Attentes à l’égard du marché pétrolier dans la foulée de l’intervention au Venezuela
Par : Bart Melek, Daniel Ghali, Ryan McKay et Jayati Bhardwaj
janv. 07, 2026 - 8 minutes
Ce que vous devez savoir
- Les perturbations au Venezuela pourraient brièvement faire grimper les prix du pétrole, mais une offre excédentaire les maintiendra à un bas niveau.
- La politique de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et l’offre excédentaire rendront vraisemblablement insoutenable toute flambée des prix au-dessus de 60 $ le baril.
- Le Venezuela exporte 0,8 million de barils par jour; la majorité est maintenant exportée vers la Chine, la part des États-Unis ayant fortement diminué.
- Les risques liés à l’offre à court terme sont contrebalancés par les réserves de pétrole brut de la Chine et l’offre excédentaire à l’échelle mondiale.
- Les importantes augmentations de production au Venezuela nécessiteront des années et des milliards de dollars en investissement.
- L’intervention des États-Unis a eu une incidence immédiate limitée et l’accent est maintenant mis sur la reprise des exportations à moyen terme.
- Les répercussions sur les taux de change sont limitées. Les devises de produits de base sous-évaluées, comme le dollar canadien ou le dollar australien, pourraient en profiter à mesure que les prix du pétrole finiront par se redresser.
Attentes à l’égard du marché pétrolier dans la foulée de l’intervention au Venezuela
Toute perturbation des flux de pétrole vénézuélien n’aurait qu’une incidence modérée sur les prix du pétrole et ne se traduirait par aucune ruée démesurée vers les valeurs refuges sur les marchés mondiaux. Même si les paramètres fondamentaux seront probablement en baisse pour le pétrole West Texas Intermediate (WTI) pendant une bonne partie de 2026, les investisseurs ne devraient pas être surpris si la décision immédiate tend vers une liquidation forcée pour porter le baril à 60 $ US, compte tenu des positions vendeur importantes sur le marché et de l’émergence d’une prime de risque géopolitique plus élevée.
L’équilibrage des positions pourrait entraîner des fluctuations de prix à la hausse au départ, compte tenu de l’incertitude accrue entourant les perturbations de l’offre à court terme en Chine. Toutefois, l’offre sera largement excédentaire au premier semestre de 2026, et l’OPEP a annoncé qu’elle maintiendrait sa politique actuelle. Ce contexte donne à penser qu’une liquidation forcée au-delà de 60 $ n’est pas viable et que les prix devraient demeurer faibles au premier semestre de l’année avant d’augmenter progressivement pendant le second semestre. Les investissements nécessaires pour stimuler une augmentation importante de la capacité du Venezuela se mesurent en années, et non en mois.
La récente crise géopolitique au Venezuela devrait avoir une incidence limitée, mais nous rappelons que le contexte géopolitique a le potentiel de modifier structurellement la dynamique des marchés mondiaux de l’énergie en 2026. Toute perturbation immédiate des primes de risque liées à l’offre est vraisemblablement atténuée par l’offre excédentaire actuelle, faisant en sorte que les marchés sont concentrés sur le risque que des barils sanctionnés filtrent dans le système ainsi que sur la confiance à l’égard d’une reprise à moyen terme des exportations. Par ailleurs, nous nous attendons à un effet de guerre contenu en raison de la nature limitée de l’opération.
Où sont les barils?
Les négociants du secteur de l’énergie doivent d’abord chercher des signes de perturbations immédiates des exportations de pétrole du Venezuela et, ensuite, évaluer la possibilité d’une importante augmentation des exportations. La production et les exportations actuelles du Venezuela se sont adaptées aux récentes sanctions, comptant sur un réseau d’homologues chinois, iraniens et russes pour les diluants et la logistique d’exportation, ce qui pourrait entraîner des perturbations opérationnelles limitées dans un contexte chaotique jusqu’à ce que les chaînes d’approvisionnement aient été rétablies.
Pour mettre le tout en perspective, le Venezuela a exporté environ 0,8 million de barils par jour de pétrole brut cette année, soit moins de 1 % de l’offre mondiale de produits pétroliers liquides. Il s’agit d’une hausse par rapport aux 0,7 million de barils par jour produits l’an dernier. En 2024, 40 % des exportations vénézuéliennes sont allées vers la Chine, tandis que 35 % sont allées aux États-Unis. Au premier semestre de 2025, après le retour de Donald Trump au pouvoir, la part des exportations vers la Chine s’est hissée à 60 % et celle vers les États-Unis a baissée à 20 %. Les données sur les destinations ne sont pas finalisées pour le second semestre de 2025, mais nous estimons que 80 % du pétrole brut du Venezuela a été exporté vers la Chine et que 10 % a été expédié vers les États-Unis. La Chine a accumulé d’importantes réserves de pétrole brut cette année, qui, selon des estimations, se situeraient entre 500 000 et 1 million de barils par jour.
Toute perturbation temporaire de ce genre serait facilement absorbée par l’offre excédentaire actuelle et les répercussions sur la stabilité des prix seront encore plus limitées par la mesure dans laquelle le pétrole brut vénézuélien a contribué aux réserves de pétrole de la Chine. En conséquence, le marché continuera de mettre l’accent sur la possibilité que des barils sanctionnés filtrent dans le système ainsi que sur la confiance à l’égard d’une reprise à moyen terme des exportations, en particulier si les blocus et les sanctions contre les pétroliers sont assouplis dans le cadre d’un régime favorable aux États-Unis.
La production du Venezuela n’est plus ce qu’elle a déjà été
L’opération au Venezuela ne devrait pas faire augmenter la prime de risque liée à l’offre
La volatilité des prix devrait augmenter à mesure que les marchés prendront en compte les manchettes
Les pétroles bruts lourds qui font concurrence au pétrole brut du Venezuela pourraient être touchés à court terme si les exportations reprennent. Toutefois, si les perturbations persistent, nous nous attendons à ce que ces concurrents subissent une hausse, contre toute logique. À court terme, les raffineurs indépendants chinois seront vraisemblablement les grands perdants, car ils importent environ 600 000 barils par jour du Venezuela à un prix nettement inférieur. La perte potentielle de ces barils sanctionnés à prix réduit pourrait les forcer à soumissionner pour les bruts de référence, ce qui exercerait des pressions à la hausse sur les prix.
En revanche, si la production demeure stable et que le pétrole peut être vendu sur le marché libre, cela pourrait accroître l’offre de pétrole brut et se traduire par une baisse des prix, car la Chine n’achèterait pas nécessairement d’autre pétrole brut pour refaire ses stocks. Ce deuxième scénario pourrait également profiter aux raffineurs américains, car il augmenterait la disponibilité du pétrole brut sulfureux lourd.
Les craintes d’une augmentation de la production à court terme sont exagérées
Même si un assouplissement des blocus et des sanctions visant les pétroliers pourrait ultimement alléger les pressions logistiques, nous estimons qu’il est peu probable que la production ou les exportations augmentent de façon marquée. Pour être exporté, le pétrole brut lourd du Venezuela doit être mélangé, et l’importation des diluants nécessaires est de plus en plus difficile en raison de la dépendance accrue au naphta russe.
Même une perturbation à court terme des importations de diluants entraînerait une baisse de la production, une situation qui a déjà posé problème au cours des dernières années. Parallèlement, le Venezuela a une capacité de valorisation pour la production d’environ 600 000 barils par jour de pétrole brut synthétique, mais ces installations sont rarement opérationnelles et les récentes pannes ont presque réduit la capacité à néant.
Les infrastructures négligées nécessitent des dépenses en immobilisations d’envergure
Selon les estimations du secteur, la production pourrait atteindre 2 millions de barils par jour (en hausse de 500 000 à 1 million de barils par jour par rapport aux niveaux actuels) dans un délai d’un à deux ans dans des conditions favorables. Au-delà de ce délai, des investissements d’au moins 20 milliards de dollars et un horizon de 10 ans seraient nécessaires pour accroître la production de 500 000 barils de plus par jour, et il faudrait investir de 50 à 60 milliards de dollars pour renouer avec les niveaux de 1998. De telles augmentations de la production obligeraient également les grandes sociétés pétrolières américaines à participer, ce qui est loin d’être un fait acquis étant donné la faiblesse actuelle des prix et le profil de risque élevé.
Le remodelage du régime géopolitique
La destitution de Nicolás Maduro réaffirme les risques extrêmes liés à un changement de régime en Iran en 2026, ce qui pourrait entraîner un changement structurel dans la région du golfe Persique et modifier considérablement la dynamique du marché de l’énergie. La guerre de 12 jours a révélé que le risque de perturbations au Moyen-Orient est limité. Toutefois, même si les primes de risque liées à l’offre ont été contenues pendant la guerre de 12 jours, la capacité de réserve de l’OPEP+ serait plus limitée pour compenser les perturbations en 2026. Ce risque extrême est exacerbé par d’importantes tensions et fait suite à des commentaires formulés par le président Trump et le premier ministre Benjamin Netanyahu.
Un effet de guerre limité, pour l’instant
Depuis l’accord de Bretton Woods, les produits de base ont eu tendance à augmenter pendant une guerre impliquant la nation de la monnaie de réserve. Cet effet découle en partie de la demande accrue de produits de base pour soutenir l’effort de guerre et des perturbations potentielles à l’offre. Toutefois, cela peut également s’expliquer par la perte partielle de la fonction de réserve de valeur de cette monnaie. À notre avis, l’opération de trois heures menée par les États-Unis durant la fin de semaine a peu de conséquences sur la demande ou la trajectoire budgétaire. Selon nous, elle n’aura donc d’incidence que sur les barils à très court terme; à moyen et à long terme, elle pourrait raviver le secteur pétrolier du Venezuela et pourrait attirer l’attention sur le risque d’un changement de régime en Iran. Nous nous attendons donc à des entrées de capitaux plutôt limitées vers l’or et les valeurs refuges relatives.
Effet sur les devises
Les manchettes concernant le Venezuela ont eu peu d’effet sur les marchés. Les mesures prises par les États-Unis durant la dernière année dans le but de sécuriser les réserves de pétrole, de gaz et de minéraux essentiels – et compte tenu de l’essor de l’intelligence artificielle au pays – indiquent que le dollar américain restera probablement surévalué à moyen et à long terme. Toutefois, à court terme, nos perspectives macroéconomiques de base soutiennent un repli structurel du dollar américain étant donné la convergence des États-Unis vers la croissance et les taux mondiaux et de la baisse de l’attrait de son dollar en tant que valeur refuge.
Nous nous attendons à ce que les devises de produits de base des pays du G10 (dollar canadien, dollar australien) se portent bien au second semestre de 2026, les prix se redressant de leurs creux et les positions dans ces devises semblant faibles par rapport à celles des devises comparables. Elles pourraient également profiter de la faiblesse généralisée du dollar américain et de la divergence relative entre la Réserve fédérale américaine et la Banque de réserve de l’Australie/Banque du Canada. Toutefois, pour les marchés émergents, nous nous attendons à ce que l’accent s’articule plus autour d’une approche davantage axée sur la valeur que sur le portage plutôt que sur les termes de l’échange en 2026. De nombreuses devises de produits de base des marchés émergents en Amérique latine ont profité du portage par rapport à leurs homologues asiatiques malgré la faiblesse des prix du pétrole. Nous nous attendons à un renversement du portage en raison de la réduction du taux, du positionnement excessif et de la reprise de la volatilité qui découle du bruit politique local. Cette situation devrait profiter aux devises asiatiques, qui semblent bon marché et qui sont exposées à une Chine et à des perspectives de croissance mondiale plus stables.
Le Venezuela vit sa crise géopolitique la plus aiguë depuis celle de 1902-1903. Malgré tout, en analysant plus d’un siècle de risque géopolitique sur les marchés de l’énergie de ce pays, nous ne trouvons aucun précédent dans l’histoire moderne qui a entraîné une réaction immédiate et à grande échelle sur les primes de risque liées à l’offre d’énergie. Comme les marchés mondiaux du pétrole brut devront composer avec une offre excédentaire au cours des prochains mois, nous nous attendons à ce que toute répercussion sur la prime de risque soit atténuée.
Les clients abonnés peuvent lire le rapport complet, intitulé US Venezuela Intervention Won't Materially Alter Oil Fundamentals in Near-Term, sur le Portail unique de VMTD.