Mois du patrimoine juif 2026 : rencontre avec Tom Gafni

mai 21, 2026 - 4 minutes
Portrait de Tom Gafni

TD Valeurs mobilières s'engage à favoriser un changement positif, à promouvoir un milieu de travail inclusif et à soutenir le développement des futurs professionnels de TD. Dans le cadre du Mois du patrimoine juif, Tom Gafni partage l'histoire de sa famille, la diversité au sein de la communauté juive et les valeurs d'intégrité et de solidarité qui lui tiennent à cœur.

Que signifie le Mois du patrimoine juif pour vous et pourquoi?

Pour moi, le Mois du patrimoine juif n’est pas une célébration dont je suis simplement spectateur. C’est quelque chose que je ressens au plus profond de moi. Mes grands-parents sont arrivés en Israël à bord d’un navire transportant plus de 4 500 survivants de l’Holocauste qui ne possédaient rien d’autre que le rêve de sécurité et d’une patrie. J’ai grandi dans un kibboutz, une communauté fondée précisément sur cet esprit d’engagement collectif et de résilience. Quand je pense à ce que ce mois représente pour moi, c’est avant tout l’occasion d’honorer ceux qui ont refusé d’abandonner, même quand tout semblait les y pousser. Ce n’est pas qu’un patrimoine. C’est le fondement même de tout ce que je suis.

Y a-t-il une tradition, une fête, un plat ou une anecdote familiale que vous aimeriez partager?

L’histoire à laquelle je reviens toujours, c’est celle de mes grands-parents. Il est difficile de mesurer pleinement ce qu’ont traversé les survivants de l’Holocauste : déracinés, entassés sur un bateau précaire en route vers une rive inconnue, déterminés à ne pas débarquer malgré l’insistance des Britanniques et engagés dans une grève de la faim de 24 jours. Et puis, finalement, ils ont réussi à atteindre Israël et ont contribué à la construction du kibboutz où je suis né et où j’ai grandi. En grandissant dans ce kibboutz, au contact de cette génération, j’ai intégré quelque chose de difficile à traduire en mots : la conviction que la communauté est tout, qu’elle est le fruit de générations de persévérance et de responsabilité partagée, et qu’elle nous relie à quelque chose de bien plus grand que nous. Le shabbat (sabbat) dans le kibboutz, les repas en communauté, le travail partagé, tout cela était imprégné de cette histoire.

Y a-t-il des idées reçues répandues sur le judaïsme ou l’identité juive que vous aimeriez que davantage de gens comprennent?

Une chose que j’aimerais que davantage de gens comprennent est que l’identité juive n’est pas monolithique. Être juif ne se résume pas à une seule définition. J’ai grandi en Israël, j’ai servi dans la marine israélienne, j’ai déménagé aux États-Unis et j’ai étudié à Columbia. C’est l’ensemble de ces expériences qui a forgé mon identité juive. Elle s’exprime à travers la langue, la mémoire et les récits transmis par mes grands-parents, et pas toujours à travers la pratique religieuse formelle. Le peuple juif se caractérise par une immense diversité d’origines, de cultures et de croyances, et cette diversité est une force, pas une contradiction. Quand on réduit l’identité juive à une seule image ou à une seule opinion politique, on passe à côté de toute sa richesse.

Y a-t-il un mentor, une communauté ou une expérience qui a influencé votre rapport à votre patrimoine?

Mon père a été l’influence la plus déterminante dans ma vie, tant sur le plan professionnel que personnel. C’est un entrepreneur dans le domaine des technologies vertes qui travaille fort, qui est honnête et qui est animé par de solides principes. Le voir donner vie à ses idées originales m’a montré ce que signifie diriger avec intégrité et en suivant une vision. Il m’a fait comprendre que l’échec n’est pas une fin en soi, mais bien un apprentissage. Cette leçon m’a aidé à surmonter tous les revers qui auraient pu servir d’excuse, et elle me guide aujourd’hui encore dans mon travail au bureau de la négociation. Mon père m’a aussi appris à aborder les problèmes avec le plus grand optimisme et à considérer que les affaires et l’éthique ne s’opposent pas, mais se complètent. C’est une valeur profondément ancrée dans la tradition juive.

À quoi ressemble une véritable alliance inclusive au travail, surtout lorsque l’antisémitisme refait surface dans la société?

La chose la plus importante qu’un allié puisse faire, c’est de prendre la parole non seulement quand c’est facile, mais aussi quand cela demande des efforts. L’antisémitisme se manifeste rarement de manière évidente. Il prend souvent la forme d’une remarque désinvolte, d’un stéréotype présenté comme une plaisanterie, ou d’un silence face à des propos haineux qui ne sont pas défiés. Mon expérience au sein de la marine m’a appris que la force d’une équipe réside dans le fait que ses membres se sentent reconnus et valorisés. Quand une personne ne se sent pas la bienvenue, peu importe la raison, c’est toute l’équipe qui en pâtit. Pour moi, être un allié, c’est ne pas considérer cela comme le problème de quelqu’un d’autre, mais comme une responsabilité partagée. C’est poser des questions avec une réelle curiosité et écouter les réponses. C’est être la personne qui ose dire : « ce n’est pas acceptable ».

Comment votre équipe et votre entreprise peuvent-elles souligner le Mois du patrimoine juif d’une manière qui soit authentique, respectueuse et inclusive?

La reconnaissance véritable commence par l’écoute. Offrez aux collègues juifs la possibilité de partager leurs histoires, non pas comme porte-parole d’un peuple entier, mais comme personnes aux vécus profondément personnels. Créez des moments où ce partage se fait dans un climat de sécurité et d’accueil, non pas pour faire bonne figure. Par ailleurs, l’éducation est importante : l’histoire juive est longue et riche, jalonnée de nombreuses contributions à la science, à l’art, au droit, à la finance, à la médecine et à la culture, qui passent souvent inaperçues. Un dîner-causerie, un conférencier, une projection de films – ces choses ne demandent pas un budget important. Elles demandent une curiosité sincère. Ce que je demanderais à n’importe quelle organisation, c’est de ne pas réduire le Mois du patrimoine juif à un exercice de conformité, mais plutôt d’y voir une invitation à mieux comprendre la réalité des personnes avec qui vous travaillez chaque jour.