Invités : Frank McKenna, président suppléant, Valeurs Mobilières TD et Paul Beeston, ancien président des Toronto Blue Jays
Animation : Peter Haynes, directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Frank McKenna et Peter Haynes étaient aux anges lors de l’épisode de mai de Géopolitique. En effet, ils ont enregistré cet épisode 78 du balado en public au Rogers Center, avant un match des Toronto Blue Jays, et ont eu le bonheur de parler baseball avec un invité spécial, à savoir l’ancien président de l’équipe, Paul Beeston, pendant la deuxième moitié de l’émission. Frank aborde un large éventail de sujets au cours des 30 premières minutes, notamment son point de vue sur les guerres en Iran et en Ukraine, ainsi que sur des sujets brûlants de l’actualité du Canada, dont les négociations à venir au sujet de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et le prochain référendum sur l’indépendance de l’Alberta. Il prend également le temps de rendre hommage à son ami de Moncton, Robert Irving, décédé récemment. La conversation se tourne vers le baseball : deux enfants dans une confiserie appelés McKenna et Haynes font la file pour demander à M. Beeston tout ce qu’il sait sur le baseball, y compris son point de vue sur les Blue Jays en 2026 et les négociations entre les joueurs et les propriétaires! M. Beeston leur fait part de ses réflexions sur la révision électronique de tout au baseball et d’un résultat qu’il n’approuverait pas, et termine sur quelques réflexions sur ses 50 années au sein de l’organisation des Toronto Blue Jays.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 1:10 | Hommage à Robert Irving |
| 3:52 | Est-ce que la fin des guerres en Iran et en Ukraine approche? |
| 15:33 | Les investisseurs mondiaux se montrent optimistes à l’égard du Canada |
| 21:44 | Discours sur l’ACEUM |
| 29:00 | Le jeu dangereux de la première ministre Smith en ce qui concerne le vote sur la souveraineté |
| 39:07 | Analyse de la saison des Blue Jays par M. Beeston après 50 matchs |
| 47:34 | Les Ligues majeures de baseball peuvent-elles éviter une grève? |
| 54:38 | M. Beeston dit non à la révision de chaque décision des arbitres |
| 13:14:02 | Souvenirs de 50 années avec les Blue Jays |
Ce balado a été enregistré le 25 mai 2026.
Frank McKenna :
La dynamique actuelle n’est pas favorable à la Russie. Si Moscou devait envisager une issue au conflit, elle tenterait vraisemblablement de préserver ses intérêts tout en gardant la face.
Peter Haynes :
Bienvenue à l’épisode 78 de Géopolitique, un balado mensuel de Valeurs Mobilières TD. Je m’appelle Peter Haynes et j’anime ce podcast dans lequel je m’entretiens avec mon collègue, l’honorable Frank McKenna, sur des enjeux géopolitiques mondiaux.
Frank, je dois admettre que j’attendais cet épisode avec plus d’impatience que tous les autres qu’on a faits jusqu’à présent, car on l’enregistre en direct au Rogers Centre avant le match de ce soir entre les Jays et les Marlins. Paul Beeston, ancien président des Blue Jays de Toronto, se joindra à nous dans la deuxième moitié de ce balado pour parler de baseball. On va d’abord parler de géopolitique, puis de baseball, et après on ira voir le match. Êtes-vous aussi enthousiaste que moi?
Frank McKenna :
Est-ce que je le suis? Un match gratuit! Ça ne m’arrive pas tous les jours.
Peter Haynes :
C’est vrai. Merci à la TD.
Frank McKenna :
Sans oublier la nourriture, j’espère… Je suis plus qu’enthousiaste!
Peter Haynes :
Oui, moi aussi. Moi aussi. Le maïs soufflé. Bien. Frank, aujourd’hui, je vais vous poser quelques questions sur la géopolitique, puis on passera la parole au public. Je suis sûr que certaines personnes auront des questions pièges à vous poser ou vous lanceront quelques grenades dégoupillées. Ensuite, Paul se joindra à nous sur scène, et on pourra l’interroger sur tout ce qui touche au baseball.
Avant de commencer, Frank, je tiens à vous remercier personnellement d’avoir pris de votre temps pour nous parler aujourd’hui. Je sais que vous prenez l’avion pour vous rendre sur la côte Est à 4 h du matin d’Hamilton pour assister aux funérailles de Robert Irving. Je sais que la famille Irving compte beaucoup pour vous et que vous êtes proche d’eux depuis votre mandat de premier ministre du Nouveau-Brunswick. Pourriez-vous nous parler un peu de l’héritage laissé par Robert Irving?
Frank McKenna :
Robert et son frère, Jim Irving, étaient les cochefs de la direction de JD Irving Company, et cette famille possède, au total, quelque chose comme 200 entreprises, dont bon nombre opèrent dans le secteur de la construction navale. Ils fabriquent tous les destroyers et brise-glaces canadiens, et font également des remorqueurs. Ils possèdent aussi Sunbury Transport et Midland Transport, Majesta Tissue, Cavendish French Fries et J.D. Irving Company, qui comptent parmi les plus grandes entreprises de tout le Canada.
Sans oublier les usines de pâte à papier et de papier, ainsi que les usines de transformation de pommes de terre et de production de papier tissu réparties dans toute l’Amérique du Nord. Ce sont d’importants philanthropes de notre région. Pour les amateurs de sport, Robert était le propriétaire des Wildcats de Moncton, et il s’est beaucoup investi. Il assistait à toutes les rencontres et supportait l’équipe depuis les tribunes. C’était un fervent supporter et le principal philanthrope. Pour chaque cause qu’il soutenait, il commençait par signer un gros chèque, puis décrochait lui-même son téléphone. C’est un grand homme qui nous a quittés.
Peter Haynes :
On se baladait ensemble et vous avez dit que ça s’était passé assez vite ; on lui a diagnostiqué un cancer du cerveau, il y a dix mois, je crois, et les choses se sont enchaînées très vite aussi.
Frank McKenna :
Oui, c’est l’un de ces cancers dont le pronostic est assez mauvais. Sur une note plus encourageante, je suis justement tombé aujourd’hui sur un article consacré au cancer du pancréas qui évoquait plusieurs avancées thérapeutiques récentes, certaines permettant de multiplier par deux les taux de survie.
Je discutais justement avec l’un des membres de la famille Irving, car ils ont fait un don important à l’université de Harvard, dans le Massachusetts, et le médecin qui s’est adressé aux personnes présentes dans la salle leur a dit : « Plusieurs d’entre vous vont avoir un cancer », avant d’ajouter : « Mais aucun d’entre vous ne va en mourir. Plus maintenant. »
Il a dit : « Dans deux ou trois ans, le cancer va être battu. » Alors, que le moment soit propice ou non, je pense qu’on va dans la bonne direction, et que c’est peut-être l’une des applications de l’IA qui va s’avérer globalement bénéfique pour l’humanité.
Peter Haynes :
En ce qui concerne la géopolitique, Frank, je voudrais commencer par la nouvelle de cette fin de semaine selon laquelle les États-Unis et l’Iran seraient apparemment parvenus à un accord sur un plan visant à mettre fin à la guerre. D’après ce que vous avez pu lire ou entendre, en quoi cet accord est-il meilleur ou pire que l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien signé par Obama en 2015 pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire?
Frank McKenna :
Bien sûr, on va devoir attendre que les détails soient connus, mais ce serait une bonne chose pour le monde que cette guerre et, à vrai dire, que toutes les guerres se terminent. Mais cette guerre en particulier entrave 20 % du trafic pétrolier mondial, et les prix dépassent les 100 $ le baril.
Il est vrai qu’on est moins touchés au Canada, même si les prix de l’essence ont augmenté, car on fait partie des principaux producteurs, et on est probablement le troisième exportateur de pétrole à l’échelle mondiale. Mais dans certains endroits du monde, le pétrole et le gaz sont rationnés, et les gens décident de ne pas se déplacer, de ne pas cuisiner ou de renoncer à plein d’autres choses, car ils n’en ont pas les moyens. Mais ce n’est pas juste le pétrole. Ça touche aussi les engrais, par exemple, qui transitent par le détroit d’Ormuz, ce qui a des répercussions sur les récoltes et les prix des produits agricoles. La situation est vraiment terrible.
Je dirais que cet accord, conclu après des mois de guerre, de massacres et de perturbations pour l’économie mondiale, et qui aura probablement coûté aux États-Unis entre 30 et 50 milliards de dollars en dépenses militaires, nous ramènera en grande partie à la situation héritée de 2015 sous Barack Obama.
En 2015, les deux parties ont conclu un accord aux termes duquel l’Iran s’engageait à ne pas poursuivre son enrichissement d’uranium au-delà de 3,67 % et à se débarrasser de ses stocks d’uranium, tout en autorisant l’AIEA à surveiller en permanence le respect de ces engagements. En cas de violation, un mécanisme était en place permettant de rétablir les sanctions internationales contre l’Iran et toutes les autres mesures.
Très honnêtement, ça fonctionnait plutôt bien. L’AIEA, la communauté internationale et tous les Européens qui ont signé l’accord diront que sur ce point, l’Iran n’a pas triché. Alors oui : ils ont continué à financer des milices qui causaient des problèmes, et ils ont continué à faire toutes sortes d’autres choses, mais sur ce point-là, ils ont joué franc jeu.
Cet accord portera donc essentiellement sur l’enrichissement nucléaire, car le président Trump a dénoncé l’accord de 2015 lors de son premier mandat et l’a rompu en 2018. Après cette rupture, l’Iran n’a rien fait pendant un an. Ils sont restés exactement là où ils en étaient, en se demandant si les Européens continueraient de respecter l’accord ou non.
Après un certain temps, ils en ont eu assez d’attendre et ont repris leur enrichissement. Le niveau d’enrichissement de l’Iran dépasse désormais 60 %, en grande partie parce que l’administration Trump s’est retirée de l’accord qui encadrait strictement son programme nucléaire.
Dans le cadre de ce nouvel accord, il faudra donc procéder à un démantèlement substantiel du programme d’enrichissement. Par ailleurs, la Russie semble disposée à jouer le rôle de tiers en prenant en charge les stocks d’uranium enrichi. C’est très semblable à l’accord de 2015. La seule différence, c’est que depuis, on a vécu une guerre qui a coûté des milliards de dollars et des milliers de vies.
Les autres points importants à surveiller concerneront l’ouverture du détroit d’Ormuz, car 20 % du pétrole mondial transite par ce détroit, tout comme de nombreux autres types de transport maritime. Trump va pouvoir rouvrir le détroit d’Ormuz, mais devinez quoi? Il était déjà ouvert avant la guerre.
Tout ce qu’il a fait, c’est rouvrir un détroit qu’il avait fermé à cause de la guerre, laquelle a commencé il y a plusieurs mois. On ne peut donc pas vraiment parler de victoire éclatante, mais c’est un aboutissement nécessaire des négociations.
Plusieurs objectifs auraient été atteints. Les capacités militaires iraniennes ont été considérablement affaiblies, mais elles n’ont pas disparu pour autant. En fait, des recherches ont montré qu’environ 21 des 23 batteries d’artillerie détruites avaient été remplacées. Ils ont repris du service.
Et il ne faut pas oublier que les Iraniens ne sont pas stupides. Le pays compte 93 millions d’habitants. Ils sont très, très intelligents, parmi les personnes les plus instruites au monde, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Ils se classent au cinquième rang mondial en ce qui concerne le nombre de diplômés en STIM. Un tiers des ingénieurs du monde sont diplômés d’universités iraniennes. C’est donc un pays avec une population très intelligente et très résiliente.
On dit que les États-Unis auraient réussi à affaiblir quelque peu leur puissance militaire. Ils sont effectivement parvenus à affaiblir leurs milices, le Hezbollah, les Houthis et le Hamas, mais ces groupes ne représentaient pas vraiment une menace pour les Américains. Il s’agissait davantage d’une menace pour Israël, mais ils sont clairement affaiblis à présent. Il n’y aura pas de changement de régime, ce qui était pourtant l’une des motivations premières de cette guerre.
Je dirais donc que, dans l’ensemble, le bilan est plutôt mitigé. Comme tout bon homme politique, le président va crier victoire et se retirer, mais les Iraniens rétorqueront qu’ils ont su résister aux attaques les plus violentes qui ont été lancées contre eux, et que c’est donc eux qui ont gagné.
Je pense que les deux parties vont se déclarer vainqueurs en quelque sorte. C’est une victoire à la Pyrrhus si vous voulez mon avis. Le prix à payer est énorme au regard du peu de progrès réalisés.
Peter Haynes :
Est-ce que chaque navire qui traverse le détroit d’Ormuz doit désormais payer un péage à l’Iran?
Frank McKenna :
Non, je ne pense pas que ce soit le cas. Oman et l’Iran ont fait une proposition en ce sens, mais ça me surprendrait beaucoup. Le problème, c’est que si l’on accepte ce principe à Ormuz, rien n’empêcherait demain d’autres pays d’exiger eux aussi un droit de passage dans les principaux points de transit maritimes de la planète. Alors non, je ne pense pas qu’un péage soit mis en place. On va sans doute revenir au statu quo ante.
Peter Haynes :
OK. On va passer à l’autre guerre, celle en Ukraine. Les dirigeants internationaux ont condamné dimanche l’attaque menée par la Russie contre Kiev, la capitale ukrainienne, au cours de laquelle Moscou a utilisé, pour la troisième fois si je ne m’abuse, ses missiles balistiques supersoniques à moyenne portée pour frapper plusieurs infrastructures, ce qui a fait plusieurs victimes parmi la population.
Jusqu’à cette fin de semaine, le vent tournait en faveur des Ukrainiens, et il semble que Poutine soit en train de perdre le soutien de la population russe à mesure que le nombre de victimes ne cesse de croître. Il me semble que Lavrov a indiqué à Rubio aujourd’hui qu’ils devaient évacuer tous leurs ressortissants américains de Kiev, ce qui donne à penser qu’ils comptent poursuivre les frappes. Quelle est votre analyse sur ce conflit? Pensez-vous qu’on approche d’un point d’inflexion?
Frank McKenna :
La Russie est en train de perdre la guerre. Si Moscou devait envisager une issue au conflit, elle tenterait vraisemblablement de préserver ses intérêts tout en gardant la face, car la situation actuelle ne joue pas en sa faveur. Ça fait maintenant quatre ans que cette guerre dure. Les Russes ont perdu plus d’un million d’hommes. Les pertes sont colossales. Plus de 35 000 soldats russes sont tués chaque mois. Ils ne sont en fait que de la chair à canon, exactement comme à Stalingrad pendant la Seconde Guerre mondiale, et ils commencent à manquer d’hommes. C’est une guerre qui semble difficile à poursuivre pour eux.
De plus, les Ukrainiens ont réussi à les contenir. Les Russes disposent d’une armée plus importante, d’une artillerie bien plus conséquente et d’un territoire considérablement plus vaste. Pourtant, ils peinent à faire bouger la ligne front de manière significative et rien ne laisse penser qu’ils pourront un jour prendre le contrôle de toute l’Ukraine.
Les Ukrainiens sont parvenus à stopper leur progression, notamment grâce à leur capacité d’adaptation sur le terrain et à l’utilisation innovante de la technologie. L’Ukraine est désormais, au sens propre du terme, passée maître dans l’art de la guerre électronique et de l’utilisation des technologies. Tous les pays du monde vont se rendre en Ukraine pour apprendre à mener les guerres de demain.
De fait, ils ont développé tout un secteur au Moyen-Orient, fournissant aux pays de la région des technologies, des dispositifs de guerre électronique et des drones afin de se protéger contre les missiles iraniens. Cette guerre en Ukraine a donné naissance à 2 000 entreprises du secteur de la défense, qui commercialisent leurs technologies dans le monde entier.
Les Ukrainiens produisent maintenant plus de 1 000 drones par jour. L’an dernier, ils en ont produit trois millions. L’an prochain, ils en prévoient sept millions, et ces drones sont de plus en plus performants. Avant, ils pouvaient voler sur un kilomètre et demi.
Aujourd’hui, ils parcourent des centaines de kilomètres, transportent des charges explosives plus lourdes et disposent de meilleurs équipements de contre-espionnage. Certains d’entre eux sont équipés de cordons ombilicaux pour éviter le brouillage. Ils sont capables de transporter des camions remplis de soldats et de ravitaillement sur des distances de 80 ou 160 kilomètres de la ligne de front.
Tout ça pour dire que les Ukrainiens traversent une période terrible, comme en témoigne l’attaque de cette fin de semaine, mais qu’ils se battent courageusement et tiennent bon grâce à la technologie. Pendant ce temps, la Russie a vu environ un quart de sa production pétrolière paralysée, car les Ukrainiens bombardent les raffineries de pétrole russes, les points de déchargement, les trains, etc.
Le prix de l’essence monte en flèche ou est rationné en Russie. L’inflation y est galopante, le pays épuise toutes ses réserves, et la population est de plus en plus critique envers Poutine. Je pense qu’il n’a jamais été confronté à autant de problèmes chez lui qu’au cours des quatre dernières années, et qu’il est vulnérable.
Si les Américains acceptaient de fournir à l’Ukraine des missiles sophistiqués, comme les Tomahawk, je pense que la guerre prendrait fin, car les Ukrainiens seraient alors en mesure d’attaquer Moscou, Leningrad, des villes de cette envergure, et de vraiment mener la guerre sur le sol russe. Ou alors, si les Américains étaient totalement acquis à la cause ukrainienne.
Ce qui permet à la Russie de tenir le coup pour l’instant, c’est que les Américains, du fait de la guerre qu’ils ont déclenchée en Iran, ont fait grimper le prix du pétrole à un niveau tel qu’ils ont dû lever les sanctions sur le pétrole russe afin d’en faire entrer davantage sur le marché et d’assurer ainsi l’approvisionnement.
Toutefois, dès que ces sanctions sur le pétrole russe seront rétablies et que les gens prendront conscience que la Russie peine dans ce conflit, je pense que la pression en faveur d’un accord de paix s’intensifiera. Cet accord consistera essentiellement à geler la ligne de front à peu près là où elle se trouve actuellement, avec un dispositif de maintien de la paix très solide entre les deux lignes. On se dirige vraisemblablement vers ce scénario.
Peter Haynes :
Pensez-vous que ce sera chose faite en 2026?
Frank McKenna :
Oui, on en prend la direction à mon avis. Je pense qu’une fois que la guerre au Moyen-Orient sera terminée et qu’un accord de paix aura été conclu avec l’Iran, Trump recommencera à penser au prix Nobel de la paix. Je pense qu’il va commencer à faire pression sur toutes les parties pour tenter de trouver une issue. Je l’espère.
L’utilisation de missiles supersoniques pour bombarder Kiev cette fin de semaine est tout simplement inadmissible. L’objectif ne peut être autre que de tuer le plus de civils possible. J’espère que ça va pousser les Américains à fournir des armes plus sophistiquées aux Ukrainiens.
Peter Haynes :
On va maintenant parler du Canada Frank. Il y a quelques semaines, vous avez pris la parole à la conférence Milken dans le cadre d’une table ronde intitulée : « Global Investors' View : Canada ». Comment les investisseurs internationaux perçoivent-ils le Canada?
Frank McKenna :
Peter, je vais peut-être passer pour un optimiste invétéré, mais je n’ai jamais vu autant de positivité. Et ce, malgré qu’on soit confrontés à ce qui ressemble de plus en plus à une menace existentielle venue du sud de la frontière, avec des États-Unis qui semblent déterminés à nous compliquer la tâche et à renégocier en profondeur notre relation commerciale.
Il faut garder à l’esprit que dans un monde en proie au chaos, à la discorde, au danger et à la guerre, le Canada s’en sort plutôt bien. Au pays, les gens se disent : « Mais quelle galère. Ce pays est dans un état lamentable. » Mais le reste du monde nous regarde et se dit : « Vous avez l’air de bien vous en sortir par rapport aux autres. »
Notre civilité, notre système juridique et notre stabilité politique sont des atouts indéniables. Et aussi le fait qu’on soit un véritable réservoir d’énergie. À équivalence de mesure, on dispose des plus grandes réserves de pétrole au monde.
Je siège au conseil d’administration de Canadian Natural Resources. On calcule nos réserves sur des cycles de 80 ans. Tant que le pétrole continuera d’être utilisé, on en aura. On a d’énormes gisements de gaz naturel, d’uranium, de potasse et tout le reste. Le monde le voit et le sait.
20 % de l’eau douce du monde se trouve au Canada. À elle seule, la province de Québec représente 3 % des réserves mondiales d’eau douce. On a des terres arables, on a tout ce dont le monde a besoin. De plus, on dispose d’autres voies d’accès aux marchés en cas de fermeture du détroit d’Ormuz. Les côtes est et ouest du pays offrent alors des solutions d’exportation crédibles. On a vraiment beaucoup d’atouts à faire valoir.
Partout où je suis allé dans le monde – et j’ai beaucoup voyagé – les gens vantent les occasions qui s’offrent au Canada. Shell a réalisé une opération colossale au Canada, en y investissant environ 15 milliards de dollars. Il ne s’agit pas seulement d’un pari sur le gaz au Canada, mais aussi d’un pari sur le doublement de l’installation de GNL que l’entreprise a construite.
Environ quatre autres installations de GNL en sont à diverses étapes de mise en service. La construction d’un nouveau pipeline vers la côte est pratiquement actée, ce qui permettrait d’acheminer un million de barils supplémentaires par jour. La quantité d’argent produite par ces ressources est stupéfiante.
Il suffirait de développer davantage notre accès à la côte Ouest par l’intermédiaire de Trans Mountain pour diminuer l’influence que les États-Unis exercent sur nous. Au cours de la dernière décennie, les Américains ont bénéficié d’un rabais estimé entre 80 et 100 milliards de dollars sur notre pétrole. Si l’on parvenait à supprimer cet écart, tout cet argent finirait dans les caisses de l’État canadien et profiterait aux Canadiens. On parle là de plusieurs milliards de dollars.
On avance donc sur ce point. On fait des progrès en ce qui a trait aux permis d’exploitation minière, on fait des progrès... Le gouvernement s’exprime ouvertement sur l’éventuelle privatisation des aéroports et des ports. Beaucoup de choses sont en train de se passer.
Comme vous l’avez sans doute constaté, OMERS prévoit d’investir, si je ne m’abuse, 8 milliards de dollars dans des stratégies canadiennes au cours des cinq prochaines années. Enbridge a investi 4 milliards de dollars pour acheminer le gaz vers la côte. Des choses sont en train de bouger… 100 milliards de dollars d’IED nets au Canada au cours de la dernière année.
La semaine dernière, j’ai lu un article selon lequel le Canada est devenu, aux yeux de nombreux investisseurs internationaux, la destination d’investissement la plus prometteuse du moment. Les choses ont changé d’un point de vue qualitatif au cours des deux dernières années.
Pour être tout à fait franc, sans vouloir prendre parti, notre premier ministre est aujourd’hui une véritable vedette internationale et jouit d’un immense respect à l’étranger. C’est une personnalité connue, reconnue et respectée dans le monde entier. J’ai accompagné une délégation au Moyen-Orient l’automne dernier et on y a rencontré des cheikhs et des dirigeants de fonds souverains. Tous connaissent notre premier ministre. C’est évidemment un atout.
Le sommet qu’on va organiser à l’automne affiche déjà complet. Vous n’imaginez pas le nombre de demandes que j’ai reçues pour savoir comment y participer. C’est littéralement un sommet de 1 000 milliards de dollars.
Le Milken Institute, auquel j’ai rendu visite à Los Angeles, est très emballé par ce qu’il se passe au Canada. Ils ont même décidé d’organiser une réunion au Canada à l’occasion de ce sommet. Alors oui, Peter, je suis optimiste. Beaucoup de bonnes choses se passent en ce moment.
Peter Haynes :
D’autres choses se passent en ce moment. Le premier ministre Carney sera à New York dans le courant de la semaine, où il prendra la parole devant l’Economic Club de New York et participera à des réunions avec des investisseurs.
Et puis, Frank, une délégation commerciale indienne s’est rendue à Toronto, ou plutôt au Canada, devrais-je dire, avec à sa tête le ministre du Commerce et de l’Industrie indien, Piyush Goyal. Que savez-vous de son programme de cette semaine?
Frank McKenna :
Oui, une multitude de possibilités s’est ouverte. N’oubliez pas qu’on est les plus grands partisans du libre-échange au monde. On a conclu 16 accords de libre-échange avec 50 pays, soit les deux tiers du PIB mondial. On est le seul pays du G7 à avoir conclu des accords de libre-échange avec tous les autres pays du groupe.
Ces dernières années, nos relations avec l’Inde, la Chine et l’Arabie saoudite ont été mises à mal. Elles ont depuis été rétablies, et le premier ministre et la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, qui est une amie personnelle de Modi, se sont rendus en Inde pour le rencontrer.
La relation est désormais très solide, à tel point que cette semaine marquera le lancement des négociations en vue d’un accord de libre-échange global avec l’Inde. C’est une très bonne nouvelle.
Le lendemain, la délégation commerciale indienne va laisser sa place au ministre chinois des Affaires étrangères, qui arrive au Canada. Le pays a le vent en poupe en ce moment. C’est une bonne nouvelle. Toutefois, les actes valent mieux que les paroles. Il faut passer à l’action. La rhétorique séduit tout le monde, mais il faut se bouger.
Peter Haynes :
On va passer en revue quelques manchettes canadiennes de cette semaine. Premier titre : « L’ambassadeur des États-Unis au Canada ne comprend pas la frustration des Canadiens ».
Cet article fait référence aux récents commentaires de l’ambassadeur des États-Unis, Pete Hoekstra, selon lesquels les droits de douane resteront en vigueur. Pensez-vous que Hoekstra ne fait que mener une campagne de communication auprès de l’opinion publique au sujet des prochaines négociations de l’ACEUM, ou qu’il ne comprend vraiment pas les raisons du mécontentement des Canadiens?
Frank McKenna :
Je crois qu’il ne saisit pas vraiment l’humeur au pays. Je ne pense pas que les Canadiens soient en colère. Je pense qu’ils se sentent trahis. Ce n’est pas nous qui avons commencé. Si l’on fait un parallèle avec le mariage, ce n’est pas nous qui avons dit au conjoint : « Ça ne va pas, tu n’as jamais rien apporté à ce mariage. C’est fini. »
Mais quand ça vous arrive, ça fait mal, et c’est ce que les Canadiens ressentent. Après plus de 100 ans de relation, à être meilleurs amis, voisins, presque siamois, on se sent profondément trahis.
À présent, il faut savoir quoi faire à ce sujet, et les Canadiens ont voté avec leurs pieds. À aucun moment le gouvernement n’a incité les Canadiens à ne plus se rendre aux États-Unis. Ils ont arrêté d’y aller d’eux-mêmes, ou du moins, n’y vont plus autant qu’avant. 34 % du tourisme américain provient du Canada. On représente un marché touristique de premier plan pour les États-Unis, mais le déplacement des flux touristiques canadiens vers d’autres destinations commence à peser sur l’activité économique de nombreuses collectivités américaines.
De la même manière, en ce qui concerne l’alcool et les achats, personne n’a jamais dit : « N’achetez pas de bourbon américain. » Les distributeurs provinciaux ont cessé d’en commercialiser et les Canadiens ont cessé d’en acheter. En tout, ce sont 40 millions de personnes qui ont tout simplement voté avec leurs pieds.
Je ne vois pas pourquoi Hoekstra devrait s’en offusquer. Il devrait simplement comprendre qu’on a des sentiments et qu’on est affectés. Ce qu’on voudrait tous, c’est retrouver la relation qu’on avait avec notre meilleur ami, notre plus grand partenaire commercial et notre allié en temps de guerre.
Les Américains nous reprochent de ne pas en faire assez en matière de défense, et peut-être qu’on devrait en faire davantage, mais les États-Unis ont 400 000 soldats dans le Pacifique, 50 000 en Allemagne et environ 40 ou 50 000 à Okinawa. Il y en a des dizaines de milliers dans les Caraïbes et 10 000 à la frontière mexicaine. Il n’y a même pas de boy-scout à la frontière canadienne.
Ils n’ont pas à s’inquiéter pour le Canada, parce qu’on est leur allié. On est avec eux depuis 100 ans, et on partage avec eux la plus grande frontière non défendue au monde. Ce n’est pas rien. C’est la relation qu’on a. Chaque jour, 1 000 infirmiers et infirmières traversent la frontière depuis Windsor pour travailler dans les hôpitaux de Détroit. C’est ainsi que notre relation a toujours fonctionné.
On a un terrain de golf au Nouveau-Brunswick qui se trouve à la frontière. Il suffit de traverser le stationnement pour se retrouver au Canada, puis de frapper son premier coup pour revenir aux États-Unis. Si vous jouez une balle courbe, vous vous retrouvez au Canada, et si vous faites une balle coupée, vous vous retrouvez au Mexique. C’est un véritable parcours de golf de l’ALENA.
Mais c’est exactement ce qu’on veut retrouver. Carney a raison quand il dit – et je pense que les Canadiens sont d’accord avec lui – qu’on ne peut pas changer notre situation géographique. Les choses sont ainsi. On ne peut aller nulle part. Les États-Unis sont notre voisin. Le seul. Ça ne pourra jamais changer. Ils resteront notre principal partenaire commercial, mais on doit être en mesure de négocier d’égal à égal avec eux.
C’est pour cette raison qu’on doit exporter davantage de marchandises vers le reste du monde. On a besoin d’autres amis pour ne pas dépendre d’un seul. J’espère que les États-Unis ne nous en tiendront pas rigueur, mais selon moi, c’est la conséquence logique de la manière dont ils nous ont traités. Et j’appelle de tous mes vœux, comme tous les Canadiens, je pense, à ce qu’on puisse reprendre le cours normal des choses, car ça marchait plutôt bien.
Peter Haynes :
Avez-vous l’impression que les Américains vont commencer à durcir le ton, en laissant entendre qu’on ralentit peut-être les négociations de l’ACEUM? Est-ce que c’est quelque chose que vous avez déjà lu quelque part?
À quel point, et dans quelle mesure, les Canadiens vont-ils devoir subir ces abus au cours de ces négociations sur l’ACEUM? J’emploie ce terme à dessein. Est-ce qu’on va encore assister à un discours très agressif et très négatif à notre égard? Est-ce qu’on va encore se faire malmener?
Frank McKenna :
À mon avis, oui. Le président Trump n’est pas un habitué des discours apaisants. À mon grand regret, je lis ses publications sur Truth Social le soir, et je me réveille en sueur le lendemain matin. Franchement, le ton qu’il emploie est extrêmement incendiaire. C’est ce qui va se passer, et les gens qui l’entourent et qui le caressent dans le sens du poil, les lèche-bottes de son entourage, utiliseront tous un langage encore plus excessif que le sien, parce qu’il aime ça. Le discours s’annonce très dur.
À l’époque, j’ai participé aux négociations en 1989, lorsque Mulroney a conclu l’accord de libre-échange — dont tous les signataires étaient sans doute présents — puis à nouveau en 1983 lors de la conclusion de l’ALENA, et ensuite pour l’ACEUM, etc. Ça a toujours fonctionné comme ça : on se retrouve dans le feu de l’action, les responsables trouvent des points de friction, ils s’affrontent, puis on passe à autre chose. Puis, le président et le premier ministre se réunissent et disent : « D’accord, on va régler ça. » Et ils règlent le problème.
C’est la façon de faire des gens civilisés, mais ça va être difficile à présent. Il y a trois issues possibles. Le président pourrait déclencher l’équivalent de la bombe atomique et donner un préavis de six mois comme quoi il souhaite quitter l’accord. S’il le fait, les conséquences pourraient être terribles pour notre économie. Mais je pense que ça le serait aussi pour la leur.
La différence, c’est qu’on est prêts à faire ce sacrifice pour sauver notre pays. De leur côté, je ne suis pas sûr que les Américains comprennent pourquoi ils partent en croisade contre le Canada. Alors, je ne pense pas qu’ils soient enclins à en subir les conséquences. L’autre problème des États-Unis est qu’entre l’Iran et les droits de douane, l’inflation grimpe en flèche là-bas. La population associe l’inflation aux droits de douane et se demande : « Mais pourquoi faire quelque chose qui va créer de l’inflation? », surtout avec le Canada. Je pense que ça joue en notre faveur. Les Américains, tant au Congrès que parmi la population, nous considèrent avec beaucoup de bienveillance. Ça aussi, ça joue en notre faveur
La deuxième chose qu’il pourrait faire, c’est tout simplement reconnaître que cet accord est vraiment bénéfique pour l’Amérique du Nord : « C’est l’Amérique du Nord contre le reste du monde, alors on va renouveler l’accord pour 16 ans. » Autrement dit, poursuivre avec l’accord négocié il y a trois ou quatre ans. Ça serait la meilleure issue. Le résultat intermédiaire est sans doute le plus probable. Il pourrait se dire : « J’aime bien leur mettre le couteau sous la gorge. On va le renouveler pour un an, car on doit le faire, et on fera ça chaque année pendant les dix prochaines années. »
Dans ce cas, on n’aura d’autre choix que de leur résister et d’espérer l’arrivée d’une administration américaine plus raisonnable, car tout le monde a intérêt à ce que notre secteur dispose de la stabilité nécessaire pour prendre des décisions à long terme.
Peter Haynes :
On va recevoir Chris Krueger, qui a récemment été nommé chef mondial de notre politique macroéconomique au sein de Valeurs Mobilières TD. Le mois prochain, il va nous parler un peu des élections de mi-mandat, une échéance cruciale pour la politique américaine.
La dernière manchette que je souhaite aborder avant de donner la parole au public concerne l’Alberta et le débat sur la sécession de cette province, un sujet qui, malheureusement, est plus que jamais d’actualité, revêt une grande importance pour les Canadiens et restera central tant qu’il n’aura pas été résolu.
La manchette concerne la première ministre Danielle Smith et titre : « Aucun référendum sur la sécession si les Albertains votent pour que la province reste au sein du Canada ». Pouvez-vous faire le point avec notre public sur l’évolution récente des pourparlers concernant la sécession de l’Alberta? Êtes-vous d’accord avec Carney lorsqu’il dit qu’il compte participer aux négociations ou prendre part à ce débat?
Je crois que Danielle Smith a dit aujourd’hui qu’elle participerait à ce débat en faveur du maintien de la province dans le Canada. Selon vous, le premier ministre a-t-il raison de s’impliquer dans ce débat ou devrait-il laisser les élus locaux s’en occuper?
Frank McKenna :
Il n’y a pas de bonne réponse. Certaines personnes seraient mécontentes de son implication. D’autres diraient : « C’est le premier ministre, c’est son rôle. » Par-dessus tout, il est Albertain. Le candidat susceptible de le remplacer en cas de changement de gouvernement, Poilievre, est lui aussi originaire de l’Alberta, et tous deux se battront pour le Canada.
Ce sujet m’attriste énormément Peter. Je ne peux pas le dire autrement. À l’heure où notre avenir en tant que pays est gravement menacé par notre voisin du sud de la frontière, et compte tenu de toutes les autres forces qui sévissent dans le monde, la dernière des choses à faire serait de nous livrer à des querelles internes au Canada. Cette situation me rend très, très triste. J’en ai parlé à la première ministre Smith. Je pense que…
Peter Haynes :
Elle semble s’être mis tout le monde à dos. Les séparatistes sont mécontents qu’elle ait organisé un référendum sur un référendum, et les fédéralistes sont mécontents qu’elle ait autorisé cette initiative.
Frank McKenna :
Exactement. C’est exactement ce dont je lui ai parlé. Je lui ai dit qu’elle était somnambule. C’est très comparable au Brexit. David Cameron cherchait avant tout à apaiser les tensions au sein de son parti lorsqu’il a organisé le référendum, sans jamais imaginer que les pro-Brexit l’emporteraient. Pourtant, c’est ce qui s’est produit. Et maintenant, le Royaume-Uni est coincé. Le pays sombre inexorablement. Ils sont dans une très mauvaise situation.
Ils essaient désespérément de se rapprocher de l’Europe, qu’ils ont abandonnée. Tous les partis se disputent. L’Écosse menace de partir, tout comme l’Irlande du Nord et le pays de Galles. Le Royaume-Uni pourrait finir par se séparer. C’est une tragédie. C’est d’une grande tristesse que le Canada doive aussi en passer par là.
Ce que j’ai dit à la première ministre et à mes amis albertains, c’est : « Écoutez, on est déjà passés par là. On a connu la même situation avec le Québec. » J’ai participé à deux référendums là-bas et on est sur le point d’en tenir un troisième. C’est très corrosif et source de division. C’est toute une population qui se déchire. Les maires de Calgary, et maintenant d’Edmonton, se sont déjà prononcés contre.
Ensuite, ils vont dire : « Écoutez, si vous faites sécession, on va se séparer de vous parce qu’on ne veut pas quitter le Canada. » Les Premières Nations sont furieuses. Puis, tous les députés de l’Alberta seront mis au pied du mur : « Êtes-vous pour la sécession ou contre? »
Leur réponse sera particulièrement importante. En Alberta, tous les députés seront invités à répondre à cette question. On va demander aux chefs de la direction des entreprises : « Êtes-vous un séparatiste ou un Canadien? » Que vont-ils répondre? Vont-ils orienter leurs entreprises dans telle ou telle direction? Les gens sont…
Peter Haynes :
Comment vont-ils répondre à cette question?
Frank McKenna :
Je ne sais pas. Je pense que quelqu’un doit dire : « D’accord, on va voter pour la séparation. » Qu’est-ce qu’il se passe ensuite? C’est comme un chien qui court après une voiture. Que fait-il de la voiture après l’avoir attrapée? Allez-vous former un pays au sein du Canada? Si vous pensez qu’il est difficile de faire passer des pipelines en Colombie-Britannique actuellement, imaginez ce que ce serait si vous étiez un pays distinct. Comment allez-vous répartir la dette canadienne? Vous ne pouvez pas nous laisser la facture. Il faut donc négocier la dette et les actifs. Qu’en est-il de la devise? Comptez-vous garder le dollar canadien? Qu’en est-il du passeport? Y avez-vous pensé?
Ce sont des questions sur lesquelles les gens doivent se pencher. Je pense que, secrètement, les dirigeants, du moins les figures de proue du mouvement séparatiste, aimeraient se joindre aux États-Unis. Mais si cette question était posée aux habitants de l’Alberta, je pense que moins de 10 % d’entre eux seraient d’accord. Alors, quel est le plan de match? Quel est l’objectif? Elle a donc fait en sorte de poser deux questions. La première est…
Peter Haynes :
Pour être franc, je n’ai pas compris la question. C’est ridicule.
Frank McKenna :
Elle est très difficile à comprendre. Voulez-vous rester au Canada ou voulez-vous tenir un référendum sur le fait d’en sortir? Je pense que tout le monde va être confus. Comme vous l’avez dit, elle s’est mis beaucoup de gens à dos.
Ce qui m’a sauvé, Peter, c’est que j’ai vraiment regardé et écouté ce qu’elle disait. Même si je suis en total désaccord avec sa position, je comprends les enjeux politiques qui sont derrière. Elle a laissé un groupe de séparatistes, certes minoritaire, mais très bruyant, prendre le contrôle de son parti, des mouvements contestataires, etc. Donc je peux comprendre, même si je ne suis pas d’accord.
Si vous l’écoutez parler, vous constaterez qu’elle s’exprime comme une fervente patriote canadienne. Elle parle de notre pays, de notre histoire, de l’importance capitale de rester unis, etc Après avoir mis de l’huile sur le feu, il faut tout de même lui rendre justice, car elle a tenu un discours responsable et a clairement déclaré dès le départ : « Je suis Canadienne. Je veux me battre pour le Canada. »
Peter Haynes :
Elle semble d’ailleurs apprécier le nouveau premier ministre et la relation qu’ils entretiennent.
Frank McKenna :
Ils ont une excellente relation, c’est ce qui est très étrange. Pourquoi faire ça maintenant? Vous disposez d’un pipeline de 35 milliards de dollars, rempli de pétrole, qui alimente les marchés étrangers, ce qui réduit l’écart de prix et renfloue considérablement les caisses de l’Alberta et du gouvernement du Canada. Les prix du pétrole et ce pipeline devraient permettre à l’Alberta de conserver des finances publiques saines.
Le gouvernement du Canada est prêt à investir 25 ou 30 milliards de dollars dans le captage et la séquestration du carbone, ce qui représente un investissement massif en Alberta. Il est également prêt à soutenir la construction d’un nouveau pipeline vers la côte, d’une capacité d’un million de barils de pétrole par jour, et vient d’approuver l’expansion de Coastal GasLink, ce qui permettra d’acheminer davantage de gaz naturel de l’Alberta vers la côte, potentiellement au bénéfice de cinq projets de GNL. En ce moment, tout va bien pour l’Alberta. Elle a 100 milliards de dollars de projets de centres de données en cours. À leur place, je serais franchement satisfait de la position qu’occupe actuellement la province au sein du pays.
Peter Haynes :
Y a-t-il une question du public pour commencer? Ensuite, j’inviterai Paul Beeston, puis vous pourrez poser toutes les questions que vous voulez. On a quelqu’un? Pouvez-vous vous approcher du micro et poser votre question à Frank?
Intervenant 3 :
Frank, que va-t-il se passer à Cuba selon vous?
Frank McKenna :
Très bien. Je vais commencer par une petite anecdote. Il y a environ 20 ans, j’étais président de CanWest Global, et Danielle Smith était journaliste à Calgary. Les Aspers m’ont demandé de me rendre aux îles Turques-et-Caïques avec Danielle Smith pour voir si on pouvait négocier l’adhésion des îles au Canada.
J’ai donc passé une fin de semaine avec elle. Quand les gens me demandent : « Connaissez-vous Daniel Smith? » J’ai tendance à dire : « Pas tellement, mais j’ai passé une fin de semaine avec elle dans les Caraïbes. » Enfin bref, les îles Turques et Caïques voulaient vraiment se joindre à nous. L’avantage, c’est qu’on pourrait profiter d’un coin ensoleillé, qu’on n’aurait pas besoin de passeport, qu’on n’aurait pas à se soucier de la carte de santé ni de quoi que ce soit d’autre. Ils voulaient vraiment intégrer le Canada. Le projet s’est heurté à la machine bureaucratique d’Ottawa et n’a jamais abouti, mais c’est une autre histoire.
J’ai récemment rencontré notre ministre et je lui ai dit : « On devrait peut-être prendre Cuba. » Qu’est-ce que ça ferait? Tout d’abord, les Américains n’ont pas à s’inquiéter. Premièrement, on est des alliés. Deuxièmement, on aurait des quantités illimitées de cigares et de rhum. Troisièmement, il y a 10 000 médecins au Venezuela et ailleurs qu’on pourrait faire venir au Canada. On pourrait peupler notre pays de médecins. On aurait un endroit bien ensoleillé où on pourrait se rendre en avion, et les Canadiens pourraient garder leur monnaie au Canada, ainsi que tout le reste.
Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’une anecdote, parce que ça n’arrivera pas. C’est trop gros. Je pense qu’en fin de compte, Cuba finira par être envahie par les États-Unis. Qu’ils y déploient des forces militaires ou qu’ils se contentent de provoquer son effondrement économique, Cuba ne peut pas survivre sans avoir accès au pétrole et aux autres produits soumis à l’embargo.
Pourquoi les États-Unis font-ils tant d’histoires à propos d’une petite parcelle de terre au large de leurs côtes qui ne leur a jamais fait de mal depuis 50 ans? Je ne sais pas, mais c’est un enjeu politique très important pour Rubio, et je ne pense pas qu’ils s’arrêteront tant qu’ils n’auront pas mis la main sur Cuba.
Peter Haynes :
Bien. Je vais maintenant demander à Paul Beeston de se joindre à nous sur scène, pour qu’on passe au baseball, puis à la fin de la discussion, on pourra parler de ce que vous voulez. Bienvenue, Paul.
Le temps qu’il s’installe, je vais vous raconter une petite anecdote. Paul s’est joint à notre conférence il y a cinq ans à titre de conférencier principal des déjeuners-conférences. Toutes les personnes qui ont déjà assisté à la conférence savent qu’on joue toujours à Jeopardy, et plus précisément à Market Jeopardy.
On a trois concurrents sur scène qui répondent à toutes sortes de questions sur les marchés. Je suis assis à côté de Paul et il répond toujours correctement à toutes les questions. Et là je me dis : « Mais il s’est trompé de secteur. »
Sur ce, Paul, bienvenue et merci d’avoir accepté notre invitation. On va certainement vous parler de baseball, parce qu’on a hâte de voir les Jays jouer face aux Marlins. Je vais vous poser la première question. Quel regard portez-vous sur les Blue Jays après une cinquantaine de matchs? On va commencer par le positif avant de passer au négatif. Qu’en pensez-vous?
Paul Beeston :
Eh bien, je ne pense pas que quiconque puisse être très satisfait du début de la saison. On espérait faire un peu mieux, et notre calendrier était plutôt favorable en début de saison. On avait l’impression qu’on allait se retrouver dans une situation où, au moins avant d’affronter les grosses écuries, on aurait peut-être pu se hisser à la première ou à la deuxième place. Mais la Ligue américaine, pour une raison ou une autre, n’a pas vraiment brillé cette année. La Ligue nationale a fait beaucoup mieux.
Peter Haynes :
Oui.
Paul Beeston :
La Ligue nationale remporte actuellement la majorité des matchs interligues. On n’a pas bien commencé. Nos frappes n’étaient pas bonnes. On peut parler de nos blessures, mais je pense qu’à un moment donné, il faut bien comprendre que tout le monde a des blessés. Ce n’est pas grave.
Vous imaginez être à la place de Detroit? Je ne sais pas si le meilleur lanceur est Skenes ou Skubal, mais Skubal est absent en ce moment, et on a eu de la chance de ne pas l’affronter.
Je ne sais pas quel est le secret des Rays, mais ça fait des années qu’ils trouvent le moyen de rester compétitifs. Si on fait abstraction de ces quelques matchs, on pourrait même afficher un bilan supérieur à .500. À chacun de voir les choses comme il l’entend. J’aime voir les choses ainsi : on n’est qu’à une victoire de la dernière place qualificative pour les séries.
Il nous reste encore 100 matchs à jouer. Vu sous cet angle, on est finalement dans une position plutôt favorable. Si les lanceurs sont au rendez-vous, les frappeurs aussi, que les joueurs absents reviennent… Lucas est de retour, et on voit désormais clairement la direction dans laquelle on va aller. Cease semble avoir été une bonne addition. Varland est désormais le releveur de fin de match, tandis que Hoffman occupe peut-être enfin le rôle qui lui convient le mieux. Il faudra voir comment les choses évoluent.
Vladi n’est pas en forme. Personne ne peut le nier. On n’aime pas s’en prendre à nos propres joueurs, mais il ne joue pas à son meilleur niveau. Peut-être qu’une fois qu’il sera lancé, il pourra nous porter pendant une semaine, deux semaines, voire trois semaines. Et s’il retrouve ce niveau, c’est bon pour nous,
Honnêtement, on ne peut pas se dire satisfaits et il y a un peu de déception. Mais quand on regarde la façon dont la saison s’est déroulée, on voit aussi qu’il existe de belles occasions à saisir d’ici la fin de l’année. Parce que je pense qu’on va finir par se qualifier pour les séries éliminatoires. Si Cease continue de bien lancer, que Gausman maintient son niveau actuel et que Yesavage tient ses promesses, on pourrait avoir trois très bons lanceurs sur lesquels s’appuyer.
Fin juillet, on a l’occasion de faire quelques ajouts là où c’était nécessaire. Je dirais qu’il n’y a pas encore vraiment de raison de se décourager, mais il va falloir le prouver. Et la Ligue américaine, Frank, vous la regardez. On n’a tout simplement pas été à la hauteur.
Frank McKenna :
Non, on a eu de la chance dans la Ligue américaine, et on a eu des blessures. Je pensais que l’échange de Moreno était une erreur. Il avait tout selon moi : il était rapide, c’était un excellent frappeur, il avait tout… Je pensais qu’on aurait dû le garder plutôt que Kirk.
Aujourd’hui, je pense que Kirk est l’homme de la situation. J’ai complètement changé d’avis, et je pense qu’il nous manque vraiment. C’est lui qui commande les opérations derrière le marbre, avec un excellent bras pour retirer les coureurs. On se fait constamment voler des bases, alors il y a forcément quelque chose à corriger.
Paul Beeston :
Vous avez tout à fait raison au sujet de Kirk. Je pense que personne ne s’attendait à ce qu’il nous manque autant. Honnêtement, c’était surtout un coup du sort : la balle a frappé son gant et ça a suffi pour le sortir. Mais c’était un frappeur opportuniste, capable de produire offensivement dans les situations clés. Sa moyenne offensive n’était peut-être pas spectaculaire, mais c’était lui qu’on voulait voir au bâton. Pas un autre. On savait qu’il allait faire le travail.
S’il ne frappe pas dans un double jeu et qu’il trouve une ouverture dans le champ extérieur, il va produire des points. Il nous manque vraiment. Je suis heureux que vous parliez de Kirk, car parmi tous les joueurs qui nous manquent actuellement, c’est probablement celui dont l’absence se fait le plus ressentir. D’une part, c’est le véritable chef d’orchestre de l’équipe sur le terrain; d’autre part, c’est un excellent frappeur dans les moments clés, et tout le monde a confiance en lui. Et c’est la clé. C’était la clé de l’an dernier. On avait confiance en tout le monde.
Frank McKenna :
Je vais poser juste deux questions techniques. Peter, vous avez posé les questions importantes, mais Guerrero… qu’est-ce que je l’adore! J’adore son style, son leadership, sa joie de vivre et ce qu’il dégage. J’aime le fait qu’il vole des bases, même s’il ne devrait pas le faire. J’aime tout ça, mais je ne comprends pas comment un joueur aussi puissant ne parvient pas à améliorer son angle de lancement.
Il frappe les balles au sol avec une puissance jamais vue, mais avec tout le talent qu’on a, sans parler des lance-balles et de la technologie, on ne pourrait pas l’aider à faire décoller ses balles? C’est la première question. La deuxième concerne Okamoto. Là aussi, on le croyait au sommet de sa forme, et maintenant, il rate tout ce qu’il fait. Comment remédier à ça?
Paul Beeston :
Je ne sais pas trop. L’année dernière, Popkins était un peu le gourou des frappeurs. Peu importe le joueur qu’on lui confiait, il en tirait le meilleur.
Je ne sais pas ce qu’il se passe avec Guerrero. La puissance n’est pas là, les coups ne sont pas aussi francs et il ne tire plus la balle comme il en est capable. Et on pourrait penser qu’avec tout ça… Je veux dire, on pourrait descendre tout de suite, mais je ne sais pas qui sera le lanceur des Marlins ce soir.
Peter Haynes :
Junk, un type qui s’appelle littéralement Junk. Je ne plaisante pas.
Paul Beeston :
Junk sera le lanceur partant des Marlins ce soir, mais ils l’auront déjà observé. Ils ont une machine, mais ce n’est pas une simple imitation grossière du lanceur : on a vraiment l’impression de lui faire face. C’est comme si c’était lui.
Frank McKenna :
Ils ont programmé ce lanceur dans cette machine.
Paul Beeston :
On sait exactement quel type de lancer va être effectué à chaque fois, mais pour une raison ou une autre, Vladi n’y arrive pas. Souvenez-vous qu’il n’a pas bien débuté la saison dernière non plus.
Frank McKenna :
C’est vrai.
Paul Beeston :
Puis il est entré en jeu, et quand on s’est qualifiés pour les séries éliminatoires, il a très bien joué. Cette année, que ce soit parce qu’il souhaitait participer à la Classique mondiale de baseball ou pour une autre raison, il a été très performant pour les Dominicains. [inaudible 00:44:42] ils ne sont pas allés au bout, mais il était là. Il a ce leadership. Il a… On n’aime pas le voir se frustrer, car tout le monde veut qu’il soit performant, alors quand il commence à casser des battes, puis qu’il finit par se blesser au genou… Ce n’est pas une bonne chose. Mais la réalité, c’est qu’on a besoin de lui.
En ce qui concerne l’angle de lancement, c’est drôle que vous en parliez, parce que pendant un certain temps, ce sujet était sur toutes les lèvres. On n’a pas envie d’entendre à la télévision : « Il va lancer à 32 degrés. » Ça ira. L’autre jour, ils en ont parlé parce qu’il avait l’angle de lancement le plus bas pour un coup de circuit…
Peter Haynes :
Trois degrés. Il me semble que c’était trois degrés.
Paul Beeston :
… cette année.
Peter Haynes :
… son angle de lancement ou quelque chose du genre.
Paul Beeston :
Combien Peter?
Peter Haynes :
Il me semble avoir entendu que c’était trois.
Paul Beeston :
Trois? Ils l’ont… [inaudible 00:45:26].
Frank McKenna :
Paul Beeston :
Mon coup de golf, donc. L’essentiel, c’est qu’il faut absolument corriger ça. Il faut absolument relever cet angle de lancement. Mais je ne sais pas comment faire. Je n’ai pas la réponse, et si quelqu’un l’avait, le problème serait déjà réglé, car tout le monde voit la même chose.
Frank McKenna :
Oui, bien sûr.
Paul Beeston :
C’est un problème. Vladi le sait, et il va y travailler. Et vous savez quoi? Au bout de cinq et six ans passés à observer ce dont il est capable, on se rend compte que ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas juste cette année. C’est ce qu’il fait, et il frappe la balle aussi fort que quiconque sur le circuit.
Frank McKenna :
Et Okamoto, qu’est-ce qui ne va pas?
Paul Beeston :
En ce qui concerne Okamoto, je pense qu’il s’ajuste. Il a connu un début difficile, puis il a soudainement trouvé son rythme. En fait, c’est lui qui portait l’équipe, et il envoyait tous ses coups de circuit en dehors du terrain. Bon, il se fait éliminer s’il ne frappe pas, mais il a réussi quelques coups sûrs, notamment hier, où il a permis aux autres de marquer. Je pense que c’est simplement l’un de ces passages à vide que traversent parfois les joueurs.
Vous posez des questions techniques. Vous voulez en savoir plus sur la finance? Pourquoi est-ce qu’il a du mal au bâton… Honnêtement, je ne peux pas l’expliquer, et je ne crois pas non plus qu’il existe un consensus à ce sujet. Je me souviens, quand j’ai commencé dans ce milieu, ça remonte à longtemps, on avait trois entraîneurs, et Bobby Doerr était notre instructeur des frappeurs à temps partiel. Aujourd’hui, on a un instructeur des frappeurs, un assistant de l’instructeur des frappeurs, un assistant de l’assistant, et un collaborateur qui est juste là pour donner un coup de main.
Tous sont concernés, tous en sont conscients, tous y travaillent, et je ne m’inquiète absolument pas… 162 matchs. Le baseball, c’est 162 matchs. Quand on regarde Vladi, même s’il n’est pas à son meilleur niveau, il maintient quand même une moyenne de .285.
Frank McKenna :
C’est vrai.
Paul Beeston :
Bon, 285, ça ne semble pas énorme. Ça le positionne peut-être parmi les 20 meilleurs.
Frank McKenna :
Oui.
Paul Beeston :
Et il soutire des buts sur balles. Il a une bonne vision.
Frank McKenna :
Il soutire des buts sur balles.
Paul Beeston :
Il soutire des buts sur balles. Je pense qu’Okamoto est en train de retrouver son rythme. On va attendre, puis on reviendra en octobre et on en reparlera peut-être à ce moment-là, parce qu’on n’a pas encore fait un tiers de la saison, même si ce sera le cas demain il me semble.
Peter Haynes :
On a un public qui semble rompu aux questions d’affaires. Vous avez évoqué les affaires dans le baseball, alors on va aborder ce sujet. En décembre, la convention collective actuelle entre les participants et les propriétaires expire.
La plupart des acteurs du monde du baseball pensent qu’une grève est inévitable, les propriétaires étant déterminés à instaurer un plafond salarial, tandis que les joueurs et leurs représentants affirment que le secteur n’a jamais été aussi florissant, et que, dès lors, il n’y a pas lieu de remettre en cause une situation qui fonctionne si bien.
Paul, pourquoi le baseball est-il le seul sport majeur à ne pas avoir de plafond salarial? Pensez-vous qu’il pourrait y avoir une entente sur un plafond salarial dans le cadre des négociations de décembre?
Paul Beeston :
Eh bien, je crois que les discussions sont en cours. On parle d’un plafond salarial, on parle d’un plancher. On a besoin de ces mesures. Le baseball n’en a jamais eu, car ce sport dispose d’un syndicat vraiment très puissant, qui a vu le jour à la fin des années 1960 et dans les années 1970, et qui s’y est toujours opposé.
On a déjà essayé de le mettre en œuvre, mais ça n’a jamais marché. Et au bout du compte, la saison a toujours eu lieu. Une Série mondiale a été annulée, mais aucune saison. Donc on tente de trouver un terrain d’entente.
Mais il va y avoir un problème. Je n’aurais jamais pensé dire un jour que j’étais favorable au plafond salarial, mais quand on voit que certaines équipes peuvent dépenser des sommes exorbitantes, alors que d’autres n’en ont même pas la possibilité, ça devient très, très difficile de soutenir que ce ne serait pas une bonne chose.
Quant à savoir s’ils y parviendront ou non, ou s’ils trouveront une solution qui satisfera les deux parties, je n’en sais rien. Mais d’après la tournure que prennent les événements en ce moment… On dirait qu’on se dirige vers l’Armageddon, dans le sens où les deux camps ont un discours très ferme.
J’ai été intrigué par tout ce qu’on a entendu aujourd’hui ou plus tôt sur ce qui se passe en Iran, ce qui se passe [inaudible 00:49:11]. Notre réalité est différente : on est là pour divertir. Là on ne parle pas de divertissement. C’est la vraie vie. On parle de vies humaines. C’est tout ce qui compte. C’est très sérieux.
Ce qu’on fait n’a rien de vital, mais on dirait que ça l’est… Tout le monde tient un discours agressif. Et jusqu’à ce que ça soit concret, c’est-à-dire à la fin de cette année, je ne sais pas dans quelle direction les choses vont évoluer.
Je ne pourrais vraiment pas répondre à cette question, mais il y a une réelle pression en faveur d’un plafond salarial, et les joueurs refusent catégoriquement d’accepter cette mesure. Ils disent aussi que le système fonctionne actuellement.
Pour l’instant, les choses fonctionnent plus ou moins, mais une fois les 162 matchs disputés, où se situeront des équipes comme Oakland ou Tampa Bay à la fin de la saison? Et peuvent-ils gagner les Séries mondiales contre les mastodontes? C’est la question d’aujourd’hui.
Frank McKenna :
Et est-ce qu’on veut voir Los Angeles gagner année après année?
Paul Beeston :
Non, on ne veut plus voir Los Angeles gagner. Ils en ont trop gagné.
Peter Haynes :
Est-ce qu’on peut parler de Los Angeles un instant? On dit que les Dodgers gagnent de l’argent grâce à Shohei Ohtani, à la fois par la structure de son contrat et par l’exploitation commerciale de son image. Comment intégrer cette donnée dans les négociations sur le plafond salarial?
Paul Beeston :
On peut le faire. La structure actuelle du contrat repose sur une entente de dix ans signée avec Ohtani. Pour les personnes qui ne sont pas au courant, ils lui ont fait un contrat de 700 millions de dollars. Il touchera 68 millions de dollars si le versement est différé, et il ne les percevra qu’au cours de la dernière année. La valeur réelle actuelle de ce contrat se situe donc aux alentours de 400 millions de dollars, ce qui correspond à un contrat de 40 millions de dollars.
Ils commercialisent toutes sortes de publicités, tout comme on essaie de le faire, mais ils ont Ohtani, Sasaki et Yakamoto. Trois Japonais. Ce sont eux qui génèrent ces recettes. On croit souvent que l’argent provient de la vente de maillots et des produits dérivés, mais les ventes au détail relèvent de la MLB, pas directement des Dodgers. C’est surtout grâce à la publicité qu’ils tirent leur profit. Il faut reconnaître leur mérite, car ils avaient un plan, ils se sont lancés dans la bataille et ont réussi à tirer le meilleur des joueurs japonais, et les gars ont fait ce qu’ils avaient à faire.
Je me souviens qu’il y a quelques années, certains parlaient déjà d’Ohtani comme du plus grand joueur de l’histoire. Puis, le doute s’est installé. Et plus on le regarde jouer, plus on est impressionnés : ses coups de circuit, ses lancers, la vitesse à laquelle il lance, la distance que parcourent ses coups de circuit… C’est dingue. On assiste à quelque chose de très spécial. Être lanceur est déjà difficile en soi.
Peter Haynes :
Son MPM est de 0,7 cette année.
Paul Beeston :
J’ai vu ça. Et j’ai lu dans le New York Times qu’il avait lancé plusieurs balles à plus de 160 km/h. On en avait déjà parlé. C’est juste…
Frank McKenna :
C’est un monstre de la nature.
Paul Beeston :
C’est un monstre de la nature. C’est un monstre de la nature. Mais vous savez quoi? Le meilleur dans tout ça, c’est que c’est un monstre de la nature sympathique. Il n’y a qu’à voir les publicités qu’il fait, c’est un ambassadeur que tous les sports adoreraient avoir.
Frank McKenna :
Oui.
Paul Beeston :
Il n’a même pas besoin de parler. Il a un super sourire. Il fait des publicités pour New Balance, ce qui ne fait qu’accroître sa popularité. Il sait tout faire. Il est impressionnant.
C’est un atout indéniable. Ça va être intéressant de voir ce qu’il va se passer. C’est difficile, car à bien des égards, le baseball n’a jamais été aussi passionnant. Les audiences télévisées sont en hausse, les affluences dans les stades sont en hausse, les gens s’y intéressent, et c’est…
Frank McKenna :
Et ils vont tout faire capoter au pire moment.
Paul Beeston :
Eh bien, vous savez quoi? Peut-être qu’à un moment il faut le faire. Qu’on estime que c’est une réussite ou non, les résultats sont là. Tout dépend du camp dans lequel on se place, mais le basket, le hockey et le football américain ont déjà un plafond salarial. D’une certaine manière, les ligues européennes de football ont aussi leur propre version du plafond salarial, puisqu’elles imposent une limite aux dépenses des clubs. Les dépenses autorisées sont en fonction des revenus, mais on ne revient pas ensuite sur ce qui a déjà été engagé.
Je veux dire, on peut faire en sorte que ce soit mieux pour tout le monde. On pourrait fixer un plafond, et ce serait mieux pour tout le monde si on dépensait cet argent en le répartissant, comme c’est le cas dans les autres sports. On se retrouve avec un écart important entre les vedettes très bien rémunérées et les joueurs qui touchent le salaire minimum des Ligues majeures, ce qui fait mécaniquement baisser la moyenne. Ça va être intéressant à voir, mais j’espère qu’ils ne le feront pas. Je pense que tout le monde est de cet avis, et…
Frank McKenna :
On pourrait jouer un peu avec la taxe de luxe et…
Paul Beeston :
On pourrait.
Frank McKenna :
… en augmenter le montant et le répartir entre les autres équipes. Je suis de la vieille école, je déteste voir des gens acheter leurs titres de champion. J’aime que les titres soient gagnés sur le terrain.
Paul Beeston :
Je pense qu’on est tous d’accord pour dire que chaque équipe doit pouvoir aspirer à gagner, et le baseball se démarque de ce point de vue. Mais vous savez quoi? Si on y réfléchit, qui est encore présent au moment où les choses se décident vraiment? À la fin de la saison, on retrouve généralement les mêmes candidats. C’est un fait, les Blue Jays sont quatrièmes.
Frank McKenna :
Oui, on est [inaudible 00:54:01].
Paul Beeston :
On en fait partie. Et vous savez quoi? Et on était dans le… Et il faut féliciter Rogers pour ça. Après tout, c’est le système actuel, ce sont les règles du jeu. On va tenter de recruter Ohtani. On va tenter de recruter Sasaki. On va tenter de recruter Soto. On va tenter de recruter ces joueurs. Si on pouvait les avoir, on pourrait aussi en tirer parti. On a essayé, mais ça n’a pas marché.
Frank McKenna :
L’argent n’a pas non plus été d’un grand secours pour les Mets.
Paul Beeston :
Pour l’instant, ça n’a pas vraiment marché. C’est certain. C’est indéniable, ils ont investi massivement.
Frank McKenna :
Ils seraient dans les quatre premiers non?
Paul Beeston :
Oh, c’est sûr. Ils seraient deuxièmes. Ils seraient deuxièmes. Ce serait les Dodgers en tête, puis les Mets, mais on commence à s’en approcher.
Peter Haynes :
Vous avez parlé de Paul Skenes. J’étais ici samedi pour le match des Jays contre Pittsburgh. Skenes n’avait pas l’air en forme. Il n’a éliminé que deux frappeurs, ce qui est peu. Mais il n’a pas raté beaucoup de balles, ce qui était intéressant.
En sixième manche, l’arbitre a estimé que Jesús Sánchez avait retenu son élan, et le lancer n’a pas été comptabilisé comme une troisième prise. Les Jays ont ensuite marqué quatre points et ont fait sortir Skenes.
Cette décision a fini par faire sortir de leurs gonds les Pirates. L’instructeur des lanceurs a été expulsé, puis le gérant. Et il n’est pas parti discrètement, c’est le moins qu’on puisse dire. Cette séquence a ravivé les demandes visant à soumettre les demi-élans à un examen électronique au siège de New York.
Que pensez-vous du système de contestation et du système ABS, le système automatisé de balles et de prises? Et pensez-vous que tout devrait être vérifié électroniquement, y compris les demi-élans?
Paul Beeston :
Non, pas du tout. En fait…
Peter Haynes :
Vous dites ça parce que la décision a été favorable aux Jays?
Paul Beeston :
Non, non, non. Je pense que les gens qui commencent à suivre le baseball aujourd’hui n’ont pas connu les bonnes vieilles engueulades entre les gérants et les arbitres.
Peter Haynes :
Oui.
Paul Beeston :
C’était quelque chose. Les arbitres étaient des figures bien connues, et tout le monde savait que ces altercations faisaient partie du jeu.
Peter Haynes :
C’est vrai.
Paul Beeston :
Qu’est-ce qu’on retient au final? La façon dont il a quitté le terrain. N’est-ce pas?
Peter Haynes :
Oui.
Frank McKenna :
Oui.
Paul Beeston :
Je veux dire, c’est peut-être la seule fois de l’année où vous verrez ça ici, mais il y avait cet aspect-là. Oui. Et on ne peut pas contester chaque balle et chaque prise, parce qu’un arbitre va voir 300 lancers par jour. Il ne peut pas tous les juger correctement.
Peter Haynes :
Non.
Paul Beeston :
C’est évident. N’est-ce pas? On vous accorde désormais deux contestations, et vous les conservez tant que vous avez raison.
Frank McKenna :
Est-ce que ça vous convient?
Paul Beeston :
Ça me convient. Enfin, deux ou trois. Parce qu’en réalité, à mon avis, à mesure que ça va se mettre en place, ça va surtout arriver en fin de match, parce que [inaudible 00:56:21].
Frank McKenna :
C’est vrai. On voit beaucoup de contestations absurdes en ce moment.
Paul Beeston :
Exactement. Et on l’a fait nous-mêmes : en début de match, le receveur a demandé une contestation face à un frappeur du bas de l’ordre offensif adverse. Dans ce cas-là, ce n’est peut-être pas pertinent. Mais non, je ne pense pas qu’il faille le faire pour tout. En ce qui concerne les demi-élans…
Peter Haynes :
Je ne sais même pas comment on pourrait vérifier les demi-élans électroniquement, mais là encore, ils pourraient peut-être créer un modèle.
Paul Beeston :
C’est subjectif. Je ne sais pas non plus comment on pourrait faire. Ce sera toujours subjectif. Je ne sais pas comment contourner ça, mais il faudrait qu’on ait l’examen pour les coups de circuit. On la veut aussi pour une balle qui tombe à l’intérieur du terrain ou pour un coup sûr. Mais si on l’a pour tout, franchement, c’est déjà assez compliqué comme ça. Le bon côté avec l’ABS, ou le système automatique balles-prises, c’est que les supporters adorent ça.
Frank McKenna :
Oui, vraiment. Ça c’est sûr.
Paul Beeston :
Ça passe à la télé, c’est diffusé à l’antenne. Ça leur plaît, donc c’est vrai qu’il y a cet aspect-là, mais on est quand même limité. Il faut donc être un peu judicieux dans ce qu’on…
Peter Haynes :
Pensez-vous que les acteurs et les gérants aiment le système qu’on a aujourd’hui? Quel son de cloche entendez-vous?
Paul Beeston :
Je pense que oui. Je ne pense pas qu’il y ait de réticence. Et puis, ça fait maintenant quatre ou cinq ans que c’est mis en place dans les ligues mineures, donc les joueurs qui montent sont habitués.. C’est comme tout le reste.
Le jeu change, le jeu évolue. La technologie est là, donc on veut l’utiliser, mais je ne pense pas qu’on puisse l’utiliser pour tout et n’importe quoi, car le baseball est un sport qui se joue à quelques centimètres, et on peut contester énormément de choses.
Frank McKenna :
Par contre, on voit très vite qui a le bon œil.
Paul Beeston :
Oh, tout à fait. Ah oui, absolument. On s’en rend compte, vraiment. Mais la technologie est là, et je pense que ça va dans la bonne direction. À vrai dire, je pense que ça a rendu les arbitres un peu plus rigoureux. Je veux dire, les arbitres eux-mêmes…
Peter Haynes :
Je ne pense pas qu’ils détestent ça, parce qu’ils ne veulent pas qu’une mauvaise décision coûte un match.
Paul Beeston :
C’est exactement ça. Il y avait également un autre facteur Peter : ils tiennent à préserver la décision rendue sur le terrain. Après tout, c’est l’arbitre au marbre qui doit annoncer que la décision a été infirmée. C’est à lui qu’il revient de prendre cette décision.
Frank McKenna :
En remontant assez loin, je me souviens de Mickey Mantle, de Ted Williams et de tous ces types. Lors d’un match, un lanceur a effectué un lancer à Ted Williams et l’arbitre a jugé qu’il s’agissait d’une balle. L’arbitre annonce une balle, et là le gérant a perdu son sang froid. Il a crié : « C’était une prise! » L’arbitre répond : « Si ça avait été une prise, Ted aurait frappé. »
Paul Beeston :
C’est exact. Il pouvait juger. C’est tout l’intérêt.
Frank McKenna :
On raconte qu’il pouvait lire la rotation de la balle pendant sa trajectoire.
Paul Beeston :
C’est ce qu’on dit.
Peter Haynes :
Quel est le plus grand joueur de baseball que vous ayez vu jouer? À l’exception de Shohei.
Paul Beeston :
De mes propres yeux?
Peter Haynes :
Oui.
Paul Beeston :
Barry Bonds en fait probablement partie, mais je dirais quand même Willie Mays.
Peter Haynes :
Oh, oui. D’accord.
Paul Beeston :
J’ai vu Mickey Mantle jouer, j’ai vu Ted Williams frapper, j’ai vu Roberto Clemente… Il y en a pas mal. Je pense que c’est vraiment une question de sensibilité. Mais vous savez quoi? Shohei doit être dans la discussion. Babe Ruth aussi, c’était quelque chose.
Je veux dire, quand on pense à Babe Ruth… Il était lanceur, il était frappeur, il frappait avec puissance et il avait de la personnalité. Il avait tout, quoi. Donc je ne sais pas, mais quand on pense à Barry Bonds… Il pouvait courir, il pouvait lancer, il pouvait frapper, il pouvait frapper avec puissance.
Peter Haynes :
Mais il traîne une réputation problématique. Son héritage est entaché.
Paul Beeston :
Son héritage est entaché, mais pas du temps où il faisait tout ça. Il faisait déjà ça depuis douze ans avant que tout le reste ne lui tombe dessus. C’était l’un de ces joueurs dotés d’un talent naturel exceptionnel. Je ne dis pas qu’il était le meilleur, mais il était tout en haut.
Frank McKenna :
Quelqu’un l’a comparé à Babe Ruth, et un type est intervenu en disant : « Oui, mais Barry Bonds a dû prendre des produits dopants. Babe Ruth, lui, il faisait ça aux hot-dogs et à la bière. »
Peter Haynes :
Est-ce que quelqu’un dans le public a une question pour Paul ou Frank?
Intervenant 5 :
Vous avez parlé de Barry Bonds. Devrait-il être au Temple de la renommée?
Paul Beeston :
Eh bien, je peux répondre comme ça : il a clairement les chiffres pour l’être. Mais je ne sais pas… il est entaché par cette histoire de produits dopants, comme Roger Clemens, comme Alex Rodriguez. Au vu de leurs statistiques, alors oui.
Après dix ans sur le bulletin de vote, les journalistes ont choisi de ne pas l’introniser. Et il y a beaucoup de membres du Temple de la renommée eux-mêmes qui disent que c’est de la triche. Après, je ne sais pas si on veut l’accepter ou pas.
Frank McKenna :
Est-ce que c’était de la triche quand il l’a fait?
Paul Beeston :
Quand il l’a fait?
Frank McKenna :
Oui.
Paul Beeston :
En fait, il n’a jamais avoué l’avoir fait. Et c’est comme Roger, je veux dire, ils sont tous dans ce cas-là. Donc c’est une vraie question. Pour être honnête, si vous me posez de nouveau la question demain, je vous donnerai peut-être une autre réponse, parce que moi-même je n’arrive pas à trancher.
Peter Haynes :
Pouvez-vous nous parler un peu de Bobby Cox, qui vient de décéder? Vous l’avez sûrement très bien connu…
Paul Beeston :
Oui, je connaissais bien Bobby, on l’avait embauché en 1982 Il est parti en 1985 parce qu’il voulait retourner à Atlanta ou parce que sa femme voulait retourner à Atlanta. C’était notre gérant. Il nous a fait passer d’une équipe de niveau Triple-A à une équipe qui gagne 99 matchs en 1985. Et en 1985, quand on a remporté ces 99 matchs, un total inédit dans l’histoire de la franchise à l’époque, on a atteint les Séries mondiales.
Bobby avait su gagner la confiance de ces jeunes joueurs et leur faire croire en son projet. Il mettait tout le monde d’accord et parvenait à motiver les troupes comme personne. Ce n’était pas une question de stratégie pendant les matchs. Je ne pense pas qu’il était forcément meilleur que les autres là-dessus, mais tout le monde voulait jouer pour lui. Tout le monde voulait jouer pour Bobby, et personne n’aurait osé lui tenir tête.
Vous ne saviez pas jusqu’où il était capable d’aller, alors vous ne preniez pas de risque. Après tout, il était là pour veiller à ce que tout le monde garde les yeux rivés sur un seul objectif : gagner. Il fallait jouer de la bonne façon et toujours respecter le jeu.
Donc il nous a quittés, puis il est retourné à Atlanta. Bon, gagner un championnat à Atlanta, c’était déjà quelque chose; gagner deux ou trois titres de ligue, c’était encore autre chose. Lui, il a gagné treize ans de suite Et c’était contre de bonnes équipes, avec de gros budgets, etc. Donc c’était quelqu’un de spécial. Il savait motiver les joueurs mieux que quiconque. Et il a gagné 2 500 matchs.
Il détient un record. Pour revenir à ce dont on parlait tout à l’heure, il détient un record absolu. Il a été expulsé 155 fois. Sans oublier Coxy, expulsé après une de ses fameuses colères, entre casquette lancée et coups de pied dans la terre, tout ça… Franchement, c’était un régal à regarder. On ne voit plus ça aujourd’hui. Les Earl Weaver. Les Billy Martin. Les Bobby Cox.
Frank McKenna :
[inaudible 01:02:47].
Paul Beeston :
Exactement. Tous ces joueurs. Mais Bobby était vraiment quelqu’un de spécial. Il a eu, à bien des égards, beaucoup plus de succès que John Gibbons, mais il lui ressemblait aussi beaucoup. Les premiers à arriver au centre d’entraînement, les derniers à partir.
Ils arrivaient, enfilaient leur uniforme et respiraient littéralement le baseball. Le jeu faisait partie intégrante de leur quotidien et ils en parlaient sans arrêt. Son truc – comme ce dont Frank parlait plus tôt – c’était de se demander : « Qu’est-ce qui ne va pas, pourquoi est-ce qu’on n’arrive pas à augmenter l’angle de lancement? » Bobby adorait étudier le baseball. C’était un type formidable.
Intervenant 5 :
Dans le même ordre d’idées, je me demandais : quand on pense aux Blue Jays champions des Séries mondiales, Cito Gaston a lui aussi joué un rôle énorme pour motiver les joueurs et nous amener jusqu’au Graal.
Tout à l’heure, vous évoquiez l’assistant de l’assistant de l’assistant. Avec l’essor des statistiques à la Moneyball et tous les spécialistes qui entourent désormais les joueurs : conseillers, préparateurs mentaux et autres… Quelle importance revêt encore le rôle du gérant aujourd’hui? Et selon vous, quelles sont les qualités d’un gérant capable de mener une équipe jusqu’à une victoire en Séries mondiales?
Paul Beeston :
Eh bien… Un bon gérant est quelqu’un qui parvient à convaincre ses joueurs qu’ils sont meilleurs qu’ils ne le sont vraiment. Aujourd’hui, tout se joue dans la tête. Quand Cito était là – et c’est un assez bon exemple – on avait Gene Tenace, qui était aussi entraîneur des frappeurs, et on avait Larry Hisle. Donc, en réalité, on avait trois instructeurs des frappeurs à ce moment-là.
Mais avec Cito, c’était différent. Tout le monde n’aurait pas été capable de diriger cette équipe. Si l’on regarde l’équipe de près, elle était composée de All-Stars et de futurs membres du Temple de la renommée. Le but était de satisfaire tout le monde, et Casey Stengel a d’ailleurs prononcé une phrase mémorable sur ce qu’est un bon gérant. Il a dit que le secret pour avoir une longue carrière de gérant c’est de, je cite : « garder à distance les cinq joueurs qui veulent ta peau des cinq autres qui sont indécis. » Voilà.
Et c’est aussi valable dans les affaires. Garder les cinq gars qui râlent loin des cinq indécis. Mais il faut en tirer le meilleur, et tout repose sur la communication. Autrefois, on n’avait même pas à s’inquiéter de la presse. On n’avait pas à s’inquiéter de la télévision. On n’avait pas à s’inquiéter de…
Le rôle du gérant est aujourd’hui très différent de ce qu’il était auparavant. Il ne s’agit plus seulement de gérer les joueurs, il faut aussi composer avec la direction – sans dire qu’on gère la direction – car les bureaux disposent désormais d’une masse énorme de données sur les 30 équipes. Et ce phénomène ne concerne pas seulement le baseball, on le retrouve aujourd’hui dans tous les sports.
Il faut donc en tenir compte. C’est la loterie. On n’est plus à l’époque où l’on terminait un match avant d’aller prendre quelques bières en se demandant simplement ce qui n’avait pas marché. Aujourd’hui, on analyse ce qu’on aurait pu mieux faire et ce qu’on aurait dû mieux faire.
Le baseball est aujourd’hui beaucoup plus professionnalisé. Il y a plus de risques. Quand vous mettez 700 millions sur la table pour Ohtani, vous ne pouvez pas ensuite hausser les épaules en disant que ça n’a pas marché. Pareil pour Soto.
Il faut y réfléchir. Tout le monde participe aux réunions du conseil d’administration, et quelqu’un dit : « On va signer ce type. On va investir 100 millions de dollars. » Et on envoie un recruteur qui dit : « Ce gars a un bras bien détendu. On va le signer pour 100 millions de dollars. » Et on le signe. C’est comme ça que ça marche. Et au baseball…
Frank McKenna :
Et on se retrouve avec un Santander.
Paul Beeston :
Oui, c’est un exemple. Mais le vrai sujet, c’est qu’aujourd’hui, il y a l’exposition, le risque. Dans le baseball, une fois arrivé à ce niveau, les contrats sont pratiquement tous garantis. Donc, à moins de faire quelque chose de criminel, vous touchez votre argent. Si un joueur se blesse ou n’est pas performant, il est quand même payé.
Je n’envie pas les gestionnaires, à bien des égards. C’est pourquoi je ne remettrai jamais en cause les salaires qu’ils touchent aujourd’hui. C’est un métier difficile, mais au bout du compte, tout repose sur la communication. Aucune surprise. Faites ce que vous avez à faire. Nombre d’entre eux… Tom était excellent. Mais il fallait suivre sa méthode. Sparky était super. Mais il fallait… Earl Weaver. Qui allait remettre Earl Weaver en question? Avec ces gars-là, c’était impossible.
Aujourd’hui, c’est un peu différent, on fait beaucoup plus appel à l’ensemble de l’effectif. Quand je repense à 1985 et à nos 99 victoires, je me souviens notamment de Manny Lee et Ron Shepherd, deux joueurs issus du repêchage de règle 5… Non, Lou Thornton. Lou Thornton. Deux joueurs acquis via la règle 5 qui jouaient encore en classe A l’année précédente. Ils ne sont jamais entrés en jeu. N’est-ce pas? L’effectif était alors réduit à 23 joueurs.
Puis on fait une place à Ron Shepherd, et on tombe à 22 joueurs disponibles. Mais Coxy était là, et il motivait tout le monde, absolument tout le monde. Même les gars qui ne jouaient pratiquement jamais seraient allés à la guerre pour lui dès qu’ils en auraient eu la chance. Ils auraient répondu présent. Donc, pour le gérant, je pense vraiment que c’est avant tout une affaire de motivation, parce que tout le reste, aujourd’hui, ils l’ont déjà : les coachs, les analystes, tout ce dont ils ont besoin.
Peter Haynes :
Quand vous repensez aux titres de 1992 et 1993, quels ont été les coups de maître de votre ami Pat Gillick? Y a-t-il une transaction en particulier que vous pourriez citer pour chaque année?
Paul Beeston :
Eh bien, en 1992 et 1993… Le plus important, en réalité, c’est ce qui s’est passé après la fin de la saison 1990, quand on a conclu qu’on ne pouvait pas gagner comme ça, qu’il fallait changer les choses. C’est là que les Moseby sont partis… et qui d’autre était dans cette équipe qu’on a laissé partir? Il y en a eu plusieurs… On a laissé partir George Bell du côté des lanceurs. Ensuite, on est allés chercher Roberto Alomar.
Frank McKenna :
[inaudible 01:08:15].
Paul Beeston :
Et on a fait venir Roberto Alomar et Joe Carter.
Frank McKenna :
Et Joe Carter. Oui.
Paul Beeston :
Frank McKenna :
C’était énorme.
Paul Beeston :
C’était énorme, oui, mais on a aussi signé Devon White.
Peter Haynes :
Si je me souviens bien, sa situation en Californie était plutôt compliquée. Il me semble qu’il arrivait avec un certain passif, pas vrai?
Paul Beeston :
Tout à fait.
Peter Haynes :
Devon White. Oui.
Paul Beeston :
Mais il a été irréprochable. C’est pour ça que ce genre d’étiquette ne m’inquiète pas trop. Quand on a récupéré John Mayberry, par exemple, on disait que c’était un problème. La vérité, c’est qu’il a été tout sauf un problème. Il faisait partie de la solution, pas du problème. Des gars formidables.
On avait avant tout un groupe de très grande qualité, humainement parlant. Et quand gagne ensemble, on crée des liens qui durent toute une vie. Quand on se retrouve, on sait qu’on a vécu quelque chose ensemble que personne ne pourra nous enlever. La franchise était beaucoup plus petite à l’époque, mais on était tous dans le même bateau. C’est un peu différent quand vous ne gagnez pas. L’équipe de l’an dernier, par exemple, ne connaîtra pas ça. Si elle avait gagné, les gars auraient eu ce lien-là pour le reste de leur vie.
Peter Haynes :
Quand Gillick préparait un gros coup en 1992, à quel moment venait-il vous voir? Étiez-vous dans la boucle du début à la fin ou vous consultait-on seulement à la fin du processus?
Paul Beeston :
J’étais dans la discussion, mais ils ne m’écoutaient pas. Je ne me fais pas d’illusions, je ne crois pas qu’ils m’écoutaient vraiment. On avait une très bonne équipe de recruteurs et de développement. J’exposais mes arguments, mais au bout du compte ils faisaient ce qu’ils voulaient, et ça ne changeait rien pour moi. On était beaucoup plus petits à l’époque.
On n’avait que 54 personnes au bureau. Aujourd’hui, ils ont 54 personnes rien qu’au marketing. Les choses ont changé pour tout le monde. Les règles du jeu ont changé. Ce n’est pas une réalité propre aux Blue Jays, ni même au baseball. C’est pour tout le monde. On parle désormais d’un secteur où les enjeux et les risques sont immenses.
Peter Haynes :
En parlant de gros enjeux, que pensez-vous des paris sportifs et de leur impact sur le sport?
Paul Beeston :
Eh bien, je préférerais que ça n’existe pas. Dès le départ, j’ai été président du CAMH pendant plusieurs années, donc je connais bien les problèmes liés aux paris sportifs, les [inaudible 01:10:13].
Peter Haynes :
Vous le constatez? C’est exponentiel?
Paul Beeston :
Eh bien, ça prend de l’ampleur, c’est certain. Et du point de vue de la publicité, aux États-Unis, on en est maintenant dans ce qu’on appelle les marchés prédictifs, c’est bien ça? C’est ce qui vous permet de parier sur des guerres, sur le prix du pétrole, ou sur ce que la Fed va décider lors de sa réunion du 16 juin. Je lisais justement aujourd’hui des choses là-dessus : est-ce qu’ils vont relever les taux, les laisser inchangés, ou les baisser?
On peut miser sur tout. Je pense que c’est un problème. On est allés à Ottawa témoigner devant un comité… Je crois que c’était peut-être le Sénat, je n’en suis pas absolument certain, pour parler de la lutte contre les paris. Mais dès que la Cour suprême des États-Unis a donné son aval, tout est devenu possible. Et ensuite, ça s’est propagé au Canada. On en avait déjà, bien sûr, mais c’était essentiellement géré par des organismes provinciaux. Maintenant, ça a changé. Donc non, je ne suis pas pour. Pas du tout.
Peter Haynes :
Est-ce que quelqu’un d’autre a d’autres questions pour Paul?
Intervenant 6 :
Paul, je voulais vous poser une question d’affaires, en revenant sur ce que disait Peter sur le plafond salarial. Je me demandais : au baseball, est-ce qu’il existe un partage intégral des revenus? Après tout, il y a toujours deux équipes sur le terrain. Je me suis souvent demandé si, lorsqu’une équipe comme Los Angeles vend des billets, est-ce que 50 % de ces recettes sont versés dans un pot commun avant d’être redistribués à l’ensemble des équipes?
J’imagine que la grande différence avec la NFL, c’est qu’une part énorme des revenus provient du contrat télévisé national, qui est réparti entre les 30 équipes. Au final, les recettes générées dans les stades deviennent presque secondaires. Étant donné que les droits des médias locaux sont très importants, les revenus sont-ils répartis? Est-ce que…
Peter Haynes :
Mais ça, ce n’est pas partagé. Il y a…
Intervenant 6 :
Les joueurs seraient-ils prêts à troquer leur opposition au plafond salarial contre un partage des revenus à 50-50?
Paul Beeston :
Je ne sais pas. Je ne pense pas, parce qu’à mon avis on a probablement déjà tout essayé dans le passé, et ça n’a pas marché. Donc, dès qu’on commence à en parler, les joueurs ont l’impression qu’ils pourraient y perdre. C’est une situation complexe.
Le partage des revenus dans le baseball est assez unique. Pour les équipes de New York, Los Angeles, Chicago ou Boston, l’argument est simple : si elles ne génèrent pas suffisamment de revenus, le problème vient d’elles, pas du système.
Je ne pense pas que ce soit la solution, mais un partage à 50-50 n’est pas la réponse non plus. Ce que la NFL a fait, avec Pete Rozelle, dès le départ, c’est qu’il a dit en gros : « On prend tous les droits télé, on les met dans un seul pot, et on les répartit. »
Autrement dit, les Giants de New York percevaient la même part que les Packers de Green Bay, qui évoluaient pourtant sur le plus petit marché de la NFL. Ou encore, si vous étiez Oakland, vous receviez la même part que les autres franchises de marchés beaucoup plus importants.
Peter Haynes :
Les Raiders.
Paul Beeston :
Les Raiders. Voilà. Et donc vous receviez le même montant. Au baseball, historiquement, le fonctionnement reposait sur vos droits locaux. Ils ont quelque peu atténué cet écart, mais avec 162 matchs au calendrier, une grande partie de vos revenus demeure locale, ce qui fait toute la différence.
Il existe donc bien une façon de partager les revenus. C’est aussi compliqué que les plafonds salariaux en NBA ou dans la LNH quand il s’agit de déterminer comment on répartit tout ça, parce qu’il y a certaines exceptions.
Mais la réponse est non, il n’y a pas de partage 50-50, notamment parce que notre modèle économique est différent et ne repose pas sur un seul contrat télévisé national. Regardez ce qu’a fait la NBA : ça a fait grimper toutes les évaluations. Ils ont signé un contrat de diffusion évalué à 76 milliards de dollars.
Peter Haynes :
Oui, c’est énorme. Je m’en voudrais de ne pas mentionner que c’est la saison du 50e anniversaire des Blue Jays de Toronto, et que vous êtes avec l’équipe depuis le tout début, puisque vous avez été le premier employé embauché par les Jays.
Quels sont les moments forts et les moments difficiles que vous avez vécus? Avez-vous une anecdote amusante ou deux à nous raconter sur la genèse de cette équipe? Et, très concrètement, à quel point Toronto est-elle passée près d’obtenir les Giants de San Francisco au lieu d’une équipe d’expansion?
Paul Beeston :
Eh bien, il y a beaucoup de choses là-dedans. Ça représente la moitié d’un livre. Par où voulez-vous que je commence? Au fond, ce qu’il y a de mieux dans le baseball, ce sont les gens. On a un modèle économique particulier. Que vous soyez recruteur, responsable du développement, joueur ou membre du bureau, 90 % de notre argent va dans les salaires.
Donc, ce sont les gens que vous rencontrez. Les gens qui aiment ce sport. Les gens qui vivent pour ce sport. À Toronto, on a eu la chance d’avoir de très bons propriétaires. À l’époque où le club appartenait à Labatt, à la CIBC et à Howard Webster, avant leur retrait en 1994.
À ce moment-là, c’était encore Labatt qui possédait l’équipe, jusqu’à l’arrivée de Rogers en 2000. Quand on travaillait avec eux, il y avait toujours cette conviction commune qu’on voulait gagner.. On mettait toujours en avant notre caractère international pour faire venir les joueurs. Et une fois ici, ils se rendaient compte qu’ils s’y sentaient bien.
Donc, franchement, je ne pense pas qu’on ait vraiment eu de problème. Ils auraient pu avoir San Francisco. Les Giants de San Francisco semblaient destinés à s’installer ici, puis le maire de San Francisco est intervenu, ils ont trouvé un acheteur sur place et l’équipe est restée là-bas.
Ensuite, la Ligue nationale et la Ligue américaine voulaient toutes les deux prendre de l’expansion, et toutes les deux voulaient venir à Toronto. Toronto et Seattle. Toronto et Washington. Ça, c’était du côté de la Ligue nationale.
Il s’en est suivi une véritable bataille. Bowie Kuhn, qui était alors commissaire de la MLB, a dû intervenir et a finalement décidé que ce serait la Ligue américaine qui obtiendrait une franchise à Toronto, notamment parce que le camp adverse était venu annoncer prématurément : « On déménage à Toronto. » Ils ont annoncé ça comme ça. « On déménage. » Et ça a fonctionné. Quant aux anecdotes, il y en a trop. Certaines, voire la plupart, ne peuvent pas vraiment être racontées.
Peter Haynes :
Eh bien, peut-être qu’une fois l’enregistrement terminé et les micros coupés, on aura droit à quelques-unes d’entre elles. Merci beaucoup, Paul Beeston, d’avoir été notre invité ici dans notre balado Géopolitique, qui a fini par se transformer en conversation sur le baseball.
Et bien sûr, je tiens à remercier mon collègue, Frank McKenna, avec qui j’ai le plaisir de coanimer ce balado depuis maintenant six ans et demi, et j’espère bien poursuivre ainsi indéfiniment. Merci beaucoup à tout le monde, et j’espère que vous allez bien profiter du match.
Frank McKenna :
Merci.
Peter Haynes :
Merci.
Frank McKenna :
Merci. Merci, Paul. Super.
Peter Haynes :
Merci d’avoir écouté Géopolitique. Ce balado de Valeurs Mobilières TD est présenté à titre informatif. Les opinions décrites dans le balado d’aujourd’hui sont celles des individus y participant et peuvent ou non représenter le point de vue de la TD ou de ses filiales, et ces opinions ne doivent pas être interprétées comme des conseils de placement, fiscaux ou autres.
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Frank McKenna
Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
À titre de président suppléant, Frank a pour mandat de soutenir l’expansion soutenue de Valeurs Mobilières TD à l’échelle mondiale. Il est membre de la direction du Groupe Banque TD depuis 2006 et a été premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur du Canada aux États-Unis.
Peter Haynes
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter s’est joint à Valeurs Mobilières TD en juin 1995 et dirige actuellement notre équipe Recherche, Structure des marchés et indices. Il gère également certaines relations clés avec les clients institutionnels dans la salle des marchés et anime deux séries de balados, l’une sur la structure des marchés et l’autre sur la géopolitique. Il a commencé sa carrière à la Bourse de Toronto au sein du service de marketing des indices et des produits dérivés avant de rejoindre Le Crédit Lyonnais (LCL) à Montréal. Membre des comités consultatifs sur les indices américains, canadiens et mondiaux de S&P, Peter a siégé pendant quatre ans au comité consultatif sur la structure du marché de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.