Gros plan sur le commerce agentique avec ReFiBuy
Animateur : John Blackledge, directeur principal, Technologies, Médias et Télécommunications et analyste de recherche Internet, TD Cowen
Invité : Scot Wingo, chef de la direction, ReFiBuy
Dans ce balado, on reçoit Scot Wingo, de ReFiBuy, pour discuter de l’avenir du commerce agentique. On examine le potentiel du commerce agentique à bouleverser la publicité numérique traditionnelle et la possibilité que les plateformes de commerce électronique prennent en charge l’expérience de commerce agentique. Enfin, on se penche sur la confiance que les consommateurs accordent aux recommandations de produits générées par de grands modèles de langage (GML).
Ce balado a été enregistré le 28 mai 2026.
Annonceuse :
Bienvenue à Insights de TD Cowen. Ce balado réunit des penseurs de premier plan qui offrent leur point de vue sur ce qui façonne le monde qui nous entoure. Soyez des nôtres pour cette conversation avec les esprits les plus influents de nos secteurs mondiaux.
John Blackledge :
Bonjour. Nous sommes en direct de la 54e Conférence annuelle sur la technologie, les médias et les télécommunications de TD Cowen. Je m’appelle John Blackledge, analyste Internet à TD Cowen. Je suis heureux d’accueillir à ce balado Scot Wingo, chef de la direction de ReFiBuy. Merci d’être avec nous. Pour vous, ça n’a aucun secret.
Scot Wingo :
Je produis parfois trois balados par semaine, alors j’adore ce format. Ça ne demande aucune préparation : on se lance et on discute. C’est mon format.
John Blackledge :
C’est super.
On vous a reçu plus tôt aujourd’hui dans le cadre d’une table ronde sur le commerce agentique. Je trouvais que vous aviez fait un excellent travail. C’était très instructif. J’aimerais commencer par vous demander de définir le commerce agentique, ainsi que le débat entourant sa définition. Commençons peut-être par là.
Scot Wingo :
Tout le monde a plus ou moins sa propre définition du commerce agentique, et la mienne est assez large. Pour moi, dès qu’une IA générative ou un grand modèle de langage (GML) aide quelqu’un à faire des recherches, à trouver ou à acheter un produit, il s’agit de commerce agentique.
Et ça peut se produire sur une variété de services différents. Le cas d’utilisation le plus courant dans notre domaine à tous les deux, ce sont ces moteurs de réponse. Ça comprend ChatGPT, Gemini, Perplexity. Meta en a maintenant un aussi, et ainsi de suite.
Je considère aussi que Rufus relève aussi du commerce agentique. Je l’inclus dans cette catégorie. C’est un agent hébergé par un détaillant qui aide les gens à trouver des produits dans un format différent de l’ancien format de recherche sur le site. Même si vous alliez sur OpenClaw et demandiez simplement à un agent sans interface (headless agent) de faire des choses pour vous, je considère également cela comme du commerce agentique.
Je me retrouve parfois au cœur de ces débats. J’étais à Shoptalk, et c’est un peu devenu célèbre. Tout ça avait été déclenché par un débat en ligne auquel je me suis retrouvé à participer. Il y a un groupe de personnes, qui viennent généralement du secteur des réseaux de médias de détail, mais aussi du secteur des paiements, qui privilégient une définition très stricte du commerce agentique. Selon leur définition, vous, John, vous vous réveillez un matin et vous vous dites : « J’ai besoin d’une nouvelle paire de chaussures. » Vous dites à un agent que vous avez besoin d’une nouvelle paire de chaussures, et c’est tout. Dans leur définition, c’est donc quelque chose de complètement autonome. C’est à peu près comme ça que je le conçois.
Je sais que vous suivez le secteur des véhicules autonomes, et c’est presque comme si vous disiez : « Je vais uniquement considérer comme véhicules autonomes ceux qui en sont au stade où Waymo se trouve aujourd’hui. » Mais il a fallu 20, 25, 30 ans à Waymo pour en arriver là. C’est leur définition, et c’est correct. Chacun peut avoir sa propre définition. Mais ce qu’ils font ensuite, c’est utiliser cette définition pour dire : « On ne peut pas faire ça aujourd’hui, donc ce n’est pas vraiment une réalité et vous ne devriez pas vous en préoccuper. » Je ne pense pas que ce soit un bon conseil que de dire aux gens de ne pas porter attention à tout ça. C’est pourquoi je veux intervenir là-dessus et dire que vous pouvez avoir votre propre définition. Mais voici comment je vois les choses. Il y a énormément d’activité qui se déroule actuellement et on ne peut tout simplement pas l’ignorer.
John Blackledge :
Pour reprendre votre comparaison avec les véhicules autonomes, Waymo est au niveau 4. Il y a d’autres acteurs aux niveaux 2 et 3. Alors, quelle serait l’équivalence, je suppose, dans le domaine du commerce agentique, si on le considère de la même façon que l’échelle des véhicules autonomes?
Scot Wingo :
Oui. Pour alimenter ce débat, je me suis effectivement inspiré du cadre des véhicules autonomes et j’ai établi cinq niveaux d’autonomie pour les agents et le commerce agentique. On commence au niveau zéro, c’est-à-dire que vous ne faites rien. Apple est, en quelque sorte, le seul acteur de notre secteur qui se trouve là. Ils disposent de tous ces actifs, mais ils ne les mettent pas vraiment à profit dans ce domaine. Ils ont vraiment eu de la difficulté avec les GML et l’IA générative. Peut-être qu’ils réussiront à faire décoller Siri cette année. Je touche du bois.
Et on va jusqu’au niveau 5, où certaines utilisations d’OpenClaw sont déjà présentes. OpenClaw, c’est un peu une fenêtre sur l’avenir. Je ne recommande pas nécessairement aux gens de l’utiliser... Il faut être un peu un passionné de technologie. Mais c’est une sorte de façon ludique de voir ce qui pourrait se passer dans un an. Je le surveille donc de près et je l’expérimente dans un environnement sécuritaire pour cette raison. Parce que je pense qu’on commence déjà à voir... Je reviens tout juste de Google I/O et de Google Marketing Live. Google a lancé un agent grand public appelé Spark. Ce sont les premiers signes qu’il ajoute sa version d’un système comme OpenClaw, mais il va y intégrer les mesures de protection et de confidentialité propres à Google.
C’est votre premier aperçu de ce que pourrait être l’autonomie complète. Vous pouvez dire à OpenClaw... J’ai fait une démonstration avec un ami qui portait les Ray-Ban, et il est possible de pirater les Ray-Ban pour les relier à OpenClaw. On pouvait regarder ces microphones et dire : « Quel est ce microphone? Je veux en trouver un en ligne et le commander. » Et l’agent s’en charge pour vous. Il peut le faire de façon entièrement autonome si vous le souhaitez, ou il peut vous demander confirmation au fur et à mesure. Je pense donc qu’on va y arriver. Vous commencerez à voir ce genre de choses au cours de la prochaine année, encore une fois dans des cas d’utilisation particuliers. Puis, avec le temps, la technologie sera là. Il faudra ensuite trois à cinq ans pour que les consommateurs en arrivent là.
Mais nous avons déjà des consommateurs que je qualifierais de niveau 4. Beaucoup de consommateurs, notamment les plus jeunes, et certains fournisseurs se trouvent dans bien des cas au niveau 4. Prenons Gemini, par exemple. Il dispose maintenant d’un panier universel qui vous permet de passer à la caisse directement. Meta a un panier qui est directement lié aux publicités. On va donc commencer à voir ces expériences pendant la période des Fêtes, quand les gens atteindront ce que j’appelle le niveau 3, soit le paiement. Le niveau 4, c’est l’achat avancé, et le niveau 5, c’est l’autonomie complète.
J’ai un balado et une publication sur Substack où j’ai publié ce cadre et où je le mets à jour. Je viens tout juste de le mettre à jour après Google. J’ai fait passer Google à un niveau supérieur. ChatGPT était au niveau de l’achat, mais je l’ai en fait ramené d’un niveau parce la fonctionnalité de passage à la caisse a été abandonnée. Il a donc fait un petit pas en arrière dans ce cadre. Mais je pense qu’on pourra y revenir plus tard, parce qu’il y a une logique derrière cette décision et on pourrait en discuter.
John Blackledge :
C’est super. On pourrait peut-être parler de l’adoption. Vous venez de mentionner qu’il y a peut-être un certain groupe de personnes qui se situe dans la zone du niveau 4. Pourriez-vous nous parler de l’adoption par les consommateurs et nous dire qui mène actuellement le bal? Et aussi, quels sont les secteurs verticaux du commerce de détail qui constituent les principaux cas d’utilisation?
Scot Wingo :
Oui. Je parle des moteurs de réponse pour le moment. Ensuite, si vous voulez, on pourrait parler des moteurs directement intégrés aux sites des détaillants.
Dans la catégorie des moteurs de réponse, le chef de file est Google. Google est un peu déroutant. Il y a trois versions de son IA. Celle dont je parle, c’est le mode IA. Donc, si vous allez sur Google et que vous regardez l’interface principale, vous pouvez passer au mode IA. Je sais que vous le savez, mais je le précise pour nos auditeurs. Ensuite, il y a les aperçus IA. On ne peut pas vraiment effectuer de transactions à partir des aperçus IA. C’est donc le mode IA qui nous intéresse. Et Gemini s’adresse vraiment aux utilisateurs les plus avancés qui veulent aller un peu plus loin, qui veulent se rapprocher du moteur sous-jacent lui-même. Vous pouvez donc aller sur gemini.google.com pour ça. La plupart des gens utilisent le mode IA, et ça semble être la direction que prendra l’avenir.
Vous êtes dans le mode IA et vous disposez maintenant d’un panier qui reste actif. Il fonctionne dans Chrome, il fonctionne dans Gmail. Il va vous suivre dans votre univers Google, dans tout l’écosystème Google. À tout moment, vous pouvez simplement ajouter des produits à ce panier et passer à la caisse quand bon vous semble. Et il vous enverra des alertes. C’est un panier vraiment intelligent. C’est pour ça que je le considère comme un achat avancé. Si vous êtes membre d’un programme de fidélité, il s’y connecte automatiquement. Il surveille les prix et les stocks pour vous. Vous pourriez avoir quelque chose dans votre panier et il pourrait vous dire : « Hé John, vous avez cette console Switch dans votre panier pour l’un de vos enfants. Les stocks commencent à être limités. Vous devriez peut-être l’acheter maintenant. » Ou encore : « Le prix vient de baisser et ça arrive rarement. C’est en fait un assez bon moment pour acheter. » Ou : « Le prix de ce produit est actuellement assez élevé. Vous devriez peut-être attendre 30 jours. Habituellement, son prix redescend dans cette fourchette. »
Vous pourriez faire tout ça en ligne, mais il faudrait combiner six outils différents et y consacrer beaucoup de temps. Le fait que tout soit regroupé au même endroit est ce qui permet à Google d’être, disons, en avance sur les autres.
Tous les autres acteurs se regroupent ensuite au niveau suivant : ils vous aident à acheter, mais ils n’offrent pas encore l’achat avancé. Dans cette catégorie, on retrouve Meta, Copilot et Perplexity. Avant, j’avais aussi ChatGPT dans cette catégorie, mais ils ont reculé d’un niveau parce qu’on ne peut plus acheter sur ChatGPT. On peut seulement faire des recherches et trouver des produits. La plateforme est donc au niveau 2, qui est la catégorie « trouver ».
Voilà donc où nous en sommes. À une extrémité, il y a Apple, qui ne fait rien, même si elle dispose d’un très grand nombre d’actifs. Lorsqu’elle entrera dans le jeu, elle pourrait progresser rapidement. On verra comment ça se passera. Et à l’autre extrémité, l’acteur le plus avancé est Gemini, au niveau 4, tandis que tous les autres se situent plus ou moins autour du milieu de l’échelle.
John Blackledge :
C’est logique. Quels secteurs verticaux, comme les produits de grande consommation ou les produits consommables, sont actuellement en tête en matière de commerce agentique?
Scot Wingo :
Oui. Il y a beaucoup de données disponibles, et je les divise en quelque sorte en deux catégories. Il y a les préférences déclarées, c’est-à-dire les sondages. Vous en publiez beaucoup, ce qui est excellent. Je les mets dans cette catégorie, et vous faites notamment un très bon sondage sur la publicité que j’apprécie beaucoup. Et puis il y a les préférences observées.
Les données sur les comportements observés sont plus rares. On a notamment des entreprises qui fournissent des données de panel (ou longitudinales), comme Similarweb et Sensor Tower. Ce sont deux entreprises que je surveille. Elles couvrent beaucoup de données sur Rufus, sur lesquelles on pourra revenir. Et puis il y a Salesforce et Adobe. Je suis sûr que vous avez vu toutes les données. Pendant la période des Fêtes, ils faisaient état d’une hausse de 400 % du trafic, à partir d’un volume relativement faible. Mais les données sur les préférences observées montrent clairement que ça commence à décoller du côté de la découverte.
Et pour ce qui est des préférences déclarées, ce qu’on constate, c’est que les consommateurs commencent à se familiariser avec ces outils, particulièrement les jeunes générations. Les détaillants regroupent un peu la génération Z et les milléniaux et les appellent les « Zilléniaux ». Les femmes zilléniales adoptent vraiment ces outils à un rythme assez soutenu. Et ce qu’elles en font, c’est qu’elles les utilisent pour gérer leur vie. C’est devenu leur adjointe personnelle. Elles peuvent y avoir leur routine beauté, leur planification des repas, leur routine d’entraînement, leur horaire. Si elles sont aux études, elles peuvent aussi y gérer tout ce qui s’y rapporte. Bref, ça les aide essentiellement à organiser leur vie.
Et elles aiment le mode vocal. Personnellement, je n’aime pas vraiment le mode vocal. Mais ces femmes vont simplement discuter avec l’outil et lui donner une personnalité. C’est assez fascinant de voir les différents comportements qui émergent. Ça devient comme une adjointe personnelle qui a sa propre personnalité. Cette cohorte adopte surtout les catégories beauté et mode. On commence aussi à voir beaucoup d’épicerie, puisqu’elles utilisent ces outils pour planifier leurs repas et leur préparation de repas. Et les produits pour animaux de compagnie commencent également à suivre. Ce sont donc les grandes catégories qui mènent actuellement la charge.
John Blackledge :
Oui, ce sera intéressant de voir, à l’approche des Fêtes, si d’autres catégories remontent dans le classement. Mais toutes celles-là sont logiques. Un grand débat dans la communauté des investisseurs porte sur les répercussions pour les places de marché publicitaires des réseaux de médias de détail. Vous avez mentionné que Google avait lancé le panier universel. Il est conçu comme un panier unique qui regroupe plusieurs marchands et services. La question est la suivante : Si l’agent ne visite jamais le site Web de l’entreprise, quelles seront les répercussions sur la publicité dans ces grandes places de marché du commerce électronique?
Scot Wingo :
Dans notre secteur, on appelle ça les réseaux de médias de détail, et Amazon représente plus de 60 % ou 70 % de ce marché. Amazon appelle ça Amazon Ads, et c’est une activité de 70 milliards de dollars. Mais tout le secteur a vu le succès d’Amazon et l’a reproduit. Target a maintenant un programme bien établi. Costco, Best Buy. Évidemment, Walmart en a un important. C’est donc devenu une très grosse composante de l’économie du commerce de détail. Uber, DoorDash et Instacart en ont tous un aussi.
Et il s’avère que les publicités sont une excellente chose à présenter aux consommateurs. Ça nous ramène un peu au modèle de la télévision généraliste. Il y a un principe selon lequel, si on veut offrir quelque chose gratuitement au consommateur, la publicité est une excellente façon de le faire. C’est aussi pour ça que ChatGPT mise beaucoup là-dessus.
Je peux simplement vous donner les arguments en faveur et contre. Je ne sais pas vraiment dans quelle direction ça va aller. Je pense qu’il faudra attendre un an pour le voir. Je compte sur vous, les analystes de Wall Street qui êtes plus brillants que moi, pour faire le lien avec ce que ça va signifier pour les actions.
Le scénario pessimiste, c’est exactement ce que vous venez de dire. Premièrement, si Gemini répond à la question et que vous achetez directement là-dessus, vous ne visitez jamais le site du détaillant. C’est échec et mat, n’est-ce pas? Pour ChatGPT, l’argument serait qu’il ne permet pas de passer à la caisse, donc tout va bien. Mais ce qu’il va faire, c’est soit vous envoyer directement vers un panier déjà prérempli, ce qui élimine une bonne partie du parcours où on vous présente des publicités. Donc, au lieu de passer devant tous les panneaux publicitaires, vous allez directement à l’arrière du magasin, là où a lieu l’opération.
Encore une fois, même si vous êtes rassuré par le fait que ChatGPT ne permet pas encore d’effectuer des achats directement sur le site, ce n’est quand même pas une bonne nouvelle pour les médias de détail. Dans le meilleur des cas, l’utilisateur arrivera directement sur une page de détails du produit. Mais sur ces pages, il peut effectivement y avoir une publicité très loin vers le bas de la page sur Amazon, par exemple. Les publicités les plus intéressantes se trouvent dans l’entonnoir de découverte.
John Blackledge :
Exact. Les publicités de produits commandités.
Scot Wingo :
[inaudible 00:11:40] sur la page des résultats de recherche, c’est là que se trouve l’argent. C’est là que 90 % de ces revenus sont générés. Ça, c’est le scénario pessimiste.
Maintenant, le scénario optimiste, c’est que les gens ne veulent pas nécessairement d’une expérience agrégée. Ils vont continuer à aller chez leur détaillant préféré. Ils vont continuer à aller sur Amazon. Ils vont continuer à aller chez Walmart. Ils vont continuer à aller chez Target. Ils vont continuer à aller chez Lululemon, chez Anthropologie et dans tous ces magasins. Et quand ils y vont, ils vivent une expérience associée à la marque. Alors oui, on devra peut-être déplacer les publicités qui se trouvent actuellement dans la recherche. On devra peut-être même éliminer complètement la recherche ou la compléter avec notre propre agent. Donc, comme je l’explique, tout le monde aura son propre Rufus, parce que les gens connaissent déjà très bien Rufus. Et on commence à voir ça, n’est-ce pas?
Au départ, Amazon était le chef de file avec Rufus. Maintenant, ça s’appelle Alexa pour le magasinage, mais je préfère toujours Rufus. Walmart a maintenant Sparky. Target en a un dont le nom est assez particulier : TSA. Ils devraient vraiment revoir leur stratégie de marque. TSA signifie Target Shopping Assistant, ou « assistant magasinage de Target ». Je ne pense pas qu’ils aient beaucoup réfléchi au nom. Ils auraient dû l’appeler Bullseye, mais on pourra en reparler. Et Lowe’s en a un qui s’appelle Mylow.
Ce qu’on commence à voir, c’est qu’ils commencent à se différencier. Prenons Mylow. Ce qui est vraiment intéressant, c’est qu’il sait en quelque sorte sur quels projets vous travaillez. Les entreprises comme Home Depot et Lowe’s disposent d’excellentes informations sur la façon de construire une terrasse dans sa cour arrière. Ou sur le projet sur lequel vous travaillez : comment réparer un trou dans une cloison sèche ou peu importe le projet de bricolage. Tout ça est intégré à l’expérience. Alors qu’Alexa pour le magasinage ne connaît pas vraiment ce genre de choses. C’est un outil tellement généraliste qu’il doit connaître un peu de tout. Il ne peut pas être aussi spécialisé dans une catégorie.
L’argument, c’est donc : « On va faire en sorte que les gens restent sur notre site et utilisent cet outil. Et on va leur présenter des publicités à l’intérieur de cette expérience. » On commence déjà à voir Amazon et Walmart intégrer des publicités dans Sparky et Rufus. Le format qu’ils utilisent s’appelle un « message commandité ». On peut essentiellement acheter un message et dire : « Si quelqu’un fait son épicerie, j’aimerais lui présenter mon lait biologique. » On peut cibler ces messages en fonction de toute une série de critères différents.
John Blackledge :
Ça se tient.
Scot Wingo :
On verra bien. Je pense qu’après cette période des Fêtes, on aura une assez bonne idée de la direction que ça prend. Parce que dans le cas des agents propres aux détaillants, il y a deux ou trois formats qui se développent du côté des moteurs de réponse. On a donc ChatGPT et Google/Gemini. À eux deux, je pense qu’ils ont actuellement une trentaine de formats publicitaires. On va avoir beaucoup de ces formats publicitaires, puis on va probablement finir par en normaliser quatre ou cinq. Et je pense que l’année prochaine sera vraiment intéressante pour voir lesquels de ces formats vont finalement s’imposer.
John Blackledge :
Exact. C’est logique.
Avant Google I/O, on avait annoncé qu’Amazon, entre autres, se joignait au Universal Commerce Protocol (UPC) de Google. J’aimerais avoir votre point de vue là-dessus. Amazon a attendu un certain temps avant de se joindre au protocole, et il l’a finalement fait. Qu’est-ce que vous pensez de sa décision d’Amazon?
Scot Wingo :
Je pense donc que beaucoup de gens supposent qu’en se joignant à cette initiative, Amazon va rendre son inventaire disponible. En fait, je pense que c’est l’inverse. Je pense qu’il va essayer d’absorber l’inventaire disponible par l’intermédiaire de l’UCP et de le rendre accessible sur Amazon. C’est ma prédiction. Et on commence à en avoir des indices. Premièrement, on ne peut pas trouver l’inventaire d’Amazon sur ChatGPT ou Google. Amazon a délibérément bloqué tous les robots. Curieusement, on peut le faire sur Copilot. Je pense que c’est simplement une faille qui laisse passer certaines choses. À mon avis, Amazon ne se préoccupe tout simplement pas de Copilot parce que sa taille est trop petite. Ou peut-être qu’il y a une histoire de rivalité à Seattle entre les deux entreprises. Il n’existe absolument aucune intersection entre « je suis sur ChatGPT » et « je peux acheter des produits d’Amazon ». Amazon a essentiellement bloqué cette possibilité de toutes les façons possibles.
Par contre, Amazon a lancé un programme appelé Shop Direct. Jusqu’ici, on avait essentiellement deux catégories d’inventaire sur Amazon : les produits de première partie et ceux de tierce partie. La première partie, c’est le commerce de gros; la tierce partie, c’est la place de marché. Il y a différentes variantes à l’intérieur de tout ça, comme la question de savoir si c’est des produits expédiés par Amazon, et ainsi de suite, mais c’est la hiérarchie de base. On a maintenant une troisième catégorie de produits : de l’inventaire qui se trouve à l’extérieur d’Amazon et que vous pouvez soit consulter et acheter directement en tant que client, soit, pour une partie de cet inventaire, acheter directement par l’intermédiaire d’un agent appelé Buy For Me. Cet agent utilise un navigateur pour aller faire l’achat à votre place. La contrainte, c’est que le paiement doit être effectué par l’intermédiaire d’Amazon Payments. C’est assez rare qu’un détaillant ou une marque dispose de cette infrastructure. C’est donc pour ça que cette catégorie demeure relativement petite.
Je pense donc que ce qu’ils vont faire, c’est permettre aux gens d’acheter sur Amazon des produits qui se trouvent à l’extérieur d’Amazon, en utilisant l’UCP. Je pense que ce sera le cas d’utilisation. Parce que toutes ces entreprises se joignent à l’UCP et l’adoptent. Moi, je vois ça comme un mécanisme défensif. Sur Amazon, je suis sûr que vous avez déjà vu le fameux diagramme de la boucle de croissance. Moi, je l’appelle le diagramme de l’Étoile de la mort. C’est essentiellement le diagramme dessiné sur une serviette par Jeff Bezos qui montre comment la place de marché devrait fonctionner. Plus de choix attirent plus de vendeurs; les prix les plus bas attirent plus de consommateurs; et la boucle accélère de plus en plus. C’est un système à trois piliers, et l’un de ces piliers, c’est le choix. Je pense qu’Amazon est parfaitement conscient d’être arrivé là où il est en offrant le plus grand choix au monde. Ça fait partie intégrante de la promesse « de A à Z ».
Le scénario catastrophe, le scénario pessimiste pour Amazon, serait qu’il existe un ensemble de produits qui ne sont pas disponibles sur Amazon et qu’on peut uniquement acheter par l’intermédiaire de l’UCP. Et là-dedans, on retrouve toutes les marques qui n’accepteraient jamais de vendre sur Amazon. Il y a Sephora et Ulta, comme tous les grands détaillants, ainsi que Home Depot et Lowe’s. Et puis il y a toutes ces marques qui ne vendraient jamais sur Amazon. Birkenstock, c’est un exemple bien connu. Nike a fait des allers-retours. Je ne me souviens même plus de leur situation actuelle. Beaucoup de fabricants de chaussures ne veulent pas le faire. Adidas et tous les autres.
Si on regroupait tout ça, on aurait pour la première fois un ensemble intéressant de produits différents qui ne sont pas disponibles sur Amazon. Et ça représente une menace pour Amazon sur ce segment de sa boucle de croissance. La stratégie semble être la suivante : « Adoptons ce choix et assurons-nous qu’il ne sorte pas de notre écosystème, afin que les membres Prime puissent toujours y accéder et rester dans la famille Amazon. » Je pense que c’est un mécanisme défensif. Mais on verra bien. Je peux me tromper. Peut-être qu’Amazon va plutôt finir par dire : « On a investi énormément dans Anthropic et ChatGPT. » Peut-être qu’un jour il dira : « On va rendre une partie de notre sélection disponible sur ces plateformes par l’intermédiaire de l’UCP. » On verra.
John Blackledge :
Ce sera très intéressant de voir comment ça va évoluer. Je me demande aussi comment on doit considérer... Il a tellement investi dans leur infrastructure d’exécution des commandes et il établit apparemment des records de vitesse de livraison presque tous les trimestres depuis plusieurs années. Et Amazon Now vient tout juste d’être lancé, qui offre une livraison en 30 minutes. Tout ça pour dire : est-ce que les dizaines de milliards de dollars qu’Amazon investit chaque année dans son infrastructure d’exécution des commandes et son réseau logistique vont éventuellement lui être utiles à mesure que le commerce agentique évoluera?
Scot Wingo :
Oui, c’est énorme. C’est sa plus grande barrière concurrentielle. Par contre, s’il devient essentiellement l’infrastructure arrière-plan, je ne pense pas que des gens comme vous seraient aussi enthousiastes à l’égard d’Amazon si l’entreprise devenait essentiellement un prestataire logistique tiers. Il ne veut donc pas être transformé en produit de base. Il veut conserver la maîtrise de l’expérience client en amont. Il n’y a pas de risque existentiel. Amazon sera toujours là à cause de ça. J’avais l’habitude de dire « jamais ». Je pense maintenant qu’il est peu probable que l’une de ces entreprises puisse construire quelque chose de comparable. Mais regardez ses dépenses en immobilisations. Avez-vous déjà calculé combien Amazon a investi dans la construction de toute cette infrastructure?
John Blackledge :
La répartition entre AWS et le reste du secteur de détail?
Scot Wingo :
Non, non, l’exécution des commandes. Combien leur a coûté la construction de toute cette infrastructure logistique? Vous devriez faire un rapport qui compare ça aux dépenses en immobilisations actuelles d’Anthropic et de ChatGPT. Et je pense qu’en réalité, ces dépenses sont relativement faibles.
John Blackledge :
Oui. Par exemple, pour la répartition cette année, l’entreprise prévoit environ 200 milliards de dollars en dépenses en immobilisations au total. Disons que 35 milliards vont au commerce de détail et aux autres activités, et que les 165 milliards restants vont essentiellement à AWS. Donc, ça demeure un montant énorme. Je veux dire, par rapport à...
Scot Wingo :
Je ne pense pas qu’il soit complètement fou d’imaginer que l’une de ces entreprises essaie de construire quelque chose. Ça n’a pas besoin d’être aussi gros qu’Amazon, mais il existe un scénario où elle achète peut-être FedEx ou UPS. On est dans un monde où presque tout est possible, parce que ces entreprises pourraient éventuellement arriver sur le marché avec des capitalisations boursières de 2 000 à 5 000 milliards de dollars.
John Blackledge :
Exact.
Scot Wingo :
Dans ce monde-là, tout est sur la table. Il faudra donc voir ce qui se passe. Il est peu probable que quelqu’un décide de les concurrencer à ce niveau-là, mais quelqu’un pourrait devenir suffisamment sérieux à ce sujet pour le faire. Je ne sais pas. Qui aurait dit qu’ils dépenseraient mille milliards de dollars en processeurs graphiques? Et pourtant, c’est là où on en est.
John Blackledge :
Oui. Merci beaucoup d’avoir fait ça. Et merci d’avoir participé à la table ronde et à ce balado.
Scot Wingo :
Ça me fait plaisir. J’ai hâte de lire les rapports que vous allez publier à la suite de tout ça.
John Blackledge :
Merci.
Annonceur :
Merci d’avoir été des nôtres. Ne manquez pas le prochain épisode du balado Insights de TD Cowen.
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John Blackledge
John Blackledge
Directeur général, TMT – Analyste de recherche Internet, TD Cowen
John Blackledge est directeur général et analyste de recherche principal des secteurs de l’Internet et des nouveaux médias. Avant de se joindre à TD Cowen en août 2012, il a été vice-président responsable des actions liées à Internet au Credit Suisse pendant plus de trois ans. Avant de se joindre au Credit Suisse, M. Blackledge a travaillé pendant six ans à JPMorgan, où il était vice-président responsable du divertissement, de la radiodiffusion et de la câblodistribution/diffusion directe par satellite, avant d’assumer la recherche sur la radio, la télévision et les affichages publicitaires en extérieur. Plus tôt dans sa carrière, il a occupé des postes à ABN AMRO, à la CIBC et à Arthur Andersen. M. Blackledge est titulaire d’un baccalauréat ès sciences avec majeure en comptabilité de l’Université de Georgetown.