Animation : Roman Schweizer, directeur général, Groupe de recherche sur Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Dans cet épisode, Roman Schweizer, analyste, Géopolitique et Défense pour le Groupe de recherche sur Washington de TD Cowen, et une table ronde de journalistes vedettes discutent des budgets des exercices 2026 et 2027 et du projet de loi Reconciliation 2.0. Ils abordent également la dernière campagne du département de la Guerre visant à financer des ententes pluriannuelles pour l’augmentation de la production des munitions et de l’approvisionnement en munitions, certaines dépenses imprévues lors de la période de publication des bénéfices et la façon dont les gestionnaires d’entreprises ont discuté des placements, des rachats d’actions et des dividendes. Et il y a une nouvelle stratégie de défense nationale qui est très différente de la précédente.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 1:30 | Paralysie budgétaire aux États-Unis et prochaines étapes |
| 5:30 | Budget de l’exercice 2027 et Reconciliation 2.0 (ABBA) |
| 7:15 | Achats de munitions à long terme |
| 25:50 | Bénéfices – Dépenses imprévues et commentaires de la direction |
| 33:30 | Nouvelle stratégie de défense nationale |
Ce balado a été enregistré le 30 janvier 2026.
TONY BERTUCA : Selon vous, qu’est-ce qu’une entreprise de défense peu performante? Quelles restrictions peuvent être imposées? Est-ce que ce sera inscrit dans les nouveaux contrats? Quand? Je pense qu’on doit attendre de voir comment le département de la Défense va mettre en œuvre les mesures prévues par le décret présidentiel.
ROMAN SCHWEIZER : À l’affût de l’information qui circule du département de la Défense au Congrès et de la Maison-Blanche à Wall Street, le balado « Ce qu’il faut savoir sur la sécurité nationale » présente sans filtre des discussions et des prévisions éclairées sur les principaux enjeux de l’heure en matière de sécurité nationale et de défense. Bienvenue au balado « Ce qu’il faut savoir sur la sécurité nationale ». Nous avons une table ronde de journalistes pour discuter des principaux enjeux de sécurité nationale à Washington et voir à quoi s’attendre au cours des prochaines semaines.
Je suis en compagnie d’une brochette aussi étincelante que chevronnée de commentateurs et de journalistes : Tony Bertuca d’InsideDefense, Joe Gould de Politico et Marcus Weisgerber du Wall Street Journal. Ils couvrent Washington et le Pentagone depuis des décennies et leurs sources d’information sont solides. Merci de vous joindre à nous. C’est parti!
Merci d’être avec nous aujourd’hui. On va passer en revue les dernières actualités en provenance de Washington et peut-être quelques actualités d’ailleurs. On est en compagnie de Tony Bertuca, Joe Gould et Marcus Weisgerber, le retour du journaliste prodigue, qui se joint à nous et qui publie désormais des articles empreints d’optimisme dans le Wall Street Journal. Bienvenue chez vous Marcus. Je suis ravi de vous voir.
MARCUS WEISGERBER : Merci de m’avoir invité Roman. C’est super d’être avec vous trois.
ROMAN SCHWEIZER : Bien. Pour commencer, il est probable que le gouvernement américain ait repris ses activités au moment où vous écouterez cet épisode. Toujours est-il qu’au moment où l’on enregistre ce balado, on se dirige vers une paralysie gouvernementale, probablement de courte durée. Joe, pourriez-vous nous expliquer la situation et nous donner des pistes de résolution?
JOE GOULD : Oui, merci. À l’heure qu’il est, le président et les démocrates du Sénat sont parvenus à un accord pour financer le gouvernement fédéral à partir de vendredi minuit, moment qui marque la limite ultime pour éviter une paralysie budgétaire partielle. Il y a eu un problème hier soir. Lindsey Graham a présenté des exigences hors de propos, et tout le monde est rentré à la maison.
À première vue, il semble que la situation va s’arranger d’elle-même. En gros, le principal point de discorde était que le Sénat traitait un ensemble de six volets du texte budgétaire, dont celui sur la défense et, de manière controversée, celui sur le budget pour le département de la Sécurité intérieure. Les démocrates refusent d’adopter ce volet en raison des événements survenus à Minneapolis, qui ont vu un citoyen américain périr après l’implication d’agents fédéraux.
Ils semblent donc avoir trouvé un accord qui prévoit de le retirer et de le remplacer par une mesure provisoire de deux semaines. Le problème, c’est qu’on va sans doute se retrouver avec une interruption de financement, car le Sénat peut adopter le budget… à condition de résoudre le problème Graham. Toutefois, je ne pense pas que la Chambre va se réunir avant lundi, du moins si l’on en croit Mike Johnson.
À l’heure où l’on parle, les républicains de la Chambre des représentants sont censés tenir leur propre réunion. Par conséquent, c’est certainement possible, peut-être sous la pression du président, que Johnson convoque la Chambre dimanche soir pour voter le budget et ainsi éviter la paralysie du gouvernement.
On a pu observer dans le passé que… On ne peut pas parler de paralysie à proprement parler. L’OMB ne publie pas de directives. Et, en pleine fin de semaine, alors que les employés fédéraux ne sont pas censés travailler, le financement du gouvernement est interrompu. Tout reprend ensuite son cours normal le lundi ou dès l’adoption des crédits budgétaires.
La bonne nouvelle, cependant, c’est que les dépenses annuelles du département de la Défense seront incluses. On parle d’une enveloppe de 984 milliards de dollars. C’est pourquoi certains républicains les plus conservateurs avec lesquels on a discuté, comme Susan Collins hier, ont vu là une lueur d’espoir et une bonne raison de faire adopter les cinq volets du budget qu’ils s’apprêtent à examiner.
ROMAN SCHWEIZER : Si l’on prend un peu de recul, je trouve assez remarquable qu’après deux années de financements provisoires, on soit sur le point d’adopter 11, voire 12 projets de loi de crédit. Je pense notamment que les membres des commissions des crédits tenaient à jouer un rôle, dans la mesure où la loi de réconciliation a été menée par les membres des commissions de la législation. À mon avis, ça a peut-être été un signal d’alarme pour certains des membres des commissions des crédits, qui sont généralement les personnes les plus influentes au Congrès.
Bien entendu, les circonstances entourant le département de la Sécurité intérieure et ICE risquent d’être difficiles à négocier à court terme, que ce soit pour une résolution provisoire de deux semaines ou tout autre accord potentiel. Mais il existe certainement un moyen d’y parvenir. Les démocrates estiment peut-être que ce serait une bonne chose de couper les fonds alloués à l’ICE. C’est l’occasion pour eux de poursuivre la paralysie, mais je pense quand même qu’il reste des marges, que ce soit via une loi de réconciliation ou autre, pour maintenir les agences en activité, notamment le département de la Sécurité intérieure.
Ce qui nous amène à notre prochaine transition, car une fois que le budget de 2026 sera bouclé, on va se tourner vers 2027. Tony, je sais que vous avez écrit, comme d’autres, un article sur les propos tenus par Rob Whitman cette semaine.
TONY BERTUCA : Oui, le membre du Congrès Rob Whitman, républicain de Virginie et membre du House Armed Services Committee, a semblé dire que les 1 500 milliards de dollars dont parle le président pour le budget de la défense pourraient en réalité être une trajectoire budgétaire à atteindre d’ici l’exercice 2030. C’est peut-être le temps qu’il va falloir pour y parvenir progressivement.
C’est ce qu’il a déclaré lors d’une intervention à l’Atlantic Council, ce qui est particulièrement intéressant, car il est lui-même un membre de la commission d’autorisation. Et lorsqu’il s’agit des 1 500 milliards de dollars, les membres des commissions de la législation sont prêts à mettre les bouchées doubles. La majorité républicaine approuvera toujours des montants considérables.
Les membres de la commission budgétaire ont nettement refroidi leurs ardeurs, car ils craignent – et d’après ce que j’ai pu constater, à juste titre – qu’une grande partie de ces 500 milliards de dollars supplémentaires soit demandée dans le cadre d’une procédure de réconciliation. Et cela ne leur plaît pas. Ken Calvert a mis en garde, Mitch McConnell a déclaré qu’il ne fallait pas le faire, car ça relevait avant tout des compétences et de la décision des membres des commissions de la législation.
Ils ne sont pas favorables à un vote serré. C’était très serré la dernière fois. Ça le serait encore plus cette fois-ci pour faire passer une procédure de réconciliation. Les 1 500 milliards de dollars apparaissent désormais comme un objectif un peu plus à long terme maintenant qu’un des membres de la commission d’autorisation a avoué qu’il faudrait un certain temps pour y parvenir.
Ensuite, je pense que c’était... J’oublie quelle publication a fait l’objet du rapport, mais je pense que c’était CQ. Le président Rogers, du House Armed Services Committee, a évoqué la possibilité de comptabiliser les fonds de la loi de réconciliation non dépensés dans ce budget de 1 500 milliards de dollars. On pourrait peut-être en ajouter une partie pour l’exercice 2027 et le gonfler un peu.
Le terme « subterfuge » risque de revenir. C’est ce qu’on a plus ou moins vu la dernière fois, quand la demande de l’administration, la demande ordinaire, a été présentée sans augmentation. Mais ils ont mis en avant la forte augmentation permise par la loi de réconciliation, qui permettrait de dépasser les 1 000 milliards.
À mon avis, il y a actuellement un certain scepticisme quant à la capacité de la base industrielle de défense à absorber autant de dépenses. Selon moi, il faut attendre de voir ce qu’il va se passer au Congrès et si la Maison-Blanche estime pouvoir convaincre suffisamment de républicains pour adopter un autre projet de loi de réconciliation massif afin d’injecter de l’argent dans le secteur de la défense.
Évidemment, la défense ne serait pas le seul domaine concerné par un projet de loi de réconciliation d’envergure. La situation devient très complexe, et il y a une sorte d’alchimie qui se produit au Congrès pour déterminer si certains éléments peuvent être inclus ou non. Rien n’est encore tranché à ce stade.
MARCUS WEISGERBER : Juste pour approfondir un peu ce sujet. Le budget devrait en principe être soumis au Congrès la semaine prochaine. À mon avis, ce ne sera pas le cas. Dans leurs téléconférences sur les bénéfices de cette semaine, les chefs de la direction du secteur ont indiqué qu’ils s’attendaient à ce que ça se fasse fin mars. C’est ce que j’ai entendu dire en discutant avec des personnes qui vont devoir présenter une nouvelle fois leur demande de budget en retard, ce qui signifie qu’elles auront moins de temps pour obtenir l’approbation avant la fin de l’exercice. Et nous voilà de nouveau dans le cercle vicieux dans lequel on se retrouve chaque année.
Tony a très bien présenté la situation, en particulier en ce qui concerne les tensions entre les membres des commissions des crédits et les membres des commissions de la législation. L’autre point sur lequel je souhaite insister, c’est la capacité d’absorption du secteur de la défense. Il y a la flotte dorée, le dôme d’or et bien d’autres besoins de financement.
Les choses semblent revenir à la normale pour beaucoup d’entreprises. Elles semblent s’être bien remises des problèmes de chaîne d’approvisionnement liés à la pandémie de COVID-19, etc. Cependant, on entend, aujourd’hui encore, parler de fournisseurs uniques, etc. Pour en revenir aux téléconférences sur les bénéfices de cette semaine, c’est ce qui nous a été rapporté, en particulier dans le domaine de la construction navale. Ce sont souvent de petites frictions très ciblées qui finissent par provoquer des retards à grande échelle.
JOE GOULD : Je voudrais simplement ajouter que, comme vous l’avez tous les deux mentionné, on est arrivés à un stade où tout le monde s’accorde à dire que l’administration va de nouveau opter pour une approche « un budget, deux projets de loi », que ce budget soit de 1 500 milliards de dollars ou d’un autre montant. On se retrouve donc avec l’OMB qui demande un budget de base équivalent à celui de l’année précédente, et ensuite, il faut compter sur la réconciliation pour tout financement supplémentaire.
Pour l’instant, la réconciliation ne semble pas être à l’ordre du jour au Congrès. Pour moi, c’est une chimère. J’ai discuté avec un éminent républicain membre de la commission budgétaire, qui m’a expliqué que la raison pour laquelle il est si difficile de présenter un autre projet de loi de réconciliation est qu’il faut trouver des coupes à faire. Vous imaginez bien qu’ils ont déjà présenté un projet de loi de réconciliation dans lequel ils prévoient de financer ces dépenses en coupant dans les programmes non liés à la défense. On parle là de programmes mis en place à l’échelle locale. Pour certains républicains, c’était inacceptable.
On peut facilement imaginer qu’en cette année d’élections de mi-mandat, alors même que les démocrates critiquent déjà les républicains sur les questions de santé et autres problématiques liées au budget, proposer un projet de loi de réconciliation qui prévoit des coupes supplémentaires par rapport au projet de loi précédent, pourrait être mal perçu, voire très mal perçu. Ça va donc être extrêmement difficile, ce qui, à mon avis, est une raison de plus qui me fait dire qu’il ne faut pas trop espérer atteindre les 1 500 milliards de dollars.
MARCUS WEISGERBER : Ce n’est pas nouveau. On revient sur la demande de financement supplémentaire liée au programme OCO en évoquant d’autres pistes. Je me souviens que tout le monde en parlait lorsque cette demande de financement supplémentaire a été faite au début des années 2000, ou au milieu des années 2000 plutôt, et qu’on souhaitait s’en débarrasser. Et au bout du compte, vient un moment où tout disparaît. Et maintenant, on a…
JOE GOULD : Ils parlent de…
MARCUS WEISGERBER : Oui.
JOE GOULD : Oui, un autre mécanisme. Un autre subterfugre.
MARCUS WEISGERBER : Mhm.
ROMAN SCHWEIZER : Très bien messieurs, j’ai des opinions très controversées pour vous. Alors, accrochez-vous. Appuyer sur le bouton Enregistrer. Vous pourrez me les ressortir plus tard cet été. Je vous invite toutefois à garder quelques points à l’esprit.
Comme beaucoup l’ont mentionné, il s’agit effectivement d’un subterfuge. Le budget discrétionnaire demeure stable, à environ 850 milliards de dollars. On parle ainsi de 650 milliards de dépenses obligatoires. Je suis d’accord avec le budget réduit de l’OMB. Une autre chose à laquelle je vous invite à réfléchir, ou du moins ce à quoi certains républicains semblent réfléchir :
Je vous invite à prendre connaissance du plan du Republican Study Committee publié il y a quelques semaines. Il n’y était pas question de fonds destinés à la défense, mais ils ont parlé des soins de santé, du logement et de l’énergie. Ce projet de loi de réconciliation est leur façon de s’attaquer à la question de l’abordabilité et d’y ajouter toutes sortes de mesures populaires pour les aider à conserver leurs sièges lors des élections de mi-mandat.
Le premier projet de loi de réconciliation portait sur les impôts, et la défense a suivi. Celui-ci va porter sur l’abordabilité. La question se pose aussi du sort des subventions à l’ACA : leur suppression impliquerait-elle des remboursements massifs? Les républicains peuvent résoudre le problème qu’ils ont eux-mêmes créé. Ils peuvent s’attaquer au problème du logement. Ils peuvent réduire les coûts liés à l’énergie, etc. De plus, ils peuvent concrétiser tout ça le 4 juillet, en guise de cadeau de Donald Trump au peuple américain pour les 250 ans du pays. Après quoi, ils rentrent chez eux et font campagne pour être réélus en novembre.
En ce qui concerne la défense, il n’y aura pas d’argent à y consacrer si les démocrates remportent la Chambre des représentants en novembre. C’est une nouvelle version de Trump 1.0. Le budget de la défense va donc rester stable pendant trois ans, c’est-à-dire pour les exercices 2027, 2028 et 2029.
Dans une logique très calculée, l’idée serait de sécuriser dès maintenant ce budget afin de pouvoir étaler plusieurs centaines de milliards de dépenses sur les années suivantes. Les républicains pourraient rétorquer que c’est précisément ce que les démocrates ont fait avec la loi sur la réduction de l’inflation ou l’American Rescue Plan, etc., car je suis aussi d’avis que la base industrielle n’est pas en mesure d’absorber toutes ces dépenses. C’est tout juste si les 150 milliards adoptés en vertu de l’OBBA peuvent être absorbés.
Toutefois, l’autre élément à prendre en considération, c’est qu’à mon avis, Lindsey Graham a probablement laissé entendre à Donald Trump que les démocrates ne financeraient pas des projets futiles. Ils ne financeront pas le dôme d’or, la flotte dorée ou les cuirassés de classe Trump. C’est pour cette raison qu’ils doivent profiter de l’occasion et sécuriser ces fonds maintenant.
Une dernière chose. Si Trump soutient cette idée, ce qui n’est pas certain, les républicains la voteront, car ils souhaitent éviter de se mettre le président à dos pendant les primaires ou la campagne électorale. Par conséquent, Trump dispose d’un certain pouvoir de négociation avant les élections de mi-mandat, mais seulement avant, parce qu’après les élections, il ne sera plus qu’un canard boiteux. On s’approche doucement de la fin, en théorie, à moins qu’un débat sur un troisième mandat ne soit lancé.
TONY BERTUCA : En ce qui concerne la réconciliation, ma question est la suivante : la majorité des républicains est actuellement très faible, avec 218 sièges, n’est-ce pas? De ce fait, le président a absolument besoin que tous les républicains votent oui, pas vrai? Chaque vote compte. Aucun ne doit manquer. John Bacon doit voter oui. Massey doit voter oui. Ou alors, il faut convaincre des démocrates de voter en faveur d’un projet de loi de réconciliation.
ROMAN SCHWEIZER : Oui, tout à fait. Les républicains bénéficient d’un contrôle unifié du gouvernement.
TONY BERTUCA : Oui, c’est vrai. Ce serait une prouesse de remporter ce vote.
ROMAN SCHWEIZER : Oui. Mais l’autre option, c’est d’y ajouter beaucoup de mesures populaires. C’est comme ça qu’on fait passer le texte. J’ajouterais qu’on est probablement face à ce que j’appelle l’ABBA : Another Big Beautiful Act. N’hésitez pas à utiliser cet acronyme dans vos publications.
J’ai vraiment envie de le populariser. J’attends avec impatience que Lindsey Graham ou Trump parlent d’ABBA. Imaginez un peu toutes les possibilités de manchettes que ça offrirait! « Waterloo », « Dancing Queen », on peut faire tellement de jeux de mots avec cet acronyme. Mais oui, ça ne va pas être simple.
Je pense que l’autre grande question que se posent les investisseurs est de savoir s’il va y avoir davantage de fonds alloués à la défense, point final. Est-ce que le budget va dépasser les 1 000 milliards? 1 200 milliards, peut-être 1 300? 1 500 milliards me semblent un montant excessif, et tout le monde sait que Trump a tendance à gonfler les chiffres. Donc, s’il souhaite en réalité 1 200 milliards, il va en demander 1 500.
Je tiens à souligner que 1 500 milliards de dollars, c’est 4,8 % du PIB. Et que 1 300 milliards, c’est 4,2 %. On se situe dans la fourchette de dépenses qu’on a encouragé nos alliés à consacrer. En pourcentage, ce n’est donc pas si énorme. Dans l’absolu, c’est colossal.
Une dernière remarque au sujet des subterfuges, des coupes budgétaires, etc. Que se passerait-il si l’OMB prévoyait une croissance économique de 5 % et des recettes liées aux droits de douane d’un milliard de dollars par an? Sur 10 ans. Je pense qu’il y a une énorme marge pour des montages budgétaires et quelques tours de passe-passe politiques.
Mais on a déjà beaucoup parlé de cette question. On verra. Je pense que l’enjeu principal est le discours sur l’état de l’Union, le 24 février, et peut-être le budget dans les grandes lignes de l’OMB. Je pense que l’administration va procéder en deux étapes : un budget dans les grandes lignes, puis un budget détaillé. On verra ce qui se passera ensuite.
On va passer au prochain point à l’ordre du jour. Lockheed s’est joint à la table des négociations et a signé un nouvel accord pluriannuel de sept ans. Jim Taiclet prend ses responsabilités et s’évite les foudres du département de la Guerre. Marcus, vous avez, entre autres, publié des articles à ce sujet, mais est-ce que vous pouvez nous en dire plus?
MARCUS WEISGERBER : Oui, on dirait qu’ils s’y mettent enfin. Les entreprises ont attendu un signal de demande pour… ou plutôt un signal de demande auquel elles étaient prêtes à réagir. L’administration pourrait utiliser des mesures coercitives, allant jusqu’à menacer de s’attaquer à la rémunération des chefs de la direction et d’interdire le versement de dividendes et le rachats d’actions.
Lockheed semble être pleinement en phase avec cette démarche. Ils ont pris la décision inhabituelle, je suppose, de faire cette première annonce juste avant la période de calme qui précède la publication des bénéfices, alors qu’ils ne pouvaient pas vraiment en dire davantage. Cela dit, le lendemain, on a pu lire des tweets, ou des publications sur Truth Social, au sujet du budget de 1 500 milliards de dollars, les rachats d’actions, les rémunérations et RTX.
À mon avis, il faut s’attendre à ce qu’il y ait d’autres accords de ce type prochainement. Mike Duffy, sous-secrétaire aux acquisitions, a déclaré que d’autres suivraient et que son équipe y travaillait. On peut imaginer que RTX a très envie d’en conclure un rapidement, parce qu’ils sont clairement dans l’œil du cyclone et qu’ils cherchent une sortie de secours.
ROMAN SCHWEIZER : Joe, Tony, quelque chose à ajouter?
TONY BERTUCA : Oui, c’est intéressant de noter que le terme « cadre » revient sans cesse. Du moins pour Lockheed, ce sont des contrats-cadres. Il n’est pas question de fonds engagés, de montants garantis ou de quantités fermes. Le Congrès doit toujours se prononcer chaque année.
Je me demande dans quelle mesure le département de la Défense, d’une part, exerce des pressions sur le secteur, mais tente également de créer un fait accompli pour les membres des commissions des crédits – qui, d’ordinaire, regardent les contrats pluriannuels – en disant : « vous n’avez pas vraiment démontré les économies de coûts ». Dans le passé, les membres des commissions des crédits n’étaient pas vraiment favorables à l’idée de constituer des réserves stratégiques. Et je crois que Bill LaPlante, ancien responsable des acquisitions au Pentagone sous l’administration Biden, s’est plaint à plusieurs reprises du manque de vision à long terme des membres des commissions des crédits concernant certaines demandes d’achats pluriannuels.
Résultat : on voit maintenant des annonces publiques portant sur des contrats-cadres. Il ne s’agit pas véritablement de contrats. Ce sont en quelque sorte des accords. Reste à attendre la décision du Congrès.
Les marchés boursiers ont manifestement réagi de manière très positive à cette nouvelle. Et quelles que soient les directives données par l’exécutif au secteur, Lockheed semble s’en accommoder. De nombreuses questions demeurent quant à la nature exacte de ces contrats-cadres et à la façon dont on s’engage avant même que les financements soient là.
MARCUS WEISGERBER : Pour rebondir là-dessus, je crois que l’un des points soulevés par Taiclet… j’en suis presque sûr, car je lui ai demandé au moment de l’annonce de PAC-3 : comment être sûr d’être intégralement payé si le prochain Congrès ou la prochaine administration décide finalement de ne pas aller de l’avant? Et il a dit que ces contrats-cadres comportaient des dispositions de recours. Mais encore une fois, tant qu’il n’y a pas de contrat… Ça sera plus facile de se prononcer sur la façon dont tout ça va fonctionner, je suppose, quand un contrat en bonne et due forme sera établi.
JOE GOULD : J’ajouterais qu’on note un contraste avec l’administration Biden, qui exprimait sa frustration à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le Pentagone multipliait les déclarations sur la nécessité d’augmenter les capacités industrielles. Et le secteur ne voulait pas s’engager sans contrats.
Je pense que l’administration Trump a réussi un tour de force en obtenant l’accord de Lockheed, alors que le secteur a longtemps insisté sur la nécessité d’obtenir d’abord le financement des contrats. Je suis d’accord avec Marcus sur le fait que RTX cherche probablement à conclure un accord. Mais ce n’est pas impossible que certaines des autres entreprises continuent à camper sur leurs positions en ce qui a trait aux contrats. C’est peut-être pour cette raison qu’on n’a encore rien vu de leur côté.
TONY BERTUCA : On pourrait dire que c’est une stratégie audacieuse de la part de l’administration Trump. C’est une rupture avec ce que l’administration Biden tentait de faire au Congrès. Comme je l’ai dit, je pense qu’il s’agit de créer un fait accompli afin d’obtenir l’adhésion de la commission des crédits et de débloquer des fonds là où il n’y en avait pas auparavant. D’un autre côté, on pourrait aussi considérer qu’il ne s’agit en fait que d’une simple poignée de main et d’un communiqué de presse.
MARCUS WEISGERBER : Pour revenir aux 1 500 milliards de dollars dont on parlait – encore une fois, j’ai parlé du dôme d’or et de la flotte dorée – c’est un autre domaine qui va nécessiter des investissements considérables. Un dernier point : Ça ne va pas se faire du jour au lendemain évidemment. Je crois savoir qu’une grande partie des stocks de THAAD a été utilisée lorsque l’Iran a tiré ses missiles sur Israël.
Produire 400 THAAD par an ne va pas permettre de résoudre le problème à long terme. Il va falloir sept ans. Il va falloir attendre au moins quelques années avant de voir les stocks se reconstituer, en supposant qu’on n’en utilise pas.
ROMAN SCHWEIZER : Très juste. J’ai plusieurs choses à ajouter rapidement. Tout d’abord, juste pour rigoler, j’ai fait quelques calculs. En gros, un THAAD coûte aujourd’hui environ 13 millions de dollars pièce. Dès lors, en produire 96 par an représenterait environ 1,25 milliard. Si on monte à 400, on arrive à environ 5,2 milliards de dollars. Je raisonne en montants, pas en nombre d’unités.
Un PAC-3 MSE, c’est de l’ordre de 4 millions de dollars l’unité. Encore une fois, ce sont des estimations, il ne faut pas pinailler. Je n’ai pas consulté les livres de justification du budget. Mais 600 par an, au rythme actuel, ça fait 2,4 milliards par an. 2 000 unités coûteraient 8 milliards. Ce que je veux dire, c’est que c’est probablement ce à quoi pensent les investisseurs lorsqu’ils entrevoient un potentiel de croissance.
Mais voilà, cette question a été abordée dans le projet de loi sur l’attribution des crédits. L’autorisation a été accordée pour 8 des 13 contrats pluriannuels. Ces renseignements sont disponibles, on peut voir ceux qui concernent Lockheed et ceux qui concernent RTX. On pourrait certainement… On pourrait deviner ce qu’il en est des cinq autres. Il s’agit du Conseil d’accélération des munitions du secrétaire adjoint à la Défense Steve Feinberg.
La raison tient en un seul mot : la Chine. Le département de la Défense a évoqué, d’une part, l’augmentation de ses stocks et, d’autre part, l’augmentation de son taux de production annuel. On est à la fois dans le discours classique de « paix par la force », de dissuasion vis-à-vis de la Chine, mais aussi dans une prise de conscience très brutale, à savoir que si quelque chose se produit, on n’a tout simplement pas assez. Qu’il s’agisse des missiles ou des problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement. On m’a expliqué que, pour un système d’armes donné, dans un scénario relevant de l’USINDOPACOM, on n’aurait qu’une douzaine de jours de munitions disponibles. Ce n’est tout simplement pas suffisant, au vu de ce qu’on a observé en Ukraine.
Je pense donc que c’est… Encore une fois, la durée normale d’un contrat pluriannuel est de cinq ans. Là, on parle de sept ans. Je pense que les entreprises en voulaient probablement dix. Et je pense qu’elles ont réussi à rallier les membres des commissions des crédits. Mais on verra. Quand on se penche sur le texte, on constate qu’il contient certaines dispositions et des précisions supplémentaires qu’elles souhaitent voir figurer dans la demande de budget pour 2027.
Le département de la Défense, ou le département de la Guerre, a donc encore du pain sur la planche. Sur le plan contractuel, j’ai l’impression que l’équipe actuelle du département de la Guerre fait preuve d’une vraie inventivité. J’imagine qu’il y a sans doute une part de financement versée dès le départ. Lockheed et Duffy ont déclaré que cet accord n’avait aucune incidence sur les liquidités. Il y a probablement des pénalités ou des choses de ce genre, puis un partage des bénéfices ensuite. Au final, ça s’équilibre à peu près.
À mon avis, Lockheed a pris en compte ce qu’a dit le président au sujet des rachats d’actions, des dividendes et de la façon dont ils utilisent leur capital en se disant qu’il y avait un scénario très réel de dissuasion face à la Chine, et qu’ils devaient clairement se mobiliser. Encore une fois, je suppose que RTX va… Les armes de RTX figurent sur cette liste. L’entreprise est certainement en négociation avec le département de la Guerre. Je me demande simplement pourquoi ça a été si difficile, mais on verra bien.
Très bien, j’ai sans doute assez parlé de ce sujet. On arrive à la fin de la première semaine de la période des bénéfices. Les entreprises ont publié leurs résultats. Comme vous le savez, je ne suis pas analyste financier, par conséquent, je ne parle pas d’entreprises en particulier. Il y a deux choses qui m’ont paru particulièrement intéressantes : premièrement, Boeing a malheureusement enregistré une nouvelle charge de 565 millions de dollars pour son programme de ravitaillement en vol KC-46A. Au total, je pense que le coût du programme dépasse largement les 7 milliards à ce jour.
Il pourrait s’agir du pire contrat de toute l’histoire des acquisitions du ministère de la Défense pour une entreprise, mais pas nécessairement pour le gouvernement. Le retour pour le gouvernement est réel. Et qui a dit que ces entreprises n’investissaient pas?
Mais du côté positif, et comme l’a mentionné la direction, l’armée de l’air a décidé de recourir à un fournisseur unique pour l’achat futur de ses avions ravitailleurs. Ils ont décidé d’acquérir au moins 75 avions ravitailleurs. L’entreprise aura l’occasion de négocier un autre contrat d’achat groupé pluriannuel, probablement de cinq ans, à raison de 15 avions par an ou quelque chose comme ça. Ça devrait être rentable.
Deuxièmement, de façon surprenante, Textron a annoncé une perte potentielle comprise entre 60 et 110 millions de dollars sur le programme MV-75 pour l’armée, car ce contrat a été négocié en 2021 et n’a probablement pas suffisamment pris en compte l’inflation et d’autres facteurs. Une fois encore, on a affaire à des contrats passés avant ou pendant la pandémie de COVID-19 qui continuent de compliquer l’exécution ou la rentabilité de certains de ces programmes.
À mon avis, les contrats conclus après 2022 comportent désormais des mécanismes de protection nettement renforcés face au risque inflationniste. Ce sont là quelques-unes des choses que j’ai remarquées. Enfin, je dirais qu’en ce qui concerne le décret présidentiel sur les rachats d’actions, les dividendes et la rémunération des dirigeants, je pense que, dans l’ensemble, les directions ont minimisé ou se sont montrées très prudentes lorsqu’elles ont évoqué les rachats d’actions, actuels ou futurs.
Selon moi, elles ont soutenu l’idée de maintenir les dividendes. Le fait que certains types d’investisseurs choisissent d’investir dans ces entreprises est un tout autre débat. Si elles devaient suspendre ou réduire leurs dividendes, les répercussions seraient considérables.
Et puis, troisièmement, en réalité, dans toutes les conférences téléphoniques auxquelles j’ai assisté, je n’ai pas entendu parler de la rémunération des dirigeants. Curieusement, ce n’était pas un sujet… et personne n’a posé cette question aux chefs de la direction. Voilà un peu ce qu’il en est.
Et je pense que… il n’y a eu aucune déclaration officielle concernant les rachats d’actions et les dividendes, mais j’ai l’impression que l’administration a peut-être fait évoluer son point de vue selon lequel les dividendes sont accecptables et constituent un moyen de récompenser les investisseurs à long terme, alors que les rachats d’actions relèvent de l’ingénierie financière et que les liquidités peuvent être utilisées à meilleur escient, notamment, encore une fois, pour augmenter la production de missiles ou de navires ou dans d’autres domaines où il est urgent d’augmenter les capacités de production et où les entreprises doivent intervenir et partager le fardeau avec le gouvernement. Messieurs, l’un d’entre vous souhaite-t-il dire quelque chose? Je sais, ça fait beaucoup.
MARCUS WEISGERBER : Je tiens simplement à souligner que toutes ces entreprises ont évoqué le montant de leurs dépenses en immobilisation. J’entends par là que les chefs de la direction ont énuméré les projets les uns après les autres et ont mis en avant des milliards et des milliards de dollars.
TONY BERTUCA : Ce que j’aimerais comprendre, c’est comment le ministère de la Défense envisage de mettre en œuvre le décret présidentiel, qui prévoit d’interdire les rachats d’actions pour les entreprises jugées peu performantes. Les dividendes sont interdits. Et les dirigeants ne peuvent pas gagner plus de 5 millions de dollars.
Le département de la Défense disposait, je crois, de 30 jours à compter de la signature du président. Il me semble qu’ils doivent élaborer une stratégie de mise en œuvre au début du mois prochain afin de déterminer comment procéder. J’aimerais savoir : qu’est-ce qu’une entreprise de défense peu performante? Quelles restrictions peuvent être imposées? Est-ce que ce sera inscrit dans les nouveaux contrats? Quand? Je pense qu’on doit attendre de voir comment le département de la Défense va mettre en œuvre les mesures prévues par le décret présidentiel.
JOE GOULD : En effet, il n’y a eu aucune opposition sur ce point. À mon avis, la légalité de cette mesure est remise en question çà et là. Peut-être que cette question trouvera sa réponse dans la prochaine étape dont vous parliez, Tony. Il se peut que le plan de mise en œuvre, si tant est qu’il y en ait un, suscite une certaine opposition. Je me demande comment ils vont s’y prendre pour le plan de mise en œuvre. Vont-ils recevoir des commentaires de la part du secteur, et si oui, dans quelle mesure? Est-ce que tout se fait uniquement en interne? Ou est-ce qu’il y a une sorte de collaboration?
TONY BERTUCA : Effectivement, j’ai parlé des 30 jours. Ça leur laisse 30 jours pour revenir et expliquer concrètement ce qu’ils comptent faire. Mais dans les 60 jours, conformément au décret, le département de la Défense devra s’assurer que tous les contrats de défense nouveaux ou renouvelés comprennent des dispositions interdisant les rachats d’actions et les dividendes pendant les périodes où les entreprises sont, je cite : « peu performantes ». Le département de la Défense doit donc définir précisément ce qu’est une entreprise peu performante.
ROMAN SCHWEIZER : Oui. Je dirais simplement que, s’agissant de l’aspect juridique de la mise en œuvre, on vient de parler d’un certain nombre de contrats que le département de la Défense envisage de mettre en place. Les contrats de munitions. Il y a un gros contrat pour 10 sous-marins de classe Virginia et 5 sous-marins de classe Columbia. Le contrat de production du B-21 pourrait être prolongé. Il y a beaucoup de choses. Je pense que ce sera dans le cadre de ses contrats qu’on définira plus clairement ce que constitue un rendement inférieur.
Je suis curieux. Je me demande s’il y a encore une disposition… pour faire le parallèle avec la CHIPS Act. Aux termes de la CHIPS Act, les fonds ou les subventions ne peuvent être utilisés pour des rachats d’actions ou des dividendes. Je me pose donc la question de savoir s’il existe une disposition stipulant que, si un contrat est signé, les bénéfices tirés de ce contrat ne peuvent être utilisés pour des rachats d’actions ou des dividendes.
On pourrait imaginer que si vous signez un contrat pour produire tel ou tel système – je ne préfère pas dire lequel pour ne froisser personne –, mais si vous n’atteignez pas les objectifs fixés dans le contrat, l’argent que vous touchez dans le cadre de ce contrat ne peut pas être utilisé à ces fins. Ça pourrait être l’un des modes de mise en œuvre envisagés.
MARCUS WEISGERBER : Oui. L’autre aspect intéressant est de savoir comment traiter avec des entreprises comme Raytheon et Boeing, qui ont des activités commerciales importantes, et dont les autres sources de financement ne proviennent certainement pas du département de la Défense ni des contribuables.
ROMAN SCHWEIZER : Exact. Encore une fois, on pourrait envisager de regrouper les contrats qui correspondent à cette situation. Et on pourrait dissocier les fonds. Il s’agit des fonds qui ne peuvent pas être utilisés comme bon semble au conseil d’administration ou à la direction. Mais on verra bien. Ce sont d’excellents arguments. Et oui, il y a des étapes importantes à venir qu’on pourrait clarifier.
Bon, ça fait un moment qu’on est là. Ce qui est incroyable, c’est que, comme vous le savez, quand j’ai rédigé les notes de ce balado, j’avais oublié qu’on avait une stratégie de défense nationale. Incroyable, pas vrai? Et tout ça s’inscrit dans la continuité de la stratégie de défense nationale, ou plutôt de sécurité dévoilée en novembre.
Pour les personnes qui l’auraient manqué, et je pense que c’est le cas de tout le monde, le département d’État a publié ce qu’il qualifie de plan stratégique ou quelque chose du genre. Il comporte un très joli graphique, que je vous invite à consulter.
Il faut quand même rappeler que, traditionnellement, ce genre de documents est très convenu et largement ignoré. On y trouve simplement des éléments de langage et des mots à la mode. Je pense toutefois que ces trois documents sont des explications assez précises ou une cristallisation de la vision du monde de l’administration Trump en matière de politique étrangère et de défense.
J’ai notamment encouragé mes clients et investisseurs en Europe et ailleurs à s’y intéresser afin d’acquérir une vision globale et de comprendre la perspective de Trump sur l’hémisphère occidental, l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient, etc. C’est relativement accessible. Le langage utilisé est parfois très surprenant, voire choquant. Depuis que je fais ce travail, je n’ai jamais vu de documents rédigés de manière aussi explicite.
Et je pense que la stratégie… Je pense que beaucoup de gens se sont concentrés sur la sécurité intérieure ou l’hémisphère occidental, puis sur cette idée de dissuader la Chine, ce pays étant la principale menace, etc., mais je pense qu’il y a quelques nuances à apporter. À mon avis, l’administration essaie de se ménager un peu de marge à court terme pour avancer avec la Chine sur des dossiers commerciaux et économiques, tout en reconnaissant clairement que la Chine dispose d’un appareil militaire très solide.
Je voudrais simplement ajouter qu’il y a quelques semaines, l’administration a approuvé la vente d’armes à Taïwan pour un montant de 11 milliards de dollars. De toute évidence, ça n’a pas été au goût de Pékin. Messieurs, avez-vous des commentaires à faire sur la stratégie de défense nationale ou sur les événements récents?
TONY BERTUCA : Je voudrais aborder brièvement du document publié par le département d’État, car on a couvert ce plan stratégique. C’était intéressant pour nos lecteurs, car le document a longuement abordé la question de l’intégration avec les alliés des États-Unis, c’est-à-dire l’intégration de la base industrielle de défense des États-Unis et de ses alliés. Ils disent quelque chose que je trouve très intéressant. Ils soutiendront, je cite, « les sociétés de défense fiables », fin de citation, et favoriseront l’interopérabilité et la collaboration dans le secteur de la défense, non seulement entre les États-Unis et leurs alliés de la région indo-pacifique, mais également avec des partenaires européens fiables.
L’un des points vraiment centraux de ce que veut faire l’administration Trump, c’est de pousser les ventes militaires et la coproduction, des sujets qui intéressaient déjà beaucoup l’administration précédente. Bill LaPlante est d’ailleurs allé dans le Pacifique pour lancer PIPIR. Beaucoup de ces initiatives se poursuivent, et elles sont même largement renforcées.
Et puis, quand on lit la stratégie de défense nationale, on constate qu’elle évoque clairement une base industrielle de défense ultra-renforcée. C’est l’un des piliers de la nouvelle stratégie de défense nationale. Cette stratégie permet donc de mieux comprendre certaines facettes de la politique étrangère de l’administration Trump.
ROMAN SCHWEIZER : Oui, et comme beaucoup l’ont récemment souligné, d’après les déclarations du président Trump à Davos, sur le Groenland, le Danemark et l’OTAN, la question est de savoir si ce qui est écrit reflète toujours ce qui est dit. Il va donc falloir observer comment les choses évoluent au cours des prochaines années, ou plutôt au cours des prochains mois.
Messieurs, on a couvert pas mal de choses. À vous la parole. Avez-vous quelque chose à ajouter, des pronostics sur le Super Bowl ou tout autre sujet auquel on devrait réfléchir avant de se retrouver?
TONY BERTUCA : Je suis tellement soulagé que Meta ne soit pas là.
MARCUS WEISGERBER : J’allais dire la même chose. Je pense que Joe est aussi d’accord avec nous.
TONY BERTUCA : Mais il faut noter que les Bears ont dépassé les attentes.
JOE GOULD : Oui.
MARCUS WEISGERBER : Tout à fait.
JOE GOULD : Je suis dans une famille de Bears par alliance.
TONY BERTUCA : Eh voilà…
MARCUS WEISGERBER : Moi aussi.
TONY BERTUCA : Vous avez fini par vous rallier. Vous avez tous les deux fini par vous rallier.
MARCUS WEISGERBER : On était prêts.
TONY BERTUCA : [RIRES]
MARCUS WEISGERBER : Ugh. Sérieusement, ce serait vraiment drôle si Sam Darnold… Vous pouvez vous moquer de moi autant que vous le voulez, tout le monde sait que je supporte les Jets, je ne m’en cache pas, mais si Sam Darnold battait les Patriots. J’aimerais voir un mème de lui portant l’uniforme de SOS Fantômes après que… par exemple, après que Drake Maye a réalisé six plaquages et cinq interceptions, peu importe. Les Patriots vont les écraser, j’en suis certain.
[RIRES]
JOE GOULD : À mon avis, l’année prochaine pourrait être la bonne pour les Bears. À mon avis, ils ont eu beaucoup de chance. Mais le problème avec la chance, c’est que parfois, elle disparaît.
MARCUS WEISGERBER : Voilà.
ROMAN SCHWEIZER : Eh bien, voici ce que je dirais à la fois pour les Bears et Sam Darnold : les quarts-arrière des USC Trojans? C’est ça? Je crois que c’est ça.
MARCUS WEISGERBER : Je pense que vous confondez Darnold et Mark Sanchez.
ROMAN SCHWEIZER : Oh, vraiment?
JOE GOULD : Williams était…
ROMAN SCHWEIZER : Je sais que Williams était...
MARCUS WEISGERBER : Non, vous avez raison. Vous avez raison. USC.
ROMAN SCHWEIZER : OK. J’ai fréquenté l’Université de Californie du Sud à l’époque où Rodney Peete était quart-arrière. Il faut le dire, car Rodney était un excellent quart-arrière. Mais c’était il y a longtemps… Je vous vois faire une recherche sur Google, Tony.
[RIRES]
TONY BERTUCA : J’ai trouvé Rodney Peete. C’est bon. Je connais Rodney Peete.
ROMAN SCHWEIZER : Tout ce que j’ai à dire à propos de Williams, c’est que n’importe qui à Washington peut supporter les Bears, car il est diplômé de Gonzaga. Soit dit en passant, je pense que si Meta était là, il serait probablement très surpris que je connaisse quelque chose en sport, parce que d’habitude…
[RIRES]
D’habitude ce n’est pas le cas.
TONY BERTUCA : Vous avez très bien choisi votre épouse, comme nous.
JOE GOULD : Oui.
ROMAN SCHWEIZER : Bien. Je pense qu’il ne nous reste plus qu’à faire un pronostic final.
MARCUS WEISGERBER : Je mise sur les Seahawks. Les Seahawks.
JOE GOULD : Moi aussi.
ROMAN SCHWEIZER : En fait, c’est juste un vote anti-Meta à ce stade.
TONY BERTUCA : Exactement.
MARCUS WEISGERBER : Allez-vous faire cavalier seul, comme NFL Network? Est-ce que vous allez hurler, mettre le chapeau?
ROMAN SCHWEIZER : Oui. [RIRES] Non, je suis un gars de la NFC, je ne peux pas faire autrement. Si vous avez écouté jusqu’ici,
[MUSIQUE]
merci beaucoup d’avoir été des nôtres, vous devez vraiment apprécier ce balado. Messieurs, merci beaucoup. Oh, et bonne année! On va voir comment les choses évoluent. Merci encore pour votre temps. Et on se reparle bientôt.
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Directeur général, Groupe de recherche de Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Roman Schweizer
Directeur général, Groupe de recherche de Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Roman Schweizer
Directeur général, Groupe de recherche de Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Roman Schweizer s’est joint au Groupe de recherche de Washington de TD Cowen en août 2016 pour s’occuper des questions de politique de défense. Il a auparavant occupé des postes chez Guggenheim Securities et MF Global. Le Groupe de recherche de Washington de TD Cowen a récemment été nommé premier dans la catégorie Institutional Investor Washington Strategy. Le Groupe a toujours été classé parmi les meilleures équipes de macro-politique au cours de la dernière décennie. M. Schweizer compte plus de 15 ans d’expérience à Washington (D.C.), où il a occupé les postes de représentant officiel des acquisitions gouvernementales, de consultant sectoriel et de journaliste.
Avant de se joindre au Groupe de recherche de Washington, il était un professionnel en acquisition dans le cadre du programme Littoral Combat Ship de la U.S. Navy. Auparavant, il dirigeait une équipe qui fournissait un soutien stratégique en matière de communications au Congrès et dans les médias aux hauts dirigeants de la Navy dans le cadre de programmes d’acquisition de navires de grande envergure. M. Schweizer a également offert des conseils sur les secteurs de la défense, de l’aérospatiale, de la sécurité intérieure et des marchés technologiques aux clients de Fortune 100 au nom de DFI International et de Fathom Dynamics LLC.
Il a été publié dans Inside the Navy, Inside the Pentagon, Armed Forces Journal, Defense News, ISR Journals, Training and Simulation Journal, Naval Institute’s Proceedings et Navy League’s Seapower.
M. Schweizer est titulaire d’un baccalauréat en histoire de l’American University de Washington (D.C.).