Finance durable – Revue de l’année 2025 et perspectives pour 2026
Ce que vous devez savoir :
- Pour les marchés ESG, 2025 a été une année de rééquilibrage, les participants au marché ayant réévalué les cibles et les stratégies dans un contexte de changements de politiques, de régulation et de politisation.
- Au cours de cette année difficile, la finance durable est restée résiliente, prouvant ainsi sa durabilité.
- Les investisseurs ont continué de privilégier les instruments dont le produit est destiné à des fins précises plutôt que les instruments liés à la durabilité. L’élan observé en ce début de 2026 est porté par la sécurité énergétique, la résilience des infrastructures ainsi que l’efficacité, et s’inscrit dans une trajectoire plus pragmatique.
Les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont fait l’objet d’un recalibrage en 2025, s’adaptant aux évolutions réglementaires, aux tendances divergentes du marché et aux nouvelles règles d’engagement sur les enjeux liés au climat et à la durabilité.
La réglementation mondiale est demeurée erratique et certaines politiques ont changé, ce qui a suscité de l’incertitude sur les marchés. Par conséquent, de nombreuses organisations ont redéfini leurs cibles intermédiaires ou réduit des composantes de leur stratégie de durabilité à mesure qu’elles réévaluaient leur approche, dans un contexte d’évolution des signaux envoyés par le marché et les politiques.
**Au-delà des manchettes, la rentabilité sous-jacente de la durabilité a continué de se renforcer : **
- Plus de lois imposant la publication de rapports sur la durabilité ont été adoptées qu’abrogées.
- Les engagements mondiaux en matière de carboneutralité ont augmenté pour une quatrième année consécutive.
- Des programmes de tarification du carbone ont été lancés.
- La demande d’électricité a bondi et les chaînes d’approvisionnement ont souffert.
- Des capitaux ont continué d’être investis dans les placements affichant un objectif de durabilité.
L’année dernière, pour la première fois, la finance durable a été réellement mise à l’épreuve dans un marché ESG en baisse. Elle a bien résisté avec une offre mondiale de 1 600 milliards de dollars US, soit une baisse de seulement 7 % par rapport à 2024 (1 700 milliards de dollars US).
En ce début de 2026, les investisseurs continuent de miser fermement sur la durabilité, mais avec une intention plus définie, principalement dans des domaines cruciaux comme la sécurité énergétique, la résilience des infrastructures, l’accélération de l’innovation et l’augmentation de l’efficacité.
Dans cet article, nous exposons les principaux points à retenir de 2025 et les principales leçons à tirer de cette année, qui devraient continuer de façonner les perspectives pour 2026.
SFaits saillants du marché de la finance durable en 2025
- Le volume d’actifs gérés dans des fonds durables mondiaux a augmenté pour s’établir à 3 900 milliards de dollars américains au quatrième trimestre de 2025, en hausse de 15 % par rapport à l’année précédente.
- Les obligations vertes et les prêts verts ont battu de nouveaux records, les investisseurs ayant continué de privilégier les instruments dont le produit est destiné à des fins précises, délaissant les titres de créance liés à la durabilité, qui se situent à des creux jamais vus depuis cinq ans.
- Les émissions d’obligations et de prêts liés à la durabilité ont diminué, car les pressions sur les sociétés pour qu’elles atteignent leurs cibles de rendement de 2025 se sont accentuées, la politisation accrue dans certains marchés ayant incité les émetteurs à ajuster ou à retirer complètement leurs indicateurs de rendement clés.
- Les obligations et les prêts de transition ont gagné en popularité, certains organismes de normalisation et certaines régions clés ayant fait évoluer les taxonomies et les feuilles de route de transition (International Capital Market Association [ICMA], Australie, Canada, Japon).
- Les émetteurs souverains et supranationaux et leurs agences ont continué de dominer le marché des obligations durables, mais les sociétés émettrices opérant dans des secteurs clés comme les produits industriels, l’énergie, les services financiers et les services publics sont demeurées actives.
- La politisation et d’importantes élections ont pesé sur certains marchés clés dès le début de l’année 2025, mais une plus grande certitude quant aux politiques observée au deuxième semestre continuera d’être bénéfique pour l’offre en 2026.
Alors que les organisations ont rajusté leurs engagements en matière de durabilité en 2025, les émissions d’obligations liées à la finance durable ont légèrement ralenti, témoignant de cette évolution, mais devraient reprendre en 2026 dans une forme plus mature et intégrée, portées par les thèmes de la sécurité énergétique, de la résilience des infrastructures et de l’efficacité.
Revue du marché mondial de la finance durable
En 2025, le marché mondial des titres de créance durables a fléchi pour s’établir un peu en dessous de 1 600 milliards de dollars US, soit une baisse de 7 % par rapport à 2024 (1 700 milliards de dollars US). Les volumes d’obligations durables sont demeurés stables, tandis que les volumes de prêts durables ont diminué. La part de marché des deux produits a baissé, l’offre globale sur les marchés des obligations et des prêts ayant atteint un niveau record en 2025.
Émission d’obligations durables mondiales et part de marché (en milliards de $ US)
Marché mondial des prêts durables
L’offre a fortement diminué en 2025, les prêts liés à la durabilité ayant été les plus durement touchés, passant de 530 G$ US à 418 G$ US.
Les services publics (23 %) et l’énergie (21 %) sont les sous-secteurs où l’activité liée aux prêts durables a été la plus dynamique, tandis que le secteur des matériaux a enregistré la plus forte baisse sur 12 mois (68 %). Le secteur des matériaux comprend les métaux et les mines, les produits chimiques, la fabrication de matériaux de construction, la fabrication de produits de la forêt et de papier, ainsi que les contenants et les emballages.
Bien que la composition en devises soit demeurée équivalente à celle de 2024, la livre sterling a affiché la plus forte progression, avec un volume ayant presque doublé grâce à l’activité accrue au sein des services publics et des produits industriels.
Aperçu du marché mondial des prêts durables
Marché mondial des obligations durables
Les tendances du marché de 2024 en matière de produits, de secteurs et de devises se sont poursuivies en 2025. La transition vers des instruments dont le produit est destiné à des fins environnementales (obligations vertes et durables) s’est poursuivie, les instruments liés à des objectifs précis et les obligations sociales ayant continué de perdre du terrain. La part de marché du secteur des services financiers a considérablement augmenté, passant de 18 % en 2024 à 21 % en 2025. Émises dans 47 devises en 2025, avec une hausse remarquable d’environ 50 % de l’offre chinoise, les obligations durables ont pris une dimension mondiale.
Aperçu du marché mondial des obligations durables
Sociétés émettant des obligations durables pour la première fois et sociétés aux émissions récurrentes
Aux États-Unis, plusieurs sociétés de centres de données ont émis d’importants volumes d’obligations à rendement élevé, ce qui a entraîné une tendance à privilégier les nouveaux émetteurs. Par ailleurs, en Europe, la part des emprunteurs ayant déjà des programmes d’obligations durables dans le marché global a encore augmenté pour atteindre 88 %, un niveau impressionnant qui s’explique par la normalisation de ces programmes dans la région.
Flux de fonds durables
À l’échelle mondiale, les titres à revenu fixe ont été la seule catégorie d’actif à attirer de nouveaux capitaux en 2025. La préférence plus marquée des investisseurs pour les titres à revenu fixe au détriment des actions indique une approche plus prudente dans un contexte d’incertitude économique persistante et d’accentuation des tensions géopolitiques.
Les secteurs à la loupe
Sociétés
Le climat politique et la réduction des mesures incitatives pour les projets verts aux États-Unis et dans d’autres régions du monde ont eu des répercussions sur les émissions de titres de créance de sociétés en Amérique du Nord et en Europe. Les sociétés ayant mis en place des cadres ESG ont maintenu leur présence sur le marché, mais la surveillance accrue et l’insuffisance des incitatifs tarifaires ont créé un modèle risque-rendement déséquilibré pour de nombreux émetteurs potentiels.
À l’inverse, les émissions d’obligations de sociétés en Asie ont inscrit une croissance sur 12 mois, tandis que celles d’organismes souverains et supranationaux et de leurs agences ont légèrement reculé. La transition verte, qui est un pilier de la politique économique et commerciale globale de la Chine, s’est traduite par une croissance de près de 50 % des émissions d’obligations vertes de la région.
Principaux facteurs favorables :
- Les sociétés, même dans les régions où les décisions politiques sont les plus défavorables, continuent d’allouer des capitaux à des activités « vertes », comme les infrastructures résilientes aux changements climatiques, l’efficacité énergétique, la décarbonation industrielle et la technologie des réseaux. L’émission d’obligations pour soutenir ces dépenses en immobilisations se poursuit, même si ces obligations ne sont pas toujours émises en tant que placements durables.
- Maintenant que les obligations émises en masse dans les années 2020 et 2021 arrivent à échéance et que des volumes records de capitaux retournent dans le système, les obligations vertes, sociales et durables atteindront environ 520 milliards de dollars américains en 2026, ce qui mettra à l’épreuve la vigueur des refinancements sur le marché et l’intérêt des investisseurs.
- De nombreux fonds négociés en bourse (FNB) durables de sociétés ont surpassé les indices de référence traditionnels en 2025, ce qui a créé une augmentation des réserves de capitaux en quête d’actifs durables; même les actifs des fonds durables américains ont atteint leur sommet de 2021, malgré les sorties de fonds continues.
Principaux facteurs défavorables :
- La politisation continue des facteurs ESG, en particulier aux États-Unis, a poussé les sociétés à se détacher davantage de la politique, voire, dans certains cas, à renoncer au risque médiatique potentiel lié à l’émission d’obligations durables.
- L’incertitude politique considérable entourant les crédits d’impôt pour les infrastructures durables en raison de la loi budgétaire One Big Beautiful Bill a entraîné le ralentissement ou l’annulation de projets dans les secteurs liés aux énergies renouvelables, ce qui a ralenti les besoins de financement vert connexes.
Émetteurs souverains et supranationaux et leurs agences
Les émetteurs souverains et supranationaux et leurs agences sont demeurés la pierre angulaire du marché avec des émissions totalisant 517 milliards de dollars US. L’offre sur 12 mois a légèrement diminué, de 1,5 %.
Principaux facteurs favorables :
- La croissance continue des programmes de financement des banques multilatérales de développement a entraîné l’augmentation des volumes d’émissions d’obligations durables.
- Les banques multilatérales de développement ont réaffirmé leur engagement à renforcer et à accélérer le financement pour le climat lors de la COP30, et se sont donné pour objectif d’atteindre une mobilisation de 120 milliards de dollars américains de leurs propres ressources et de 65 milliards de dollars américains en capitaux privés d’ici 2030.
- Les émetteurs souverains et supranationaux et leurs agences demeurent des chefs de file de l’innovation en matière de produits, notamment avec la toute première obligation de 100 millions de dollars US visant à financer des projets de développement durable à impact élevé dans la région amazonienne.
Principaux facteurs défavorables :
- Les contraintes budgétaires et le nombre limité de projets investissables continuent de peser sur les principaux domaines d’investissement, comme l’adaptation aux changements climatiques.
- Bien que de nombreux émetteurs souverains et supranationaux et de nombreuses agences cherchent d’autres formes de capital concessionnel, de soutien gouvernemental ou de financement par le secteur privé, il est souvent difficile de réunir et de mobiliser efficacement des capitaux, car il faut faire concorder priorités et incitatifs.
Services financiers
Les émissions d’obligations durables du secteur des services financiers ont augmenté de 5 % en 2025, principalement en raison de l’augmentation importante de l’activité au sein des banques d’État chinoises. Si les autres segments sont demeurés relativement stables, le secteur bancaire a enregistré une croissance de 25 % et les services financiers, une baisse de 44 % des émissions sur 12 mois.
Principaux facteurs favorables :
- Bien que l’Alliance bancaire Net Zéro (NZBA) ait arrêté ses activités en 2025, la majorité des banques mondiales demeurent déterminées à atteindre leurs cibles de financement durable, notamment en émettant des obligations durables.
Principaux facteurs défavorables :
- En 2025, les émissions d’obligations sociales du secteur des services financiers ont fortement ralenti, les programmes d’équité, diversité et inclusion ayant été remis en question par des responsables politiques, et de nombreuses institutions ayant réduit ou éliminé les cibles qui servaient auparavant de piliers à leurs cadres sociaux.
Perspectives en matière de finance durable pour 2026
La finance durable entame 2026 alors qu’elle est en phase de transition, après une année 2025 chaotique qui a mis à l’épreuve la résilience du marché, mais qui a finalement renforcé la pérennité des thèmes de durabilité à long terme.
En 2026, plusieurs forces guideront les marchés de la finance durable :
- Nous nous attendons à ce que les volumes d’émissions d’obligations durables soient comparables à ceux de 2025, avec une part probablement plus importante en Europe et dans la région Asie-Pacifique.
- Les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables devraient s’accélérer dans toutes les régions, ce qui fera augmenter les émissions d’obligations durables.
- Aux États-Unis, la croissance devrait demeurer forte, car l’essor des centres de données continue de stimuler la demande d’énergie propre malgré les obstacles politiques.
- En Europe, la construction rapide d’infrastructures par les fournisseurs de services à très grande échelle, combinée au rôle de plus en plus stratégique de l’énergie propre pour la sécurité et la compétitivité, devrait permettre de maintenir le rythme en 2026.
- L’activité des fonds durables, notamment les ouvertures par rapport aux fermetures, sera un indicateur important de la trajectoire future du marché. Bien que les flux de fonds soient demeurés résilients en 2025, il faudra que l’offre d’actifs durables reste diversifiée pour que les fonds puissent atteindre les taux de rendement et les cibles d’investissement durable.
Alors que les organisations ont rajusté leurs engagements en matière de durabilité en 2025, les émissions d’obligations liées à la finance durable ont légèrement ralenti, témoignant de cette évolution, mais devraient reprendre en 2026 dans une forme plus mature et intégrée, portées par les thèmes de la sécurité énergétique, de la résilience des infrastructures et de l’efficacité.
Termes clés :
Émetteurs souverains, supranationaux et leurs agences Prêts liés à la durabilité Obligations liées à la durabilité Banque multilatérale de développement Obligations vertes, sociales et durables Loi budgétaire « One Big Beautiful Bill »
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