Au-delà de l’autoroute : la feuille de route de Kodiak AI vers le camionnage autonome et l’IA physique
Invité : Don Burnett, fondateur et chef de la direction, Kodiak AI
Animateur : Itay Michaeli, directeur général et analyste principal, Autos et pièces d’auto, TD Cowen.
Dans cet épisode, nous explorons la vision de Kodiak AI visant à révolutionner la mobilité dans le secteur du camionnage autonome dans divers environnements. La société préconise une approche qui étend le déploiement de sa technologie au-delà des routes structurées ou de la conduite sur autoroute. La conversation porte sur les nouvelles possibilités qu’offre le camionnage autonome hors autoroute, sur les débouchés dans le secteur de la défense ainsi que sur le lancement prochain de la solution de conduite sur autoroute sans conducteur de Kodiak. Nous abordons également les changements réglementaires qui favorisent l’adoption des véhicules autonomes, ainsi que les ambitions futures de Kodiak visant à étendre l’utilisation de l’IA physique à des cas d’utilisation qui vont au-delà du camionnage.
Ce balado a été enregistré le 27 mai 2026.
Locuteur 1 :
Bienvenue à Insights de TD Cowen. Ce balado réunit des penseurs de premier plan qui offrent leur éclairage et leurs réflexions sur ce qui façonne notre monde. Soyez des nôtres pour cette conversation avec les esprits les plus influents de nos secteurs mondiaux.
Itay Michaeli :
On est en direct à la 54e Conférence annuelle sur la technologie, les médias et les télécommunications de TD Cowen. Je m’appelle Itay Michaeli et je suis analyste, Automobile et Mobilité. Je suis ravi d’accueillir Don Burnette, fondateur et chef de la direction de Kodiak AI. Don, bienvenue au programme.
Don Burnette :
Merci de m’avoir invité.
Itay Michaeli :
Merci à vous. Vous pourriez peut-être commencer par nous présenter Kodiak AI, de ce que vous faites, vos activités et le secteur passionnant des VA et de l’IA physique.
Don Burnette :
Bien sûr. Kodiak est une société d’IA physique. On repousse les limites de l’IA dans le monde physique, en particulier dans le secteur de la mobilité. On existe depuis environ huit ans et, traditionnellement, on s’est concentré sur les applications commerciales de l’automatisation, notamment le transport routier longue distance pour notre produit de conduite autonome. On a un système de conduite unique fondé sur l’IA qui est capable de fonctionner aussi bien dans des environnements structurés que non structurés. Donc, contrairement à beaucoup d’autres sociétés du secteur de la conduite autonome, on ne se concentre pas seulement sur les applications routières : on propose également des applications hors route à nos clients. Par exemple, dans le bassin permien de l’Ouest du Texas, on a récemment annoncé un nouveau client du secteur de l’exploitation forestière basé au Canada, et l’on fournit également des solutions de conduite autonome au secteur de la défense. On intervient dans le secteur de la défense dans le cadre de plusieurs programmes et auprès de plusieurs branches des forces armées américaines, à commencer par la Force aérienne. On a également travaillé avec l’Armée de terre. Plus récemment, on a travaillé avec le Corps des Marines. Notre technologie consiste essentiellement à automatiser la mobilité dans différents environnements, sans se limiter à certaines infrastructures ou à certains types de routes, qu’il s’agisse d’autoroutes ou de rues. On couvre en quelque sorte tout ce qui se situe dans ce spectre.
Itay Michaeli :
Excellent. Donc, votre solution est déjà en service. Vous avez des camions autonomes sans conducteur qui circulent dans le bassin permien pour votre client Atlas. Depuis combien de temps les avez-vous? Combien de camions sont actuellement en service sur le terrain, et qu’apprenez-vous au fur et à mesure que vous développez cette activité avec ce client?
Don Burnette :
Oui, cela fait longtemps qu’on travaille dans ce domaine. Je travaille dans ce secteur depuis près de 18 ans. Comme beaucoup d’auditeurs le savent, on nous promet la conduite autonome depuis plusieurs décennies. Et comme vous l’avez souligné, c’est enfin une réalité. Au premier trimestre, on a déployé 28 camions autonomes sans conducteur. Et quand je dis « sans conducteur », cela signifie qu’il n’y a personne dans la cabine et qu’aucune surveillance depuis un poste à distance n’est requise. Ces camions sont vraiment autonomes. Ils sont déployés auprès de la société Atlas Energy Solutions. Ils fonctionnent au quotidien, sans interruption. Ils sont en service 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ces véhicules n’ont pas de temps d’arrêt. Il est donc essentiel qu’ils soient toujours opérationnels, prêts à fonctionner et pleinement capables d’accomplir leur mission.
C’est ce qu’on fait depuis 18 mois. On commence à acquérir une expérience considérable, et l’efficacité de ces véhicules s’améliore considérablement. Rien qu’au premier trimestre, ces véhicules ont effectué davantage d’heures de conduite autonome que pendant l’ensemble de l’année 2025. On est donc véritablement en train d’étendre notre présence. En ce qui concerne l’apprentissage, il s’agit surtout de comprendre les interactions avec le client. Comment utilise-t-il les véhicules? Comment s’en sert-il pour collecter les marchandises? Comment les décharge-t-il? De quelles personnes a-t-on besoin de part et d’autre, et comment gère-t-on ces flux de travail? C’est le genre de choses qu’on ne peut pas vraiment apprendre lors des tests, tant qu’on n’a pas déployé le produit en conditions réelles. On a maintenant atteint une échelle suffisante, même si l’on en est encore aux débuts et que l’activité demeure relativement petite, pour qu’il s’agisse de véritables conditions d’exploitation. Il y a tellement de camions qui arrivent et repartent toute la journée qu’il faut vraiment que ce soit une machine bien huilée. Ce sont des enseignements qu’on pourra ensuite mettre à profit auprès d’autres clients à mesure qu’on commencera à offrir cette technologie à un éventail plus large de clients.
Itay Michaeli :
En parlant d’autres clients, je pense que vous avez récemment annoncé un projet pilote dans un autre segment de marché au Canada avec West Fraser. Pouvez-vous nous parler des occasions qui s’offrent à vous au-delà du bassin permien, tant du côté de ce projet pilote avec West Fraser que, peut-être, dans d’autres segments de marché à travers le monde où votre technologie pourrait être déployée?
Don Burnette :
D’accord. On est très heureux d’annoncer l’arrivée du client West Fraser. Il s’agit de l’une des plus grandes sociétés de produits forestiers au monde. Elle exerce ses activités dans quatre pays, principalement au Canada. Pour nous, il s’agit de notre première expansion internationale et de la première mise en œuvre de nos capacités à l’étranger. En fin de compte, le secteur de l’exploitation forestière constitue un cas d’utilisation particulièrement intéressant, puisque les routes et les sites de travail sont généralement très éloignés. Ils se déplacent beaucoup et travaillent dans des environnements complètement non structurés. C’est un domaine où la technologie de Kodiak excelle véritablement. On est donc très enthousiastes à l’idée de se lancer dans le secteur de l’exploitation forestière et de démontrer qu’on peut véritablement automatiser l’ensemble du processus de transport des marchandises, notamment des rondins, qu’il s’agisse de matières premières ou de matériaux en cours de transformation, jusqu’à leur destination. On peut le faire de façon sécuritaire. Et de façon efficace. On peut le faire à un coût concurrentiel.
Au-delà de l’exploitation forestière, il y a aussi des occasions dans des secteurs comme l’exploitation minière et l’extraction des ressources naturelles. On trouve ce type d’activité partout dans le monde, mais l’une des plus grandes occasions se trouve en Australie-Occidentale. On réfléchit donc à cette expansion à l’échelle mondiale et, de façon très large, aux endroits où nous pourrions déployer cette technologie et créer de la valeur pour les entreprises de transport routier partout dans le monde.
Itay Michaeli :
D’accord. Ravi de voir les progrès, Don. Et qu’en est-il du secteur de la défense? C’est un autre domaine qui suscite beaucoup d’intérêt, bien sûr, dans le contexte de l’IA physique. Je sais que vous avez fait récemment des annonces à ce sujet. Parlez-nous des occasions que vous voyez dans le secteur de la défense.
Don Burnette :
On vient d’annoncer un partenariat stratégique avec General Dynamics Land Systems. Comme tout le monde le sait, cette société est l’un des principaux maîtres d’œuvre de véhicules terrestres pour les forces armées américaines et les forces alliées partout dans le monde. On est donc très enthousiastes à l’idée de travailler avec elle pour intégrer les capacités de conduite autonome aux véhicules militaires de demain. Et je pense que c’est un domaine qui prend véritablement de l’ampleur et gagne en momentum. Il a émergé au cours de la dernière décennie. L’accent a surtout été mis sur les applications autonomes aériennes, mais je pense que l’autonomie terrestre aura bientôt son heure de gloire. La technologie est là, elle est sûre et fiable. Elle peut être déployée à grande échelle. On a mis en place l’infrastructure et la chaîne d’approvisionnement nécessaires pour les mettre sur le marché. En partenariat avec General Dynamics, je pense qu’on va vraiment pouvoir avoir un impact important sur le secteur de la défense au cours des prochaines années, et l’on est impatients de collaborer avec le département de la Défense dans le cadre de futurs programmes.
Itay Michaeli :
Excellent. Pour ce qui est du transport longue distance sur autoroute, je crois que votre objectif est de passer à une exploitation sans conducteur d’ici la fin de l’année, vers la fin de 2026. Quel est le chemin pour y parvenir? Et une fois cet objectif atteint, comment doit-on envisager les possibilités de déploiement à grande échelle de camions autonomes sur les routes au cours des prochaines années?
Don Burnette :
On est en train de finaliser notre dossier de sécurité. C’est ainsi qu’on appelle notre analyse statistique exhaustive, fondée sur des données, des capacités de notre système par rapport à celles d’un conducteur humain. On a réalisé 86 % du travail nécessaire pour atteindre notre objectif de 100 %, et l’on prévoit l’achever d’ici la fin de l’année, puis commencer à déployer des véhicules autonomes sans conducteur sur les autoroutes à compter de 2027 et au-delà. Pour nous, il s’agit de la plus grande occasion d’application de la conduite autonome au monde. Le camionnage et la logistique sont l’un des plus importants secteurs au monde. Et l’on est très enthousiastes à l’idée de prendre de l’expansion. Notre réseau commercial s’étend déjà sur 25 000 milles sur l’ensemble du réseau autoroutier des États-Unis, principalement dans les États du sud, où l’on a actuellement les autorisations réglementaires nécessaires pour exploiter des camions sans conducteur et où l’on compte accroître notre flotte. On a donc établi des partenariats avec certains des meilleurs fournisseurs du secteur automobile, notamment Bosch. On travaille avec Roush en tant que partenaire manufacturier. On a mis en place tous les éléments nécessaires pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement et nous permettre de prendre de l’ampleur une fois qu’on retirera les conducteurs plus tard cette année.
Itay Michaeli :
Très bien. L’une des questions qu’on me pose souvent est la suivante : vous êtes actifs dans le transport longue distance, le secteur industriel et la défense. Qu’en est-il de votre pile technologique? Je sais que vous avez notamment vos modules de capteurs, mais l’IA occupe une place importante. Qu’est-ce qui, dans votre technologie, la rend aussi facilement transférable à tous ces différents domaines?
Don Burnette :
La clé de la transférabilité et de la capacité de généralisation, c’est qu’il faut un système d’IA. On ne peut pas avoir un système conçu manuellement à partir de règles, car il deviendrait trop rigide dès qu’on commencerait à modifier les paramètres de l’environnement. On a été en mesure d’entraîner notre solution d’IA de bout en bout à partir d’une très grande variété d’ensembles de données, ce qui a vraiment été la clé pour exploiter les capacités de conduite généralisées. On a consacré des années à recueillir, à collecter et à sélectionner des données provenant de toutes sortes d’environnements : autoroutes, routes de surface, milieux urbains, routes hors route, chemins de terre, terrains en pleine nature, forêts tropicales, dunes. Vous l’aurez compris, on est allé recueillir des données dans toutes sortes de contextes. On regroupe ensuite toutes ces données dans un seul ensemble de données et l’on entraîne un seul système, qui peut alors conduire là où il doit aller. Et l’on ne dépend pas d’une cartographie préalable haute définition des environnements. C’est particulièrement important dans des environnements non structurés où il n’y a vraiment rien à cartographier. C’est de cette façon que fonctionne notre système : c’est vraiment un système d’IA de bout en bout. C’est ce qui lui permet de s’adapter à tous ces domaines différents.
Itay Michaeli :
Excellent. Qu’en est-il du cadre réglementaire? Beaucoup de choses se sont passées récemment. Devient-il plus favorable à la croissance? Il reste encore des défis à relever. Que constatez-vous actuellement sur le plan réglementaire?
Don Burnette :
Les organismes de réglementation comprennent les enjeux. Ils comprennent l’importance de cette technologie pour notre économie et pour la sécurité. On a constaté un large soutien à tous les niveaux – municipal, étatique et fédéral – pour le déploiement sécuritaire et responsable de cette technologie. À l’échelle des États, environ 29 d’entre eux nous ont déjà donné le feu vert pour exploiter nos activités. On a ajouté la Californie à la liste il y a quelques semaines, ce qui est très encourageant. C’est l’aboutissement d’un long travail. On a travaillé sur ce dossier pendant de très nombreuses années et, tout récemment, un projet de loi a été présenté au Congrès fédéral afin de permettre aux véhicules autonomes, y compris les camions, de circuler dans les 50 États. La dynamique est donc bien engagée. On est très enthousiastes à l’idée de soutenir ces initiatives. On estime pouvoir compter sur l’appui du cadre réglementaire et il n’y a véritablement plus rien qui nous empêche de prendre de l’expansion et de développer nos activités.
Itay Michaeli :
Don, quelle est votre vision pour Kodiak au cours des deux ou trois prochaines années? Et, dans cette trajectoire, quelles sont, selon vous, les principales occasions de croissance, mais aussi les risques supplémentaires que vous devrez gérer?
Don Burnette :
Pour nous, cette période a été marquée par une transition : on est passé d’une société technologique principalement axée sur la recherche et le développement, véritable centrale d’ingénierie, à une société qui se demande désormais comment déployer notre technologie. Comment la mettre à échelle? Quels sont les besoins de nos clients? Quel produit doit-on développer? On a donc fait évoluer notre approche dans cette direction au cours des dernières années. On est maintenant à un point d’inflexion où cette technologie est sur le point de prendre son essor et où son adoption commencera à s’accélérer. Au cours des deux prochaines années, l’objectif sera donc de rester concentrés sur la mise à l’échelle, de commercialiser le produit, de veiller à la satisfaction de nos clients et, ensuite, d’en accueillir davantage, d’en ajouter toujours plus et de poursuivre la mise à l’échelle du produit. À plus long terme, si l’on se projette sur la prochaine décennie, je pense que l’on verra la conduite autonome se généraliser dans l’ensemble du réseau de transport, et Kodiak fournira la technologie qui propulsera ces véhicules.
Itay Michaeli :
Très bien. Enfin, je sais que vous avez beaucoup de pain sur la planche, mais comment envisagez-vous le rôle de Kodiak dans l’ensemble du domaine de l’IA physique? Vous êtes déjà présents dans plusieurs segments de marché et continuez d’y prendre de l’expansion. Y a-t-il d’autres occasions que vous pourriez explorer ou envisager d’explorer au cours des prochaines années, comme les licences et d’autres segments de marché? Que pensez-vous des occasions plus vastes offertes par l’IA physique?
Don Burnette :
L’IA physique est en fait définie par deux facteurs. Il y a le manque d’accès aux données, et aussi la faible puissance. Si l’on pense à l’IA à l’échelle des centres de données, où d’immenses modèles comportant des centaines de milliards de paramètres s’exécutent dans des centres de données et nécessitent une quantité considérable d’énergie, on ne dispose pas d’un tel budget énergétique dans le monde physique. On appelle cela l’IA en périphérie. L’informatique en périphérie fonctionne avec une consommation d’énergie très faible.
Le deuxième élément, c’est que les systèmes d’IA à l’échelle des centres de données disposent de toute l’information accessible sur Internet, à portée de main. C’est différent dans le monde physique. Il faut recueillir les données. Ces ensembles de données n’existent pas déjà et sont habituellement propres à chaque cas d’utilisation. On a donc déjà une longueur d’avance et un avantage considérable dans le domaine de l’IA physique, puisqu’on a été des pionniers dans le développement de systèmes d’IA à faible consommation énergétique et qu’on a également accès aux données. Comme j’ai mentionné précédemment, notre ensemble de données est généralisé à l’ensemble du secteur du transport. On envisage clairement un avenir où le système de conduite Kodiak pourrait équiper des voitures. Il pourrait servir de solution d’aide à la conduite automobile et être offert sous licence. Les possibilités de déploiement à l’avenir sont vraiment infinies.
Itay Michaeli :
C’est une période vraiment passionnante, Don. On a hâte de continuer à suivre vos progrès. Merci beaucoup de vous joindre à nous à l’occasion de la 54e Conférence annuelle sur la technologie, les médias et les télécommunications de TD Cowen. C’est formidable de vous avoir avec nous.
Don Burnette :
Ça m’a fait plaisir.
Locuteur 1 :
Merci de nous avoir écoutés. Ne manquez pas le prochain épisode du balado Insights de TD Cowen.
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Itay Michaeli
Itay Michaeli
Directeur général et analyste principal, Autos et pièces d’auto, TD Cowen
Itay Michaeli est analyste principal, Autos et pièces d’auto. Avant de se joindre à TD Cowen en 2024, il a couvert le secteur pendant plus de 20 ans.