Carney voyage partout dans le monde tout en gérant un programme complexe au Canada
Invité : Frank McKenna, Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Animateur : Peter Haynes, Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Frank est en feu lors de l’épisode 71 lorsqu’on le questionne au sujet de ses récents voyages au Moyen-Orient, décrivant la région comme étant en ébullition et justifiant clairement les récentes démarches du premier ministre Carney pour établir des partenariats avec les pays de cette région. Il résume ses réflexions sur la récente COP 30 et le Sommet du G20, ainsi que sur les négociations commerciales avec les États-Unis. Il souligne un problème persistant au Canada, soit la popularité croissante d’un parti indépendantiste au Québec s’étant donné pour mandat d’organiser un vote en faveur d’une séparation. Il termine en se penchant sur les allégations d’ingérence politique, la démission de Marjorie Taylor Greene et d’autres sujets d’actualité à Washington.
| Chapitres: | |
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| 3:41 | Le plan de paix en Ukraine progresse – Pourquoi maintenant? |
| 8:31 | La COP 30 a-t-elle dépassé sa date de péremption? |
| 13:33 | Le débat sur le pipeline en Colombie-Britannique |
| 24:04 | Discussion sur la séparation du Québec |
| 26:26 | Négociations commerciales et ingérence politique |
| 39:10 | La démission de Marjorie Taylor Greene : un canari? |
| 41:23 | Autres actualités à Washington |
Ce balado a été enregistré le 26 novembre 2025.
FRANK MCKENNA : La perspective d’un référendum va finir par paralyser la confiance des consommateurs et l’opinion des investisseurs. Par définition, ça va ralentir l’économie.
PETER HAYNES : Bienvenue à l’épisode 71 de Géopolitique, en compagnie de l’honorable Frank McKenna. Je m’appelle Peter Haynes et je suis l’animateur de ce balado dans lequel on va discuter des grands enjeux géopolitiques qui touchent les investisseurs, les négociateurs et les citoyens intéressés de partout dans le monde, d’ailleurs.
À ce propos, Frank, vous avez beaucoup voyagé depuis votre dernière allocution lors de notre conférence du 6 novembre. Où êtes-vous allé et qu’avez-vous appris lors de votre voyage?
FRANK MCKENNA : En effet j’ai beaucoup voyagé. Je suis arrivé hier d’Oman. Je me suis rendu au Moyen-Orient, car notre événement Brookfield hors site se tenait là-bas. C’était absolument incroyable. Pour ce que j’ai appris, c’est très simple : Toute la région est en plein essor. Les investissements y sont massifs. Ils utilisent leurs fonds pétroliers pour mener à bien des projets intéressants, notamment la création de grands secteurs d’énergies renouvelables, l’investissement dans l’éducation, etc. C’est une région très attrayante.
Sans surprise, le premier ministre s’y est rendu quelques jours après notre arrivée, parce qu’il connaît des gens là-bas et il a une bonne connaissance du monde. À l’aube de cette nouvelle année, au moins deux ministres, voire trois, vont se rendre dans la région à différentes occasions. François-Phillipe Champagne, ministre des Finances, va y aller, et je crois qu’il sera accompagné d’une délégation de quelques entreprises canadiennes, ainsi qu’Anita Anand, notre ministre des Affaires étrangères.
Bref, c’était merveilleux. On a eu la chance d’avoir un accès plutôt exclusif. On a rencontré des membres de la famille royale à Dubaï et le prince héritier à Abu Dhabi. À Riyad, en Arabie saoudite, on a rencontré Son Excellence Faisal Alibrahim, ministre de l’Économie et de la Planification. Ça a donc été un très bon déplacement, et on a même pu rencontrer le chef de la direction de First Abu Dhabi Bank. Toutes ces personnes ont renforcé ma conviction que le Canada doit s’impliquer dans cette région, et ce, le plus rapidement possible.
Brookfield le fait déjà, on a investi plus de 15 milliards de dollars et des dizaines de milliards de dollars de nos fonds sont placés là-bas. Mais la croissance va être telle au cours des prochaines années qu’il s’agit d’une occasion que le Canada ne doit absolument pas manquer. Pour être tout à fait honnête, je suis très heureux que le Canada y trouve sa place aussi rapidement.
PETER HAYNES : Frank, l’Arabie saoudite a-t-elle digéré la controverse qui a opposé le Canada à certains dirigeants saoudiens à la suite d’échanges de publications sur X avec Chrystia Freeland? Cet épisode a-t-il laissé des séquelles ou est-ce du passé?
FRANK MCKENNA : C’est du passé. Aucune séquelle. Je dirais même que c’est le contraire. Je n’avais pas l’intention d’en parler, mais le premier ministre Carney jouit d’un fort capital sympathie dans cette région. On le connaît au Canada pour son rôle de gouverneur de la Banque du Canada, mais là-bas ils le connaissent en tant que vice-président de Brookfield et en tant qu’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre et ancien dirigeant de Goldman Sachs. Il connaît les personnes qui comptent. Elles le connaissent.
Elles sont vraiment charmées par ce qu’elles voient au Canada, par le nouveau leadership et la nouvelle orientation du pays. Elles sont très enthousiastes.
PETER HAYNES : Ça fait plaisir à entendre. Il y a moins de trois semaines, on était encore ensemble sur scène lors de la conférence. C’est hallucinant de voir tout ce qu’il y a couvrir aujourd’hui, et tout ce dont on n’aura pas le temps de parler.
FRANK MCKENNA : Effectivement.
PETER HAYNES : On dirait qu’être spécialiste en géopolitique vous confère une certaine longévité professionnelle, n’est-ce pas Frank?
FRANK MCKENNA : Ça ne fait aucun doute.
PETER HAYNES : On va procéder un peu différemment aujourd’hui, car généralement, on commence par le Canada avant de parler de l’étranger. Aujourd’hui, on va commencer par l’étranger pour se recentrer ensuite sur le Canada. On va commencer par l’Ukraine, car il semble qu’un accord de paix soit sur le point d’être conclu entre Kiev et Moscou. Est-ce qu’un accord est sur le point d’être conclu, comme le laissent entendre les médias, et si oui, pourquoi maintenant?
FRANK MCKENNA : Eh bien, je pense qu’on le saura dans un jour ou deux. Les bases d’un accord ont été jetées, parait-il, par la Russie. Il s’agirait donc d’un accord qui leur serait très favorable. L’Ukraine et l’Union européenne, qui, à juste titre, n’était pas impliquée dans cette négociation, ont exprimé leur désaccord. Une nouvelle base de négociations a été établie, et elle est actuellement en train d’être présentée en Russie et en Ukraine. On verra bien. La Russie pourrait avoir du mal à accepter certains des changements qui ont été apportés, mais je pense qu’on n’a pas été aussi proches d’un accord depuis longtemps.
La question est : pourquoi maintenant? Plusieurs choses entrent en jeu. Chaque négociation d’accord dépend entièrement des tensions. Et les choses se tendent sur le front. Dans le cas de l’Ukraine, c’est une guerre d’attrition. Et ils sont en train de la perdre. Ils ont du mal à retenir les jeunes hommes et femmes en âge d’être appelés à se battre, qui partent se réfugier en Europe pour échapper à la conscription. Un problème de recrutement se pose.
Les États-Unis se sont révélés être un allié très peu fiable, ce qui rend les choses encore plus difficiles. De plus, des scandales de corruption ébranlent la crédibilité du gouvernement Zelenskyy. L’Ukraine a donc de très bonnes raisons de chercher à conclure un accord.
Pourquoi la Russie? Le pays a des problèmes, et il ne faut pas les ignorer. Le prix de l’essence a récemment augmenté de 30 %. Leur TVA, la taxe sur la valeur ajoutée, est passée de 20 % à 22 %, ce qui est une augmentation conséquente. Sans oublier l’inflation à deux chiffres, ce qui, bien sûr, est corrosif. Ils ont épuisé les deux tiers de leurs fonds de réserve. Ils disposent de réserves de change de 300 milliards qui sont exposées à l’expropriation. Un tiers de leur capacité de raffinage est soit fermée, soit partiellement fermée à la suite de raids. Résultat : il y a des pénuries d’essence et de diesel.
La Russie consomme son arsenal à un rythme élevé, et elle perd ses effectifs, jusqu’à 1 000 hommes par jour. Et je sais que le Kremlin adhère à la célèbre citation de Staline qui disait, je cite : « la quantité est une qualité en soi. » Cependant, même selon les normes russes, le coût en matériaux et en main-d’œuvre est considérable. Je pense donc que beaucoup de tensions sont en jeu.
En ce qui concerne les États-Unis, je pense que le président Trump espère toujours remporter le prix Nobel de la paix, et je serais le premier à le nommer s’il parvenait à résoudre quelques-uns de ces conflits complexes, mais aussi la question de l’abordabilité. La possibilité d’avoir plus de pétrole sur le marché permettrait probablement de faire baisser les prix du gaz et du pétrole, ce qui serait un atout pour le président lors des élections de mi-mandat.
La question des minéraux critiques. Il doit traiter avec l’Ukraine, mais le pays ne peut pas exporter de minéraux critiques. Il aimerait donc pouvoir régler ce problème. Et très franchement, les États-Unis ont tout intérêt à mettre fin à cette amitié virile qui se noue entre la Chine et l’Iran… et la Corée du Nord. Ces pays se rapprochent de plus en plus. Il y a donc un intérêt certain de la part de toutes les parties prenantes à trouver une solution.
PETER HAYNES : Frank, est-ce possible que… J’ai lu des certaines publications militaires sur le sujet… dans le cadre de l’accord, la Russie veut prendre des terres qu’elle n’a pas encore réclamées. Est-ce possible que ça se produise?
FRANK MCKENNA : Eh bien, si l’Ukraine a son mot à dire, elle refusera catégoriquement. La Russie convoite la région du Donbass et en contrôle déjà une partie. Après s’être penchés un instant sur la question, la plupart des observateurs s’accordent à dire que les positions vont probablement rester figées et que la Russie devrait conserver ce qu’elle a conquis. L’Ukraine s’y oppose, mais ce scénario est vraisemblable.
D’un autre côté, il me semble irréaliste que l’Ukraine renonce à des dizaines de milliers de kilomètres carrés que la Russie n’a pas conquis, et ce, sans opposer la moindre résistance. Ce n’est pas seulement Zelensky qui s’y oppose, mais les troupes sur le terrain qui combattent et perdent la vie seraient également peu enclines à abandonner ce territoire. Donc ma réponse est non, je pense qu’on se dirige plutôt vers le maintien du statu quo que vers l’octroi de nouveaux territoires à la Russie.
Qui plus est, la Russie souhaite que l’Ukraine se désarme, en diminuant ses effectifs militaires de 900 000 soldats à 600 000, si je ne m’abuse. L’Ukraine va se montrer très prudente quant à l’affaiblissement de sa défense tant qu’elle ne fera pas confiance à la Russie ou qu’elle n’aura pas obtenu de garanties de paix solides. Il y a beaucoup de problèmes à résoudre. Toutefois, je dirais qu’un accord est un peu plus proche aujourd’hui qu’il ne l’était il y a deux semaines.
PETER HAYNES : Espérons que les choses vont continuer sur cette lancée. Et félicitations au président Trump et aux États-Unis s’ils peuvent effectivement parvenir à un accord qui convienne aux deux parties. De toute évidence, le président est un négociateur hors pair.
Les dernières semaines ont vu s’affirmer le multilatéralisme à l’échelle mondiale, sans toutefois inclure les États-Unis, qui ont décidé de ne participer ni à la COP30 au Brésil ni au récent sommet du G20 en Afrique du Sud. Inutile de revenir dans ce balado sur la volonté de l’administration actuelle de s’éloigner des relations internationales. À la place, je préfèrerais qu’on revienne sur ce qui s’est passé lors de ces événements auxquels les États-Unis n’ont pas participé.
On va commencer par la COP30. On a l’impression que la conférence annuelle sur le climat a perdu de sa pertinence, et je suis convaincu que l’absence des États-Unis y est pour quelque chose. Cette situation a conduit quelques spécialistes à remettre en question la nécessité de maintenir son existence.
Dans un article résumant les avancées de la COP30, qui s’est conclue par une déclaration édulcorée sur une feuille de route pour lutter contre la déforestation et les combustibles fossiles, qui existait déjà indépendamment de la COP, la BBC a déclaré, je cite :
« Quelle folie que de faire voyager des milliers de personnes à l’autre bout du monde pour qu’elles s’assoient dans des tentes géantes climatisées afin de débattre de virgules et d’interprétations de mots complexes. N’est-il pas absurde que les discussions cruciales sur l’avenir même de l’approvisionnement énergétique mondial aient lieu à 3 heures du matin, entre des délégués en manque de sommeil qui n’ont pas mis les pieds chez eux depuis des semaines? » fin de la citation. Frank, pensez-vous que la COP soit désormais obsolète?
FRANK MCKENNA : Non. Selon moi, certaines des convictions qui entourent la COP ont été quelque peu reléguées au second plan par des questions d’abordabilité, qui sont au cœur des préoccupations de tout le monde, les guerres idéologiques aux États-Unis, etc. Je pense que c’est peut-être ce qui a freiné l’élan. Mais les changements climatiques, eux, n’ont pas disparu. D’ailleurs, on peut en observer les conséquences à l’heure où l’on parle, sous la forme de tempêtes, d’inondations, d’ouragans, etc. Ils sont bel et bien là.
Je pense que les changements climatiques présentent un caractère inexorable qui exige des mesures tout aussi inexorables. De plus, ce n’est pas parce que les États-Unis nient leur existence que le reste du monde fait pareil. Même aux États-Unis, les villes, les États et les particuliers travaillent sur des initiatives liées aux changements climatiques, et dans beauccoup de pays, d’importants progrès sont réalisés.
Je pense que vous savez très bien ce qu’il se passe en Chine : grâce à sa capacité de production de masse, le pays a fait chuter le prix de l’énergie solaire à un niveau tel que le charbon ne peut plus rivaliser, ni même certains combustibles fossiles. Aux États-Unis, le président aime le charbon et est prêt à tout pour le remettre au premier plan, mais sur le plan économique, ça n’a aucun sens.
Certaines forces sont donc à l’œuvre, notamment les forces technologiques, qui, selon moi, affaiblissent considérablement la position défendue par l’administration Trump. La technologie des batteries progresse rapidement, et le captage du carbone de l’air s’impose de plus en plus comme une solution potentielle. Il y a la séquestration du carbone ou encore le nucléaire. Toutes ces solutions voient le jour.
Par conséquent, je pense que les changements climatiques vont demeurer à l’ordre du jour, et ce sont peut-être des pays qui pourraient nous surprendre aujourd’hui, comme la Chine, l’Inde, l’Europe, etc., plutôt que les États-Unis, qui en assumeront le leadership. Mais ça ne veut pas dire que ce problème a disparu.
PETER HAYNES : J’ai lu aujourd’hui un article sur Bloomberg concernant l’État de New York, plus précisément l’un des fonds de l’État de New York qui recommande de se séparer de certains gestionnaires de portefeuille qui ne tiendraient pas compte des questions climatiques. Vous avez donc raison d’affirmer que, même aux États-Unis, les avis semblent partagés.
FRANK MCKENNA : Les conséquences vont se faire sentir d’une manière ou d’une autre, ne serait-ce que dans le conflit commercial qui nous oppose aux États-Unis. Je peux vous le dire, car je viens d’avoir un entretien téléphonique avec la ministre de l’Industrie, qui se trouve actuellement en Corée du Sud et au Japon pour discuter avec des fabricants automobiles qui souhaitent s’implanter au Canada avec des usines de véhicules électriques ou hybrides, selon le cas.
Dans le même temps, on achète désormais davantage de voitures au Mexique qu’aux États-Unis, en raison de la guerre des droits de douane qui a été déclenchée. On a mis en place des contre-mesures tarifaires sur leurs voitures. À l’avenir, on pourrait bien se tourner davantage vers les véhicules hybrides et un monde qui change, plutôt que vers les véhicules énergivores et les voitures traditionnelles.
Je ne sais pas comment les choses vont évoluer, mais il n’est pas exclu que les États-Unis soient distancés par le reste du monde et se retrouvent avec des actifs et des usines obsolètes dans un monde qui aura tourné la page. Le Canada va donc être confronté à cette question, tandis que les États-Unis mettent la pression sur la production automobile canadienne et affirment qu’ils ne souhaitent plus acheter les véhicules du nord de la frontière. On pourrait envisager de s’entourer de nouveaux partenaires avec un produit différent. Dans un sens, c’est peut-être ce qui va se passer, Peter. Je pense encore qu’il est trop tôt pour se prononcer, mais c’est peut-être vers ça qu’on se dirige.
PETER HAYNES : Oui, vous avez évoqué le fait que Carney cherche de nouveaux partenaires à travers le monde, et c’est ce qu’il a fait récemment, mais j’aimerais revenir sur ce que vous avez dit sur l’énergie solaire. L’un des principaux enseignements tirés de la COP est la différence marquée entre les politiques énergétiques de la Chine, qui aspire à un monde alimenté par des énergies propres et qui, comme vous le mentionnez, est un leader dans le domaine de l’énergie solaire, et celles des États-Unis, qui, selon certains, ont fait un pas en arrière en annulant une grande partie de l’Inflation Reduction Act de Biden pour mettre l’accent sur les énergies fossiles.
À votre avis, Frank, cette stratégie va-t-elle se retourner contre les Américains? À l’heure où le Canada envisage la construction d’un nouveau pipeline, comment notre pays va-t-il pouvoir s’engager sur la voie d’un avenir énergétique propre selon vous?
FRANK MCKENNA : C’est une bonne question. Tout d’abord, je pense que les États-Unis vont s’en mordre les doigts. Ils vont se retrouver comme le dernier magasin Blockbuster encore en activité, tandis que tous les autres seront passés aux technologies numériques. De mon point de vue, ils s’en rendront compte bien assez tôt.
En ce qui concerne les pipelines, je pense que c’est une tout autre question. Je vais saisir cette occasion pour apporter quelques précisions, car un débat majeur sur les pipelines est sur le point de s’amorcer. Je pense qu’une annonce importante va être faite, qui concernera l’Alberta et le gouvernement du Canada.
Si l’on me demandait de résumer la situation, je dirais qu’on est aux prémices d’un compromis historique, et je vais vous expliquer pourquoi. On va d’abord commencer par quelques faits. Les changements climatiques sont bien réels. Pour moi, c’est un fait, mais c’est simplement mon avis. Les changements climatiques sont une réalité.
La production d’énergie en est également une, et si le Canada retire un million de barils de pétrole du marché, ça ne veut pas dire que ce volume s’évapore, Peter. Ça signifie simplement que le Venezuela, le Nigeria, l’Arabie saoudite ou quelqu’un d’autre fournit ce million de barils de pétrole. Il faut donc aborder la question sous un angle différent.
L’ambition du gouvernement pour le Canada, notre ambition actuelle, est donc de faire du Canada une superpuissance énergétique. Ce qui ne veut pas dire qu’on va devenir une superpuissance uniquement en matière de carbone. On entend aussi s’imposer comme une superpuissance en matière d’énergie propre, et il faut espérer qu’on utilisera une partie des importants revenus générés par les énergies traditionnelles et conventionnelles pour contribuer au développement des énergies propres.
Selon moi, le Canada va devenir un chef de file dans le domaine du captage et de la séquestration du carbone, mais aussi dans l’électrification du GNL, les émissions de méthane, les véhicules hybrides, le stockage d’électricité, etc. Je pense que ces deux réalités peuvent et devraient coexister, comme je le dis depuis qu’on a lancé ce balado.
Le fait est que les États-Unis ont abusé de notre complaisance et ont acheté notre pétrole à un prix très avantageux. Et nous, on les a laissés faire. Quatre millions de barils de pétrole par jour sont exportés vers les États-Unis chaque jour à des prix très, très bas. Sur dix ans, ça représente 70 milliards de dollars. C’est le montant des subventions qu’on a versées aux États-Unis, qui n’en ont pourtant pas besoin. Inutile de le préciser.
De plus, pour ne rien arranger, ils sont arrivés et ont décrété qu’on avait un déséquilibre commercial avec eux et qu’ils souhaitaient nous sanctionner pour cela. La seule raison pour laquelle on constate un déséquilibre commercial est qu’on leur fournit notre pétrole brut pour qu’ils le transforment aux États-Unis. Il faut donc faire quelque chose pour remédier à ce problème. Ainsi, pourquoi redoubler d’efforts pour exporter davantage de pétrole vers les États-Unis, alors que ce faisant, on risquerait de creuser davantage l’écart des prix et le déséquilibre commercial? C’est un fait.
Un autre, quoique discutable, est que les États-Unis atteignent leur pic pétrolier. Leurs champs sont désormais vieillissants. Leur taux d’épuisement s’accélère. Il en coûte plus cher de mettre plus de produits sur le marché. Et tout ça signifie que le pétrole canadien pourrait être beaucoup plus précieux, voire essentiel, à l’avenir. Ça nous confère du poids dans les négociations, selon moi. Je ne pense pas qu’il faille se précipiter, mais on a un moyen de pression. C’est un levier dont on peut se servir si l’on parvient à avoir des pipelines qui nous offrent d’autres formes de sortie.
Je vais aller droit au but : pourquoi est-ce que je considère qu’on en est qu’aux prémices? Parce qu’on a besoin de sorties. Il faut retirer du pétrole du marché, mais il existe des solutions concurrentielles à la construction d’un nouveau pipeline. On doit donc travailler là-dessus. Pour ne pas vous induire en erreur, je cite la première ministre Smith à ce sujet, qui se dit « encouragée » par ce qu’elle voit.
Je vois qu’Enbridge annonce une augmentation de 400 000 barils. TMX a annoncé une nouvelle augmentation de 400 000 barils. Je pense que c’est un peu exagéré. South Bow veut construire une ligne de 650 000 barils par jour. J’ai entendu dire que le groupe qui gère la voie maritime du Saint-Laurent se demande s’il serait possible de charger des pétroliers à Thunder Bay et de les acheminer vers les ports de la côte Est.
Il y a probablement 1,5 M de barils de pétrole qui peuvent être produits sans nouveau pipeline. Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas besoin d’un nouveau pipeline, mais ça retarde considérablement sa construction. Si vous êtes une entreprise comme Enbridge – et ils l’ont dit eux-mêmes – vous vous demandez pourquoi vous devriez investir 40 milliards de dollars dans un nouveau pipeline qui finirait par absorber les profits que vous réalisez grâce à votre réseau de pipelines existant, que vous pouvez agrandir en supprimant les goulots d’étranglement pour un coût nettement inférieur à celui de la construction d’un nouveau pipeline.
Il y a donc des obstacles à surmonter. Je pense qu’on va arriver à un compromis majeur dans le cadre duquel la province de l’Alberta approuvera le captage et la séquestration du carbone. Le gouvernement du Canada approuvera, en théorie, la construction d’un nouveau pipeline, mais plusieurs obstacles doivent être surmontés : trouver un participant au marché qui y consente, des organismes financiers qui le financent, puis obtenir le permis social.
N’oubliez pas que la dernière fois que ce même pipeline a été proposé, c’était sous le gouvernement Harper, et le gouvernement Harper est retourné voir le promoteur du projet avec 214 exigences supplémentaires à respecter. Même après tout ça, le tribunal fédéral a rejeté la décision et déclaré que le gouvernement Harper n’avait pas suffisamment consulté les Premières Nations. Il y a donc de nombreux aspects à prendre en considération avant d’avoir le fin mot de l’histoire.
Mais théoriquement, on devrait avoir 1,5 M de barils supplémentaires provenant des points de sortie actuels. On va certainement mettre en place un cadre pour un nouveau pipeline, mais il faudra surmonter de nombreux obstacles avant qu’il soit finalisé.
PETER HAYNES : D’accord, je vais revenir sur quelques points que vous avez soulevés au sujet de cet accord sur le pipeline. Tout au long de ce processus visant à trouver un compromis majeur, comme vous le qualifiez, entre la province et le gouvernement fédéral à Ottawa, une partie a été exclue des discussions, ou du moins a le sentiment d’avoir été exclue des discussions. Je parle du premier ministre de la Colombie-Britannique, car ce projet de pipeline traversera le nord de la province, où les questions environnementales concernant la côte nord suscitent de nombreuses préoccupations.
J’ai bien compris que vous venez d’exprimer votre position. Vous souhaitez un dégoulottage. C’est ainsi que vous souhaitez augmenter les volumes. Vous ne souhaitez pas qu’on reprenne la construction de Keystone, même si c’est peut-être pour des raisons politiques. Je sais que vous l’avez dit lors de la conférence. On examine cette opération. Apparemment, l’annonce va être faite demain. Est-ce que ça pose problème au premier ministre Eby? Et d’une manière générale, quelle va être, selon vous, la réaction du reste du Canada à cette annonce?
FRANK MCKENNA : Si l’on examine les sondages, on constate que l’opinion publique à l’échelle du pays est très favorable à la construction de nouveaux pipelines et à l’ouverture de nouveaux marchés. On ne va pas se mentir, cette position s’explique en grande partie par la menace que représentent les États-Unis. Dieu aide ceux qui s’aident eux-mêmes. C’est exactement ce qu’on doit faire, et il existe un soutien politique dans ce sens.
Mais je connais bien le premier ministre Eby. C’est un homme raisonnable. Il soutient fermement les terminaux de GNL et l’acheminement du gaz de l’Alberta vers la Colombie-Britannique pour alimenter ces terminaux. À mon avis, son esprit de coopération mérite d’être salué, mais je pense qu’il faut comprendre qu’il a également une base électorale à laquelle il doit rendre des comptes. Plus d’une centaine de titulaires de droits et de titres des Premières Nations sont concernés par le tracé de ce pipeline.
Il est préférable de faire preuve de patience et de laisser les choses se faire. Premièrement, il n’y a pas encore de promoteur du secteur privé. La production actuelle n’est pas encore suffisante pour remplir un pipeline. Personne n’a encore entamé le processus de consultation avec les Premières Nations. Il faudra des années pour que tout se mette en place. Par conséquent, j’attendrais avant de monter au créneau. On a tout le temps qu’il faut pour écouter les gens exprimer leurs problèmes et essayer de voir si on peut les résoudre.
PETER HAYNES : On peut imaginer que la collectivité œuvrant pour la durabilité sera présente parmi les groupes qui comptent se faire entendre. J’ai récemment participé à un événement avec certaines personnes de cette collectivité, et il existe une école de pensée selon laquelle cette discussion sur le pipeline serait en fait un prétexte pour faire retomber la pression en Alberta. L’idée étant que, comme vous l’avez mentionné à l’instant, l’Alberta se félicitera de cette coopération, mais que, dans les faits, sa concrétisation prendra énormément de temps. Donnez-vous du crédit à cette théorie?
FRANK MCKENNA : Il faut répondre aux préoccupations de l’Alberta. Le problème que je perçois avec cette collectivité est qu’elle estime que si elle parvient à empêcher la construction d’un pipeline au Canada ou la production de gaz, le monde verra soudainement ses émissions de carbone diminuer. C’est un mensonge. C’est totalement faux. En réalité, ces émissions de carbone seront simplement produites par quelqu’un d’autre.
Ce qu’on doit chercher à faire, c’est tirer parti d’une telle annonce pour mener à bien le projet de Pathways Alliance, qui permettra de séquestrer le carbone et d’obtenir les barils dont les émissions de carbone sont les plus faibles de la planète. Les émissions de méthane, beaucoup plus nocives que le CO2, doivent être prises très au sérieux. C’est pourquoi il faut travailler sur d’autres solutions, comme les véhicules hybrides, l’électrification du GNL et d’autres solutions similaires, ainsi que sur des mesures d’atténuation.
On ne peut donc pas partir du principe qu’il faut choisir entre deux options : soit on produit du carbone, soit quelqu’un d’autre en produit. Ce n’est pas si simple. On doit tirer parti de notre position en tant que producteur d’énergie de premier plan et de premier ordre pour faire de bonnes choses, tant sur le plan des technologies conventionnelles que des technologies propres.
Le problème, c’est que le financement et l’action militante de la collectivité de défense de l’environnement proviennent largement d’un seul versant du débat, ce qui laisse peu de place au compromis. Jamais ces personnes ne chercheront à établir un dialogue constructif avec l’autre partie.
PETER HAYNES : De toute évidence, Ottawa s’efforce de regagner la confiance de l’Ouest, une relation qui semblait compromise sous le gouvernement Trudeau. Comme on l’a déjà évoqué dans ce balado, cette situation a donné lieu à des discussions sur une éventuelle séparation. Bien que cet accord sur le pipeline soit susceptible d’apaiser les discussions pendant un certain temps, le débat sur la séparation s’est récemment intensifié dans une autre province, les habitants du Québec devant se rendre aux urnes fin 2026 alors que le Parti québécois est en tête dans les sondages.
Le rendement des obligations provinciales du Québec s’est affaibli récemment et atteint actuellement l’écart de taux le plus important par rapport à celui de l’Ontario depuis 2018, alors que le Parti québécois renforce son avance dans les sondages et que son leader, Paul St-Pierre Plamondon, a promis d’organiser un référendum s’il était élu. Envisagez-vous d’augmenter votre niveau d’alerte DEFCON en ce qui concerne le Québec?
FRANK MCKENNA : Absolument. C’est un sujet qui passe inaperçu, et les gens n’y ont pas prêté grande attention, l’Alberta ayant davantage suscité l’intérêt. Ce serait un scénario cauchemardesque. La perspective d’un référendum va finir par paralyser la confiance des consommateurs et l’opinion des investisseurs. Par définition, ça va ralentir l’économie. Et en ce moment, le Parti libéral du Québec s’effondre en raison de certains problèmes internes. Il n’existe donc aucune solution de rechange naturelle au parti séparatiste, qui va vraisemblablement remporter les prochaines élections.
Peter, j’espère ne pas me tromper, mais rien n’est moins sûr : Les professionnels du secteur énergétique affirment que le meilleur remède contre la baisse des prix du pétrole est la baisse des prix du pétrole. Lorsque les prix du pétrole demeurent bas pendant suffisamment longtemps, les conditions sont réunies pour une augmentation de la demande, ce qui se traduit par une hausse des prix du pétrole.
J’espère que le meilleur remède contre un référendum dans la province de Québec est la menace d’un référendum dans la province de Québec, et que les gens prennent conscience de la situation et se disent : « Je n’aime pas cette incertitude. Je n’aime pas la volatilité. Je n’aime pas la façon dont nos obligations provinciales se négocient. Je n’aime pas l’incapacité d’obtenir du crédit. Je n’aime pas que les familles se déchirent. Je n’aime pas que les collectivités se déchirent. Je n’aime rien de tout ça. » J’espère que ça provoquera une réaction négative à l’idée d’organiser un référendum.
PETER HAYNES : Je suis d’accord. Ce n’est pas le bon moment. Ce n’est jamais le bon moment. Compte tenu de ce que le Canada a traversé au cours de l’année dernière, j’espère qu’on va pouvoir laisser cette question de côté.
Bien. Je sais qu’on a parlé de la COP, mais j’aimerais maintenant parler du G20. Le premier ministre Carney s’est montré quelque peu irrité en se contentant de répondre « Qui s’en soucie? » lorsqu’on lui a demandé à quand remontait son dernier échange avec le président Trump au sujet des négociations commerciales. De toute évidence, le premier ministre préfère se consacrer à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux à travers le monde.
Je sais qu’il s’est excusé au Parlement aujourd’hui pour cette réponse, et il semblerait qu’il se rende à Washington la semaine prochaine. Dans l’état actuel des choses, pensez-vous que le Canada puisse relancer les négociations commerciales avec les États-Unis, ou pensez-vous plutôt que les négociations commerciales actuelles déboucheront simplement sur la renégociation de l’ACEUM en 2026?
FRANK MCKENNA : Tout d’abord, j’apprécie le fait que le premier ministre Carney soit revenu sur ses propos. Tout le monde dit parfois des choses qu’il regrette et qu’il aimerait pouvoir retirer. C’est bien qu’il l’ait fait, car, comme on le sait, la période est particulièrement délicate en ce qui concerne les relations avec le président américain.
Je pense que le temps joue un peu en notre faveur. Une affaire judiciaire va passer devant les tribunaux avant la fin de l’année. Je pense qu’il serait utile d’avoir cette décision du tribunal. À mon avis, une certaine pression s’exerce actuellement du côté des États-Unis en vue d’un accord. En ce qui concerne l’aluminium, ils souffrent beaucoup. Une partie de notre production d’aluminium est exportée vers les marchés européens. Et l’aluminium destiné aux États-Unis est vendu à un prix très élevé, car les droits de douane sont répercutés sur le prix.
Je pense que le secteur de l’automobile est prêt à tout pour tirer profit de cette guerre commerciale. 25 % de droits de douane sont imposés sur les pièces automobiles qui ne sont pas américaines, et de notre côté, on applique des droits de douane de 25 % sur les pièces automobiles américaines qui ne sont pas canadiennes. En fin de compte, pour la première fois en 30 ans, le Canada achète maintenant plus de voitures au Mexique qu’aux États-Unis. De plus, on est de loin le plus important acheteur de véhicules automobiles américains.
C’est donc un objectif net connu des États-Unis. Et je pense que le secteur de l’automobile aimerait vraiment corriger le tir. C’est pourquoi je pense qu’une certaine pression s’exerce pour tenter de mettre en place des mesures provisoires avant même que le débat sur l’ACEUM ait lieu.
Au passage, si vous avez suivi l’actualité, vous savez que le milieu des affaires américain fait pression et apporte un soutien croissant à l’ACEUM, affirmant que ce partenariat commercial est nécessaire pour gérer le commerce entre ces trois pays.
PETER HAYNES : Frank, j’aimerais vraiment comprendre quelque chose et j’ai besoin de votre aide. Lorsqu’un pays comme le Canada négocie des droits de douane avec les États-Unis, ce qui fait partie de l’accord, ou lorsque le Royaume-Uni négocie des droits de douane de 15 % avec les États-Unis sur certains produits, il est important de préciser qu’il s’agit de droits de douane unilatéraux. Ce n’est donc pas comme si le Canada allait percevoir des revenus de droits de douane compensatoires sur d’autres importations américaines, car je crois qu’on a renoncé à la plupart des droits de douane réciproques. Ai-je raison en disant qu’on ne peut pas échapper aux droits de douane, qu’il s’agit de droits de douane unilatéraux?
FRANK MCKENNA : Pas complètement. Oui, des droits de douane sont effectivement appliqués. On a supprimé les droits de douane sur tous les produits conformes à l’ACEUM, car les États-Unis n’appliquent pas de droits de douane dessus. En revanche, en ce qui concerne l’acier, l’aluminium et les automobiles, ils ont imposé des droits de douane de 25 %. On a instauré des droits de douane sur l’acier et l’aluminium à hauteur de 25 %, ainsi qu’un droit de douane de 25 % sur la partie américaine des véhicules automobiles. En conclusion, on ne peut pas dire que nos droits de douane soient exactement les mêmes que ceux des États-Unis, mais on a augmenté les droits de douane sur plusieurs de leurs produits, simplement pour se protéger.
PETER HAYNES : Oui, je traversais le Kentucky en voiture avec mon épouse l’autre jour, et elle souhaitait mettre quelque chose sur notre plaque d’immatriculation afin de montrer qu’il s’agissait d’une plaque de l’Ontario, compte tenu des préoccupations concernant le retrait du bourbon produit dans le Kentucky de nos rayons ici en Ontario.
En lien avec la discussion sur les droits de douane, l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a souligné l’importance pour le Canada de respecter son engagement d’acheter une flotte de F-35 à Lockheed Martin plutôt que de choisir une solution de rechange, comme le Gripen suédois, même si c’est seulement pour une partie de la commande, laissant entendre qu’une décision de changer de cap pourrait avoir des répercussions sur les négociations commerciales.
Les détracteurs soutiendront que la chaîne d’approvisionnement des F-35 comprend une présence et une empreinte économique importantes au Canada, et qu’un deuxième modèle dans la flotte aérienne réduirait l’interopérabilité de défense pour le NORAD, sans parler du temps nécessaire pour former le nombre limité de pilotes au Canada qui comprennent cette nouvelle technologie. Le Canada peut-il se permettre deux flottes d’avions de chasse, et comment voyez-vous la suite des choses?
FRANK MCKENNA : Je pense qu’on peut. Beaucoup de spécialistes vont donner leur avis sur la question, à juste titre, mais j’apprécie beaucoup le fait que la ministre Joly ait fait pression sur Lockheed Martin en leur indiquant qu’ils n’offraient pas suffisamment d’avantages, et qu’elle ait rencontré les Suédois et Saab pour leur demander ce qu’ils pouvaient nous offrir si l’on optait pour les Gripen. En fin de compte, quelle que soit l’option choisie, ça va permettre de créer beaucoup emplois au Canada.
À mon avis, la réponse est qu’on peut faire les deux. Toutefois, les militaires préfèrent toujours une solution simple, avec un seul avion, etc. Lorsque j’ai examiné toute la documentation à ce sujet, j’ai constaté que chaque appareil possède des capacités qui lui sont propres. Les chasseurs Gripen ont des capacités importantes, tout comme les F-35. On va pouvoir nouer des partenariats avec nos alliés scandinaves, dont l’environnement stratégique est probablement plus en phase avec nos défis futurs que celui des États-Unis.
Donc je pense qu’on peut faire les deux. Et le coût est très différent. Si l’on achète des F-35, on pourrait en acheter 40 et probablement 70 Gripen, ce qui augmenterait considérablement la taille de notre flotte, alors que si l’on opte uniquement pour les F-35, on plafonnerait à 75 ou 80 appareils. Bien. Ensuite, les Suédois ont investi dans la fabrication des avions Gripen exclusivement au Canada, créant ainsi environ 8 000 emplois, et ont également fabriqué un avion de surveillance aérienne de type SDCA au Canada, ce qui représente quelques milliers d’emplois supplémentaires. On ne peut pas l’ignorer.
Il y a aussi d’autres problèmes. Pour l’heure, les États-Unis ne se sont pas comportés comme nos alliés. Près de 85 % de nos dépenses de défense sont effectuées aux États-Unis, pour un retour politique et diplomatique très faible. Il faut peut-être qu’on durcisse un peu le ton. De plus, on ignore si le logiciel des F-35 comprend un dispositif d’arrêt d’urgence qui permettrait aux États-Unis d’immobiliser ces avions à distance. Dans un contexte où nos pays entretiennent des relations tendues, c’est une question qui mérite réflexion.
Aujourd’hui, un général à la retraite a publié un article dans le journal qui disait, très justement, qu’il fallait acheter tous les F-35, puis passer aux chasseurs Gripen et finir par passer une autre commande pour les Gripens. Autrement dit, acheter les 75 ou 80 F-35, puis passer une nouvelle commande d’avions Gripen.
Je ne le fais pas souvent, car je n’ai pas le temps de le faire, mais j’ai lu les commentaires. Il y a 275, peut-être 300 commentaires. Chaque commentaire que j’ai lu disait de laisser tomber cette idée. Que les États-Unis se sont révélés être des alliés de circonstance. Qu’on ne leur doit rien. Que les F-35 ne sont pas fiables. Que les Suédois offrent plus d’avantages. Qu’il ne fallait pas s’accrocher à une relation toxique.
J’ai été choqué, Peter, par la véhémence des commentaires. Quiconque le souhaite peut y jeter un œil à la suite de l’article. J’ai été choqué. Les Canadiens sont toutefois profondément révoltés par la façon dont on les traite, et je pense que l’opinion publique serait aujourd’hui favorable à ce qu’on assume nos obligations concernant les F-35, le carnet de commandes, mais aussi à ce qu’on opte pour les avions Gripen comme deuxième flotte.
À mon avis, l’autre point que les gens souligneraient est que l’ambassadeur Hoekstra ne devrait pas s’immiscer dans cette décision, qui relève de la souveraineté d’un pays.
PETER HAYNES : Oui, Frank, à ce sujet, des accusations d’ingérence ont été portées. Je souhaite simplement comprendre votre point de vue, d’autant plus que vous avez été ambassadeur. L’administration Trump a accusé le Canada d’ingérence dans la politique américaine à la suite de la publicité contre les droits de douane diffusée à l’occasion de la Série mondiale, accusation qui a finalement servi de justification pour suspendre les négociations commerciales à l’époque.
Comme vous l’avez mentionné, Hoekstra avait mis en garde contre les F-35. Plus récemment, le vice-président Vance s’est exprimé sur la politique d’immigration ouverte du Canada dans une série de publications sur les réseaux sociaux, affirmant que cette politique contribuait à la stagnation du niveau de vie au Canada. Où se situe la limite de l’ingérence? S’agit-il juste de politique?
FRANK MCKENNA : C’est de la politique, et de la mauvaise politique. Et je dois dire, avec tout le respect qui lui est dû, que l’ambassadeur Hoekstra a agi de la même manière lorsqu’il était ambassadeur aux Pays-Bas. Il s’est fait sévèrement réprimander dans ce pays pour s’être immiscé dans les affaires internes, ce qui est inhérent au rôle d’ambassadeur. Puis, au Canada, il est intervenu dans notre décision concernant le choix des avions.
Mais ça va bien plus loin que ça, Peter. Il faut dénoncer cette hypocrisie. Le président Trump s’est immiscé dans nos élections, a évoqué la création d’un 51e État et d’autres sujets similaires, ce qui a probablement coûté à Pierre Poilievre le poste de premier ministre. Je me suis immiscé dans les affaires américaines lorsque j’étais à Washington. On s’était engagés en Afghanistan, pas en Irak. En fin de compte, on s’est retrouvés à mettre des affiches dans le métro de New York pour rappeler aux gens que le Canada menait des combats intenses en Afghanistan, afin de montrer aux Américains qu’on les soutenait.
Le président Trump s’est récemment immiscé dans les élections de mi-mandat argentines, en menaçant de suspendre l’aide américaine en cas de défaite de son allié Milei. Au Brésil, il est ouvertement intervenu et a imposé des droits de douane de 50 % parce qu’il n’appréciait pas la manière dont son ami Bolsonaro était traité par le pays. Il s’est récemment rendu en Israël et a prononcé un discours devant la Knesset, réclamant la grâce du premier ministre Netanyahu. On ne peut pas faire pire en matière d’ingérence dans les affaires d’un pays.
On doit faire preuve de diplomatie et essayer d’être constructifs. Il faut un menuisier pour construire une grange, mais la démolir est à la portée de n’importe qui. Et je pense qu’il vaut mieux, en tant qu’ambassadeurs – en tant que menuisiers – travailler de façon constructive. Depuis 50 ans, je connais les ambassadeurs des États-Unis au Canada. Ils ont tous déployé des efforts considérables pour nouer des relations. Certains d’entre eux ont joué un rôle important lors du débat sur la souveraineté au Québec. Des ambassadeurs nous ont apporté leur soutien dans les moments difficiles, et leur aide nous a été précieuse.
Et inversement au sud de la frontière. On a travaillé sur des questions non seulement avec le gouvernement canadien, mais aussi avec le gouvernement américain. On noue des relations. On travaille ensemble.
J’avais l’habitude de discuter presque tous les jours avec l’ambassadeur Wilkins lorsque j’étais ambassadeur aux États-Unis. Il me prévenait d’un problème auquel j’allais être confronté et je l’avertissais d’un problème auquel il allait être confronté. Je lui disais : « Prépare-toi, une grenade arrive », et il se retournait et disait : « On vient de la dégoupiller, elle revient. » Mais on faisait des efforts pour améliorer les choses. Voilà, c’est tout ce que j’avais à dire.
Je voudrais ajouter une autre remarque, qui relève davantage du domaine émotionnel. Ça concerne l’ambassadeur Hoekstra, que je ne connais pas et qui est probablement quelqu’un de très bien. Mais toutes les personnes originaires des Pays-Bas commencent systématiquement la conversation en remerciant le Canada pour les sacrifices humains et matériels consentis lors de la libération du pays.
J’ai eu le privilège d’apprendre à connaître la reine Beatrix, et chaque fois que je l’ai rencontrée, elle m’a remercié pour la contribution du Canada à libérer le pays. Elle conserve un excellent souvenir des jours qu’elle a passés à Ottawa pendant la guerre, en tant qu’invitée du gouvernement canadien. Je dirais simplement à l’ambassadeur Hoekstra, en tant que personne née et élevée aux Pays-Bas, qu’il serait dans son intérêt de témoigner une certaine reconnaissance aux Canadiens qui ont payé un prix si élevé pour la libération de son pays.
PETER HAYNES : Bien dit. Lors de notre récente conférence, vous avez participé à une table ronde avec Rona Ambrose, et elle a dit qu’elle surveillait de très près les échanges entre le président Trump et Marjorie Taylor Greene, qu’elle a appelée la mère de la sphère MAGA. Elle observait les signes d’une brèche qui semblait apparaître au sein de la frange la plus à droite du Parti républicain.
Depuis lors, je dirais même qu’un fossé s’est creusé avec la démission finale de MTG de la Chambre des représentants et les critiques très virulentes du président Trump à son égard. En repensant aux derniers jours de MTG à la Chambre des représentants, êtes-vous surpris de ce qu’il se passe? Cet événement est-il un signal d’alarme pour l’administration Trump?
FRANK MCKENNA : Je pense que la réponse à ces deux questions est probablement oui. MTG était vraiment l’égérie du mouvement MAGA. De ce fait, la rupture, très médiatisée, était malvenue. Et je pense que ça va avoir des répercussions à l’avenir. Il ne faut pas oublier que toute politique est locale. Un problème particulier se pose en Géorgie avec la prolongation des mandats de l’Obamacare. Ses électeurs allaient être très durement touchés. Je suppose qu’elle a ressenti cette détresse. Mais de toute évidence, cet épisode a manifestement mis en lumière une vulnérabilité majeure dans l’arsenal du camp MAGA. Ce n’est sans doute pas la fin du mouvement, mais c’est indéniablement une faille.
PETER HAYNES : Frank, lorsqu’on observe la situation à Washington de manière plus générale, on constate que, comme vous le dites toujours, les Américains sont dans une campagne électorale permanente. Les élections de mi-mandat vont se tenir dans un an. Qu’est-ce que vous surveillez de près à Washington pour le reste de l’année 2025?
FRANK MCKENNA : Eh bien, chaque jour, si vous suivez Truth Social, vous voyez passer des choses surprenantes. Préparez-vous à être sous le choc.
Toutefois, à un niveau plus général, je dirais les affaires judiciaires. La décision de la Cour suprême sur l’IEEPA va être extrêmement importante. D’autres affaires judiciaires sont également cruciales. Ajoutez à ça les élections de mi-mandat. Les États-Unis sont dans un cycle électoral perpétuel. Je dirais pour l’instant que les républicains sont très inquiets à propos des élections de mi-mandat et de la possibilité de perdre le contrôle de la Chambre des représentants. Par conséquent, à partir du 1er janvier, les élections de mi-mandat occuperont le devant de la scène politique.
PETER HAYNES : Frank, pouvez-vous nous en dire plus sur un sujet que vous avez brièvement évoqué, à savoir le redécoupage électoral potentiel dans le sud des États-Unis, lié là encore à une affaire portée devant la Cour suprême. Y a-t-il du nouveau à ce sujet?
FRANK MCKENNA : Une fois de plus, les Canadiens ne vont pas vraiment comprendre ce qu’il se passe, mais il s’agit là d’un vol pur et simple, puisque le président Trump a ordonné au Texas de redécouper ses circonscriptions électorales afin de lui donner cinq ou six sièges supplémentaires. Et bien sûr, le Texas l’a fait. Ce redécoupage a été invalidé par une cour d’appel en des termes très, très sévères. Cette décision pourrait donc être infirmée si le président Trump la portait devant la Cour suprême des États-Unis et devait solliciter davantage l’aide de ses relations au sein de l’institution. Dans l’état actuel des choses, il semble toutefois qu’il risque de perdre ce redécoupage électoral.
Entre-temps, la Californie a réagi au Texas en tenant un référendum, au cours duquel il a été convenu que l’État pourrait également procéder à un redécoupage. Ils vont donc pouvoir attribuer cinq sièges supplémentaires aux démocrates. La même chose se passe dans l’Indiana, le Missouri et en Caroline du Nord et du Sud. On assiste donc à une véritable compétition pour déterminer quel État est le plus malhonnête. C’est indigne à observer. Néanmoins, le résultat final pourrait être mitigé, car tout le monde a pu trouver des sièges grâce au redécoupage électoral.
Le plus regrettable dans tout ça, c’est qu’on perd de vue l’importance d’avoir un système intègre, qui permette à tout le monde d’avoir confiance dans les résultats. Ce n’est malheureusement pas ce à quoi l’on assiste. On assiste au contraire.
PETER HAYNES : Frank, il y a eu un autre problème dans le sud des États-Unis concernant l’Election Reform Act. Ça avait quelque chose à voir avec les droits de vote dans les États du Sud.
FRANK MCKENNA : Il y a une affaire en Louisiane concernant le Voters Rights Act. Si la Cour suprême décide, comme tout porte à le croire, d’invalider cette loi qui protégeait plusieurs districts afro-américains, le Parti républicain en tirerait un avantage considérable. On parle de près d’une douzaine de sièges en jeu.
PETER HAYNES : Compte tenu du moment auquel cette affaire a été portée devant la Cour suprême, est-il envisageable qu’elle soit traitée avant les élections de mi-mandat?
FRANK MCKENNA : J’aurais pensé que oui. Je viens de lire un article qui indique que tout ça ne pourra probablement pas être mis en place à temps pour les élections de mi-mandat. Rien n’est encore tranché à ce stade.
PETER HAYNES : Tout à fait. OK, dernière question avant de parler des Blue Jays. Selon vous, que va-t-il se passer au Venezuela? De toute évidence, on assiste à une intensification des opérations navales des États-Unis et à un renforcement des troupes dans les Caraïbes, ce qui laisse présager une action militaire au Venezuela. À quoi faut-il s’attendre?
FRANK MCKENNA : De nombreux drames ont marqué le Venezuela au cours des 10 ou 15 dernières années, et le pays reste dirigé par des régimes autoritaires comme ceux de Chavez et Maduro. Ce ne sont que des suppositions, mais si je devais émettre une hypothèse, je pense que Maduro sera toujours au pouvoir dans un an ou deux. Les États-Unis font certes beaucoup de bruit, mais je ne pense pas qu’ils enverront des troupes au sol au Venezuela, et je ne pense pas que les Vénézuéliens parviendront à renverser leur gouvernement. L’armée semble être trop étroitement liée au gouvernement.
L’autre chose que je vais dire, car c’est probablement la vérité, c’est que le Venezuela détient des réserves de pétrole. On ne parle pas de n’importe quelle république bananière. C’est une république bananière riche en ressources qui possède les deuxièmes ou troisièmes plus grandes réserves de pétrole au monde, et une entreprise qui exploite ces réserves et vend du pétrole. Même si les États-Unis ont pratiquement déclaré la guerre au Venezuela, ils autorisent Chevron à exploiter le pétrole dans ce pays et à le vendre à l’international. Chevron entretient des liens étroits, tant avec le gouvernement du Venezuela qu’avec celui des États-Unis.
Alors, à mon avis, je dirais que l’argent du pétrole aura le dernier mot et que Maduro restera au pouvoir.
PETER HAYNES : Très bien. Ce sera un élément à surveiller. Avant de passer aux Jays, une nouvelle vient de nous parvenir. Je sais que vous portez une attention particulière à tout ce qui se passe sur la côte Est. L’une des athlètes les plus célèbres de la côte Est est décédée ces derniers jours, alors que se tenaient les Essais canadiens de curling. Colleen Jones. Je sais que vous l’avez déjà rencontrée. Que pourriez-vous dire aux gens qui nous écoutent à propos de cette rencontre avec Colleen Jones?
FRANK MCKENNA : C’est une journée très triste pour tout le pays. Je la connaissais parce qu’elle était journaliste. Elle était à la télévision tous les soirs. C’est ainsi qu’on la connaît le mieux, en tant que présentatrice de la météo. Je la connaissais et je l’appréciais sur CBC. Évidemment, personne ne lui arrivait à la cheville en tant que joueuse de curling. Elle a été capitaine de l’équipe nationale canadienne à plusieurs reprises lors des championnats du monde. Toutes les personnes qui l’ont connue l’appréciaient beaucoup. Et elle nous a quittés beaucoup trop tôt.
PETER HAYNES : C’est très triste. Nos pensées vont à la communauté du curling et à sa famille. Frank. À peine 25 jours se sont écoulés depuis la cruelle défaite des Jays lors du septième match de la Série mondiale.
Mon cœur s’est brisé un peu plus lorsque j’ai lu récemment un article concernant l’entraîneur adjoint Don Mattingly, qui affirmait qu’avec le recul, le groupe d’entraîneurs était probablement responsable de ne pas avoir donné à IKF une avance légèrement plus importante en troisième base, car le frappeur à la batte n’allait pas frapper une flèche en direction du troisième base et se faire doubler, ce qui était l’argument expliquant pourquoi il était si collé au but. Et tout le monde sait qu’il a été éliminé d’un crampon au marbre. Avez-vous commencé à digérer?
FRANK MCKENNA : [RIRES] J’ai vécu les sept étapes de la mort, Peter. Je n’ai jamais ressenti autant d’émotion, à tel point que je me sens presque gêné d’avoir été aussi bouleversé, car, à bien des égards, je considérais les Blue Jays comme l’incarnation de tout le pays, le Canada luttant contre des forces qui échappent à notre contrôle, comme David contre Goliath. C’était vraiment passionnant. Tout le pays était subjugué. C’était devenu l’équipe nationale. Cette équipe est devenue l’équipe du monde entier. Je pense que c’est l’équipe surprise de la décennie. J’avais le cœur brisé.
Mais ça va mieux maintenant. Il ne s’agit pas ici de refaire une analyse exhaustive, frappe par frappe, du septième match ou des autres rencontres, y compris celle perdue en prolongation.
Je souhaite simplement remercier l’équipe pour tous ces moments inoubliables. Tout ce qu’ils nous ont donné ces deux derniers mois était inespéré. Personne ne s’y attendait, pas même moi. Je m’en excuse. C’était inespéré. Gagner les matchs et nous maintenir dans les séries éliminatoires, c’était du bonus. De plus, ce groupe de jeunes hommes a su former une équipe soudée, et ils s’appréciaient. C’était une évidence. Ils ont joué, perdu et se sont soutenus comme une équipe. J’ai ressenti une immense fierté. Tout ce que j’ai à dire, c’est merci pour les souvenirs.
PETER HAYNES : Frank, si on superposait ce que vous disiez au sujet des Blue Jays en avril de cette année à ce que vous venez de dire… waouh. C’est le jour et la nuit. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous. C’était un excellent parcours. On va vivre des bons moments. Tout le monde veut être un Blue Jay maintenant. Je pense qu’il va y avoir beaucoup à dire pendant l’intersaison.
Frank, merci pour toutes vos réflexions. Je sais qu’on va se revoir dans quelques semaines. Je crois que notre prochaine date d’enregistrement est le 15 décembre, avant que vous partiez dans l’Est. C’est bien ça? Vous partez dans l’Est pour le temps des Fêtes?
FRANK MCKENNA : Oui, je pars.
PETER HAYNES : Fantastique. D’accord. Alors on se dit à la prochaine fois. Merci de nous avoir accordé de votre temps.
FRANK MCKENNA : OK, merci.
[MUSIQUE]
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Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
À titre de président suppléant, Frank a pour mandat de soutenir l’expansion soutenue de Valeurs Mobilières TD à l’échelle mondiale. Il est membre de la direction du Groupe Banque TD depuis 2006 et a été premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur du Canada aux États-Unis.
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter s’est joint à Valeurs Mobilières TD en juin 1995 et dirige actuellement notre équipe Recherche, Structure des marchés et indices. Il gère également certaines relations clés avec les clients institutionnels dans la salle des marchés et anime deux séries de balados, l’une sur la structure des marchés et l’autre sur la géopolitique. Il a commencé sa carrière à la Bourse de Toronto au sein du service de marketing des indices et des produits dérivés avant de rejoindre Le Crédit Lyonnais (LCL) à Montréal. Membre des comités consultatifs sur les indices américains, canadiens et mondiaux de S&P, Peter a siégé pendant quatre ans au comité consultatif sur la structure du marché de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.