape consiste à rendre ces titres segmentés en unités disponibles. À terme toutefois, la société envisage de les introduire en bourse et d’en accroître l’utilité. Cela n’entre pas dans la catégorie que j’ai mentionnée plus tôt, où ils peuvent être transférés sans permission à d’autres personnes. Ils n’entrent donc pas dans cette catégorie. Je pense que la société évite très bien cela et propose une offre qui constitue la première étape de ce que je considère comme une vision plus large pour leurs investisseurs européens.
Peter Haynes :
Je sais qu’on vient de parler des émetteurs, de l’absence de permission et des initiés. Doug Clark, qui travaille à TMX, m’a dit récemment qu’il avait parlé à de nombreux émetteurs de TMX qui ne veulent pas que leurs actions soient négociées à l’extérieur du marché de la finance traditionnelle sur des plateformes de placements alternatifs. Ils craignent que cela ait des conséquences néfastes et que les investisseurs finissent par se retourner contre l’émetteur. Que devrait répondre Doug à ces émetteurs? C’est dommage que l’organisme de réglementation aux États-Unis et peut-être au Canada permette une telle chose sans que vous ayez votre mot à dire.
Brett Redfearn :
Tout d’abord, laissez-moi vous dire que vous connaissez mon point de vue. Je pense qu’on devrait discuter avec les émetteurs. J’aime le modèle dirigé par les émetteurs. Je pense qu’ils devraient participer, que c’est extrêmement important. Cela tient en partie au modèle natif que j’apprécie, dans lequel les émetteurs participent au processus visant à retirer les titres de la DTCC pour les réinscrire au registre et les rendre disponibles pour un large éventail de cas d’utilisation sous une forme plus native. Voilà mon point de vue.
Cela dit, la concurrence est rude dans ce domaine. Tout le monde cherche à s’imposer dans le domaine de la segmentation en unités des titres. Si vous devez frapper à la porte de chaque chef de la direction, chef des finances ou représentant en placement, le déploiement sera lent. Les sociétés concurrentes cherchent des moyens d’élargir leur offre de titres segmentés en unités, sans pour autant demander la permission de chaque émetteur.
Je pense qu’on va voir apparaître des offres de ce type. Cela nous ramène en quelque sorte au modèle de certificats d’actions étrangères non parrainés, qui est tout à fait envisageable, selon lequel les gens pourraient tout simplement acheter les titres, en assurer la garde et les segmenter en unités. Je crois que dans ce modèle, il y a aussi une façon de s’assurer de transmettre toute la gamme des droits intermédiés liés à ces titres, y compris les dividendes et les droits de vote.
Pour ce qui est des émetteurs, je pense qu’ils devraient porter attention à cette question. Je pense que dans certains cas, comme certains de ces placements sans permission, ils ont des raisons d’être préoccupés. Il y a selon moi des questions à se poser quant à l’existence ou non d’une contrefaçon de marque. Si vous envisagez l’achat de titres de Tesla en tant que xStock sur Jupiter, par exemple, ce qui est un cas d’utilisation réel, vous verrez le logo de Tesla. Le logo est utilisé non pas dans le cadre d’une offre, mais pour voir quel est le titre, et c’est ce que vous obtiendrez.
À mon avis, les émetteurs doivent vraiment réfléchir à cela. Je pense qu’ils commencent à réagir. Je sais qu’ils ont protesté lorsque Binance et FTX ont fait ça. Il y a eu quelques exemples où ils ont demandé leur retrait. Il faudra attendre de voir. Je pense toutefois qu’ils devraient y prêter attention et se prononcer sur le modèle qu’ils préfèrent, car sinon, on se retrouve avec un modèle qui permet de savoir qui sont ses investisseurs et un autre où ce n’est vraiment pas le cas.
Peter Haynes :
Brett, les gens parlent de la règle sur la protection des ordres, qui est un aspect important de la finance traditionnelle, et ils commencent à s’intéresser au passage à la finance décentralisée. J’aimerais parler un peu de cette règle. Il y a eu récemment une table ronde à Washington sur ce qu’on appelle la règle 611, qu’on appelle la règle de protection des ordres ou la règle des opérations hors cours. C’est comme ça qu’on l’appelait à l’origine au Canada. Les 31 participants à la table ronde s’entendaient en général pour dire que la règle devait être éliminée. Je sais que beaucoup d’entre nous ont été surpris qu’à peu près tout le monde ait dit : « oui, allons-y, éliminons-la. » C’est clairement l’orientation choisie par la SEC de M. Atkins. Personnellement, je pense qu’il y avait un éléphant dans la pièce ce jour-là. C’est-à-dire que les partisans de la segmentation en unités ne veulent aucune règle susceptible de créer des liens entre les acteurs du monde de la finance décentralisée, obligeant une plateforme à s’assurer qu’elle n’autorise pas une opération sur un jeton à un cours inférieur à celui d’une autre plateforme.
Pensez-vous qu’il était en fait essentiel pour l’évolution de la segmentation en unités que la règle sur la protection des ordres soit abrogée?
Brett Redfearn :
Premièrement, je ne mettrais pas tous les partisans de la segmentation en unités dans le même panier. Je pense que certains envisagent un régime réglementaire beaucoup plus souple pour pouvoir fonctionner. Encore une fois, je tiens à souligner que mon client Securitize a adopté une approche selon laquelle il a un courtier inscrit, un agent des transferts inscrit, un SNP inscrit et un conseiller en placement. Toutes ses activités passent donc par des entités réglementées afin de mieux s’intégrer à la finance traditionnelle, et il est un chef de file de la segmentation en unités. Je ne les mettrais donc pas tous dans le même panier.
Deuxièmement, pour ce qui est du consensus entourant la règle 611, on peut en débattre un autre jour, mais je ne crois pas nécessairement qu’il y ait un consensus, car que je ne crois pas qu’il y ait de proposition sur la table. Je pense que ce que vous allez entendre lors de la prochaine table ronde, ce sera : « d’accord, la règle 611, mais qu’est-ce que ça implique? ». On sait tous que ça ne peut pas se faire en vase clos. Ça doit s’accompagner d’autres mesures. Cela signifie-t-il que les plafonds de frais d’accès vont disparaître? Est-ce que ça signifie que les marchés figés et croisés vont disparaître? Cela signifie-t-il que nous devons modifier la formule de calcul des revenus du SIP? Cela signifie-t-il qu’il faut définir [inaudible 00:13:34] différemment? Est-ce que ça signifie que la meilleure exécution est déterminée différemment?
Il y a donc un effet domino sur un certain nombre d’autres éléments. Jusqu’à ce qu’une proposition soit présentée, je doute que nous puissions vraiment savoir. À ce moment-là, lorsque les éléments s’assembleront, on verra quel genre de consensus se dégage, car chaque élément supplémentaire soulève de nouvelles questions qui doivent être abordées en ce qui a trait au fondement de la règle, à l’analyse juridique et économique, etc. Je m’éloigne un peu du sujet.
Pour en revenir à votre question principale, la règle sur la protection des ordres doit-elle disparaître pour les cryptomonnaies? C’est intéressant, car lors de la dernière table ronde, ils n’ont pas vraiment parlé de la segmentation en unités. On n’avait pas d’entités de cryptomonnaies en vue. J’ai l’impression que ces questions sont segmentées. Je pense donc que c’est une question importante. Comment convergent-elles?
À mon avis, bien des gens soutiennent que dans la réglementation actuelle du NMS, il n’y a pas d’exception pour la règle 611, pour les règlements non réguliers. C’est comme la règle 611B4 ou quelque chose du genre qui dit que l’opération pour un titre qui n’est pas un règlement régulier au centre de négociation peut démontrer que l’accord commercial était nécessaire pour affecter l’opération. Donc, quand on pense aux opérations sur chaîne de blocs ou aux opérations provisionnées d’avance, où le règlement est instantané, le coût est différent. Le coût et l’avantage sont différents. Vous n’avez pas le coût d’un règlement au cours moyen pondéré en fonction du temps. Il y a un certain avantage, mais il y a aussi un coût, qu’il s’agisse de provisionnement anticipé ou d’autre chose. La question se pose alors de savoir si cela devrait être intégré au cours de ce titre.
Je pense donc qu’à l’intérieur de certains paramètres raisonnables, on peut affirmer que, dans le cas d’un règlement sur la chaîne de blocs, le NMS est potentiellement problématique et que cette question doit être réglée. Par contre, comme je l’ai déjà mentionné, une grande partie de ce que j’observe dans le domaine des titres segmentés en unités se déroule hors chaîne de blocs. Je ne sais pas si l’évolution de la négociation de titres segmentés en unités, où il y a des opérations hors chaîne de blocs qui, comme nous en avons parlé la dernière fois, concernent l’ensemble du monde des bourses de cryptomonnaies comme Coinbase, exige nécessairement une exemption de la règle sur la protection des ordres. C’est mon opinion.
Il va falloir voir comment ça se déroule, mais je reviens à Paul Atkins et à Jamie Selway qui disent : « on parle d’innovation sans arbitrage ». Je crois qu’on ne peut pas avoir un monde où une chose est permise dans un domaine et interdite dans un autre.
Est-ce que je crois qu’une partie de l’objectif de la règle 611 est de débloquer de nouvelles technologies et de nouvelles plateformes? Oui, je pense que ça pourrait expliquer en partie pourquoi certains pensent que la règle 611 entrave non seulement la liberté d’acheminer les ordres sur le marché boursier américain, mais empêche également d’autres technologies de s’implanter et de participer au transfert des titres du NMS.
Peter Haynes :
Tout le monde sait que M. Atkins s’est opposé au NMS en 2005, et il s’agit clairement d’un point qui figurait en tête de ses priorités pour 2025, lorsqu’il a pris la relève. Au total, 31 personnes ont pris la parole lors de la première table ronde. Je pense que la plus grande surprise dans le secteur, c’est qu’aucune d’entre elles ne s’appelait Brett Redfearn. Je suis curieux : le 16 décembre aura lieu la deuxième table ronde à Austin, où l’on va examiner certaines des autres questions dont vous venez de parler, si je comprends bien. Est-ce qu’on vous verra sur scène?
Brett Redfearn :
Je ne pense pas qu’ils aient encore publié la liste, mais selon moi il y a de bonnes chances que ce soit le cas.
Peter Haynes :
Je vois.
Brett Redfearn :
C’est intéressant. Je sais que trois groupes de travail se penchent sur la question et essaient de comprendre… Ça revient au point soulevé tout à l’heure. Quels sont les autres éléments qui entrent en ligne de compte? Les frais d’accès sont-ils inclus? Comment doit-on aborder le tout? Que pense-t-on de toutes les définitions qui existent?
Je pense donc qu’ils doivent décortiquer tout ça et aller plus loin pour comprendre ce que ça implique et à quoi devrait ressembler une proposition concrète. C’est pourquoi j’estime qu’il vaudrait la peine de participer à cette discussion. Je sais que certaines personnes ne veulent pas y participer parce que c’est très délicat.
Selon moi, il n’y a pas autant de consensus que vous le pensez. Je pense que ça ne plaît pas à tout le monde.
Peter Haynes :
Ils ne veulent pas s’y opposer?
Brett Redfearn :
Ils hésitent un peu à aborder le sujet. Ils préfèrent donc rester silencieux. Il y a un certain risque à donner son avis à ce sujet. Comme vous le savez, Peter, j’ai tendance à ne pas vraiment cacher ce que je pense. Donc, si je décide d’aller de l’avant, je vais devoir faire très attention.
Peter Haynes :
Eh bien, je peux vous dire que le secteur compte sur vous. J’espère que vous finirez par trouver un moyen d’y participer. Encore une fois, je félicite la commission, Jamie Selway et le président Atkins, qui continuent d’écouter le secteur. En fait, je tiens à souligner qu’un panel sur la segmentation en unités est prévu dans le cadre d’une table ronde avec les investisseurs qui aura lieu, je crois, le 4 décembre. Elle est organisée par la division de la gestion des placements, et l’on discutera de la segmentation en unités avec un certain nombre d’institutions différentes.
Pour ceux d’entre vous qui souhaitent en savoir plus, cette table ronde sur la règle sur la protection des ordres a été formidable pour comprendre ce qui se passe réellement, s’inspirer d’autres territoires et découvrir d’autres points de vue. J’encourage vivement les participants au marché qui nous écoutent et qui veulent en savoir plus à suivre ces événements. J’espère que vous y serez présents.
Pour promouvoir cette alternative à la structure du marché de la finance traditionnelle dont on a parlé, l’administration Atkins, comme vous l’avez mentionné à quelques reprises, devrait accorder une dispense pour mener, je cite, des expériences de type « bac à sable » qui permettront aux plateformes de cryptomonnaies enregistrées aux États-Unis d’expérimenter la segmentation en unités des titres. Comment envisagez-vous cela, compte tenu du fait que M. Atkins souhaite agir rapidement, mais aussi s’assurer que les futures administrations ne pourront pas faire marche arrière facilement?
Brett Redfearn :
La première chose que je soulignerais, c’est que le directeur Selway a apporté des commentaires très pertinents lors de la dernière conférence sur la structure du marché, et je pense qu’ils valent la peine d’être examinés. Il a parlé de l’émergence des nouvelles technologies et du fait qu’on ne peut pas laisser les rôles actuels nuire à la capacité d’innovation sur notre marché. Je pense que c’est l’idée sous-jacente. S’il existe de nouvelles technologies et que les rôles entravent leur application, on doit s’assurer de ne pas restreindre la capacité d’innovation.
Je voudrais ajouter deux ou trois choses, qui ont également été dites par Jamie Selway. Tout d’abord, ce sera généralement applicable. C’est donc très important. On ne devrait pas s’attendre à des exceptions ou à des mesures qui ne s’appliqueront qu’à une poignée d’entités de cryptomonnaies ou quelque chose du genre. Ils veulent s’assurer que tout le monde puisse bénéficier d’une éventuelle exception.
Je crois également qu’il s’agira d’une proposition d’exemption. Pour ce qui est de la réglementation des SNP, il s’agissait d’une exemption à l’obligation d’être une bourse, et c’était donc une proposition d’exemption qui a fini par devenir une règle. Je pense donc que ce sera proposé, et je pense que c’est une bonne chose. On aura amplement le temps d’en débattre, et on reviendra peut-être là-dessus un autre jour, Peter, pour discuter des détails de l’exemption proposée. J’ai l’impression que ça s’inscrit vraiment dans le domaine de la finance décentralisée sur la chaîne de blocs.
Donc, est-ce qu’on devrait autoriser les logiciels qui permettent de transférer des actions à quelqu’un d’autre, comme, j’en parlais tout à l’heure, les plateformes non réglementées qui permettent les transferts entre pairs sans courtier et sans bourse ou SNP? Je pense à des plateformes comme Uniswap ou autres, mais je pense qu’ils veulent voir ce que le marché en pense. Ils veulent essayer, mais je pense qu’ils cherchent aussi à le faire de manière contrôlée.
La part de marché des SNP réglementés est d’environ 5 %. Je pense qu’il y aura un plafond de part de marché. Je pense qu’on verra quelque chose qui sera limité dans le temps, mais qui facilitera en quelque sorte les opérations sur chaîne de blocs sans entités réglementées. Il pourrait aussi s’agir d’entités réglementées, mais sans réglementation. Cela va donc être très intéressant et soulever beaucoup de questions.
Peter Haynes :
Je veux m’assurer de bien comprendre quelque chose. Vous avez dit qu’il était important de discuter avec les émetteurs et qu’il s’agirait d’une proposition de règle. Pour que ce soit clair pour tous les auditeurs, cela signifie que toute la communauté, y compris les émetteurs, aura l’occasion de formuler des commentaires à ce sujet. C’est bien ça?
Brett Redfearn :
En lisant entre les lignes, c’est ce que je comprends. Je ne sais pas ce que la SEC va faire. Je crois qu’il s’agira d’une proposition d’exemption, ce qui signifie que les gens auront la possibilité de donner leur avis. Si vous regardez les commentaires qui ont été formulés jusqu’à présent, c’est ce que les gens disent : ne nous surprenez pas en mettant quelque chose en œuvre sans nous donner la possibilité de donner notre avis. Je crois que la voie prudente et celle que nous suivrons sera celle-là. Je pense qu’il est rationnel de faire cette supposition.
Peter Haynes :
En vous écoutant parler de votre expérience à l’AMEX alors qu’il y avait encore une salle des marchés, je me disais que le passage de la salle des marchés à l’électronique était assez semblable à bien des égards au passage du monde de la finance traditionnelle — celui-ci est évidemment plus important — au monde de la finance décentralisée. Faites-vous ce parallèle?
Brett Redfearn :
Quand on a parlé de ce à quoi pourrait ressembler le monde au cours des cinq prochaines années, je me suis dit que les changements de structure du marché auxquels nous sommes confrontés en ce moment avec cette nouvelle technologie pourraient avoir une incidence tout aussi importante, voire plus importante, que celle observée en 2004, 2005 et 2006, avec la réglementation du NMS et le passage aux marchés automatisés. L’introduction de la technologie de chaîne de blocs et les discussions sur sa capacité à favoriser l’innovation laissent présager des changements d’envergure en matière d’infrastructures et de rôle des intermédiaires.
Pour cette raison, il est très important de penser non seulement à protéger nos activités existantes, mais aussi à prendre des mesures proactives pour profiter de certaines des occasions qui pourraient en découler. Je n’en suis pas certain, mais j’ai l’impression que la réglementation du NMS a été le plus grand changement de structure du marché que nous ayons connu depuis une génération. Je pense qu’il est possible que ce soit le prochain.
Peter Haynes :
Je pose cette question parce que je repense à l’époque où je travaillais à la bourse. J’ai commencé en 1988, et juste avant mon arrivée, un membre de la direction a été licencié. C’était un cadre qui tentait de passer à un monde entièrement automatisé. Ce dirigeant de la bourse avait déclaré publiquement qu’il voulait passer de la salle des marchés au numérique. Bien sûr, vous connaissez les personnalités qui pouvaient exister dans cette salle.
Bref, après cette annonce, il a reçu des menaces de mort visant sa famille, de grands articles ont été publiés dans les journaux, et je pense que quelqu’un de la salle des marchés a appelé le journal local, le Globe and Mail, pour lui faire savoir que ce dirigeant n’avait pas le diplôme universitaire qu’il prétendait avoir. Après enquête, cette personne a été licenciée, ce qui a considérablement retardé le processus de transition de la salle des marchés vers un environnement entièrement numérique.
Cela m’amène à réfléchir à la question suivante : vous attendez-vous à ce qu’il y ait des litiges si l’environnement de bac à sable est effectivement mis en place? Est-ce que c’est ce à quoi vous vous attendez?
Brett Redfearn :
Je dirigeais les opérations à l’American Stock Exchange. Je gérais l’association des courtiers spécialisés et coordonnais les réunions avec la Floor Brokers Association. Quand j’avais des rencontres, quand tout le monde se réunissait dans une pièce, et que je disais : « on doit passer au numérique. On doit mettre en place une formation automatisée », les réactions étaient souvent : « Qu’est-ce que tu essaies de faire? Nous tuer? » En raison de la structure de propriété dans ce domaine, il y avait beaucoup de forces en jeu, ce qui rendait l’évolution lente et difficile. Je pense que ça a vraiment nui à la capacité de survie de ce marché.
La réglementation du NMS, même pour la Bourse de New York, a essentiellement imposé un changement pour adopter de nouvelles technologies. Pensez-y, la Bourse de New York, qui était à l’époque une communauté de spécialistes et de membres, avant l’acquisition d’Arca, ne voulait pas vraiment s’engager dans cette voie. Le fait de modifier les règles de négociation a contraint les marchés traditionnels à adopter de nouvelles technologies.
Pour en revenir à votre question précise sur les litiges, ça fait un certain temps qu’on poursuit la SEC. Je croyais avoir fait l’objet de nombreuses poursuites jusqu’à ce que je voie le dossier de Gary Gensler, qui a fait face à une foule de poursuites et, franchement, en a perdu beaucoup.
Peter Haynes :
Il a remporté un procès récemment, à titre posthume, pourrait-on dire.
Brett Redfearn :
Il a effectivement gagné un procès, mais celui-ci a été reporté d’un an et pourrait être révisé avant sa mise en application. C’est exactement ce qui s’est produit avec ma règle sur l’infrastructure des données du marché, mais nous n’allons pas nous attarder là-dessus.
Si une personne croit que la règle proposée ne respecte pas toutes les conditions de l’Administrative Procedure Act (APA) ou qu’elle ne répond pas aux critères de l’analyse économique, intentera-t-elle des poursuites? Oui. Si ça perturbe ses activités, il est très probable que nous assistions à un procès. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles une période de consultation dans le cadre d’un débat actif est importante pour la SEC. Cela lui permet de s’assurer de bien faire les choses et de tenir compte de toutes les entités réglementées de manière à ne pas entraver l’innovation, tout en agissant de façon très réfléchie et en évitant les problèmes liés à l’APA ou à l’analyse économique.
Peter Haynes :
J’ai toujours estimé que le fait d’intenter un procès parce que votre modèle d’affaires est bouleversé ou affecté n’est pas nécessairement une raison pour laquelle les organismes de réglementation devraient s’abstenir d’agir. De toute évidence, ils doivent prendre la décision qui sert au mieux les intérêts de l’ensemble du marché, et non ceux des individus qui pourraient subir des pertes financières à la suite de ces changements.
En parlant de bourses, j’ai récemment utilisé le terme « pris au dépourvu » pour décrire la position des bourses traditionnelles en réaction aux menaces concurrentielles liées à la segmentation en unités, ce qui a poussé un dirigeant de bourse présent dans la salle, pendant que je parlais, à me lancer quelques piques. Pensez-vous que cette évaluation soit juste, Brett? Les fournisseurs d’infrastructures de la finance traditionnelle sont-ils réellement menacés? Quelle est votre opinion sur l’investissement de 2 milliards de dollars de la NYSE dans Polymarket?
Brett Redfearn :
Quelques questions sont soulevées ici, mais d’abord, je pense qu’en général, les bourses traditionnelles se sont réveillées et ont pris conscience de la situation. Elles ne sont plus prises au dépourvu. Il est temps de passer à l’action. Vous voyez la proposition du NASDAQ auprès de la DTCC. Nous voyons New York se lancer dans la chaîne de blocs et les marchés de prédiction. Rappelez-vous, lors de l’acquisition de Polymarket, il y a eu beaucoup de discussions sur la chaîne de blocs lorsque Jeffrey Sprecher s’est rendu à CNBC avec Shayne pour parler de ce qu’ils allaient faire. Il se passe toutes sortes d’autres choses. Vous avez vu l’entente récemment annoncée par Robinhood avec Susquehanna et la Bourse de Miami concernant la chambre de compensation et la bourse de contrats à terme standardisés et de produits dérivés, ce qui représente également une décision audacieuse sur le marché de prédiction.
Les choses changent. Elles évoluent très rapidement. Je trouve l’investissement de la NYSE très intéressant. Lors de la table ronde sur l’harmonisation de la CFTC, il y a eu des échanges assez vifs. Je suis surpris par certaines des choses qui ont été dites, et par le fait que cet investissement ait été annoncé juste après. C’est une décision audacieuse. Cela montre que les choses changent et que les gens réfléchissent sérieusement à cette technologie, comme en témoignent les investissements importants qui sont en jeu, l’argent réel qui est mis sur la table.
Comme je l’ai dit, je ne pense pas que cela concerne uniquement les marchés de prédiction. Je pense que ça concerne aussi l’infrastructure de la chaîne de blocs. Est-ce que je pense qu’il y a une menace? Oui, je crois qu’il y en a une. Je ne sais pas exactement comment ça va se dérouler. Je crois que le contexte du marché secondaire des actions américaines est… Tout le monde dit que c’est le meilleur marché, le plus liquide et le plu profond au monde. C’est tout à fait vrai. Il est difficile de faire mieux. Pour faire mieux, il faudra résoudre certaines choses qui fonctionnent plutôt bien et qui sont assez difficiles. Quand je parle de règlement, de la DTCC, honnêtement, notre processus de compensation est très efficace et fonctionne très bien. Il est donc difficile et compliqué de procéder de manière à accroître l’utilité et à économiser de l’argent. Je pense donc que, oui, il y a une menace, mais aussi qu’il y a beaucoup de pain sur la planche pour parvenir à quelque chose qui fonctionne mieux que ce qui fonctionne déjà très bien aujourd’hui.
Peter Haynes :
J’aimerais revenir sur un point que vous avez soulevé. Vous avez mentionné que beaucoup de gens s’intéressaient à tout ça. Je vais vous dire que ces derniers temps, je passe beaucoup de temps avec des investisseurs qui détiennent des placements en bourse ou dans les infrastructures. Quand je pense aux secteurs de la chaîne d’exécution des opérations qui sont à risque, vous avez mentionné à quelques reprises la compensation, la garde et les agents des transferts. Si vous deviez les classer, quels éléments de cette infrastructure sont, selon vous, les plus à risque? Les acteurs de ce secteur ont-ils la capacité de se réorienter ou sont-ils plus susceptibles d’être remplacés par des concurrents plus agiles?
Brett Redfearn :
Eh bien, ils courent tous un certain risque et je pense qu’ils ont tous la capacité de se réorienter. Je pense donc que ça dépend de leur capacité à réagir, à rester au fait de ce qui se passe et à être proactifs, et non pris au dépourvu. Parlons de désintermédiation. C’est drôle, j’ai participé à de nombreuses conversations où tout le monde voulait éliminer un autre intermédiaire. Dans ces conversations, on entend souvent : est-ce que la DTCC va prendre la relève des agents des transferts ou des dépositaires? Ou : les agents des transferts pourraient-ils transférer la garde des titres hors de la DTCC, ce qui aurait des répercussions sur cette dernière? Ou : si Coinbase transfère des titres de manière à pouvoir utiliser la finance décentralisée, a-t-elle besoin de courtiers en valeurs mobilières? Il y a donc beaucoup de discussions différentes sur la façon dont le rôle des intermédiaires pourrait changer et il y aura différents modèles qui impliquent la désintermédiation d’une autre personne. Je pense donc qu’il y a un risque, des menaces.
Cela s’applique également à la distribution par procuration. Est-ce que ça pourrait être complètement transformé? Y a-t-il un risque dans le modèle existant? Oui, il y a de réelles inefficacités qui pourraient être résolues.
J’estime que tout le monde doit examiner les applications et les cas d’utilisation, leurs répercussions potentielles sur leurs activités, et se demander s’il est temps de devenir plus efficace pour évoluer et saisir certaines de ces occasions, ou de laisser quelqu’un d’autre le faire et en sortir perdant.
Peter Haynes :
Lorsque vous avez pris la parole à notre conférence, juste après votre intervention sur scène, j’ai interviewé le chef de la direction de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, Grant Vingoe. Après avoir écouté Grant ce jour-là, j’aimerais savoir quels conseils vous lui donneriez, ainsi qu’aux autres membres des Autorités canadiennes en valeurs mobilières, l’organisme de réglementation qui chapeaute toutes les provinces du Canada, concernant la réglementation future des marchés, compte tenu de l’évolution rapide du contexte réglementaire américain, dont on a discuté, et de la volonté des nouveaux acteurs qui souhaitent agir rapidement, tout en essayant de maintenir la protection des investisseurs et la formation de capital?
Brett Redfearn :
Eh bien, je suis heureux que vous ayez terminé avec cette dernière partie, car je crois que la protection des investisseurs, la formation de capital ainsi que des marchés équitables et ordonnés sont les trois principales missions de la SEC. Je pense que ces éléments doivent toujours être au cœur de nos préoccupations. Nous ne devons pas utiliser la technologie pour le simple plaisir de l’utiliser, mais de manière à apporter une valeur ajoutée aux investisseurs, aux émetteurs et à l’infrastructure de nos marchés afin de les rendre plus efficaces. À mon avis, il est essentiel de garder à l’esprit ces principes fondamentaux. On ne peut pas se contenter de dire : « oh, c’est super. On essaie quelque chose sur la chaîne de blocs. » Ça doit améliorer le processus.
Je pense que la première chose à faire est de comprendre. J’avais l’habitude de dire à propos de la SEC que, quoi qu’elle fasse, le marché aura toujours une longueur d’avance sur elle. Elle découvre les pratiques, les produits ou autres choses de ce genre avec un peu de retard. Il faut donc savoir ce qui se passe pour ne pas être pris au dépourvu. Je pense donc qu’il faut embaucher des spécialistes des cryptomonnaies, faire des essais dans ce domaine. La SEC avait FinHub, d’autres endroits ont des secteurs où… il y a le groupe de travail sur les cryptomonnaies. Il faut des spécialistes qui approfondissent le sujet, qui discutent avec des participants du secteur, qui apprennent, apprennent, apprennent, et qui vous font réfléchir à la façon dont les choses pourraient fonctionner, car c’est un modèle très différent. Je pense donc que la clé réside dans la compréhension.
C’est très difficile. Comme je l’ai dit à la SEC, je pense qu’il serait judicieux d’embaucher plus de — je déteste l’expression « fanatiques de cryptomonnaies » — gens qui comprennent vraiment ce domaine, qui s’y intéressent. Une partie du problème est que si vous vous lancez là-dedans, vous ne pouvez plus en détenir. C’est donc une règle étrange, parce que les gens vont se dire : « J’adore ça. Je ne vais pas débarquer ici et vendre toutes mes cryptomonnaies. » Il y a eu des cas où j’ai dit : « je peux acheter ceci ou je peux faire ça avec des cryptomonnaies ». Ils ne sont pas autorisés à le faire en raison des règles de l’entité, mais ils devraient l’être. Ils doivent essayer des choses. Ils doivent faire des expériences.
À mon avis, il est très important de le comprendre et de parler à des personnes qui ne figurent pas sur votre liste habituelle. Ils vont se présenter avec des cheveux longs, des t-shirts, des barbiches et des shorts. Je ne sais pas. Ce sont des gens différents qui voient les marchés et le monde différemment. Beaucoup d’entre eux viennent de la Silicon Valley, et non de Wall Street ou d’ailleurs, et s’intéressent vraiment à cette technologie. Je pense que c’est extrêmement important, que cette compréhension est fondamentale, tout en ne perdant jamais de vue les principes de base qui doivent régir nos marchés.
Peter Haynes :
Permettez-moi d’élargir la question et de vous demander : puisque vous parlez de toutes ces personnes qui vont se présenter à la CVMO et à la SEC pour demander l’autorisation de faire certaines choses, quels conseils avez-vous à donner aux organismes de réglementation en général et aux participants au marché qui tentent de distinguer les escrocs dans ce domaine des innovateurs ayant véritablement l’intention d’améliorer l’infrastructure du marché des valeurs mobilières?
Brett Redfearn :
Lorsque je travaillais à la SEC, beaucoup d’entités venaient nous voir et nous disaient : « on veut tout faire selon la réglementation », ou quelque chose du genre. À ce moment-là, on leur posait des questions comme : « il s’agit d’une activité de courtage. Êtes-vous inscrit à titre de courtier? » Certains répondaient alors par la négative. Ou encore : « Êtes-vous inscrit en tant que SNP? Vous êtes en train de créer un SNP. » Elles répondaient également par la négative. Il faut vraiment réfléchir à la structure réglementaire dans laquelle nous évoluons et, pour les activités réglementées, il faut agir dans le cadre de celle-ci ou avoir des recommandations très précises sur les éléments à modifier dans les règles et les lois existantes. Les organismes de réglementation ne veulent pas entendre : « on veut faire ça », sans propositions concrètes.
Il faut ensuite examiner les comportements. Il se passe beaucoup de choses très intéressantes dans ce secteur. Inutile de dire qu’il y a encore des escrocs. Il y a encore des fraudes, de la manipulation, des stratagèmes de type « pomper et liquider », des arnaques. Tout cela existe encore. Nous traversons une période particulière. Il est très important que ces comportements soient surveillés de très près pendant cette période, parce que, honnêtement, ce qui m’inquiète, c’est que si les choses dégénèrent, ce sera un recul important.
Je pense donc qu’il faut continuer à comprendre et à surveiller de près les activités qui se déroulent et s’assurer qu’elles vont dans la bonne direction. Il y a tellement de bons acteurs qui essaient juste d’innover et qui ont besoin qu’on leur donne les moyens d’agir, car nos règles actuelles les en empêchent. Dans la mesure où on a les moyens de mettre en place les mesures de protection adéquates et de s’assurer qu’elles ne nuisent pas aux investisseurs, ne permettent pas la manipulation et n’attirent pas des acteurs illicites dans le secteur pour blanchir de l’argent, alors laissons-les faire. Ça va demander du travail. Il faudra retrousser ses manches et faire en sorte que le fonctionnement actuel ne soit pas un obstacle, sans pour autant éliminer les mesures de protection.
Peter Haynes :
Je pense que la Clarity Act compte environ 185 pages. Je ne me souviens pas du nombre exact, mais vous avez raison. S’il y a un problème, elle comptera 1 000 pages, et ce ne sera pas bon pour le secteur. J’aimerais terminer avec votre boule de cristal. On se projette maintenant dans cinq à dix ans. Y aura-t-il une différence entre une action au Canada, aux États-Unis ou au Royaume-Uni? Y aura-t-il encore des bourses locales? Y aura-t-il toujours des avantages à être coté à la Bourse de New York? Expliquez-nous comment vous voyez l’évolution de la situation.
Brett Redfearn :
Je pense que jamais auparavant, Peter, je n’ai eu l’impression que l’avenir des marchés était aussi incertain. Il y a beaucoup d’incertitude, ce qui signifie qu’il y a beaucoup d’occasions, mais aussi certains risques pour les marchés financiers.
Ce qui est important pour moi dans cette percée de l’innovation, c’est que nous avons une grande confiance dans nos marchés. Nous disposons des marchés financiers les plus profonds et les plus liquides au monde. On ne peut pas tout gâcher. On veut favoriser l’innovation. On ne veut pas le faire au détriment, fondamentalement, de notre marché financier. Il va falloir trouver un équilibre.
Cela dit, j’ai tendance à avoir une grande confiance en nos processus. Si quelque chose est soumis à consultation, que tous les commentaires sont recueillis et qu’il y a un débat, je suis convaincu que ça mènera à une issue positive. Si ce n’est pas le cas, le système judiciaire peut alors intervenir et remettre les choses sur la bonne voie.
Fondamentalement, je crois que nos marchés financiers vont bien se porter. En ce qui concerne les participants individuels, oui, je pense qu’il y aura toujours des bourses. À vrai dire, les gens prétendent qu’il y a trop de bourses. En fait, je pense qu’il y aura davantage de plateformes. Lorsque vous laissez libre cours à l’innovation dans un cadre libertarien, cela signifie essentiellement plus de marchés et plus de façons d’effectuer des opérations. Ce pourrait être plus compliqué.
Peter Haynes :
C’est bon pour les activités de négociation. Si je suis négociateur, ça va devenir plus compliqué. Ils auront besoin de moi. Êtes-vous d’accord?
Brett Redfearn :
C’est une bonne chose pour les négociateurs. La question est de savoir si c’est bon pour les investisseurs.
Peter Haynes :
Tout à fait.
Brett Redfearn :
On doit faire les choses de manière à ne pas nuire à la formation des cours ni à la confiance des investisseurs. Je suis convaincu qu’on peut y parvenir, mais il faudra de nombreux commentaires, beaucoup de rétroaction de la part du public et un travail acharné de la part des organismes de réglementation pour trouver le juste équilibre. Je pense que New York conservera son attrait, mais là encore, je pense qu’il y aura plus d’inscriptions à la Bourse du Texas qu’on ne le pense. Il y aura donc de la concurrence au sein des inscriptions [inaudible 00:38:10].
Peter Haynes :
Je suis d’accord.
Brett Redfearn :
Je pense que si on élimine la règle sur la protection des ordres, on aura peut-être moins de marchés boursiers, mais plus de fonds de finance décentralisée ou quelque chose du genre. Je ne sais pas exactement, mais je peux vous dire que ce sera intéressant et amusant. Ce sera important de bien faire les choses.
Peter Haynes :
Une demande de bourse a été rejetée aujourd’hui ou hier. C’est la première fois depuis longtemps qu’on voit ça, je crois. C’est la Dream Exchange qui a essuyé un refus, sans doute pour d’autres raisons, mais les gens vont interpréter les raisons pour lesquelles la SEC a pris cette décision. C’est donc un cas intéressant. Cette demande a récemment fait l’objet d’une large couverture médiatique dans le Wall Street Journal.
J’ai une dernière question pour vous. Je me trouvais récemment à un événement où on a abordé certains de ces sujets. À la toute fin, la dernière question que m’a posée une personne était la suivante : qui consultez-vous et écoutez-vous concernant l’avenir? Ma question est donc la suivante : qui écoutez-vous en ce qui concerne l’orientation future et quels conseils avez-vous à donner aux auditeurs, en particulier aux investisseurs institutionnels qui veulent en savoir plus sur la segmentation en unités?
Brett Redfearn :
Je me rends compte que je dois changer mes habitudes à cet égard. J’ai notamment conçu ma propre liste de clients afin de trouver des gens qui font des choses très différentes et qui expérimentent dans le domaine de la segmentation en unités ou de la chaîne de blocs. Ce processus m’a vraiment aidé à enrichir mes connaissances. Il est également très instructif d’assister à des conférences, par exemple sur les cryptomonnaies. C’est drôle, j’assiste à des conférences sur la structure du marché boursier, où je connais tout le monde, et j’assiste à des conférences sur les cryptomonnaies. Les gens ont tous au moins 20 ans de moins que moi et ils parlent un langage qui, encore aujourd’hui, me laisse perplexe. On se promène parmi des gens qui offrent des choses dans la foule, ils font toutes sortes de choses différentes. D’ailleurs, il y a un million de choses de ce genre. Il faut donc trouver celles qui nous conviennent. Les fêtes sont plutôt sympas aussi, Peter.
Il est très important d’assister à ces événements. Il est extrêmement important de parler à des personnes à qui vous ne parleriez pas normalement. Pour ce qui est des conseils, j’ai en quelque sorte cette vision selon laquelle il existe trois types de personnes. Il y a ceux qui observent ce qui se passe, ceux qui font bouger les choses et ceux qui finissent par demander : « que s’est-il passé? ». La meilleure façon de ne pas être pris au dépourvu est de participer au déploiement de la technologie, de faire des expériences, d’agir, d’être présent dans la communauté, de faire bouger les choses, d’interagir et d’avoir une vision de la meilleure façon de procéder. Si vous faites bouger les choses, vous ne serez pas celui qui dira « qu’est-ce qui vient de se passer? » et qui se retrouvera en difficulté.
Peter Haynes :
Une autre chose que je dirais pour conclure, c’est que bon nombre des sociétés d’infrastructures et des marchés sont en train de s’introduire en bourse ou sont déjà cotés en bourse. J’encourage donc les investisseurs, les investisseurs institutionnels, à assister aux rencontres. Vous pouvez en apprendre beaucoup sur ces entités en participant aux réunions qui auront lieu pendant les tournées et autres événements.
Brett, je n’en reviens pas de tout ce que nous avons couvert au cours des deux balados. Je ne saurais trop vous remercier, au nom de Valeurs Mobilières TD, d’une part, d’avoir assisté à notre conférence et d’y avoir participé, mais aussi de nous avoir permis d’approfondir le sujet ici. Comme vous l’avez dit, on aura l’occasion d’en reparler à l’avenir. J’espère vous voir le 16 décembre sur scène, si tout se passe bien, pour partager votre expertise avec la SEC et la communauté au sujet de la prochaine série de règles sur la protection des ordres. Encore une fois, je vous remercie d’avoir participé à cette série de balados et je suis certain que cette conversation ne sera pas notre dernière.
Brett Redfearn :
Merci beaucoup de l’invitation, Peter. C’était génial.
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Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter s’est joint à Valeurs Mobilières TD en juin 1995 et dirige actuellement notre équipe Recherche, Structure des marchés et indices. Il gère également certaines relations clés avec les clients institutionnels dans la salle des marchés et anime deux séries de balados, l’une sur la structure des marchés et l’autre sur la géopolitique. Il a commencé sa carrière à la Bourse de Toronto au sein du service de marketing des indices et des produits dérivés avant de rejoindre Le Crédit Lyonnais (LCL) à Montréal. Membre des comités consultatifs sur les indices américains, canadiens et mondiaux de S&P, Peter a siégé pendant quatre ans au comité consultatif sur la structure du marché de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.