Peter Haynes :
Le marché américain représentait près de 65 % de l’indice MSCI Monde tous pays. Voilà de quoi faire encore monter les enchères sur un sujet qui, je le sais, frustre les détenteurs d’actifs mondiaux, à savoir, la concentration géopolitique de leurs portefeuilles sur le marché américain.
Bienvenue à l’épisode 78 du balado Bid Out, qui traite de la structure du marché au nord du 49e parallèle. Je m’appelle Peter Haynes, Je suis l’animateur de ce balado et, aujourd’hui, je vais essayer quelque chose de tout à fait inédit. Je vais faire cavalier seul pour aborder des sujets liés aux indices qui devraient intéresser les investisseurs d’indices mondiaux en 2026. D’habitude, c’est moi qui pose toutes les questions à ce micro. Ce balado va donc être différent pour moi, et j’espère que ça va vous plaire et vous intéresser. Comme beaucoup d’auditeurs le savent, toute ma carrière, depuis mes débuts à la Bourse de Toronto en 1988 jusqu’à maintenant, a été axée sur la construction des indices de référence et les enjeux qui se posent pour les utilisateurs d’indices.
Au cours de cette période de 38 ans, le secteur des indices a considérablement changé. Aujourd’hui, je veux évoquer certains des changements que j’ai pu observer dans ce secteur et, plus précisément, la façon dont ils vont influencer les marchés au cours de la prochaine année. Pour résumer, je pense que 2026 pourrait être une année majeure pour les investisseurs des indices, mais seul le temps nous le dira.
Commençons par l’évolution démographique de l’utilisation des indices. D’un point de vue national, les indices de référence comme l’indice composé S&P/TSX ou l’indice FTSE 100 ont toujours été importants pour les investisseurs locaux, comme outil d’exposition passive à l’ensemble du marché, mais aussi comme instrument de mesure du rendement pour la communauté des gestionnaires de fonds actifs. Ces indices locaux ont également été les principaux outils utilisés par les investisseurs pour obtenir une exposition aux marchés mondiaux. Jusqu’aux années 1990, il était courant pour les investisseurs qui voulaient une exposition mondiale de détenir chaque indice de référence des différents pays comme composante de base d’un portefeuille mondial, puis d’orienter les placements à l’échelon de chaque pays en fonction des prévisions du portefeuille, souvent en utilisant des contrats à terme standardisés locaux pour mettre en œuvre ces orientations.
À mesure que les obstacles aux placements sur les marchés mondiaux ont diminué, en partie grâce à l’électronisation des opérations et à la réduction des restrictions d’accès aux marchés locaux pour les étrangers, on a vu s’accroître l’utilisation des indices de référence mondiaux; d’abord aux États-Unis, où l’indice MSCI EAEO est devenu dominant, puis quand le FTSE GEIS et le MSCI Monde tous pays se sont imposés comme les principaux choix des investisseurs mondiaux. Lorsque les investisseurs se sont tournés vers les portefeuilles mondiaux, l’accent a été mis sur un seul titre, une seule classification par pays pour éviter que les indices rencontrent des problèmes de double comptage.
Aujourd’hui, très peu de détenteurs d’actifs, voire aucun, se retrouvent avec des portefeuilles à gestion passive mondiaux construits au moyen d’indices nationaux. Ces indices de référence nationaux sont maintenant le domaine exclusif des fonds d’investissement locaux, qui les utilisent comme instruments d’exposition passive, à la fois au moyen de paniers ou de fonds négociés en bourse, soit les FNB, ou comme outils de mesure du rendement pour les mandats à gestion active. La seule exception à cette règle est l’indice S&P 500, qui demeure vraiment un indice mondial.
Face à l’évolution du contexte de placement, les sociétés domiciliées dans les marchés développés devenaient de plus en plus multinationales, et il est devenu plus complexe pour les fournisseurs d’indices d’établir les règles déterminant de quel pays relevait une entreprise dans les critères de départage, c’est-à-dire, en général, à quel endroit elle est constituée en société. Les différents fournisseurs d’indices ne traitent pas toutes les sociétés de la même façon en ce qui concerne le territoire. Chaque fournisseur a ses propres critères.
Compte tenu de la nature mondiale de ces sociétés et de l’attrait gravitationnel du capital sur le marché américain, de sa domination mondiale, il n’est vraiment pas surprenant que des sociétés mondiales domiciliées ailleurs veuillent s’installer aux États-Unis pour être admissibles à l’indice S&P 500. Cela crée une boucle de rétroaction positive pour le marché américain. L’une des premières sociétés à franchir le pas a été NewsCorp, une société australienne qui réalisait 75 % de ses activités aux États-Unis et qui s’y est établie en 2004, pour finalement intégrer l’indice S&P 500. Cette démarche a eu de fortes répercussions sur le marché australien, où la société était le deuxième titre le plus important de l’indice. Les dirigeants de l’indice S&P ont ainsi été forcés de créer un second indice de référence local pour satisfaire les fonds qui estimaient que NewsCorp aurait dû rester dans l’indice local puisqu’elle constituait toujours, à leurs yeux, une part importante du marché australien.
Plus récemment, comme nous l’avons documenté ad nauseam dans nos travaux de recherche sur les indices, plusieurs sociétés au Royaume-Uni ont quitté le marché britannique pour le marché américain. La société d’infrastructures CRH est récemment devenue la première de ce groupe d’anciens émetteurs britanniques à intégrer l’indice S&P 500. Contrairement à l’Australie, les règles de l’indice FTSE au Royaume-Uni n’ont pas été immédiatement ajustées de manière à conserver les sociétés partant aux États-Unis, comme CRH, dans l’indice local. Certains changements récents apportés aux règles du FTSE pourraient permettre de le faire, et la question reste un sujet brûlant pour les participants au marché britannique, car les émetteurs à grande capitalisation comme AstraZeneca, la plus grande société du Royaume-Uni, et certaines compagnies pétrolières britanniques ont déjà évoqué publiquement la possibilité de rejoindre CRH et consorts sur le marché américain.
D’ailleurs, AstraZeneca va bientôt échanger ses certificats d’actions étrangères contre des actions ordinaires aux États-Unis, et certains experts pensent qu’il s’agit peut-être d’un premier pas vers une redomiciliation complète. Je soupçonne que les pressions locales au Royaume-Uni obligeront FTSE à conserver Astra dans l’indice local si l’entreprise change effectivement de domiciliation et finit par intégrer le S&P 500. En tout cas, il faudra suivre cela de près au cours des prochains mois. Soyons clairs : nous sommes d’accord avec la décision qu’un fournisseur d’indice local pourrait prendre pour permettre aux sociétés locales qui changent de domiciliation de rester dans l’indice de référence local si elles conservent une présence importante sur le marché en question. Après tout, il s’agit de multinationales mondiales qui sont bien implantées dans divers pays du monde. Chacune de ces sociétés mondiales a naturellement une forte présence aux États-Unis en raison de la taille de l’économie américaine, mais aussi dans le marché d’origine, en l’occurrence le Royaume-Uni.
Surtout, il n’y a pratiquement aucun recoupement dans les utilisateurs d’indices, entre le FTSE 100 et le S&P 500, par exemple. Le double comptage dans les portefeuilles n’est donc pas un facteur déterminant lorsqu’on parle d’indices de référence nationaux. Dans le cas des fournisseurs d’indices mondiaux, ils ont probablement transféré l’action relocalisée dans la composante américaine de leur indice de référence mondial, avec comme possible conséquence des flux supplémentaires au sein de l’univers des indices de référence mondiaux, ce qui souligne la distinction importante entre la gestion d’indices pour un groupe d’utilisateurs nationaux et un ensemble mondial d’utilisateurs. C’est noir d’un côté et blanc de l’autre.
Le sujet de la domiciliation a aussi fait couler beaucoup d’encre au Canada ces dernières années, plusieurs sociétés canadiennes intercotées cherchant à étendre la participation des actionnaires et l’inclusion passive dans les indices américains. Le plus célèbre de ces émetteurs a été Brookfield Asset Management à la fin de 2024, dont le président de l’époque, Mark Carney, qui se trouve être aujourd’hui le premier ministre du Canada, a laissé entendre publiquement qu’il n’y avait plus d’actionnaires à cibler au Canada et que le titre de la société avait besoin de plus de visibilité auprès des investisseurs aux États-Unis, entre autres.
Par ailleurs, les sociétés comparables du secteur, telles Blackstone et KKR, faisaient partie de l’indice S&P 500. Pour parvenir à l’inclusion dans l’indice américain qui ouvrirait l’accès à cette base inexploitée d’investisseurs américains, jusqu’ici réservée aux sociétés comparables, Brookfield a déménagé son siège social à New York. Bien entendu, quelques mois plus tard, en juin 2025, l’action a été ajoutée à l’indice Russell 1000. Mais elle n’est toujours pas considérée comme une action américaine par S&P et d’autres importants fournisseurs d’indices américains. La mission de Brookfield Asset Management n’est donc que partiellement accomplie. Nous ne sommes guère surpris par la décision de S&P de ne pas intégrer Brookfield dans son indice du marché global américain, c’est-à-dire le TMI, pour utiliser son acronyme. Le TMI est l’univers qui détermine l’admissibilité à l’indice S&P 1500 américain, et même si certains, y compris la société elle-même, pensaient qu’elle devrait être admissible au S&P 500, elle ne fait pas encore partie de ce bassin de candidats.
Comme je l’ai déjà mentionné, S&P et la plupart des autres fournisseurs d’indices privilégient toujours la constitution en société comme critère de départage. Il n’est donc vraiment pas surprenant que Brookfield n’ait pas encore intégré le bassin des sociétés admissibles. Nous pensons cependant que le moment est venu pour S&P de sonder les utilisateurs de ses indices en 2026 afin de déterminer si les sociétés mondiales dûment cotées aux États-Unis et ailleurs sont admissibles à l’indice S&P 500, à condition d’établir une règle pour veiller à ce que ces sociétés ne soient pas seulement cotées aux États-Unis, mais qu’elles constituent aussi des segments importants de l’économie et des marchés financiers américains. Évidemment, toute la difficulté résidera dans les détails de cette règle. Ainsi, les sociétés canadiennes réintégreraient un indice dont elles ont été obligées de sortir en 2002 – soit l’indice S&P 500 – en raison des préoccupations liées au double comptage. Et cela permettrait à Brookfield, Shopify, Agnico Eagle, Société minière Barrick et d’autres émetteurs canadiens à grande capitalisation intercotés, d’intégrer l’indice TMI. Et Shopify deviendrait immédiatement le plus important candidat à l’inclusion dans le S&P 500.
Dans le sillage de Brookfield, plusieurs sociétés canadiennes, dont Shopify et Barrick, ont ajouté le siège social américain dans les documents qu’elles déposaient. Toutefois, à une exception près, ces autres émetteurs n’ont pas abandonné simultanément le siège social au Canada, mais conservé deux sièges sociaux dans les documents déposés aux États-Unis. La seule exception était la société Restaurant Brands, symbole QSR, ou comme on l’appelle aux États-Unis, RBI. Après cette vague de dépôts de documents en mars et en avril de l’an dernier, FTSE Russell a mis fin à ce qu’elle craignait être un arbitrage indiciaire, en annonçant que les sociétés indiquant plus d’un siège social sur les documents déposés resteraient admissibles seulement dans le pays de constitution en société. Nous verrons bien, au cours des premiers mois de 2026, si des émetteurs canadiens, dont les titres que je viens de mentionner mais pas seulement, abandonneront leur siège social canadien pour suivre Brookfield et RBI dans les indices Russell. Et on peut dire avec un degré de certitude assez élevé que certains émetteurs y réfléchissent en ce moment même.
Les sociétés qui souhaitent le faire en vue de la révision de l’indice de juin prochain devront actualiser leurs documents d’ici le « Russell Rank Day », à la fin d’avril. La question de la domiciliation ne se limite pas à FTSE Russell. MSCI inclut également certains titres dans son indice américain qui sont considérés comme canadiens, notamment Waste Connection, et on se demande si MSCI n’en placera pas d’autres dans sa désignation américaine.
En ce qui concerne la domiciliation, au vu du calendrier de fusions-acquisitions transfrontalières déjà bien rempli et entamé, les fournisseurs d’indices nationaux vont devoir prendre des décisions très difficiles quant à certaines des opérations majeures qui s’annoncent. Commençons par les rumeurs publiques de fusion entre Rio Tinto et Glencore dans le secteur minier, qui donnerait la plus grande société minière au monde. Qu’adviendra-t-il de l’inclusion dans les indices de chacun de ces deux titres en Australie et au Royaume-Uni?
Rio Tinto absorbera-t-elle simplement les actions de Glencore au Royaume-Uni, en conservant sa catégorie d’actions australiennes à part? Ou l’entité fusionnée pourrait-elle envisager une autre approche? Il est facile pour les fournisseurs d’indices de – entre guillemets – suivre leurs règles, mais cela peut aussi entraîner un flétrissement des marchés locaux, et je ne pense pas que ça devrait être la voie à suivre dans chaque cas. Mais je reconnais que le problème est complexe. Concernant le Canada, S&P va se heurter à des décisions difficiles pour déterminer s’il faut conserver certaines sociétés visées par des fusions-acquisitions transfrontalières dans ses indices locaux. S&P a déjà élargi ses règles d’inclusion canadiennes l’an dernier, ce qui a permis à RBA de revenir dans l’indice composé S&P/TSX en juin 2025. À l’heure actuelle, trois importantes opérations transfrontalières impliquant des sociétés canadiennes sont en cours, et dans le contexte actuel, on peut aisément s’attendre à ce qu’il y en ait d’autres.
Il s’agit des opérations Anglo-Teck, Ovintiv-Nuvista et Cœur Mining-New Gold. Dans les trois cas, selon les règles de l’indice S&P/TSX, les titres canadiens devraient être retirés de l’indice local. Dans le premier cas, la fusion d’Anglo et de Teck, a rencontré beaucoup de résistance au Canada, principalement de la part de gestionnaires canadiens actifs qui pensent que la société fusionnée reste un élément important du marché canadien malgré sa constitution en société au Royaume-Uni et qu’elle devrait donc demeurer dans l’univers des indices locaux au moyen d’un compte d’actions Teck-Anglo combiné. L’opération devrait être conclue à la fin de 2026, et il sera intéressant de suivre ce dossier. S’il faut prendre les paris, on s’attendrait à ce que S&P trouve un moyen de conserver Teck-Anglo dans les indices canadiens. Et je suis certain que le titre sera aussi pondéré à la hausse dans l’indice FTSE 100. Toutefois, pour éviter de pousser trop loin sur le sujet, nous pensons, de manière générale, que le recoupement des indices nationaux devrait se limiter aux indices à grande capitalisation. Il est important que les indices de référence locaux demeurent représentatifs de l’univers de placement pour ses utilisateurs, tout en prévenant les jeux d’inclusion qui pourraient autrement se produire.
Un autre sujet suscitera certainement beaucoup d’intérêt dans les cercles indiciels en 2026, à savoir le calendrier des premiers appels publics à l’épargne, ou PAPE, aux États-Unis et leur traitement par les indices pour les émetteurs à mégacapitalisation. Plus précisément, et en se fiant uniquement aux articles de la presse, on peut s’attendre à des appels publics à l’épargne pour non pas une, mais deux sociétés dont la valorisation pourrait dépasser les 1 000 milliards de dollars aux États-Unis, c’est-à-dire SpaceX et OpenAI. À l’heure actuelle, les indices FTSE GEIS et MSCI Monde tous pays prévoient des règles d’introduction accélérée pour les PAPE importants, qui permettent aux sociétés d’intégrer ces indices dans un délai de cinq et dix jours, respectivement. Toutefois, pour les indices nationaux américains populaires, les nouveaux PAPE peuvent attendre jusqu’à quatre mois et demi avant d’intégrer l’indice Russell 3000. Dans le cas de l’indice S&P 1500, les sociétés doivent patienter au moins un an et être rentables, mais elles peuvent être incluses dans l’indice boursier global dès cinq jours après l’émission.
Pour l’indice S&P 500 des sociétés à grande capitalisation, le test de rentabilité peut poser problème, car les sociétés de croissance à mégacapitalisation qui deviennent des parties importantes du marché boursier doivent rester sur la touche en attendant d’intégrer l’indice. Par conséquent, le rendement partagé de ces sociétés ne contribue pas aux rendements de l’indice de référence, ce qui peut être important. Microsoft a attendu plus de huit ans après son PAPE pour intégrer l’indice S&P 500. Plus récemment, Tesla était la sixième société de l’indice S&P 500 lorsqu’elle a enfin été ajoutée en décembre 2020. Il est important de se rappeler que la taille des composantes peut avoir un fort impact, car les investisseurs qui suivent les indices établissent des positions dans le titre avant l’inclusion d’une société. Pour Tesla, l’action est passée d’une capitalisation boursière de 300 milliards de dollars à une capitalisation boursière de 500 milliards de dollars entre le moment où elle a annoncé son inclusion dans l’indice à la mi-novembre et son entrée effective dans le S&P 500 lors du rééquilibrage de décembre 2020.
Cela soulève une interrogation majeure : un changement d’indice peut-il tout simplement être trop important pour le marché? La réponse est oui, à mon avis. Lorsque ces titres monstres sont ajoutés à plein régime ou même lors de leur PAPE, les fournisseurs d’indices dont les flux sont importants doivent absolument envisager de procéder à l’inclusion par tranche, sur plusieurs dates. Le mécanisme réel d’inclusion de ces méga-PAPE sera intéressant à observer, en particulier le calcul du flottant au moment de l’inclusion dans l’indice. Habituellement, à l’issue d’un PAPE, tous les actionnaires, y compris l’émetteur, ne peuvent pas vendre leurs titres pendant une période donnée afin d’assurer une négociation en bon ordre de l’action. Ces titres sont ensuite libérés de l’entiercement à une date convenue entre le groupe de souscription et l’émetteur et les actionnaires vendeurs. Ce sera intéressant si cela se produit pour les méga-PAPE, compte tenu de l’ampleur de la participation avant l’entrée en bourse.
En ce qui concerne l’inclusion indicielle, les indices de référence pondérés en fonction du flottant n’incluent normalement que les actions qui font partie du PAPE dans la pondération initiale de l’indice. Ensuite, lorsque les actions sont débloquées, le flottant augmente pour refléter les actions librement négociables. Cela signifie que l’événement indiciel le plus important pour SpaceX et OpenAI ne sera pas forcément l’inclusion au moment du PAPE, mais plutôt la mise à jour trimestrielle qui suivra. Encore une fois, compte tenu de la taille de ces sociétés, il sera intéressant de voir si les actionnaires vendeurs ou les sociétés elles-mêmes tentent d’anticiper le reclassement des titres par rapport à l’inclusion indicielle ou à des pondérations nettement à la hausse. C’est un exercice très délicat. Ça n’a été réussi qu’une seule fois, lorsque Facebook a intégré l’indice S&P 500, en 2012 je crois.
Dernier point sur ce thème. Lorsque Tesla est passée de l’indice S&P Completion à l’indice S&P 500, certains participants au marché ont été pris au dépourvu par l’ampleur des ventes de la part des investisseurs de l’indice S&P Completion. C’est un problème pour S&P en ce qui concerne ces PAPE à mégacapitalisation. Si les PAPE à mégacapitalisation restent longtemps dans l’indice S&P Completion, ils fausseront certainement les rendements de cet indice, qui est maintenant assez largement suivi. Après tout, une capitalisation boursière flottante de 1 000 milliards de dollars équivaudrait à une pondération de 11 % dans l’indice S&P Completion. Voilà une raison de plus de vouloir passer ces mégacapitalisations dans le bon segment du marché le plus tôt possible.
Personne ne peut dire quels autres grands candidats au PAPE se lanceront en 2026, mais voici ce que l’on sait. Le secteur va faire pression pour que ces titres intègrent les indices américains plus rapidement que ce que les règles prévoient aujourd’hui. Notre point de vue sur les règles de procédure accélérée aux États-Unis est le suivant. Dans le cas des indices américains Russell de FTSE, nous pensons qu’il est logique de créer une règle d’inclusion accélérée comme le système GEIS mondial de FTSE. Quant à l’indice S&P 500, je pense qu’il est grand temps d’envisager de revoir la règle de rentabilité de 12 mois pour les sociétés à mégacapitalisation, qui impose une période de cotation minimale d’un an avant l’admissibilité à l’indice.
Les PAPE et la procédure accélérée seront probablement le plus grand enjeu relatif aux indices en 2026. Et si certains de ces PAPE importants intègrent de tout leur poids ces indices populaires, ça pourrait encore aggraver le problème de la concentration des sociétés technologiques à grande capitalisation dans des indices de référence tels que certains secteurs du S&P, potentiellement le NASDAQ 100 et les indices de croissance Russell. Une fois passées les turbulences du calendrier actuel des PAPE, la concentration du marché aux États-Unis sera probablement encore plus forte, à supposer, bien sûr, que la bulle de l’IA n’éclate pas. À la fin de 2025, le marché américain représentait près de 65 % de l’indice MSCI Monde tous pays. Voilà de quoi faire encore monter les enchères sur un sujet qui, je le sais, frustre les détenteurs d’actifs mondiaux, à savoir, la concentration géopolitique de leurs portefeuilles sur le marché américain.
Au premier abord, on pourrait penser que la domiciliation des sociétés mondiales est sans importance, mais l’administration américaine actuelle semble prête à dégainer rapidement lorsqu’il s’agit d’établir des règles. Prenons, par exemple, les récentes rumeurs d’interdiction des rachats d’actions et des versements de dividendes pour les sociétés américaines du secteur de la défense qui ne respecteraient pas les exigences du gouvernement d’investir davantage dans les usines et l’équipement, ou l’idée de limiter la capacité des investisseurs institutionnels de détenir des maisons familiales, ce qui a eu un impact sur certaines des entreprises de ce secteur. Ce type de comportement interventionniste peut fonctionner dans un discours populiste, mais il n’est pas nécessairement bon pour les investisseurs. Et, bien sûr, le pire scénario serait la nationalisation d’industries stratégiques, qu’il serait difficile d’écarter complètement compte tenu des récents investissements boursiers gouvernementaux des États-Unis et de diverses sociétés américaines importantes. Cela pourrait forcer les fournisseurs d’indices mondiaux à envisager un facteur de contenu étranger ou d’inclusion étrangère pour limiter l’exposition aux titres qui ont été touchés par les nouvelles interventions gouvernementales.
En parlant de Russell, l’année 2026 sera très intéressante pour le système indiciel américain, qui passera d’une seule révision annuelle à un calendrier de rééquilibrage semestriel. Il s’agit du premier changement majeur apporté aux activités indicielles américaines de Russell depuis que le fournisseur d’indice est passé d’un calendrier annuel à un calendrier trimestriel pour l’ajout des PAPE, en 2004. Comme nous l’avons évoqué, nous nous attendons à ce que les PAPE constituent une question centrale pour Russell cette année, mais le passage à un rééquilibrage semestriel est aussi un sujet d’actualité majeur. De toute évidence, le rééquilibrage de juin 2026 sera aussi, voire plus, important que celui de juin 2025, mais à quoi ressemblera décembre 2026?
Selon nous, le rééquilibrage de décembre sera nettement plus restreint sur le plan des migrations et des ajouts en dehors de l’univers des 3 000 sociétés cotées. En effet, un simple calcul laisse penser que, comme elles auront moins de temps, les sociétés seront moins à même de chambouler le classement au point d’entraîner des migrations. Néanmoins, en combinant décembre 2026 et juin 2027, nous pensons que les rééquilibrages semestriels induiront plus de roulement qu’un seul rééquilibrage annuel effectué en juin. D’après notre meilleure estimation, le taux de rotation global de Russell pourrait être de 10 % à 20 % plus élevé avec deux rééquilibrages par an plutôt qu’un.
Un autre sujet a fait les gros titres de l’actualité à l’automne 2025, à savoir le maintien de l’admissibilité aux indices des sociétés de trésorerie d’actifs numériques. On entend par là, les sociétés qui détiennent des actifs numériques au bilan. Plusieurs émetteurs cotés, qui figurent dans des indices de référence mondiaux populaires, commencent à diversifier leurs activités de trésorerie classiques avec des actifs numériques et, dans certains cas, les activités de trésorerie sont devenues la nature même de sociétés qui opèrent normalement dans d’autres secteurs, qu’il s’agisse de l’édition de logiciels d’entreprise ou l’hôtellerie. Le point de bascule a été atteint l’an dernier, lorsque Metaplanet, une société hôtelière japonaise, a effectué une levée de capitaux propres qui a presque entièrement servi à acheter du bitcoin. MSCI a décidé de suspendre l’augmentation de la part de Metaplanet dans l’attente d’une enquête plus approfondie, et le fournisseur d’indices a finalement lancé une consultation sur l’admissibilité à l’indice des sociétés détenant d’importants actifs numériques au bilan.
Le marqueur de démarcation proposé pour MSCI était de 50 % du bilan en actifs numériques. Par la suite, MSCI a publié une liste des sociétés qui pourraient être concernées par cette règle. Il est vrai, et je me situe dans cette catégorie, que la communauté des indices ne savait pas grand-chose des sociétés de trésorerie d’actifs numériques lorsque le problème est apparu, et on pensait la consultation courue d’avance : MSCI exclurait les sociétés détenant une proportion élevée d’actifs numériques au bilan une fois qu’elle aurait terminé sa diligence raisonnable. Toutefois, les sociétés de trésorerie d’actifs numériques ont commencé à contrer la décision concernant l’indice en déployant des efforts de sensibilisation importants, notamment en publiant les lettres envoyées à MSCI pour appuyer le maintien de leur inclusion dans l’indice. Strategy, la plus importante de ces sociétés, symbole MSTR, a envoyé sa propre lettre à MSCI et l’a rendue publique accompagnée de plusieurs arguments clés. Premièrement, Strategy a souligné la différence entre les sociétés en exploitation qui ont un mandat souple, comme elle, et les sociétés de fonds communs de placement qui ont une seule raison d’être, comme un FNB de bitcoins.
Ensuite, elle a soutenu que le test de 50 % de l’actif était assujetti aux jeux comptables, compte tenu des différences entre les règles comptables auxquelles sont tenues les sociétés établies aux États-Unis détenant des actifs numériques au bilan, et les règles comptables généralement admises dans le monde, ce qui peut donner lieu à des manipulations. Elle a ensuite argué qu’en excluant les sociétés de trésorerie d’actifs numériques, le fournisseur d’indices perdait sa neutralité et choisissait les gagnants et les perdants. Enfin, et à notre avis, surtout, Strategy a soutenu que la décision de retirer les sociétés de trésorerie d’actifs numériques était simplement trop précipitée. Il reste encore beaucoup à faire sur le plan de l’éducation et de la compréhension. Pour finir, MSCI a accepté et annoncé qu’elle ne retirerait pas les sociétés de trésorerie d’actifs numériques lors de l’examen de février et qu’elle allait procéder à des analyses supplémentaires, notamment sur les critères permettant de déterminer ce qu’est une société en exploitation. Nous pensons que cette analyse va devenir délicate. Par exemple, pourquoi une société qui détient des participations dans d’autres sociétés cotées et qui est désormais la dixième société en importance sur le marché américain – Berkshire Hathaway – figure-t-elle dans l’indice?
Berkshire n’est-elle pas semblable à un fonds géré par un gestionnaire d’actifs? Et Fairfax est l’équivalent canadien de Berkshire en ce sens. Ou qu’en est-il des sociétés de capital-investissement ou des fiducies de placement immobilier, ou FPI? Ces sociétés détiennent des participations dans d’autres sociétés ou, dans le cas des FPI, possèdent un seul immeuble. Or pour certains, ce sont plus des sociétés de portefeuille que des exploitants. Nous pensons que les fournisseurs d’indices préféreront éviter de pousser trop loin la réflexion, et nous nous attendons à ce que le débat finisse par se calmer. Selon nous, les autres grands fournisseurs d’indices qui surveillent ce segment vont aussi percevoir l’accalmie et ne s’attacheront plus à apporter d’éventuelles modifications à leurs indices de référence. Si certains des plus grands émetteurs se lancent à nouveau dans une frénésie d’achat d’actifs numériques, la question refera sans doute surface. Mais pour l’instant, je pense que la complexité du débat et l’incohérence des règles à appliquer amèneront les fournisseurs d’indices à rester tranquilles.
Si le sujet des sociétés de trésorerie d’actifs numériques est intéressant du point de vue des indices, il en va de même de l’impact potentiel de la technologie des actifs numériques, ou la chaîne de blocs comme on l’appelle, sur la négociation des titres de sociétés qui figurent actuellement dans les indices de référence américains ou mondiaux. En 2026, la Securities and Exchange Commission, soit la SEC, devrait accorder une exemption aux plateformes de négociation d’actifs numériques américaines qui se situent en dehors de la finance traditionnelle afin de leur permettre de négocier des instruments offrant une exposition aux actions aux participants au marché. Bien que les plateformes de négociation numérique offrent diverses formes d’exposition aux actions, nous nous attendons à ce que l’une d’elles soit composée de titres émis de façon autonome par l’émetteur, qui seront négociés aux côtés d’actions de la même société dans le cadre de la finance traditionnelle. C’est un sujet qu’on a déjà amplement abordé dans les épisodes de Bid Out et aussi dans le cadre de nos travaux de recherche sur la structure du marché américain, sous la direction de Reed Knock. Ces opérations de négociation soulèvent des questions intéressantes pour les fournisseurs d’indices quant aux données à inclure dans l’analyse de la liquidité, au degré de transparence après la négociation et à la comptabilisation des actions émises de façon autonome dans le flux de l’indice. Et d’ailleurs, les structures de propriété peuvent-elles encore être faciles à déterminer?
L’ouverture de la négociation en dehors de la finance traditionnelle favorise également la négociation en continu, ce qui a aussi des répercussions sur les fournisseurs d’indices. Il pourrait y avoir un jour une demande pour que les indices sectoriels importants soient calculés 23 heures ou 24 heures sur 24, ce qui compliquera la modification des indices pour les fournisseurs. Ce n’est sans doute pas un enjeu pour 2026, mais ce sera certainement un sujet à envisager au cours des prochaines années. D’ailleurs, si l’un des grands émetteurs de PAPE potentiels décidait de soutenir le secteur des jetons en offrant une partie de ses actions sous cette forme, la question se posera sans doute assez rapidement.
Ensuite, nous allons surveiller avec un vif intérêt si la nouvelle Bourse du Texas, qui devrait ouvrir au milieu de 2026, va poursuivre sur la voie de l’inclusion de titres de sociétés, comme prévu. Si le Texas réussit à détourner certaines sociétés émettrices du duopole formé par le NASDAQ et la Bourse de New York, cela aura des conséquences pour les négociateurs qui se concentrent sur les rééquilibrages indiciels aux États-Unis. Nous sommes convaincus que le Texas peut créer une facilité d’ordres au dernier cours à la fois bien conçue et adaptée aux exigences du secteur. Nous leur conseillons de ne pas recréer la roue, mais de créer un modèle qui fonctionne très bien aux États-Unis, semblable à la facilité des ordres au dernier cours du NASDAQ, et ce sera essentiel pour que les sociétés deviennent admissibles à l’indice. Mais ce n’est pas le plus dur.
Le plus dur, c’est de s’assurer que le secteur peut adapter ses flux de travail pour tenir compte d’une troisième source de données d’ordres au dernier cours. À première vue, on peut penser que c’est simple ou banal, mais c’est un point que les autorités texanes devraient garder à l’esprit dans l’élaboration de leur offre boursière. Certes, la plupart des bourses qui voient le jour aux États-Unis relèvent de la volonté d’en être aussi, sans aucune différenciation. Mais nous sommes convaincus que le Texas n’est pas dans cette démarche-là et qu’il sera une épine dans le pied du duopole NASDAQ/NYSE ces prochaines années. La bonne nouvelle pour les trois sociétés, c’est qu’il y a probablement de la place pour trois plateformes boursières aux États-Unis, et c’est le seul marché au monde où cela aurait du sens.
Enfin, nous allons continuer de surveiller avec un vif intérêt les mines qui vont exploser de temps à autre lorsque les fournisseurs d’indices changeront les règles ou que les émetteurs de FNB changeront d’indices de référence. Pour rappel, en 2025, FTSE a élargi son univers de sociétés à petite capitalisation admissibles à son indice de référence GEIS canadien, ce qui a entraîné des achats massifs dans ce segment du marché canadien, qui est dominé par les sociétés minières, en pleine effervescence dans le contexte actuel. De même, souvenez-vous que VanEck a transféré son FNB de sociétés aurifères à grande capitalisation de l’indice Arca Gold Miners de la Bourse de New York à un indice MarketVector, et les retombées en termes de flux ont été massives pour le secteur. Ces événements sont imprévisibles, sauf à dire que nous en prévoyons d’autres en 2026.
C’est tout pour aujourd’hui! Même si je pense qu’on a bien pris le pouls du secteur des indices, certains sujets vont certainement émerger en cours de route, en particulier dans les régions dont nous sommes plus éloignés, comme l’Europe et l’Asie-Pacifique. L’imprévisibilité du secteur des indices fait tout son intérêt, et nous avons hâte de poursuivre le dialogue avec les participants du secteur dans les mois qui viennent. J’espère que cet épisode de Bid Out vous a plu, et je reviendrai bientôt avec un nouveau balado, mais cette fois-ci, je vous promets de faire revenir de vrais invités. En attendant, je vous salue bien.