La mission en Ukraine, les progrès du Dôme d’or et les priorités technologiques du département de la Guerre
Animation : Roman Schweizer, directeur général, Groupe de recherche sur Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Dans cet épisode, Roman Schweizer, analyste en géopolitique et en défense du Groupe de recherche sur Washington de TD Cowen s’entretient avec une équipe de journalistes de premier plan au sujet des perspectives du plan de paix de Trump pour l’Ukraine et de la mission du secrétaire à l’Armée Driscoll, de la National Defense Authorization Act (NDAA) et des prévisions de dépenses pour l’exercice 2026 et 2027, des progrès du Dôme d’or, du général quatre étoiles récemment nommé tsar des acquisitions pour quatre grands programmes de l’US Air Force et des six nouvelles priorités de recherche et développement du département de la Guerre.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 1:25 | Secrétaire à l’Armée Driscoll en Ukraine |
| 6:40 | Répercussions de la rencontre entre le président Trump et le prince héritier d’Arabie saoudite MBS |
| 13:35 | L’arsenal de la liberté face au Congrès |
| 20:55 | NDAA à l’E26, crédits budgétaires et nouveau projet de loi de réconciliation |
| 23:15 | Progrès du « Dôme d’or » et prochaines étapes |
| 30:10 | Nouveau tsar des acquisitions de l’USAF pour les grands programmes |
| 35:50 | Les six nouvelles priorités de recherche et développement du département de la Guerre |
Ce balado a été enregistré le 21 novembre 2025.
Aaron Mehta :
C’est une évolution majeure et fascinante dans la façon dont les principaux programmes d’acquisition sont gérés. Si on voit la Marine faire la même chose, et peut-être ensuite l’armée, bien que cette dernière ait sa propre situation à gérer actuellement en matière de réorganisation, ce qui pourrait l’empêcher de procéder ainsi, alors tout à coup, le secrétaire adjoint à la Défense devient le principal fonctionnaire responsable de l’acquisition au Pentagone.
Roman Schweizer :
À l’affût de l’information qui circule du département de la Défense au Congrès et de la Maison-Blanche à Wall Street, le balado « Ce qu’il faut savoir sur la sécurité nationale » présente sans filtre des discussions et des prévisions éclairées sur les principaux enjeux de l’heure en matière de sécurité nationale et de défense. Bienvenue au balado « Ce qu’il faut savoir sur la sécurité nationale ». Nous avons une table ronde de journalistes pour discuter des principaux enjeux de sécurité nationale à Washington et dans le monde, et voir à quoi s’attendre au cours des prochaines semaines. Voici un épisode spécial avant l’Action de grâces pour parler de ce que réserve l’avenir. Tony Bertuca d’Inside Defense et Aaron Mehta de Breaking Defense sont avec nous. Ils couvrent Washington et le Pentagone depuis des décennies et leurs sources d’information sont solides. Merci de vous joindre à nous. C’est parti!
Merci de vous joindre à nous pour ce numéro spécial de l’Action de grâces du balado « Ce qu’il faut savoir sur la sécurité nationale ». Il s’est passé beaucoup de choses et on va essayer de démêler tout ça le plus rapidement possible. Pour cet épisode, on accueille Aaron Mehta et Tony Bertuca. Il nous manque deux personnes. On a pensé appeler ce numéro, Deux hommes et un bébé. On verra ce que vous en pensez à la fin. Bon, on va entrer dans le vif du sujet. Je pense que la première chose dont il faut discuter, ou peut-être sur laquelle simplement faire des observations, parce que ça se passe en ce moment, c’est que le président Trump a envoyé le secrétaire de l’Armée, Dan Driscoll, en Ukraine pour discuter d’un plan de paix en 28 points et mettre fin à la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Je ne vais pas entrer dans les détails de ce plan et de la façon dont il pourrait se dérouler. À l’évidence, ça va se passer en temps réel au cours de la prochaine semaine ou quelque chose comme ça. Le président ukrainien Zelensky n’a pas rejeté l’idée et a déclaré qu’il était prêt à négocier malgré les informations selon lesquelles le plan serait très défavorable pour la position stratégique de l’Ukraine et peut-être pour sa survie à long terme.
On ne va pas évoquer les probabilités de réussite ni les répercussions sur la politique étrangère, mais pour moi, la chose la plus intéressante, c’est que Dan Driscoll a eu le feu vert et qu’on l’a impliqué là-dedans. La seule raison pour laquelle je dis ça, c’est qu’habituellement, on s’attendrait à ce que ce soit Marco Rubio, en tant que conseiller à la sécurité nationale ou en tant que secrétaire d’État, ou le secrétaire à la guerre Pete Hegseth; peut-être le secrétaire adjoint Steve Feinberg ou le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby dont l’action suscite une désapprobation générale au sein du Congrès. Mais c’est Dan Driscoll qui a obtenu le feu vert. Encore une fois, je ne veux pas spéculer, mais c’est évidemment une mission très médiatique pour lui, et je me demande si ce ne serait pas une sorte d’audition pour le poste de secrétaire à la Défense… ou, pardon, de secrétaire à la guerre, un jour. Je pense qu’il est bien vu au sein de l’administration, et il a été incroyablement proactif en ce qui concerne la réforme des acquisitions et les changements dans la façon dont le Pentagone fait des affaires. Donc, messieurs, je sais que vous n’êtes pas des mordus de la politique étrangère dans le cadre de votre travail quotidien, mais vous couvrez le Pentagone et le Congrès depuis longtemps. Alors, je me demande ce que vous pensez de la mission du secrétaire de l’Armée Driscoll en Ukraine?
Tony Bertuca :
Je pense que, dans cette situation, il ne faut pas négliger sa relation avec le vice-président. De toute évidence, les membres du cercle rapproché à la Maison-Blanche veulent quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance et là, il s’agit clairement de quelqu’un en qui le vice-président pense pouvoir avoir confiance. Au moment de confirmer la nomination de Driscoll au poste de secrétaire de l’Armée, le vice-président était là, à expliquer à la Commission des forces armées du Sénat que ce devrait être lui. Cela a été une approbation de premier plan; inhabituelle de la part d’un vice-président. Je ne me souviens pas qu’un vice-président se soit déjà présenté pour répondre d’un secrétaire d’un autre service. De toute évidence, leur relation est très solide en raison de leur passé commun. Oui, c’est inhabituel d’envoyer le secrétaire de l’Armée faire quelque chose comme ça. Comme vous l’avez dit, habituellement, quelqu’un de plus haut placé ou davantage spécialisé serait retenu pour faire quelque chose d’aussi médiatisé. On choisirait le sous-secrétaire à la Défense pour la politique, ou le département d’État; on choisirait quelqu’un en plus du secrétaire de l’Armée.
Et je pense que ça en dit long sur la très grande longévité des liens que Driscoll entretient avec la Maison-Blanche. De plus, si vous parlez à des entrepreneurs du secteur de la défense, qui ne sont pas particulièrement ravis de son droit à la réparation des choses, il en ressort comme quelqu’un de très compétent. J’ai parlé à certains d’entre eux qui m’ont dit qu’ils aimaient faire affaire avec lui et son équipe. Ils l’apprécient pour ce qui est de faire des affaires avec lui, peut-être pas nécessairement pour toutes les politiques qu’il veut mettre en place en ce moment. Pour certaines personnes, c’est un peu comme demander : « Citez-moi le nom d’un autre secrétaire de service ». J’ai vraiment fait ça l’autre jour. J’ai dit : « Donnez-moi juste le nom du secrétaire de la Marine, là tout de suite. » Les entrepreneurs connaissent Driscoll. Bon, ce sont vraiment des observations informelles; pas des données objectives; mais il est très en vue maintenant.
Aaron Mehta :
Oui, écoutez, le secrétaire de l’Armée n’a aucun rôle à jouer en matière de politique étrangère. Ces secrétaires de service peuvent avoir un rôle interne au Pentagone. Oui, parfois, ils rencontrent des homologues et ils se saluent avec beaucoup d’effusion, mais là, ce n’est pas quelque chose qu’on a déjà vu de la part d’un secrétaire de service. On ne peut pas faire abstraction de la politique, ici. Un certain nombre d’articles ont ouvertement déclaré que; je suis sûr que Tony l’a aussi entendu dire, et moi je l’ai assurément entendu; que beaucoup de gens voient en Driscoll celui qui obtiendra le poste de Pete Hegseth, si ce dernier quitte le Pentagone ou quand il le quittera. Ce rôle en matière de politique étrangère est une évolution intéressante. C’est peut-être Driscoll qui observe autour de lui et, je ne fais que lancer des idées, se dit : « D’accord, peut-être que Hegseth ne partira pas de sitôt. Peut-être qu’il y a un autre rôle pour moi ailleurs. Ce rôle est davantage axé sur la politique étrangère, c’est une bonne façon de me distinguer davantage sur ce plan. » Mais globalement, l’aspect lié à J.D. Vance est clairement comme un grand Bat-Signal rouge clignotant, ici. Le secrétaire de l’Armée ne pourrait en aucun cas obtenir ce rôle sans être le meilleur ami du vice-président qui a exprimé très clairement ses sentiments à l’égard de l’Ukraine par le passé.
Roman Schweizer :
Parfait, merci à tous les deux. Il faut attendre de voir comment cela va se dérouler. Encore une fois, on n’a pas vraiment d’éclairage sur la façon dont le plan de paix en 28 points va se dérouler, et s’il est valide ou tolérable pour les Ukrainiens, il ne l’est probablement pas, ou pour les Européens, mais c’est à mon avis très certainement une nouvelle incitation à parvenir à un règlement, qui exprime peut-être une certaine frustration de la part de Trump quant à l’incapacité de mettre fin à tout ceci.
OK, on va changer de sujet et parler de l’autre visite de poids qui a eu lieu aux États-Unis : la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Washington. Pendant plusieurs jours, elle a donné lieu à des réunions, des dîners et des célébrations avec le président, mais aussi des dirigeants et des responsables de l’élaboration des politiques. On va s’en tenir aux implications militaires. Le président avait annoncé à l’avance qu’il avait l’intention d’offrir le F-35 à l’Arabie saoudite. Les rumeurs indiquent que les Saoudiens auraient l’intention d’acquérir environ 50 avions pour une valeur d’environ 6 à 8 milliards de dollars ou quelque chose du genre, il me semble, ainsi que 300 chars, qui, on le suppose, seraient des chars M1 Abrams de General Dynamics. À ma connaissance, aucun avis de vente à l’étranger n’a été déposé à l’heure où on se parle, mais on peut supposer que c’est dans les tuyaux. Bon, selon moi, la vente de chars d’assaut n’est pas vraiment controversée; l’Arabie saoudite les a, elle les utilise. Par contre, évidemment, le F-35 serait un bouleversement majeur dans la région. Et le Congrès a son mot à dire; il a la possibilité de se prononcer s’il le souhaite. Selon vous, quelle a été la réaction jusqu’à maintenant?
Tony Bertuca :
L’Arabie saoudite sera le premier pays en dehors d’Israël à piloter le F-35. Comme vous l’avez dit, c’est un bouleversement majeur, que l’administration veut clairement voir se produire et dont elle veut pouvoir profiter. Selon moi, c’est lié au fait que, de façon générale, l’administration Trump, par rapport à celle du premier mandat, considère que les ventes de matériel militaire à l’étranger sont un prolongement très solide de la politique étrangère des États-Unis. Et le fait que les F-35 aillent en Arabie saoudite est probablement le prolongement le plus fort qu’on ait vu. La réaction? Je n’ai pas encore vu beaucoup d’analyses approfondies de cette situation pour l’instant, parce qu’on n’a pas vraiment eu connaissance des détails : combien d’avions, pour quelle somme d’argent, ce genre de choses. Mais je pense qu’on peut dire sans risque que ce n’est probablement que le début du type d’accords militaires qu’ils vont essayer de développer avec l’Arabie saoudite.
Aaron Mehta :
Il y a quelques aspects intéressants à explorer, ici. En ce qui me concerne, ce n’est pas l’annonce d’un accord sur les F-35 qui m’a fait sourciller, parce que, franchement, les rumeurs sont allées bon train là-dessus. On en a peut-être même parlé dans le dernier épisode. Ce qui m’a fait sourciller, c’est quand Trump, alors qu’il était à côté de Mohammed ben Salmane, a été interrogé sur l’avantage qualitatif militaire d’Israël, qui est un cadre légal sur lequel s’appuient les États-Unis et qui prévoit la chose suivante : « Essentiellement, on va s’assurer que ce dont Israël dispose est au moins légèrement meilleur que ce dont tous les autres disposent. » Les avions F-35I Adir sont utilisés et ont activement participé aux combats contre l’Iran. On ne sait pas exactement ce qu’ils contiennent, mais il y a eu beaucoup de rapports et de sources ouvertes sur les capteurs et d’autres choses dont l’avion est doté, que les États-Unis n’ont même pas nécessairement. On sait que ces avions, s’ils ne sont pas les plus performants des F-35, font partie de ceux qui le sont le plus. Donc l’idée était la suivante : « OK, peut-être qu’il y a une version moins étoffée du F-35 que les Saoudiens pourraient obtenir. » Et là, Trump a dit très ouvertement : « Non, ils vont obtenir la même chose que les Israéliens, parce qu’ils sont d’excellents partenaires; les Israéliens sont d’excellents partenaires; pourquoi est-ce que je roulerais d’excellents partenaires dans ce cas de figure? » Ça a tiré la sonnette d’alarme en Israël.
Roman Schweizer :
Je vais faire quelques observations. Je pense que tout cela dépend de l’adhésion de l’Arabie saoudite aux Accords d’Abraham et de la solidité des engagements qu’elle va prendre à l’égard de cette relation. Donc on verra comment les choses vont évoluer. Et encore une fois, il y a eu des annonces d’accords sur les F-35 au Moyen-Orient, par le passé, qui n’ont pas abouti. Je crois que c’était les Émirats arabes unis pendant le premier mandat de Trump, pas le Qatar, mais voilà. De façon plus générale, je pense que les Israéliens sont préoccupés par le fait que la Turquie et d’autres pays du Golfe pourraient aussi avoir accès aux avions. Tony, pour être juste, à l’attention des personnes qui nous écoutent, je veux juste m’assurer d’une chose : vous avez dit que l’Arabie saoudite serait le deuxième pays; faites-moi confiance les amis, Tony sait qu’il y a d’autres partenaires internationaux et d’autres clients du programme FMS dans la région en particulier. Alors, pas de messages incendiaires à son attention dans les commentaires, s’il vous plaît.
Ce qui est aussi extrêmement intéressant, à mon avis, ce sont deux choses. Premièrement, le président a également annoncé que l’Arabie saoudite allait recevoir toutes les puces d’IA; la plus récente et la meilleure de Nvidia et d’autres, je suppose. On offre donc à l’Arabie saoudite certains des secrets les mieux gardés ou la meilleure technologie américaine, tant sur le plan commercial que de la défense. Et je pense que ça soulève des préoccupations; elles ont été exprimées publiquement au sujet des vulnérabilités que cela pourrait susciter, tant du point de vue du contrôle des exportations de semi-conducteurs que du savoir-faire en matière de matériel militaire, concernant le fait que des renseignements pourraient d’une façon ou d’une autre arriver jusqu’en Chine. Encore une fois, je n’ai pas de constatations à effectuer à ce sujet. Je dis juste que ce sont quelques-unes des préoccupations qu’on a pu voir exprimées au Congrès.
Troisièmement, et je trouve ça extrêmement fascinant; et encore une fois, Lockheed Martin n’est pas un commanditaire et on n’est affiliés à eux d’aucune façon que ce soit; mais c’est à mon avis incroyable que, malgré toutes les manchettes négatives sur les F-35, cet avion soit bel et bien un outil de politique étrangère incroyablement puissant, comme on l’a mentionné. Ce que je veux dire, c’est que les dirigeants étrangers, qu’il s’agisse de l’Inde, de la Turquie, de l’Arabie saoudite ou d’autres pays, veulent le F-35. Et c’est quelque chose que le président des États-Unis, quel qu’il soit sur ce sujet-là, Donald Trump ou quelqu’un d’autre, peut leur accorder. Pour tous ses détracteurs, le F-35 est cher, mais, comme on l’a vu cette année, qu’il s’agisse des Israéliens, des Américains, ou de quiconque, il fonctionne. Les pilotes et les aviateurs qui l’ont piloté et à qui j’ai parlé, l’adorent. Mais je n’ai parlé à aucun spécialiste de la maintenance chargé de faire en sorte qu’il soit en mesure de voler.
Un point fascinant que j’aimerais souligner, et j’ai vérifié de nouveau, c’est que l’armée de l’air israélienne a un taux de disponibilité de plus de 90 % avec ses F-35. S’ils ont un escadron de 10 avions, neuf d’entre eux sont prêts à partir en mission. Je pense que le taux de disponibilité des États-Unis est légèrement supérieur à 50 %. J’encourage le département de la Défense à… ou, excusez-moi, le département de la guerre, à peut-être discuter avec ses homologues israéliens pour trouver comment faire en sorte que ces avions puissent régulièrement voler. Ça ne sert à rien d’avoir une Ferrari dans le garage si vous ne pouvez pas la conduire. On va changer de sujet et parler de l’arsenal de la liberté. Plus important encore, le secrétaire Hegseth et d’autres personnes ont présenté des plans efficaces ou ambitieux pour réformer le système d’acquisition de la défense. Comme certains le disent, aucun bon plan ne survit à un contact avec le Congrès. Quels renseignements est-ce qu’on a entendus en provenance de Capitol Hill; en particulier alors que le Congrès étudie la National Defense Authorization Act, la NDAA, et diverses contre-propositions de réforme des acquisitions, et que la Fostering Reform and Government Efficiency in Defense, ou FoRGED Act, et la Standardizing Permitting and Expediting Economic Development, ou SPEED Act, seront remaniées dans le cadre de la NDAA? Qui voudrait nous dire comment le Congrès a accueilli l’arsenal de la liberté?
Tony Bertuca :
Bien sûr. Il y a eu beaucoup d’éloges. Les membres des commissions d’autorisation l’ont vraiment apprécié, mais ils se préparaient de toute façon à adopter une grande partie de son contenu dans le cadre de la FoRGED Act et de la SPEED Act, qui font partie des négociations en cours sur la NDAA. C’était donc tout à fait logique qu’ils en soient des promoteurs affirmés. Et le fait de rendre le système du Pentagone moins bureaucratique et plus rapide a recueilli un soutien bipartite. Maintenant, pour autant, la question du premier contact avec le Congrès de façon générale implique d’autres personnages. Cela concerne les membres des commissions des crédits. Comme tout le monde le sait, ce sont eux qui signent le chèque et sont souvent les premiers à dire au département de la Défense, lorsque celui-ci veut de la souplesse en matière d’argent : « Non, c’est bien comme c’est actuellement. La façon dont les choses fonctionnent nous convient, parce qu’on peut les superviser. Si vous venez tout le temps nous voir et que vous faites preuve d’une extrême transparence à chaque fois, on vous donnera toute la souplesse que vous voulez. Donc continuez. » C’est ce qui s’est passé l’an dernier avec la Commission de réforme du processus de planification, de programmation, d’établissement du budget et de mise en œuvre, la PPBE Reform, qui avait été recommandée.
Eh bien, le département de la Défense essaie maintenant quelque chose de différent, parce que si vous regardez le plan de transformation des acquisitions, l’une des choses qu’il crée parmi tant d’autres, ce sont ces nouveaux directeurs d’acquisition de portefeuille, les portfolio acquisition executives ou PAE. Et le plan dit, je cite : « Ils pourront attribuer du financement de façon souple en fonction des besoins émergents tout en maintenant une transparence maximale. » Mais il dit aussi : « Ils vont pouvoir dégager plus librement des fonds pour acheter de nouvelles technologies et régler les problèmes sans l’approbation du Congrès. » C’est écrit là, dans le plan : sans l’approbation du Congrès. J’ai parlé à des législateurs qui m’ont dit, avec sérénité, que ce n’était pas un problème pour eux, du point de vue des crédits. Donc, officiellement, tout le monde est très favorable à cette idée.
Roman Schweizer :
Je dois vous interrompre et vous dire que c’est la façon la plus polie de dire « Certainement pas ». Désolé. Oui.
Tony Bertuca :
Bien sûr, tout le monde est officiellement un fervent partisan du plan, mais le fait d’avoir mis directement dans le plan les termes « sans l’approbation du Congrès » laisse tout le monde perplexe. Cela a suscité un gros : « Holà, holà, holà; qu’est-ce qu’ils sont en train de planifier? De quoi est-ce que vous êtes en train de parler? » Mais j’ai parlé à certains membres des commissions des crédits pour l’article que j’ai récemment publié. Ils ont prudemment dit : « Écoutez, il y a une voie à suivre dans ce sens si on obtient beaucoup de transparence de la part du département de la Défense. » Ils ne l’ont pas pour le moment. Ils n’ont pas obtenu de transparence sur le projet Golden Dome et ils s’en sont plaints; ils n’obtiennent pas de transparence sur la transformation de l’armée et ils s’en sont plaints. Même les membres des commissions d’autorisation n’ont actuellement pas le niveau de transparence souhaité concernant la politique sur le dollar américain. Et il s’agissait simplement de déplacer certains bureaux des politiques et de changer certains noms. Vous avez vu le sénateur Sullivan sortir de ses gonds lorsqu’ils ont fusionné la mission dans l’Arctique avec autre chose. Il n’y a pas assez de réunions, pas assez de notes de service et un cercle trop refermé.
Le Congrès va donc vraiment résister à ce genre de choses si le département de la Défense ne présente pas de plan qui dise : « Ce sera notre tableau de bord super secret. On va vous mettre au courant à tel moment de la journée, à tel moment de la semaine, on va envoyer ces gens-là. » Il n’y a pas vraiment encore de plan pour ça et c’est ce que les membres des commissions des crédits veulent vraiment voir. Mais tout le monde a dit : « Hé, on a autorisé le programme sur les véhicules blindés MRAP. On a fait un chèque en blanc. S’il s’agit d’une demande urgente, on est prêts. La Defense Innovation Unit voulait un milliard de dollars de plus, on le lui a donné, mais en associant beaucoup de surveillance sur ce milliard de dollars. » Donc, s’ils veulent que les PAE mobilisent de l’argent au Pentagone, ils doivent passer des appels téléphoniques aux membres des commissions des crédits, comme ils l’ont fait hier.
Aaron Mehta :
Bon, je vais faire quelque chose d’inhabituel pour moi et défendre le Pentagone, ici. Et ce que je vais dire, c’est qu’à aucun moment au cours des 10 derniers mois, le Congrès n’a fait preuve de cran pour faire obstacle à quoi que ce soit que l’administration Trump ait voulu faire. Alors, si vous êtes un fonctionnaire du Pentagone, pourquoi est-ce que vous auriez le sentiment que les membres des commissions des crédits vont en fait protester contre ça? Surtout si Russ Vought dit… Soit dit en passant, il doit apparemment prendre la parole au Reagan Defense Forum; ils sont au moins dix dont la prise de parole a été programmée; c’est un positionnement très inhabituel pour un directeur du Bureau de la gestion et du budget. … Si Russ Vought dit : « Nous ne pensons pas que les membres des commissions des crédits ont légalement le pouvoir de nous dire comment dépenser l’argent », alors le fait que le Pentagone dise dans ce plan « Hé, nous n’avons pas besoin que le Congrès nous dise comment dépenser l’argent » correspond en fait très bien à ce que dit l’administration. Les membres des commissions des crédits peuvent se plaindre tant qu’ils le veulent, et je suis certain qu’ils le feront, mais si, dans ce cas, ils ne font pas preuve d’un réel courage et qu’ils ne résistent pas, comme cela a été le cas ces dix derniers mois, je ne vois pas pourquoi le Pentagone devrait déployer les efforts les plus élevés.
Tony Bertuca :
Oui. C’est en grande partie la réaction que j’ai eue de la part du secteur; la même qu’Aaron. Le secteur a vu ça et s’est dit : « Eh bien, d’habitude, on dit évidemment toujours que les membres des commissions des crédits vont tuer cette mesure, mais on a observé un Congrès très permissif et, à l’évidence, l’administration pense qu’elle peut essayer d’obtenir ce qu’elle veut et qu’elle a une ouverture. » Et c’est un excellent point de souligner que Russ Vought va probablement venir parler au secteur industriel de la défense au forum Reagan, parce que, en effet, le directeur du Bureau de la gestion et du budget ne se rend normalement pas dans ce type d’endroit pour parler aux entrepreneurs de la défense. Alors, oui, ce sera vraiment intéressant de voir quel message sera véhiculé, et si les membres des commissions des crédits qui ont eu de la difficulté à affecter des crédits vont s’inquiéter ne serait-ce que de prendre les rênes à ce sujet.
Roman Schweizer :
Ce sont d’excellentes observations, à mon avis. Je pense que c’est lié à plusieurs choses. On va aussi parler rapidement de la façon dont l’affectation des fonds fonctionne, et aussi de cette nouvelle nomination, cette semaine, d’un super responsable de portefeuille relevant directement du commandement, le Direct Reporting Program Manager ou DRPM, qu’on va aborder un peu plus tard. Je suppose qu’un PAE est un super DRPM. La seule observation que je ferais, c’est que, si on revient un peu dans le passé, et ça reflète mon propre parcours professionnel; et ça a commencé avant ma naissance; l’amiral Hyman Rickover, le père de la marine nucléaire, était un super DRPM ou un PAE : il avait reçu un pouvoir incroyable pour créer la force sous-marine nucléaire ainsi qu’une force de lancement de missiles balistiques sous-marins. Un exemple plus mineur est l’amiral Wayne E. Meyer, le père d’Aegis, les navires de guerre Aegis : il était responsable de l’élaboration de ces navires et de leurs systèmes de combat.
Donc il y a des précédents, mais vous êtes arrivés à la source du problème : les membres des commissions des crédits aiment leur travail, ils sont habituellement à des postes en or ou aux postes les plus importants au Congrès; mais un membre de commission de crédits doit affecter des crédits. Bon, je pense qu’on va un peu changer de perspective et passer à certaines des répercussions en matière de dépenses. Il y a deux choses : il semblerait qu’on va réussir à avoir des attributions de fonds. Une résolution provisoire a été adoptée pour mettre un terme à la fermeture du gouvernement, mais il y avait trois projets de loi de crédits joints, trois adoptés et neuf à venir. Il semble qu’il y ait plusieurs mini-omnibus en cours, et on pourrait avoir un projet de loi de crédits pour la défense. Je dirais même qu’il est possible qu’on obtienne l’augmentation de 21 milliards de dollars demandée par le SAC, c’est-à-dire par les membres du comité d’attribution des crédits du Sénat. On verra bien. Donc c’est en cours. Et ensuite il y a le secret peut-être le moins bien gardé en ville; l’idée d’un deuxième projet de loi de réconciliation l’an prochain.
À un moment donné, et ça reflète mon traditionnel penchant pour la désobligeance, j’ai appelé ça Another Big Beautiful Act, ou ABBA. On va donc le nommer ainsi à partir de maintenant. Donc il y a cette idée d’une loi ABBA. Le sénateur Lindsey Graham en a parlé, la Maison-Blanche aussi. Cela pourrait signifier beaucoup de choses, y compris la réforme de l’Affordable Care Act, l’ACA. Mais surtout, dans notre cas, pour nos auditeurs, je pense que ça signifie plus d’argent pour la défense. Et je dirais que les républicains seraient stupides de ne pas tenter le coup avant les élections de mi-mandat, parce que ça disparaîtra si la Chambre bascule. Et vous, que pensez-vous des attributions de crédits et de l’idée d’une loi ABBA?
Tony Bertuca :
Oui, d’après moi, l’idée de l’ABBA et l’emploi du mot stupide pour désigner le fait de ne pas essayer de nouveau, c’est un peu ce qui est ressorti de mes discussions avec le personnel. Lorsque j’ai récemment parlé à des membres des commissions des crédits, je leur ai posé cette question. Ils m’ont tous dit : « Oui, on devrait assurément le tenter. » Ce que je veux dire, c’est qu’il s’agit d’une décision des dirigeants, mais les enjeux sont très élevés. Pour ce qui est de la défense, je pense que beaucoup d’entre eux se disent que c’est à ce titre qu’ils vont obtenir leur argent. C’est une autre bouchée dans la pomme de la réconciliation. D’autres choses vont s’ajouter, mais je pense vraiment qu’ils vont y retourner et réessayer.
Aaron Mehta :
Oui. Je veux dire, pourquoi pas? Si vous en avez l’occasion, autant le tenter.
Roman Schweizer :
C’est une situation dans laquelle... Jusqu’au 30 janvier, on est en train de travailler pour adopter et boucler les lois de crédits. Après cela, la loi ABBA sera à l’évidence un sujet pour l’année prochaine, et on verra comment tout ça va s’articuler. Je ne sais pas qui féliciter comme il se doit. Vous allez peut-être vous disputer là-dessus et vous attribuer la première référence, mais dans la catégorie « tout ce qui brille est le projet Golden Dome », on a appris cette semaine que le département avait confirmé que l’architecture avait été approuvée et que le projet était maintenant passé à la phase suivante, le plan de mise en œuvre. Et bien sûr, pour moi, le plan de mise en œuvre implique la question suivante : comment est-ce qu’ils vont l’acheter? Quelles sont les stratégies d’acquisition en la matière? Quel est l’échéancier? Quel est le calendrier de sollicitation et d’attribution des contrats, et d’autres choses de ce genre? Allez-y. Je ne sais pas qui en a parlé le premier.
Tony Bertuca :
Je pense qu’il s’agit du travail de mon excellent collègue Jason Sherman qui a publié un article indiquant que l’architecture de base était terminée et que, maintenant, on en était à la phase d’examen et de mise en œuvre, ce qui est une étape importante pour atteindre leurs objectifs. Des sources ont dit à Jason que Feinberg, secrétaire adjoint à la Défense, avait approuvé l’architecture qui a ouvert la voie à la conception et au déploiement du système. Et cela n’a eu lieu qu’après quelques mois de travail mené de façon très diligente par le général Michael Guetlein, le super DRPM pour le projet Golden Dome. Il semblerait que l’initiative ait vraiment appuyé sur l’accélérateur pour mener ce travail à bien.
Aaron Mehta :
Oui, le projet Golden Dome est évidemment un programme majeur et tout le monde est impatient d’en savoir plus. Une partie de tout cela a pris du retard à cause de ce processus. Cette semaine, on a publié une lettre d’opinion de Tom Karako, le gourou des missiles au sein des cercles de la défense à Washington, qui disait précisément que c’est une bonne chose qu’ils aillent de l’avant là-dessus, mais qu’il faut qu’ils communiquent à ce sujet. Si personne ne sait ce qui se passe, le secteur ne peut pas réagir; il n’y a aucun moyen de communiquer là-dessus sur le plan géopolitique. Et même si on peut comprendre que le Pentagone veuille garder certains détails techniques secrets, il ne peut pas simplement dissimuler tout ça. Et ce sera très intéressant, une fois que cette architecture sera finalisée, une fois que tout aura été approuvé, de voir comment ils communiquent là-dessus, s’ils essaient de garder ça sous silence ou non. Parce que je suis d’accord avec Tom que s’ils ne parlent pas davantage de cela, premièrement, le secteur va avoir du mal à répondre, et deuxièmement, je pense qu’il va y avoir beaucoup de confusion. Et si vous essayez de vendre au public américain un nouveau système à 175 milliards de dollars d’après eux, je pense que tout le monde est d’accord pour dire que ce sera plus que ça, vous devez le justifier.
Roman Schweizer :
Je vais aller dans le sens inverse : ce que je vais dire, c’est que je ne pense pas qu’ils vont en dévoiler beaucoup. Je pense qu’ils vont garder ça très classifié pour une très bonne raison de sécurité opérationnelle, parce qu’ils ne veulent pas que la Chine, la Russie et d’autres sachent ne serait-ce que de quelle technologie ou de quels contrats il s’agit, ou encore où espionner, voler ou pirater afin de tenter de se représenter ce qu’est le Golden Dome. Donc je pense qu’il y a un aspect lié à la sécurité opérationnelle, mais je suis moi aussi curieux au sujet du concept. Et ce n’est que mon opinion, mais je dirais brièvement que l’idée d’un Goden Dome qui pourrait se défendre contre une frappe en règle de 300 à 3 000 missiles balistiques intercontinentaux n’est tout simplement pas réalisable, quel que soit la quantité d’argent ou l’ampleur de la technologie qu’on y consacre. Et je serais ravi de me tromper, parce que je sais qu’il y a certainement des gens brillants qui travaillent là-dessus.
Je dirais que la Chine et la Russie ont mis au point des armes de décapitation de première frappe assez folles. Il y a des rapports rendus publics sur ces systèmes de bombardement orbital fractionné, de missiles hypersoniques et à propulsion nucléaire spatiale et ce genre de choses qui évitent littéralement nos capacités de détection, mais dont les capacités sont limitées. Je pense donc que si une partie du Golden Dome porte sur un rééquilibrage du point de vue de la parité nucléaire et de son aspect relatif à la destruction mutuelle assurée, ce sera de l’argent bien dépensé et un objectif probablement atteignable. L’aspect le plus important associé à l’installation d’une bulle au sens propre au-dessus de l’espace aérien américain n’est probablement pas atteignable.
Aaron Mehta :
Pour que ce soit clair, je suis d’accord avec vous pour dire qu’ils ne vont pas parler de ça. Je pense simplement qu’il y a de solides arguments pour qu’ils le fassent, ou du moins qu’ils doivent communiquer davantage qu’ils ne l’ont fait jusqu’à maintenant.
Roman Schweizer :
J’adore les données. Ce que je veux dire, c’est que j’aimerais voir des chiffres pour appuyer mon analyse, et c’est assurément difficile pour un analyste de déterminer… On me demande tout le temps : « Qui va l’emporter et obtenir les contrats du Golden Dome? » Je parle ici de la direction des entreprises, à propos de la croissance future des revenus et d’autres choses de ce genre : il y a eu des estimations élevées à ce sujet. Je ne veux pas avancer d’affirmations outrancières, mais c’est comme la cybersécurité, l’initiative JADC2 ou toutes ces choses à l’époque qui allaient stimuler la croissance. Voilà pour le premier aspect.
Deuxièmement, et ce n’est pas négligeable, lors des appels sur les bénéfices du dernier trimestre, le chef de la direction de Lockheed Martin et celui de Northrop Grumman ont tous deux révélé qu’ils travaillaient sur des concepts d’intercepteurs spatiaux autofinancés. Ce que je peux en dire est évident. Peut-être que le secteur n’est pas au courant, mais je pense que les entreprises qui ont besoin d’être au courant sont en fait en train de discuter avec Guetlein, avec les organismes de défense antimissile et d’autres, et que ça ne va pas se passer selon une approche du type « Hé tout le monde, venez chercher votre morceau du Golden Dome ». La gamme de solutions sera très ciblée, selon moi. Donc je pense que ça communique dans une certaine mesure, mais encore une fois, il y a des programmes en cours, comme le B-21, le F-47, l’OVNI classifié que Lockheed Martin Aeronautics est en train de construire; on ne connaît pas les détails, mais c’est en train de se produire. Et il y a plusieurs raisons à cela, à mon avis, mais l’une d’elles est vraiment la question de la sécurité opérationnelle vis-à-vis de la Chine, de la Russie ou de qui que ce soit.
Tony Bertuca :
Une autre chose qu’il faut souligner, à mon avis, c’est que le président des États-Unis s’est intéressé personnellement à cette question et, s’il entend des choses, il pourrait vouloir en parler ou tweeter à ce sujet. Je ne sais pas vraiment ce que ça impliquerait, mais il faudrait qu’il soit informé de ce à quoi correspond ce qu’il a entendu et qu’il comprenne ce qu’il peut dire ou ne pas dire. Et ça a été un défi pour le personnel de la Maison-Blanche et du département de la Défense par le passé.
Roman Schweizer :
Ce n’est pas une déclaration politique, mais je tiens à rappeler à tout le monde que Donald Trump a dit qu’en tant que président, il pourrait déclassifier certaines choses simplement en y pensant, que l’information pourrait se trouver dans un tweet un jour. On verra ce que cela signifie. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une déclaration politique, mais surtout, dans le même ordre d’idées, nous avons un nouveau DRPM ou super DRPM; le lieutenant-général Dale White a été nommé pour gérer le programme Sentinel, le B-21, le F-47 et Air Force One. Je ne connais pas les antécédents du général, mais j’ai l’impression que sa famille ne le verra pas au cours des prochaines années, compte tenu de cette charge de travail. Ce que je veux dire, c’est que, sérieusement, c’est probablement plus difficile que le travail de Marco Rubio en tant que conseiller à la sécurité nationale et secrétaire d’État. Ce ne sont que quelques idées générales à ce sujet… Ce que je veux dire, c’est que ça fait beaucoup de programmes et beaucoup de choses difficiles à faire. Où est-ce qu’on pourrait ensuite aussi observer cela? Je sais qu’il en a été question dans le secteur de la construction navale, je pense que c’est probable. Dans quels autres domaines est-ce que cela pourrait être appliqué au sein du gouvernement?
Aaron Mehta :
Bon, Tony a revendiqué la victoire en ce qui concerne l’exclusivité sur le Golden Dome. Donc je vais nous attribuer celle-ci. On a répondu le 8 août que Dale White allait être nommé à ce poste. On ne connaissait pas exactement tous les programmes, mais on en avait la plupart. White est essentiellement le responsable militaire adjoint des acquisitions de l’armée de l’air. C’est un responsable trois étoiles et il est maintenant nommé pour une quatrième. Donc il a une expérience en matière d’acquisitions. Plus tôt cette année, il a participé aux discussions sur les F-47 et il a obtenu des avancées ainsi que l’accord de la Maison-Blanche. Il est de façon générale très apprécié au sein de l’armée de l’air, il reçoit de bons résultats lors des revues et il est considéré comme un homme intelligent. Mais il s’agit ici d’un rôle différent.
Et l’aspect important dont on n’a pas parlé, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de l’armée de l’air qui crée un emploi en se disant : « D’accord, c’est maintenant vous qui vous occupez des acquisitions pour les projets les plus importants. » C’est un poste qui relève directement de Steven Feinberg et qui, essentiellement, retire ces programmes du système d’acquisition traditionnel de l’armée de l’air, ou du système d’acquisition non-traditionnel dans lequel se situait en fait le B-21; c’est un poste qui crée ce tout nouveau portefeuille relevant directement du secrétaire adjoint à la Défense. Il y a plusieurs points, ici. Tout d’abord, il s’agit d’un regroupement massif de pouvoir sous la direction de Feinberg qui appliquait déjà la même configuration avec Guetlein aux manettes du Golden Dome et qui relevait directement de lui. Et Tony et nous avons aussi signalé qu’il y a un regroupement en cours pour la Marine, même si cela n’a pas encore été annoncé. Donc Feinberg semble rassembler tous les plus grands projets et dire : « Hé, les gars, vous relevez directement de moi, plus des services. » C’est une dynamique très intéressante à observer.
L’autre aspect concerne le fait qu’il s’agit de programmes majeurs qui sont regardés avec beaucoup d’attention également. Il y a le F-47 personnel du président. Il y a le missile balistique intercontinental Sentinel, qui fait l’objet d’un énorme dépassement de coûts et de réorganisations importantes ainsi que de changements de plans. On parle maintenant de creuser de nouveaux trous au lieu d’utiliser les anciens. Le B-21 est clairement un projet stratégique important. Et puis, il y a Air Force One qui est, disons-le, scruté par le monde entier. Donc, comme vous l’avez dit, Dale White ne va pas beaucoup dormir. Il va travailler très dur. Mais c’est une évolution majeure et fascinante dans la façon dont les principaux programmes d’acquisition sont gérés. Si on voit la Marine faire la même chose, et peut-être ensuite l’armée, bien que cette dernière ait sa propre situation à gérer actuellement en matière de réorganisation, ce qui pourrait l’empêcher de procéder ainsi, alors tout à coup, le secrétaire adjoint à la Défense devient le principal fonctionnaire responsable de l’acquisition au Pentagone.
Tony Bertuca :
Oui, c’est ce que j’allais dire; pour moi, ici, le sujet c’est Feinberg. C’est le passé de gestionnaire qui ressort : « Donnez-moi une seule personne à qui demander des comptes quand les enjeux sont élevés; donnez-moi quelqu’un à qui je peux m’adresser directement et qui porte entièrement la responsabilité de beaucoup de choses. » Parce que je pense que c’est en grande partie lié à ce qu’il veut gérer lui-même. Il ne veut pas passer par différents canaux. Je pense aussi qu’il veut exercer une surveillance plus directe sur ces programmes. Et grâce à cela, c’est ce qu’il obtient; un seul fonctionnaire qui s’adresse directement à lui. Vous vous souvenez de ce qu’on a dit plus tôt sur le fait que Driscoll était très en vue? Eh bien, c’est le contraire avec Steve Feinberg. Je pense qu’il est apparu en public à deux reprises; lors de son audience de confirmation au Sénat, et ensuite il me semble que c’était au War College avant que Hegseth prenne la parole au sujet de la réforme des acquisitions : il a fait l’ouverture. C’est à peu près tout. Mais, en coulisse, il rencontre constamment des membres du secteur et il est très actif. Il est plutôt du genre à mordre sans aboyer. Et je pense que beaucoup de gens n’ont pas été surpris qu’il vienne au Pentagone et prenne des mesures comme celle-ci, de façon discrète et très très ferme. Donc je pense que tout cela démontre bien comment Feinberg veut gérer le Pentagone.
Roman Schweizer :
Tony, je vous donne des points en prime. Du genre à mordre sans aboyer : c’est génial. Et honnêtement, Steve Feinberg est le gars le plus important du département de la guerre, que personne ne voit. Alors, tandis que Pete Hegseth suscite ou capte, peu importe comment vous voulez le dire, toute l’attention des médias publics et des médias sociaux, Feinberg travaille simplement en coulisse. J’aimerais souligner une chose intéressante. Je viens de me rendre compte de quelque chose; je suis peut-être long à la détente, mais Sentinel et le B-21 sont des programmes de Northrop Grumman, et le F-47 et Air Force One sont des programmes de Boeing. Qu’est-ce que ça signifie? Je ne sais pas. Je pense que cela signifie juste que le général White va certainement beaucoup discuter avec les deux chefs de la direction en ce qui concerne l’exécution des programmes et peut-être, comme vous l’avez dit, exprimer le mécontentement de Steve Feinberg à leur égard si leur rendement n’est pas celui attendu. Bon, ça commence à être un peu long, mais il y a une dernière chose que je voulais aborder, parce que je pense que ça se joue sur un temps remarquablement long. Le département de la Défense ou… Mon Dieu, je dois arrêter avec ça. Je vais installer un bocal à jurons et y mettre 25 cents chaque fois que je [inaudible 00:36:07].
Tony Bertuca :
C’est toujours le département de la Défense.
Roman Schweizer :
Je sais.
Aaron Mehta :
C’est son nom. C’est le département de la Défense jusqu’à ce que le Congrès le modifie.
Roman Schweizer :
Le département de la guerre a publié ses six nouveaux domaines technologiques essentiels. Visiblement, la liste a été réduite. Je vais juste les lire pour les personnes qui nous écoutent : « intelligence artificielle appliquée, biofabrication, technologies logistiques contestées, domination quantique et sur le champ de bataille, armes hypersoniques à grande échelle, armes à énergie dirigée à grande échelle. » Je parle de cela parce que, si on réfléchit à la R&D à l’avenir, tout comme les entreprises qui dépensent leurs propres fonds pour de la R&D à l’interne pour envisager leurs activités futures, et encore une fois, je pense davantage aux aspects scientifiques, technologiques et de R&D, mais ça touche certainement les prototypes commerciaux et le fait d’importer les meilleures solutions commerciales; c’est dans ces domaines que ça se joue. Et je trouve ça vraiment intéressant. Et bien sûr, la seule grande question est : en février, quand on aura le budget de 2027, comment les fonds vont-ils être organisés? Parce que si vous me montrez dans quoi vous dépensez votre argent, je pourrais vous dire quelles sont vos priorités. Alors, qu’est-ce que vous avez à dire là-dessus?
Aaron Mehta :
Le terme « à grande échelle » me frappe beaucoup, car il semble qu’on parle moins, ça relève de l’interprétation, qu’on parle moins de R&D précoce et davantage de mise en œuvre, ce que je trouve intéressant. L’une des choses qui vaut la peine d’être notée, c’est qu’à l’occasion du discours de Hegseth, l’un des grands thèmes, qui était également présent dans les notes de service elles-mêmes, était que l’administration veut que les entreprises fassent plus de R&D et dépensent plus d’argent à l’interne pour développer des choses. Et Hegseth a martelé cet aspect plusieurs fois dans son discours. Ce sera donc intéressant de voir si les entreprises font au minimum une présentation publique dans l’esprit suivant : « Hé, voici ces six technologies. Eh bien, on investit dans les six. » Mais au-delà de ça, comme je l’ai dit, tant qu’on n’aura pas vu le budget, on ne saura pas à quel point c’est réel. Il y a constamment des remaniements technologiques, rien de tout ça n’est choquant, tout était déjà en cours. Alors, on verra bien ce qui en ressort vraiment lorsque le budget aura été élaboré.
Tony Bertuca :
Oui, je pense que pour le moment, le plus intéressant, en dehors du fait qu’ils veulent une mise à l’échelle, c’est le fait d’être passés de 14 à 6. Cela montre qu’ils ont senti qu’ils devaient établir des priorités ou peut-être adresser un signal de demande plus fort et plus ciblé au secteur. Je pense qu’ils ont gardé… je vérifie; je pense qu’il y a encore 10 des 14 précédents domaines qui sont toujours considérés comme des technologies habilitantes. Il s’agit de l’énergie dirigée, de la fiabilité de l’autonomie de l’IA, de la résilience énergétique, ce genre de choses; elles sont liées aux six domaines impératifs. Mais, oui, je pense que le fait d’avoir réduit la liste, d’y avoir établi des priorités et de l’avoir présentée comme ils l’ont fait, c’est le signal. Il faudra juste voir quel sera le véritable signal; combien d’argent ils vont demander.
Roman Schweizer :
Oui. Juste une chose pour conclure, quand je regarde ces domaines, et je ne veux pas négliger la biofabrication parce que je comprends qu’il y a un point de vue plus large à ce sujet ainsi qu’un risque lié à la chaîne d’approvisionnement avec la Chine et d’autres choses, mais ce que je veux dire, c’est que certaines de ces technologies sont des technologies qui font gagner ou perdre une guerre, surtout si vous les laissez se répandre dans un environnement complexe… Et je pense que pour les missiles hypersoniques et l’énergie dirigée, je suis d’accord pour dire que la terminologie « à grande échelle » est importante, parce que ça implique de les rendre moins chers, de faire en sorte qu’ils soient utilisables sur le terrain et de pouvoir les distribuer plus rapidement à l’échelle des forces, et peut-être de favoriser leur omniprésence. Selon moi, c’est cela qui est important. Les programmes hypersoniques du département de la guerre engendrent pour l’instant des armes incroyablement coûteuses. Qu’il s’agisse de frappes stratégiques rapides ou d’une arme hypersonique à longue portée, le Dark Eagle, l’un des meilleurs noms qu’on ait vus depuis longtemps, ou d’autres, leur coût par tir est élevé. Mais si vous pouvez mettre à l’échelle une technologie hypersonique et l’installer sur des missiles air-air ou des missiles de défense aérienne embarqués ou d’autres choses du genre, vous en multipliez vraiment l’impact.
Messieurs, on a abordé beaucoup de choses pendant un long moment, donc je vous remercie chaleureusement pour vos éclairages et vos commentaires. Je tiens à vous souhaiter une bonne Action de grâces et de vous rendre à ces festivités en toute sécurité. Bonne nouvelle, la fermeture du gouvernement est terminée, l’administration fédérale de l’aviation civile, la FAA, est de retour aux affaires, donc le voyage va très bien se passer. À tous nos auditeurs, merci encore de nous avoir écoutés. Je vous remercie sincèrement de votre temps. Prenez soin de vous.
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Directeur général, Groupe de recherche de Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Roman Schweizer
Directeur général, Groupe de recherche de Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Roman Schweizer
Directeur général, Groupe de recherche de Washington – Analyste des politiques de défense et de l’aérospatiale, TD Cowen
Roman Schweizer s’est joint au Groupe de recherche de Washington de TD Cowen en août 2016 pour s’occuper des questions de politique de défense. Il a auparavant occupé des postes chez Guggenheim Securities et MF Global. Le Groupe de recherche de Washington de TD Cowen a récemment été nommé premier dans la catégorie Institutional Investor Washington Strategy. Le Groupe a toujours été classé parmi les meilleures équipes de macro-politique au cours de la dernière décennie. M. Schweizer compte plus de 15 ans d’expérience à Washington (D.C.), où il a occupé les postes de représentant officiel des acquisitions gouvernementales, de consultant sectoriel et de journaliste.
Avant de se joindre au Groupe de recherche de Washington, il était un professionnel en acquisition dans le cadre du programme Littoral Combat Ship de la U.S. Navy. Auparavant, il dirigeait une équipe qui fournissait un soutien stratégique en matière de communications au Congrès et dans les médias aux hauts dirigeants de la Navy dans le cadre de programmes d’acquisition de navires de grande envergure. M. Schweizer a également offert des conseils sur les secteurs de la défense, de l’aérospatiale, de la sécurité intérieure et des marchés technologiques aux clients de Fortune 100 au nom de DFI International et de Fathom Dynamics LLC.
Il a été publié dans Inside the Navy, Inside the Pentagon, Armed Forces Journal, Defense News, ISR Journals, Training and Simulation Journal, Naval Institute’s Proceedings et Navy League’s Seapower.
M. Schweizer est titulaire d’un baccalauréat en histoire de l’American University de Washington (D.C.).