Invité : Frank McKenna, Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Animateur : Peter Haynes, Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Deux semaines se sont écoulées depuis notre dernier balado, deux semaines très mouvementées sur le plan géopolitique. Frank se demande si une partie de cette agitation ne vise pas à détourner l’attention des enjeux brûlants que l’administration américaine préférerait reléguer au second plan.
Les sorties récurrentes de M. Trump au sujet du Groenland alimentent des tensions géopolitiques inquiétantes. Pour Frank, nous sommes peut-être arrivés à ce stade décisif des différends transfrontaliers, où la moindre erreur ou déclaration hasardeuse peut amener la situation à dégénérer. Il espère que les esprits se calmeront et qu’une porte de sortie sera trouvée à Davos. Frank se demande pourquoi l’administration américaine prétend avoir besoin du Groenland : « pourquoi acheter la vache quand on a déjà le lait gratuitement? »
Le balado de ce mois-ci aborde également les droits de douane, l’Iran, le Minnesota, le Vénézuéla, le Conseil de paix, la doctrine Munroe, le changement de cap du Canada vis-à-vis de la Chine, la démission de M. Legault au Québec, la citation à comparaître visant M. Powell et la Fed, les interventions populistes de M. Trump sur les marchés et le discours lucide de M. Carney au Forum économique mondial.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 1:10 | Les États-Unis contre l’OTAN concernant le Groenland |
| 6:04 | Une étude établit le coût des droits de douane pour les consommateurs américains |
| 10:37 | Pressions sur la Cour suprême au sujet des droits de douane |
| 13:30 | Le discours lucide de M. Carney à Davos |
| 15:19 | Le discours de Donald Trump sur le Groenland ressemble étrangement à celui de Poutine sur l’Ukraine |
| 18:17 | L’armée iranienne réprime le soulèvement |
| 20:20 | Deux semaines après l’intervention – Perspectives pour le Vénézuéla |
| 23:48 | Trump court-circuite l’ONU avec un « Conseil de paix » |
| 27:14 | Courrier des auditeurs – Un partisan du mouvement MAGA pose des questions à Frank sur la doctrine Munroe. |
| 35:38 | Interventions populistes de Donald Trump sur le marché |
| 37:54 | ICE et Minnesota |
| 40:10 | Powell et indépendance de la Fed |
| 41:40 | La démission de M. Legault lance la course au gouvernement du Québec |
Ce balado a été enregistré le 20 janvier 2026.
FRANK MCKENNA : Je suis surpris que les puritains du Parti républicain, qui sont farouchement opposés aux impôts, n’appellent pas un chat un chat. C’est une énorme ponction fiscale.
PETER HAYNES : Bienvenue à l’épisode 74 de Géopolitique, un balado mensuel de Valeurs Mobilières TD, dans lequel je m’entretiens avec l’honorable Frank McKenna au sujet des enjeux géopolitiques mondiaux. Je m’appelle Peter Haynes. Pour les personnes qui ne connaissent pas le parcours professionnel de Frank, il a été premier ministre de la province du Nouveau-Brunswick pendant exactement 10 ans, de 1987 à 1997, puis ambassadeur du Canada à Washington sous le gouvernement fédéral de Paul Martin.
Au cours des 20 dernières années, Frank a été dirigeant à la TD, et on a eu la chance de le compter dans nos rangs. Frank, j’espère que vous suivez attentivement l’actualité mondiale ces derniers temps et l’évolution fulgurante des questions géopolitiques. Il y a quelques semaines à peine, on était ensemble pour parler du Venezuela. J’ai l’impression que c’était il y a une éternité. Est-ce que toi aussi, tu as l’impression d’être complètement submergé?
FRANK MCKENNA : Quelqu’un a dit que le mois de janvier semblait durer dix ans, et c’est exactement le sentiment que j’ai. Janvier semble avoir duré une décennie, et le mois n’est même pas encore terminé.
PETER HAYNES : Je sais. Ce n’est vraiment pas facile de suivre le rythme. Je vais revenir un peu sur les deux dernières semaines, Frank, en commençant par la question qui, selon moi, prime sur toutes les autres, à savoir le Groenland. Je vais commencer par là.
Malgré une certaine opposition des deux côtés de l’échiquier politique au Congrès et une très faible adhésion à l’idée de recourir à la force pour s’emparer du Groenland, le président n’a cessé de ruminer la nécessité, au nom de la sécurité des États-Unis, de mettre la main sur le Groenland, un pays dont la superficie atteint 2,16 millions de km2. Le président Trump a annoncé cette fin de semaine une augmentation des droits de douane sur plusieurs pays européens, qui s’appliquera dès le mois prochain, à moins que son projet d’acquisition du Groenland soit soutenu par l’opinion publique. Hier, il a adressé une lettre au président norvégien pour lui faire part de son mécontentement de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, estimant que cette offense l’exonérait désormais de toute obligation de s’emparer pacifiquement du Groenland. Que va-t-il advenir du Groenland, et comment pensez-vous que les Européens vont réagir?
FRANK MCKENNA : Le Groenland lui appartient, de fait. Les États-Unis ont eu jusqu’à 17 bases militaires au Groenland depuis la Seconde Guerre mondiale. Un traité signé en 1951 leur accorde une quasi-impunité totale leur permettant de déployer des forces militaires au Groenland à leur guise. Les États-Unis ont décidé de réduire leur présence militaire au Groenland à une seule base, Thulé, initialement appelée base de Thulé, avec une garnison d’environ 200 personnes seulement.
Petite précision. Elle est dirigée par un colonel, ce qui montre à quel point les États-Unis lui accordent peu d’importance. L’objectif n’est donc pas d’acquérir le Groenland. Au regard des objectifs évoqués par le président, le Groenland est de facto un territoire américain.
Qu’est-ce qu’il fait? En fait, il s’agace des Européens qui ont l’audace de soutenir le Danemark et d’envoyer quelques troupes là-bas. Donc, il menace d’imposer des droits de douane de 10 %, et si les Européens ne cèdent pas, il menace d’ajouter des droits de douane supplémentaires de 25 % en juin. Voilà la situation.
Il ne faut pas oublier que l’Union européenne regroupe 27 nations et que c’est très difficile de parvenir à un consensus. Toujours est-il qu’ils semblent réellement scandalisés et ne comptent pas se laisser faire. Est-ce qu’ils vont riposter? Je ne sais pas. En général, ils préfèrent négocier plutôt que recourir à la force, mais là, ils sortent l’artillerie lourde, à savoir des mesures de rétorsion contre les États-Unis, en réaction au déséquilibre massif dans les échanges de services.
Ils pourraient donc s’en s’en prendre directement aux services américains déployés en Europe. On parle de 100 milliards de dollars de représailles. Par conséquent, le marché est de plus en plus inquiet à l’idée qu’une mauvaise décision puisse être prise et déclencher une guerre commerciale qui ébranlerait les fondements mêmes du système commercial mondial.
PETER HAYNES : En ce moment, il semble que Macron soit le dirigeant européen qui leur donne le plus de fil à retordre. J’aimerais aussi savoir pourquoi le Congrès se fait si discret depuis quelques jours. Il y a eu cette visite bipartisane au Danemark la semaine dernière, mais ces derniers jours, je n’ai rien entendu de Washington. Est-ce que ça vous surprend vous aussi?
FRANK MCKENNA : On entend des choses çà et là. Par exemple Thom Tillis, un sénateur sur le point de prendre sa retraite, affirme que la situation est hors de contrôle, et il n’est pas le seul à le dire. Je pense que cette question suscite beaucoup de remous au Sénat et à la Chambre des représentants. Personne n’a envie de lancer une invasion militaire du Groenland.
Du coup, les gens cherchent désespérément une explication et en arrivent à dire que le président n’est pas vraiment sérieux à ce sujet. Ils disent qu’il négocie simplement l’acquisition du Groenland, mais qu’il n’a pas réellement l’intention de le faire, et qu’il cherche simplement à manipuler les esprits, etc. Je pense que les gens font tout leur possible pour ne pas se mettre le président à dos sur cette question, mais je pense que le Congrès s’y opposera. À mon avis, c’est un peu trop radical pour le Congrès, notamment parce que ça ébranlerait l’ensemble de l’OTAN.
S’il s’attaque aux pays européens, il s’attaque de fait à l’OTAN. De plus, on sait tous que, conformément à l’article 5 du traité de l’OTAN, chaque fois qu’un membre est attaqué, tous les autres membres s’engagent à le défendre. Cet article n’a été invoqué qu’une seule fois, et c’était par les États-Unis. Tout le monde reconnaît l’importance de l’article 5 et l’importance de l’OTAN.
J’ai énormément de respect pour le système de séparation des pouvoirs américain. Je pense fondamentalement qu’ils vont faire marche arrière sur ce point. En attendant, cette affaire détourne l’attention des médias d’autres sujets, comme le déclin de l’industrie manufacturière aux États-Unis, la stagnation économique et d’autres questions. Ainsi, le fait que cette question soit mise au premier plan sert probablement les intérêts du président.
PETER HAYNES : Vous parlez du secteur manufacturier et de la communication, et de notre côté, on va parler des droits de douane, qui, encore une fois, ont leur importance là-dedans. On dirait qu’à chaque fois il y a quelque chose… Macron qui se voit imposer des droits de douane de 200 % sur le vin français parce qu’il n’a pas soutenu… on y reviendra plus tard… le plan de paix pour Gaza. Mais en ce qui concerne les droits de douane, des informations intéressantes sont parues cette semaine.
Le moment a certainement été choisi avec soin pour coïncider avec le forum économique de Davos. Un rapport publié lundi par l’Institut de Kiel conclut que 96 % du coût des droits de douane américains est supporté par les entreprises et les consommateurs américains. À partir des données issues de 25 millions d’opérations évaluées à plus de 4 000 milliards de dollars, l’Institut de Kiel arrive à la conclusion que l’augmentation de 200 milliards de dollars des recettes liées aux droits de douane enregistrée aux États-Unis depuis le jour de la libération en avril dernier est presque entièrement imputable à la hausse des prix payés par le consommateur final ou absorbée par les entreprises ou les fabricants américains.
Ainsi, au lieu d’augmenter leurs prix, les entreprises qui exportent vers les États-Unis ont préféré accepter une baisse de leurs ventes quand il y avait de l’élasticité. C’est exactement ce que les économistes avaient prévu. On en a souvent parlé dans ce balado. Comme je l’ai dit, le moment choisi devrait coïncider avec le rassemblement de tous les leaders à Davos. Frank, comment les entreprises qui subissent une augmentation des taxes aux États-Unis peuvent-elles renverser l’idée selon laquelle les droits de douane constituent en réalité une taxe à la consommation et non une source de revenus pour le gouvernement américain?
FRANK MCKENNA : Ce rapport est très instructif. Les gens devraient s’y intéresser. L’Institut de Kiel est un groupe de réflexion allemand très respecté, mais ses conclusions rejoignent celles du Budget Lab de Yale, de l’étude de la Harvard Business School et du Peterson Institute. Tous ces organismes sont arrivés à la même conclusion, à savoir que les exportateurs étrangers n’absorbent qu’un très faible pourcentage de ces droits de douane. Les consommateurs et importateurs américains en supportent 96 %.
C’est donc bel et bien une taxe à la consommation. Je suis surpris que des gens comme Grover Norquist et tous les autres, qui sont farouchement opposés aux impôts, n’appellent pas un chat un chat. C’est une énorme ponction fiscale. On parle de 200 milliards de dollars qui ont été collectés, des revenus supplémentaires payés par les contribuables américains. C’est la situation regrettable dans laquelle on se trouve. Et bien sûr, on s’attend à ce que la Cour suprême rende sa décision dès mardi cette semaine, mais elle ne s’est pas prononcée sur les droits de douane, ce qui me laisse penser que les juges sont vraiment confrontés à un dilemme concernant ces droits de douane mis en œuvre en vertu de l’IEEPA, qui représentent 40 % de l’ensemble des droits de douane.
Je pense que les pro-Trump à la Cour suprême se battent bec et ongles pour éviter que le président ne soit débouté sur ce dossier. On va devoir attendre et voir ce qu’il se passe. Mais on s’attendait à ce que la décision tombe avant Noël.
Que va-t-il advenir de ces droits de douane? Il suffit de jeter un œil aux constructeurs automobiles pour s’en faire une petite idée. Ils s’efforcent désespérément de conserver leur part de marché. Outre les décotes sur les véhicules électriques, ils absorbent également les droits de douane sur les automobiles, l’acier, l’aluminium, etc.
General Motors a annoncé une perte de 7,1 milliards de dollars pour ce trimestre. 19,5 milliards de pertes pour Ford cette année. Toyota acte une perte d’environ trois milliards. Stellantis, six milliards. BMW, Mercedes-Benz et Audi ferment la porte aux États-Unis.
Et tout ça transparaît dans les bilans, par exemple, alors que les détaillants tentent désespérément de conserver leurs clients. Voilà l’état de la situation, et on le constate aussi dans la façon dont certaines entreprises cherchent, parfois de manière assez urgente, à réduire leurs coûts. Aux États-Unis, le secteur manufacturier a enregistré des pertes d’emplois durant huit mois consécutifs, ce qui va totalement à l’encontre des prévisions de l’administration. Les fabricants d’automobiles ont supprimé 28 000 emplois au cours de l’année dernière. Ce n’était pas ce qui était prévu, mais c’est malheureusement la situation dans laquelle se trouve le secteur.
En ce qui concerne les automobiles, le Canada est de loin le plus grand marché pour les véhicules provenant des États-Unis. Dans le même temps, on achète désormais davantage de voitures au Mexique qu’aux États-Unis. Si vous voulez une explication à cette incohérence, la voici : le président Trump s’en va visiter une usine automobile, et les chefs de la direction du secteur n’ont de cesse de lui répéter à quel point c’est un homme formidable, et le remercient. On voit tous les dirigeants du secteur automobile implorer les États-Unis de rester dans l’ACEUM, car il en va de leur survie. On peut aussi voir le gouverneur du Michigan apporter son soutien à l’accord.
En gros, les gens ont peur du président. Ils s’agenouillent devant lui et se prosternent lorsqu’il leur demande de le faire. La vérité, c’est que les États-Unis, sur le plan industriel, souhaitent instaurer le libre-échange dans la région et font pression autant qu’ils le peuvent.
PETER HAYNES : Frank, j’aimerais revenir sur les droits de douane un instant. On a appris plus tôt dans la journée qu’il n’y aurait pas de décision de la Cour suprême ce mois-ci, mais vraisemblablement début de février. En fin de semaine dernière, si je me souviens bien, le secrétaire du Trésor, Scott Bessent, a laissé entendre que la Cour suprême n’irait pas à l’encontre de la décision de Trump, car l’invalidation des droits de douane créerait un chaos.
D’après Chris Krueger, notre collègue du Washington Research Group, les décisions prises par la Cour suprême sont mieux gardées que Fort Knox. Pensez-vous que Scott Bessent tente réellement de parler aux juges de la Cour suprême ou d’influencer la décision? Selon vous, l’administration va-t-elle tenter d’interférer discrètement dans ce dossier?
FRANK MCKENNA : Oui, c’est une question très intéressante, car si vous vous souvenez bien, lorsque le premier ministre Ford a diffusé sa publicité aux États-Unis, il a été accusé, y compris par le président Trump, d’essayer d’influencer la Cour suprême. Et aujourd’hui, on voit Scott Bessent, qui devrait pourtant faire preuve de plus de discernement, recourir à la persuasion morale pour tenter d’orienter la décision de la Cour suprême.
Ils ont été entendus par la Cour suprême. Les juges ont entendu leurs arguments. Ce que le gouvernement tente désormais de faire, c’est de faire circuler dans les médias des éléments de preuve quant aux répercussions supposées de la suppression de tous ces droits de douane. C’est tout à fait inapproprié. Je suis surpris que la Cour suprême ne recommande tout simplement pas aux parties de s’abstenir de tout commentaire sur un dossier en instance devant les tribunaux. Quoi qu’il en soit, je pense effectivement qu’il y a une volonté de semer le trouble et d’influencer, à mon avis de manière inappropriée, la Cour suprême des États-Unis quant aux implications d’une invalidation des droits de douane imposés en vertu de l’IEEPA.
PETER HAYNES : Avant de passer des droits de douane à Davos, le premier ministre Carney s’est exprimé plus tôt dans la journée…
FRANK MCKENNA : Juste avant ça, Peter, je voudrais rappeler aux gens que les droits de douane prévus par l’IEEPA, qui seront probablement jugés ultra vires, probablement à une faible majorité, représentent environ 40 % des droits de douane perçus par les États-Unis. Ils disposent de trois ou quatre autres armes : la section 122, la section 301, et l’arme ultime, à savoir la section 232, que l’on peut invoquer si un accord commercial menace la sécurité nationale. Tous ces outils sont à leur disposition.
Peter Navarro, entre autres, souhaite ardemment préserver son image de fervent partisan des droits de douane. Ils vont donc tout mettre en œuvre pour remplacer les droits de douane qui pourraient être jugés contraires à la constitution par de nouveaux. C’est pourquoi les gens ne devraient pas s’attendre à une suspension temporaire des droits de douane à la suite de la décision de la Cour suprême.
PETER HAYNES : Mais il me semble que ces sections sont plus difficiles à invoquer. En général, ça prend plus de temps.
FRANK MCKENNA : Tout à fait.
PETER HAYNES : Il me semble que leur invocation est plus complexe et doit être approuvée par le Congrès.
FRANK MCKENNA : C’est ça.
PETER HAYNES : Dans tous les cas, on aurait droit à un sursis et peut-être à une accalmie. À propos d’accalmie, le premier ministre du Canada, Mark Carney, était aujourd’hui l’un des principaux conférenciers au forum économique de Davos, où se sont réunis de nombreux dirigeants du monde entier. Son discours contenait des déclarations particulièrement intéressantes. Je vais vous citer quelques-unes Frank, et vous demander votre avis sur ce discours qui était vraiment axé sur la fin de l’État de droit.
J’ai trouvé celle-ci intéressante : « Nous acceptons pleinement le monde tel qu’il est, sans attendre qu’il devienne celui que nous aimerions voir. » L’autre phrase que beaucoup de personnes ont retenue est : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. » De toute évidence, le premier ministre Carney, même s’il ne mentionnait pas explicitement les États-Unis, cherchait à faire passer le message que l’ordre mondial d’autrefois, fondé sur le respect des règles, était révolu. Qu’avez-vous pensé de son discours?
FRANK MCKENNA : Je recommande vivement à nos auditeurs de le lire. Il donne beaucoup à réfléchir. Il n’édulcore pas les choses. Il explique que l’ancien monde tel qu’on le connaissait, celui qu’on respectait et qui avait été source de tant de prospérité, n’existe plus, et qu’on vit désormais dans un monde où les hégémons, un terme relativement nouveau dans notre vocabulaire, exercent leur pouvoir de manière arbitraire pour servir leurs propres intérêts.
Il dit qu’on doit accepter cette réalité et prendre conscience qu’en tant que puissances moyennes, on n’a pas le pouvoir d’agir de manière isolée, qu’on doit former de nouvelles alliances et établir de nouveaux partenariats commerciaux, en tenant compte de nos intérêts respectifs. C’est un message qui donne vraiment à réfléchir. Je pense que tout le monde devrait le lire, car selon moi, il va servir de fondement à la politique du gouvernement canadien, quel que soit le parti au pouvoir, pour les années à venir.
PETER HAYNES : Frank, en lisant certains des propos tenus par le président Trump pour justifier la prise de contrôle du Groenland, j’ai été frappé par leur similitude troublante avec ceux utilisés par le président russe Vladimir Poutine pour justifier son intervention militaire en Ukraine. J’avoue que cette idée m’effraie, mais pensez-vous que les ambitions impérialistes du président Trump font du Canada sa prochaine cible?
Je sais qu’il dit ne rien attendre du Canada, jusqu’à ce qu’il décide de changer d’avis. Sans parler de sa publication générée par l’IA hier soir, montrant un drapeau américain sur le Canada, qui n’a pas aidé à rassurer les Canadiens.
FRANK MCKENNA : Eh bien, voyez-vous, mon opinion repose toujours sur mon respect pour les États-Unis et mon amitié pour les Américains, donc je n’irais pas jusqu’à dire ça. Mais 31 % des Canadiens interrogés lors du dernier sondage estiment que les États-Unis nourrissent des ambitions militaires à l’égard du Canada. Aujourd’hui, une information devrait alerter tout le monde : les forces armées canadiennes s’entraînent activement à simuler une invasion des États-Unis.
On vit donc une période inquiétante. La rhétorique du président Trump sur le Groenland est étonnamment similaire à celle du président Poutine sur l’Ukraine : « Il y a beaucoup de Russes en Ukraine. Ils veulent qu’on intervienne », etc. Chaque opération militaire menée dans un autre pays s’accompagne d’une campagne de communication visant à expliquer les raisons de cette intervention afin de convaincre les citoyens du pays intervenant et le reste de la population mondiale. On trouve toujours une justification.
Comme je l’ai déjà dit, les États-Unis n’ont aucune raison d’envahir le Groenland. Une fois encore, je répète ce que j’ai déjà dit : pourquoi acheter la vache quand on peut avoir le lait gratuitement? Ils peuvent obtenir tout ce qu’ils souhaitent du Groenland. Ils n’ont pas besoin de s’attaquer à leurs alliés ni d’envahir le Groenland. Ils ont juste à s’appuyer sur leurs relations actuelles. Ce que je crains, encore une fois, c’est qu’on assiste à un effondrement de plus en plus rapide de l’ordre mondial.
Il faut espérer que les esprits s’apaiseront, en particulier en ce qui concerne la question du Groenland, et que les États-Unis vont prendre conscience du fait que le Danemark est l’un de leurs plus fidèles alliés, un allié qui s’est battu à leurs côtés, tout comme l’Europe et le Canada. Tout le monde doit prendre du recul et calmer le jeu, car la situation devient sérieuse et des erreurs pourraient être commises. Ce n’est pas ce qu’on veut. On a besoin de leaders responsables. Tout le monde doit garder la tête froide. Plus de discussions et moins de vociférations.
PETER HAYNES : Quoi qu’il en soit, si une erreur est commise à présent, personne n’en prendra jamais la responsabilité. C’est là, je pense, que les choses deviennent quelque peu inquiétantes. Frank, on va changer de région et passer à l’Iran. Les troubles civils ont commencé vers la fin 2025, quand les commerçants se sont mis en grève pour protester contre la faiblesse de la monnaie locale, le rial, et l’inflation connexe, qui atteignait 80 % sur certains produits.
Tandis que les manifestations s’étendaient à travers le pays, le gouvernement a pris des mesures radicales pour réprimer le soulèvement, notamment en coupant l’électricité, en bloquant l’accès à Internet et aux téléphones, et en recourant à la violence physique, entraînant la mort tragique de milliers de personnes. Le président Trump a brandi la menace d’une intervention militaire américaine si les autorités iraniennes continuaient de tuer leurs citoyens. Depuis cette menace, il semble que la situation en Iran se soit quelque peu calmée. Que pensez-vous de ce soulèvement? La situation est-elle sous contrôle selon vous?
FRANK MCKENNA : Malheureusement, je pense que la situation est probablement sous contrôle. Il faudrait que le régime soit renversé. Aujourd’hui, l’Iran est une théocratie, une théocratie sous l’autorité de l’ayatollah Khamenei.
Le président élu est une personne relativement pragmatique, mais l’ayatollah est, quant à lui, éminemment idéologique. La raison pour laquelle je pense que la situation est sous contrôle est que les Gardiens de la révolution sont aux commandes du pays et qu’ils sont extrêmement puissants. À ce stade, aucune fracture n’est perceptible au sein de cette organisation. Voilà donc la situation telle qu’elle est. Malheureuse.
C’est également malheureux que le président Trump ait encouragé les manifestations en Iran. Et ce qu’il a dit aux Iraniens qui manifestaient, comme quoi les États-Unis étaient prêts à intervenir… Malheureusement, des milliers de personnes ont perdu la vie en croyant que les États-Unis finiraient par leur venir en aide.
Les États-Unis les ont laissées tomber. Israël s’y est fermement opposé, estimant que ça déstabiliserait le Moyen-Orient, tout comme l’Arabie saoudite, et probablement certains membres du cercle du président. Dès lors, ça paraît peu probable que les États-Unis interviennent en Iran. Toujours est-il que beaucoup de personnes sont mortes là-bas. Malheureusement, à ce stade, je pense que les conditions permettant de renverser ce régime ne sont pas réunies.
PETER HAYNES : D’accord. Je vais maintenant passer à un autre pays dont le gouvernement a été renversé, ou du moins dont le président a été renversé, le Venezuela. Je sais qu’on en a parlé il y a quelques semaines. Le président Trump se présente comme le président par intérim du Venezuela depuis la Maison-Blanche. Toutefois, depuis l’arrestation de Maduro, aucun plan de secours n’a été mis en place par l’administration, du moins c’est l’impression qui se dégage à première vue. Est-ce que ça vous surprend?
FRANK MCKENNA : Oui et non. Tout d’abord, plusieurs éléments sont connus. On sait que ça n’a rien à voir avec la drogue et le trafic de stupéfiants. Si c’était le cas, le président n’aurait pas gracié Juan Orlando Hernandez, l’ancien président du Honduras, qui a été reconnu coupable de trafic de drogue et condamné à 45 ans de prison pour des infractions qui étaient en réalité plus graves que celles reprochées à Maduro. Ça n’a donc rien à voir avec ça.
On sait très bien quel est l’enjeu. L’enjeu, c’est le pétrole. C’est une question de pétrole. J’ai discuté avec des personnes au Venezuela et j’ai également écouté de nombreux commentateurs. Ils affirment qu’il règne un calme très tendu dans le pays. Les gens ne savent vraiment pas sur quel pied danser. D’un côté, ils souhaitaient le départ de Maduro. À plusieurs reprises, les Vénézuéliens l’ont désavoué dans les urnes, bien que ces votes n’aient pas été pris en compte. Ils souhaitaient son départ.
Mais d’autre part, ils ne veulent pas être soumis à un gouvernement étranger. Ils aspirent à la liberté et à la démocratie. Ils sont donc partagés pour le moment. À mon avis, ils attendent de voir comment la situation évolue. Pour l’instant, la situation reste très incertaine.
Ce qui est certain, c’est que les États-Unis n’aspirent pas à la mise en place d’un gouvernement démocratiquement élu dans ce pays. Ils ne soutiennent pas María Corina Machado pour succéder à Maduro. Ils coopèrent avec les dirigeants en place, les dirigeants actuels du Venezuela, qui sont plutôt autoritaires, afin de gérer le pays et d’extraire le pétrole. Et on voit effectivement des cargaisons de pétrole être exportées Toutes sont sous embargo.
Tout ce qui pourrait être exporté vers la Chine, Cuba ou tout autre pays dans le monde est soumis à un embargo. Les cargaisons de pétrole qui sont extraites sont destinées aux États-Unis, et les fonds sont transférés vers un compte à l’étranger. Pour moi, le Venezuela n’est pas en proie au chaos, mais d’un autre côté, la situation actuelle ne suscite pas non plus de liesse et de célébrations dans les rues.
PETER HAYNES : Compte tenu des enjeux, quand pensez-vous que les tribunaux se prononceront sur l’affaire Maduro? Faisons quelques hypothèses, Frank. Et s’il était innocenté? Je sais que vous avez déjà évoqué ce scénario, mais que se passerait-il? Pensez-vous qu’il retournerait au Venezuela pour gouverner le pays? Ou est-ce qu’il s’exilerait en Russie ou ailleurs?
FRANK MCKENNA : Ce n’est pas totalement exclu qu’il soit acquitté, bien que ce soit difficile à envisager dans le cadre d’un procès aux États-Unis. Je vous l’ai dit, Hernandez a été condamné aux États-Unis, donc j’imagine qu’il en sera de même pour Maduro. Une éventuelle relaxe sous l’administration Trump n’exclurait pas, à mon sens, d’autres voies pouvant conduire à une incarcération.
De nombreuses personnes sont actuellement derrière les barreaux à travers le monde sans avoir été condamnées pour aucun délit. Par conséquent, je ne pense pas qu’il retournerait au Venezuela. Je pense que ce serait inacceptable pour les États-Unis, quelles que soient les circonstances. Peut-être qu’il serait exilé ailleurs dans le monde, mais je pense que c’est une hypothèse qui a peu de chances de se réaliser. Il sera condamné et passera un long moment en prison, ou jusqu’à ce que ses partisans aient réuni suffisamment d’argent pour obtenir une grâce présidentielle.
PETER HAYNES : OK, on va maintenant parler du Moyen-Orient. On en sait un peu plus sur le projet de « Conseil de paix » du président Trump pour la reconstruction de Gaza. Le ticket d’entrée semble être de 1 milliard de dollars par pays. La décision finale quant à la mise en œuvre de cette initiative revient au président Trump.
Le premier ministre Carney va-t-il confirmer l’adhésion du Canada à ce Conseil de paix dont les conditions sont désormais rendues publiques? Le président Macron a décliné au nom de la France. Pourquoi pensez-vous que le président Trump a invité le président Poutine à s’associer à cette initiative?
FRANK MCKENNA : Je pense que l’idée de départ était assez simple : je connais un chef de la direction, un dirigeant d’entreprise, qui a été invité à rejoindre ce conseil il y a plusieurs mois, et le projet était initialement centré sur la reconstruction de la bande de Gaza, avec l’objectif de créer une base économique permettant aux populations de vivre et de reconstruire la région. C’était l’idée de départ. Comme beaucoup d’autres choses, ce projet a fini par prendre sa propre dynamique. Il s’est transformé en une sorte d’ONU bis, dont le Trump est président à vie, avec un droit de veto que lui seul détient. On parle désormais de la création d’un conseil qui ne traiterait plus seulement de Gaza, mais de dossiers mondiaux, avec un ticket d’entrée fixé à un milliard de dollars, et où l’on se retrouverait à côtoyer l’un des pires prédateurs territoriaux de notre époque, à savoir Poutine.
Le président Macron a eu l’audace de soulever des questions là-dessus. Depuis, le président Trump lui a indiqué qu’il devrait non seulement débourser 1 milliard de dollars pour siéger, mais qu’en cas de refus, des droits de douane de 200 % seraient imposés sur le vin et le champagne français. En d’autres termes, soit vous payez, soit vous payez le prix de votre refus d’adhérer. Le premier ministre Carney se montre aussi habile que possible, à mon avis, en manifestant son intérêt.
Il avait initialement indiqué qu’il serait disposé à rejoindre le Conseil de paix si d’autres dirigeants mondiaux de renom y siégeaient. Tout à coup, l’idée de départ a changé. On parle désormais d’un substitut aux Nations unies qui permettrait à Vladimir Poutine de prendre place autour de la table. Trump dispose d’un droit de veto avec un ticket d’entrée d’un milliard de dollars. Donc les conditions évoluent au fur et à mesure. Je ne pense pas que ce Conseil de paix obtienne un large soutien à l’échelle mondiale. À mon avis, la communauté internationale, dans son ensemble, reste attachée aux Nations Unies.
À ce jour, le seul à s’être montré enthousiaste à ce sujet est Victor Orbán, le premier ministre hongrois, qui se trouve dans une situation électorale plutôt précaire et souhaite manifestement se rapprocher de Donald Trump. Je ne vois pas d’autres personnes se réjouir à l’idée de rejoindre ce Conseil. Comme pour tout, on devra attendre que de plus amples détails soient communiqués, mais je pense qu’en l’état, un substitut à l’ONU avec un droit d’adhésion d’un milliard de dollars, dirigé à vie par le président Trump, dont seul ce dernier dispose d’un droit de veto, et où la Russie occupe une place centrale aux côtés de tous les autres pays, ne serait pas une solution viable.
PETER HAYNES : Bien. Vous avez raison. Il faut attendre d’en savoir plus et voir comment la situation évolue. Naturellement, d’autres questions géopolitiques vont influencer la position finale de chacun sur ce sujet. Avant de revenir à la politique nationale, Frank, je vais ouvrir le courrier de nos auditeurs. Vous ne saviez certainement pas qu’on en avait reçu, mais je vais vous poser une question qui m’a été envoyée par un auditeur de Pennsylvanie, une personne qui semble très instruite et réfléchie, et qui se définit comme un partisan du mouvement MAGA.
Voici sa question pour vous : « La doctrine Monroe, qui énonce une stratégie visant à assurer la domination de l’hémisphère occidental, a été invoquée par les présidents américains depuis sa création en 1823. Bien que la plupart des Canadiens puissent désapprouver les méthodes du président Trump, pensez-vous qu’il y ait un intérêt à ce que celui-ci s’efforce de minimiser l’influence de la Chine et de la Russie dans l’hémisphère occidental, en mettant particulièrement l’accent sur l’influence des États-Unis au Venezuela et à Cuba? »
FRANK MCKENNA : OK. Cette personne n’a pas tort. Au fil des ans, la doctrine Monroe a été utilisée pour justifier des interventions en Amérique latine. À mon avis, ce qui se passe actuellement est excessif, d’un point de vue quantitatif et qualitatif, même au regard de la doctrine Monroe.
Soit dit en passant, pour les personnes qui s’y intéressent, la doctrine Monroe a été introduite en 1823 par le président de l’époque, James Monroe, et elle avait pour objectif principal de tenir l’Espagne à distance. En effet, l’Espagne était une puissance coloniale en Amérique latine et souhaitait reconquérir certaines de ces collectivités. L’objectif était donc de contenir les Espagnols. De manière ironique, la doctrine Monroe a été partiellement appliquée par la marine britannique en collaboration avec le gouvernement des États-Unis.
Je comprends la logique qu’il y a derrière, mais ce que dit Trump n’est, pour le moins, pas conforme à la doctrine Monroe. Il a déclaré que le Venezuela hébergeait des ennemis étrangers. C’est faux. Il a déclaré qu’ils se procuraient des armes de guerre, ce qui est également faux.
La raison pour laquelle il est intervenu, il faut le dire honnêtement, c’est pour le pétrole. Il voulait mettre la main sur le pétrole du Venezuela. Aux Américains de juger si ce motif justifie ou non l’invasion d’un autre pays. Toujours est-il que c’est pour cette raison qu’il l’a fait.
Dans le cas de Kennedy, il a invoqué la doctrine Monroe lors d’un événement qui a marqué la vie de certains d’entre nous, à savoir la crise des missiles de Cuba. En effet, l’Union soviétique déployait des armes offensives à quelques kilomètres des côtes des États-Unis. On peut facilement comprendre pourquoi les Américains se sont inquiétés et ont décidé d’intervenir. C’est tout à fait compréhensible.
Ça correspond davantage à la vision initiale de la doctrine Monroe. Le tout n’est pas simplement de jouer les Pac-Man et d’engloutir les pays qui possèdent des ressources que vous convoitez. Il faut aussi garder à l’esprit deux autres éléments. Parfois, les gens n’ont d’autre choix que de commercer – j’utilise ce terme délibérément – avec des pays avec lesquels les États-Unis n’ont pas de relations commerciales, comme la Chine ou l’Iran.
À titre d’exemple, le président Trump a imposé des droits de douane de 50 % au Brésil, car le pays a eu l’audace de traduire son ami Bolsonaro en justice. Il a estimé qu’il s’agissait d’une raison suffisante pour leur imposer des droits de douane. Évidemment, ils ont dû essayer de commercer avec d’autres pays du monde pour survivre. Ils ne devraient donc pas être sanctionnés pour ça.
Dans le cas du Mexique, ils ont intensifié leurs échanges commerciaux avec la Chine dans le but d’améliorer leur qualité de vie au fil des ans. La semaine dernière, le Canada a conclu un accord avec la Chine afin de protéger nos producteurs d’huile de canola et les produits de la mer. On devrait être autorisés à le faire, car on subit les conséquences des droits de douane imposés par les États-Unis. La doctrine Monroe pourrait donc s’appliquer à ces situations, mais elle ne devrait pas.
Ensuite, il y a le Groenland, qui n’aurait jamais été envisagé par le président Monroe ou tout autre président des États-Unis. Comme je l’ai dit plus tôt, ce territoire n’est pas occupé par la Chine. Il n’est pas occupé par la Russie.
Les États-Unis y ont une base. Ils peuvent y faire ce qu’ils veulent sur le plan militaire. Étendre la doctrine Monroe jusqu’au Groenland reviendrait à en forcer l’interprétation bien au-delà de ses fondements historiques. En résumé, je comprends la logique de la doctrine Monroe lorsqu’elle s’applique à des situations bien précises visant à protéger les États-Unis, mais son application actuelle semble être tirée par les cheveux.
PETER HAYNES : Frank, vous avez mentionné l’annonce du premier ministre Carney concernant le Parti communiste chinois lors de votre visite en Chine, qui a donné lieu à une réduction des droits de douane, ou plutôt à un accord commercial, devrais-je dire, avec ce pays. Au départ, le président Trump semblait indifférent à ce voyage et à cet accord, mais on a le sentiment qu’il va revenir à la charge avec des critiques plus acerbes une fois que ses partisans l’auront incité à réagir. Êtes-vous de cet avis? À votre avis, comment le premier ministre Carney envisage-t-il de gérer les prochaines étapes, compte tenu du revirement des États-Unis ou du président Trump par rapport à ses déclarations initiales?
FRANK MCKENNA : Tout d’abord, je pense que l’absence de réaction s’explique par le fait que les Américains avaient été informés de cette issue avant la conclusion de l’accord. Deuxièmement, je veux que les gens qui nous écoutent comprennent pourquoi le Canada est à la recherche d’autres partenaires commerciaux, même pour des accords de moindre envergure comme celui-ci. La Chine applique des droits de douane très élevés sur nos producteurs d’huile de canola et les produits de la mer.
Ça nous pénalise depuis des années pour deux raisons. Premièrement, on a eu l’audace de se plier à la demande des États-Unis d’arrêter la fille du chef de la direction de Huawei à Vancouver. En représailles, Michael Kovrig et Michael Spavor ont passé deux ans en prison et des droits de douane d’environ 100 % ont été imposés sur les produits canadiens. L’arrestation de Meng Wanzhou été faite à la demande du gouvernement des États-Unis, mais celui-ci n’a pas levé le petit doigt pour nous aider à obtenir une exemption de ces droits de douane.
Par la suite, le gouvernement Biden nous a demandé de collaborer afin d’empêcher les véhicules chinois d’entrer en Amérique du Nord, alors le premier ministre Trudeau a imposé des droits de douane de 100 % sur ces véhicules, conformément aux exigences des États-Unis. En fin de compte, le secteur du canola et celui des produits de la mer ont été soumis à des droits de douane colossaux, ce qui a coûté des milliards de dollars et entraîné la perte de milliers d’emplois.
C’est pourquoi je pense que le premier ministre et son équipe ont conclu un très bon accord, bien que de portée modeste, dans le cadre duquel ils ont fini par accepter un nombre limité de véhicules électriques, environ 50 000, soit seulement 3 % de notre secteur automobile total, en échange d’un allègement des droits de douane sur l’huile de canola et les produits de la mer. Il me semble tout à fait défendable de viser un accord très limité avec la Chine, strictement calibré pour atteindre cet objectif précis.
Dans le même temps, le président Trump affirme qu’il ne souhaite pas voir de voitures canadiennes rouler aux États-Unis. Ça ne semble pas absurde d’autoriser l’importation au Canada d’un très petit nombre de BYD très performantes et peu coûteuses. On verra bien. Jamieson Greer, le représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, a déclaré que le Canada en paierait le prix. Reste à savoir à quel montant s’élèvera l’addition.
Je souhaite toutefois que les personnes qui nous écoutent comprennent qu’il est indispensable d’avoir des outils pour nous protéger. Si les États-Unis ne veulent pas faire affaire avec nous et estiment notre pays incapable de leur offrir quoi que ce soit de valeur, ils devraient au moins nous accorder la liberté de commercer avec d’autres pays dans le monde. Mais j’espère que les choses vont finir par se calmer. Je sais que Scott Moe s’est montré très favorable à cet accord commercial. D’autres premiers ministres ont exprimé des opinions divergentes, certains y étant favorables, d’autres opposés.
Honnêtement, j’ai trouvé que c’était un acte politique remarquable. J’espère qu’il va y en avoir d’autres. Comme l’a souligné le premier ministre Carney dans son discours prononcé aujourd’hui à Davos, nous devons former des coalitions de volontaires en fonction des enjeux spécifiques à chaque région du monde. Ce n’est pas le monde qu’on souhaite, mais c’est le monde dans lequel on vit. Il va parfois falloir faire preuve de pragmatisme et défendre nos intérêts, c’est la réalité du monde dans lequel on vit Peter.
PETER HAYNES : L’une des personnes frustrées par cet accord est le premier ministre Ford, en Ontario, en raison des répercussions sur le secteur automobile. Ça confirme à quel point ce pays est difficile à diriger. On essaie de résoudre un problème dans une région et on en crée un nouveau dans une autre région. C’est très compliqué.
Bien. On va maintenant revenir à l’Amérique du Nord. Le président Trump a été très actif sur Truth Social ces deux dernières semaines. Je vais commencer par évoquer sa menace à l’encontre du secteur de la défense, à savoir limiter les rachats d’actions et les dividendes pendant trois ans, je crois, si les industriels n’investissent pas dans des usines et des équipements aux États-Unis.
Je dois admettre que parfois, j’ai le sentiment que les entreprises penchent trop en faveur des actionnaires au détriment des parties prenantes. Je sais qu’en tant que chef de la direction d’une entreprise, vous comprenez ce débat. Néanmoins, d’où provient cette tendance et pensez-vous qu’elle soit justifiée?
FRANK MCKENNA : Oui, quand on regarde tout ce qu’il s’est passé ces deux dernières semaines, les rachats d’actions et les dividendes pour les prestataires du secteur de la défense, les restrictions imposées aux investisseurs institutionnels sur les maisons unifamiliales, le plafonnement des cartes de crédit, etc., toutes ces mesures répondent à un même enjeu : l’abordabilité. Le président crie à l’infox, mais en réalité, ces mesures inquiètent les républicains, d’autant plus que les élections de mi-mandat auront lieu dans moins d’un an. Il faut toutefois reconnaître que, par ses déclarations, il tente de résoudre les problèmes liés à l’abordabilité. Voilà ce qu’il fait dans un premier temps.
Ensuite, ce sujet détourne l’attention des autres questions dont le président préfère ne pas parler. Pour finir, il s’agit, en toute franchise, d’un énième exemple d’État actionnaire. On a vu les États-Unis – et je pense que peu d’auditeurs contesteraient ce point – passer du bastion mondial du libre marché à un modèle qui s’apparente de plus en plus à un État actionnaire, que ce soit par l’intermédiaire d’actions en or ou de mécanismes où l’accès au commerce est conditionné à une participation ou à un pourcentage reversé à l’État.
C’est tout nouveau. C’est une forme de capitalisme qu’on n’a jamais vue auparavant aux États-Unis. Le terme d’État actionnaire n’est pas usurpé à mon sens. L’État s’immisce dans tous les secteurs de l’économie.
PETER HAYNES : Viennent s’ajouter à ça, de toute évidence, le contrôle des médias et d’autres mesures imposées par l’administration Trump au cours de la dernière année. Aujourd’hui marque le premier anniversaire de l’investiture du deuxième mandat de Donald Trump. Voyons voir comment les neuf ou dix prochains mois qui précèdent les élections de mi-mandat vont se dérouler.
On va maintenant s’intéresser au contrôle des frontières. Il ne fait aucun doute que l’administration Trump a effectivement réussi à réduire l’entrée d’immigrants clandestins à la frontière sud et à expulser les étrangers vivant illégalement aux États-Unis. Toutefois, les méthodes de l’ICE sont devenues un sujet sensible pour l’administration actuelle.
On a vraiment l’impression que les récents événements survenus dans le Minnesota et le décès tragique d’un citoyen américain, filmé et diffusé aux yeux du monde entier, ont braqué les projecteurs sur ces méthodes. Pensez-vous que l’ICE va modérer ses interventions à l’approche des élections de mi-mandat? Selon vous, les manifestations au Minnesota vont-elles se poursuivre ou la situation est-elle en train de se calmer?
FRANK MCKENNA : À mon avis, l’ICE va adopter une attitude plus modérée. Un autre décès en détention a été signalé aujourd’hui au Texas. D’après les sondages, même les personnes qui soutiennent fermement le programme du président trouvent que les méthodes de l’ICE et l’agressivité des agents chargés de faire respecter la loi sont inacceptables. Je pense que les Américains soutiennent largement les mesures prises pour régler les problèmes à la frontière mexicaine. Beaucoup d’immigrants illégaux ont franchi cette frontière au fil des ans, donc je pense que les mesures de contrôle sont soutenues.
À mon avis, il faut reconnaître au président Trump le mérite de s’être attaqué à un vrai problème, mais ce qui frappe, c’est l’extravagance des actions menées, poussées notamment par Stephen Miller et la Maison-Blanche, qui consacrent pratiquement chaque minute de leur temps à la question de l’immigration illégale. J’ai des raisons de croire qu’il encourage la répression de l’ICE. Je pense donc qu’il y a une forte pression pour expulser davantage de personnes.
En revanche, je dirais que le public américain, y compris les électeurs républicains, s’oppose à ces méthodes. C’est pourquoi je m’attends à ce que l’ICE lève le pied. Je pense que les choses vont se calmer dans le Minnesota. Il n’y a pas d’État plus raisonnable, plus rationnel et plus pacifique que le Minnesota. Je ne crois pas qu’il y ait une volonté de s’engager dans un affrontement ouvert avec le gouvernement des États-Unis. Alors oui, à tous égards, je pense que la situation va s’apaiser.
PETER HAYNES : Oui, on l’espère. Une fois encore, on s’est parlé il y a seulement deux semaines et, au milieu de toutes les actualités autour de Donald Trump, celle qui a, selon moi, le plus fait réagir aux États-Unis, c’est l’annonce de Jerome Powell, le président de la Fed, indiquant qu’il était visé par une enquête du ministère de la Justice relative à son témoignage devant le Congrès concernant des travaux de rénovation du bâtiment de la Fed. Frank, êtes-vous surpris par la réaction des deux partis au Congrès qui critiquent cette enquête, d’autant plus que le président Trump va nommer le prochain président de la Fed et que ce dernier fait partie des 12 membres ayant le droit de vote sur la politique monétaire, à l’instar d’autres membres nommés par le président lui-même?
FRANK MCKENNA : Je pense que la séparation des pouvoirs va jouer son rôle dans cette affaire. Le président va devoir faire marche arrière. Jerome Powell jouit d’un soutien considérable.
Ce qui est intéressant, c’est que M. Powell doit se rendre à la Cour suprême et assister à l’audience sur le renvoi de Lisa Cook, je crois, membre du conseil des gouverneurs. Scott Bessent l’a mis en garde Il ne doit pas tenter d’influencer la Cour suprême. En parallèle, Scott Bessent a expliqué à quel point l’invalidation de l’IEEPA serait problématique, notamment en raison de son impact direct sur le Trésor américain. C’est un peu le principe de « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».
Pour en revenir à votre question, je pense que les États-Unis, dans le meilleur des cas, disposent d’un mécanisme de séparation des pouvoirs très solide et d’un sens aigu de la décence. À mon avis, l’opinion publique est très favorable à Jerome Powell. Je pense que le président va devoir faire marche arrière.
PETER HAYNES : Pour terminer, je vais vous parler d’un événement qui s’est produit au Canada la semaine dernière, la démission surprise du premier ministre du Québec, François Legault, qui a annoncé son départ huit mois avant les élections. Il n’a plus l’appui de la province. Les sondages l’ont clairement démontré.
Je sais qu’on a discuté le mois dernier des libéraux qui cherchent à élire un nouveau chef pour leur parti, mais le parti de François Legault va lui aussi avoir besoin d’un nouveau chef. Tout d’abord, s’agit-il d’une surprise pour vous? Et deuxièmement, cette décision va-t-elle avoir une incidence sur le déroulement de la campagne électorale au cours des huit prochains mois?
FRANK MCKENNA : Ce n’est pas une surprise pour moi. Quand quelqu’un affiche un score inférieur au taux d’intérêt dans les sondages, c’est qu’il est temps de partir. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que plus il affirmait vouloir rester et se battre, plus il était probable qu’il partirait. Je ne suis pas du tout surpris.
Est-ce que ça change la donne? Je pense que oui. Il était extrêmement impopulaire. Son parti va donc avoir un nouveau chef et pourra ainsi tenter de se relancer. Le Parti libéral a désormais un nouveau chef, tout porte à croire que ce sera Anju Dhillon, une personnalité très respectée. Les libéraux vont donc avoir l’occasion de rebondir. Ça rebat les cartes.
Le Parti québécois semblait en passe de remporter une victoire écrasante. Maintenant, je pense que les Québécois ont trois choix crédibles. J’espère que, d’une certaine manière, le nationalisme québécois sera à l’ordre du jour. Tous les sondages indiquent que les Québécois ne souhaitent pas de référendum. Ils veulent continuer à faire partie du Canada.
En fait, même ceux qui veulent quitter le Canada veulent conserver leur citoyenneté canadienne. Un peu comme un divorce sans renonciation aux droits conjugaux. Toutefois, j’espère que les Québécois vont se ressaisir. Ils doivent comprendre que s’ils décident de devenir une nation indépendante, ils se retrouveront dans le collimateur des États-Unis.
Je ne peux imaginer qu’un Québécois pense que sa langue et sa culture seront mieux protégées par le président américain qu’elles ne le sont actuellement au Canada. C’est pourquoi je pense que ces élections au Québec vont être très, très intéressantes. Trois choix crédibles s’offrent aux Québécois. La séparation ou le nationalisme pourraient être à l’ordre du jour. On verra. De plus, compte tenu de la situation actuelle, les Québécois pourraient même décider de ne pas élire un gouvernement qui souhaite organiser un référendum.
PETER HAYNES : Mais Frank, s’il y a deux chefs de parti forts dans les deux autres partis, est-ce que ça ne va pas diviser les votes et nuire au Parti québécois?
FRANK MCKENNA : Au Québec, c’est difficile à évaluer. C’est comme jouer au billard. On ne sait jamais où les boules vont aller quand on casse. En théorie, c’est possible, mais on ne peut pas l’affirmer. On pourrait finir par avoir un gouvernement minoritaire, ce qui limiterait les pouvoirs du premier ministre. À ce stade, personne ne le sait. C’est pour cette raison que la situation politique au Québec s’annonce particulièrement intéressante à suivre. L’incertitude règne.
PETER HAYNES : Bien. On va garder un œil sur ce sujet dans le cadre de ce balado mensuel. Bon, Frank, assez de négativité. Enfin, je dis ça, mais je supporte les Buffalo Bills. Cette fin de semaine m’a quelque peu secouée.
Je supporte trois équipes Frank. Les Maple Leafs, les Jays et les Bills. Ma vie est une véritable tragédie. Mais on va parler des Blue Jays, comme on a l’habitude de le faire. Il ne reste plus que trois semaines avant que les lanceurs et les receveurs reprennent l’entraînement de printemps. La plupart des principaux joueurs libres de tout contrat ont été recrutés.
Comme ils l’ont fait ces dernières années, les Jays s’intéressent à presque tous les grands joueurs libres de contrats disponibles. Ils ont réussi à en recruter deux ou trois, avant de rater les deux grands noms qu’il restait. Kyle Tucker, qui a rejoint l’empire maléfique de Los Angeles, et l’ancien joueur des Blue Jays, Bo Bichette, qui a signé un contrat de courte durée avec les Mets de New York. Dans l’ensemble, êtes-vous satisfait de l’intersaison des Blue Jays ?
FRANK MCKENNA : Permettez-moi de vous dire que je partage votre déception concernant les Bills. À mon sens, l’action qui a fait basculer le match en toute fin aurait clairement dû être revue. Ce n’est pas normal qu’une équipe aussi talentueuse que les Buffalo se fasse éliminer ainsi, mais bon, c’est comme ça.
En ce qui concerne les Blue Jays, je suis désormais beaucoup plus optimiste. J’ai toujours été critique envers la direction des Blue Jays, mais l’année dernière, ils se sont vraiment rachetés à mes yeux. De l’équipe des entraîneurs jusqu’aux dirigeants, mon opinion a beaucoup changé. Je vais donc leur accorder le bénéfice du doute.
Le prix à payer pour Tucker était en effet très élevé. Et ça nous montre, Peter, qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le baseball quand une équipe déjà bien pourvue peut dépenser 240 millions de dollars pour recruter un autre joueur vedette. Tôt ou tard, le monde du baseball va devoir se pencher sérieusement sur la question de la parité, car Los Angeles peut continuer à s’acquitter d’une taxe de luxe en plus de sa masse salariale et finira toujours par avoir les meilleurs joueurs, tout comme les Yankees, les Mets ou, dans une certaine mesure, les Blue Jays. Il faut donc prendre cette question à bras-le-corps.
J’aurais vraiment voulu qu’on garde Bichette. Il m’a plu dès la première fois que je l’ai vu au camp d’entraînement. C’est un joueur exceptionnel. C’est regrettable de l’avoir laissé filer, mais je reste optimiste. On a fait de très bons ajouts, tant au niveau des lanceurs que sur le terrain.
On compte plusieurs jeunes talents dans notre réseau d’équipes-écoles qui pourraient éventuellement évoluer au poste de joueur de champ intérieur. Il ne faut pas oublier la présence de Santander, qui est grassement payé. Il n’a pas été très performant l’année dernière, mais il est capable de frapper 40 coups de circuit et d’apporter une contribution considérable. Il faut donc espérer un grand Santander, ce qui reviendrait presque à recruter l’un de ces grands noms libres de tout contrat.
Sans oublier Barger, qui a finalement réalisé une excellente saison. Il pourrait jouer en troisième base. Il a un canon en guise de bras. S’il progresse comme je l’espère, il pourrait frapper 40 coups de circuit. Certains des joueurs de l’effectif actuel vont donc devoir élever leur niveau de jeu, et je pense qu’ils en sont capables après les performances qu’ils ont réalisées la saison dernière.
J’attends simplement des Blue Jays qu’ils nous divertissent, qu’ils fassent vibrer notre pays tout au long de la saison, en pratiquant le même baseball que la saison dernière, c’est-à-dire un baseball de contact, en étant agressifs sur les bases et en saisissant toutes les occasions de marquer. J’espère qu’ils y parviendront. Quels que soient leurs résultats, s’ils continuent à jouer un baseball aussi spectaculaire, je ne bougerai pas de devant ma télévision.
PETER HAYNES : En tant que Canadiens, l’an dernier, on avait besoin de la Confrontation des 4 nations et des Blue Jays. L’équipe olympique va devoir décrocher la médaille d’or.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : On s’excuse auprès de nos amis américains, mais on veut vraiment tout rafler aux Jeux olympiques. Selon moi, la stratégie des Blue Jays cette année, qui consiste à recruter tous les joueurs libres, s’explique par le fait que la direction estime que la saison dernière a été une année atypique. Que ce soit Barger, Ernie Clement ou d’autres joueurs de ce calibre, je pense que certains d’entre eux ne vont pas pouvoir maintenir ce niveau de performance.
La direction en est consciente, et c’est la raison pour laquelle elle a tenté de recruter Tucker et les autres. J’espère me tromper. J’espère que tous les joueurs vont continuer à être aussi performants qu’ils l’ont été jusqu’à présent. Lucas, Davis Schneider… Ça s’annonce passionnant, et il ne reste plus beaucoup de temps avant le début.
Quand on voit les Dodgers payer l’équivalent de 120 millions par an pour Tucker, car ils doivent s’acquitter d’une taxe de luxe équivalente au montant du contrat, comment peut-on penser qu’il n’y a pas lieu d’instaurer un plafond salarial? Frank, autant savourer la saison 2026, mais je ne pense pas que la saison 2027 sera annulée Je pense que tout le monde est conscient de la nécessité d’instaurer un plafond salarial.
Vingt-trois propriétaires doivent approuver la convention collective. Plus de sept d’entre eux vont estimer qu’il est impossible de tolérer cette situation plus longtemps. Un plafond salarial sera mis en place. Je pense qu’ils peuvent y parvenir sans avoir à recourir à faire grève. Tout le monde sait que c’est nécessaire. La manière de le mettre en œuvre constitue évidemment un défi, mais ce que tout le monde oublie, c’est qu’avec un plafond salarial, il y aura forcément un plancher.
Par conséquent, les 10 équipes dont la masse salariale n’excède pas 60 ou 80 millions de dollars devront la relever. Ainsi, beaucoup de joueurs vont voir leur salaire augmenter. Ça va donc être intéressant de voir comment les choses vont évoluer, et on aura certainement l’occasion d’en discuter au cours de l’année.
FRANK MCKENNA : Avec grand plaisir, on pourra en parler sans se préoccuper du monde chaotique dans lequel on semble vivre.
PETER HAYNES : On aime terminer ce balado sur une note positive, et rien de mieux que le sport pour ça. Très bien Frank, le mois prochain, je suis sûr qu’on parlera des Jeux olympiques. Ça va être super à regarder. Merci encore d’avoir été des nôtres. Et on se retrouve en février.
FRANK MCKENNA : OK, d’accord. Merci.
[LOGO AUDIO]
PETER HAYNES : Merci d’avoir écouté Géopolitique. Ce balado de Valeurs Mobilières TD est à titre informatif seulement. Les opinions décrites dans le balado d’aujourd’hui sont celles des individus y participant et peuvent ou non représenter le point de vue de la TD ou de ses filiales, et ces opinions ne doivent pas être interprétées comme des conseils de placement, fiscaux ou autres.
Ce balado ne doit pas être copié, distribué, publié ou reproduit, en tout ou en partie. Les renseignements contenus dans cet enregistrement ont été obtenus de sources accessibles au public, n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante de la part de Valeurs Mobilières TD, pourraient ne pas être à jour, et Valeurs Mobilières TD n’est pas tenue de fournir des mises à jour ou des changements. Toutes les références aux cours et les prévisions du marché sont en date de l’enregistrement. Les points de vue et les opinions exprimés dans ce balado ne sont pas nécessairement ceux de Valeurs Mobilières TD et peuvent différer de ceux d’autres services ou divisions de Valeurs Mobilières TD et de ses sociétés affiliées. Valeurs Mobilières TD ne fournit aucun conseil financier, économique, juridique, comptable ou fiscal ou de recommandations dans ce balado. Les renseignements contenus dans ce balado ne constituent pas des conseils de placement ni une offre d’achat ou de vente de titres ou de tout autre produit et ne doivent pas être utilisés pour évaluer une opération potentielle. Valeurs Mobilières TD et ses sociétés affiliées ne font aucune déclaration ou ne donnent aucune garantie, expresse ou implicite, quant à l’exactitude ou à l’exhaustivité des déclarations ou des renseignements contenus dans le présent balado et, par conséquent, déclinent expressément toute responsabilité (y compris en cas de perte ou de dommage direct, indirect ou consécutif).
Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
À titre de président suppléant, Frank a pour mandat de soutenir l’expansion soutenue de Valeurs Mobilières TD à l’échelle mondiale. Il est membre de la direction du Groupe Banque TD depuis 2006 et a été premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur du Canada aux États-Unis.
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter s’est joint à Valeurs Mobilières TD en juin 1995 et dirige actuellement notre équipe Recherche, Structure des marchés et indices. Il gère également certaines relations clés avec les clients institutionnels dans la salle des marchés et anime deux séries de balados, l’une sur la structure des marchés et l’autre sur la géopolitique. Il a commencé sa carrière à la Bourse de Toronto au sein du service de marketing des indices et des produits dérivés avant de rejoindre Le Crédit Lyonnais (LCL) à Montréal. Membre des comités consultatifs sur les indices américains, canadiens et mondiaux de S&P, Peter a siégé pendant quatre ans au comité consultatif sur la structure du marché de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.