Guests: Frank McKenna, Deputy Chair, TD Securities
Host: Peter Haynes, Managing Director and Head of Index and Market Structure Research, TD Securities
L’épisode 72 de Géopolitique discute d’une combinaison d’événements actuels et de prévisions pour 2026. Frank discute de la stratégie de sécurité nationale récemment publiée par les États-Unis, qui, selon certains experts, est semblable à la doctrine originale de Monroe publiée après la révolution américaine, dont l’objectif était d’établir la domination des États-Unis sur l’hémisphère occidental. Après avoir fait l’éloge de l’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, qui a annoncé son départ à la retraite, Frank a quelques conseils pour la prochaine personne qui représentera le Canada à Washington. Il discute des allégeances changeantes à Ottawa qui poussent les libéraux vers une majorité et rappelle aux auditeurs que cette pratique n’a rien de nouveau au Canada. Avant d’en arriver à ses prédictions pour 2026, Frank se penche de nouveau sur la saga Marjorie Taylor Greene (ou MTG) contre Donald Trump et, enfin, sur la question de savoir si la réfutation du président Trump par l’Indiana signifie la fin du découpage électoral partisan, pour le moment… Pour ce qui est des prévisions, ne manquez surtout pas ses réflexions sur l’avenir de l’ACEUM, le pipeline Trans Mountain, la guerre en Ukraine et les élections de mi-mandat à Washington.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 0:43 | Doctrine Monroe 2.0 |
| 7:52 | Conseils pour le prochain ambassadeur à Washington |
| 12:18 | Plus de changements d’allégeance chez les députés |
| 17:12 | MTG met en doute le dévouement de Trump envers les États-Unis |
| 23:09 | La fin du découpage électoral partisan, pour l’instant… |
| 26:14 | Prédictions pour 2026 |
Ce balado a été enregistré le 15 décembre 2025.
FRANK MCKENNA : Il est impératif de reconnaître qu’on doit d’abord se soucier de notre priorité, qui est le Canada, et accorder davantage d’attention à la protection de la propriété intellectuelle.
PETER HAYNES : Bienvenue à l’épisode 72 de Géopolitique avec l’honorable Frank McKenna. Je m’appelle Peter Haynes et je suis l’animateur de ce balado dans lequel on discute des grands enjeux géopolitiques qui touchent les investisseurs, les négociateurs et les citoyens intéressés de partout dans le monde, d’ailleurs. On va commencer par quelques réflexions sur le mois de décembre, avant de passer aux prévisions pour 2026. J’aime toujours avoir l’avis de Frank sur plein de sujets. On va ensuite débattre et discuter de certaines de ses prédictions.
Frank, c’est le temps des Fêtes. On est en décembre, mais la vie continue, et je souhaite commencer ce mois-ci par la publication d’un document que les spécialistes en géopolitique vont qualifier de « doctrine Monroe 2.0 ». Je veux parler bien entendu de la Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis qui, tout comme le document original publié après la Révolution américaine, vise à rétablir la domination américaine sur l’hémisphère occidental, reléguant tous les autres pays, y compris le Canada, au rang d’États vassaux. Cette stratégie semble également laisser l’Europe livrée à elle-même en matière de sécurité.
Selon Douglas Soltys, rédacteur en chef de BetaKit, une revue pour les entreprises technologiques en démarrage, les Canadiens devraient examiner ce document, et je cite : « L’ensemble des commentaires sur le 51e État et les droits de douane de rétorsion sont condensés dans un seul document de politique étrangère. » Fin de la citation. Frank, dites-nous ce que vous pensez de ce document et quels messages le reste du monde, et le Canada en particulier, devrait en tirer.
FRANK MCKENNA : Eh bien, Peter, je vais m’efforcer de faire preuve de prudence, car j’ai été ambassadeur et je dois faire appel à mes compétences diplomatiques. Ma déclaration comme quoi cette affaire me donnait envie de vomir a toutefois été reprise dans le Hill Times ce matin. Ce qui n’est pas très diplomatique. Mais j’ai reçu un message d’un ministre qui approuvait totalement. Je pense donc que mon point de vue est partagé par certains membres du gouvernement.
On va revenir un peu en arrière. La Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis vise à informer le monde des priorités générales du gouvernement américain. Cette stratégie a été mise en place en vertu du Goldwater-Nichols Act en 1986 et s’est poursuivie depuis. Elle est destinée à dresser la liste des priorités et des enjeux en matière de sécurité nationale,
et a tendance à refléter la personnalité d’un gouvernement. Je dois dire, Peter, qu’il ne s’agit pas des États-Unis qui s’adressent au Canada ou au reste du monde. Il s’agit de l’administration, en particulier, selon toute vraisemblance, de JD Vance, qui s’adresse au reste du monde, car je ne suis pas certain que le président se serait prononcé sur ce document dans la même mesure que certains autres membres de l’administration l’ont fait.
PETER HAYNES : Est-ce que ça veut dire que le président a eu recours à sa machine à signer?
FRANK MCKENNA : [RIRES] Vous en parlez, et c’est très intéressant. L’introduction d’un document en dit long sur son contenu. Je vais prendre un moment pour lire l’introduction du président Trump qui accompagne ce document.
Il dit : « Au cours des neuf derniers mois, nous avons sauvé notre nation et le monde entier, qui se trouvaient au bord du gouffre et de la catastrophe. Après quatre années de faiblesse, d’extrémisme et d’échecs désastreux, mon administration a agi avec urgence et une rapidité historique pour restaurer la puissance américaine sur le plan intérieur et à l’étranger, et ramener la paix et la stabilité dans notre monde Aucune administration dans l’histoire n’a accompli un revirement aussi spectaculaire en si peu de temps. » Et l’une des dernières phrases sur lesquelles il conclut, qui résume tout : « Dans tout ce que nous faisons, l’Amérique reste notre priorité. »
Comme à son habitude, le président utilise des termes extrêmes et excessifs pour présenter un document. Mais ici, ces termes décrivent probablement ce que reflète le document. Des propos xénophobes. Sombres. C’est une vision très sombre du monde et du rôle des États-Unis. Les États-Unis d’abord. Les États-Unis d’abord, seulement les États-Unis et rien que les États-Unis, malheureusement.
Le document est assez ouvert sur la Russie, à la surprise générale. Il est extraordinairement agressif à l’égard de l’Europe, et fait suite à un certain nombre de commentaires très négatifs, comme qoi l’Europe se dirigerait vers un effacement civilisationnel, ce qui va laisser les européens bouche bée.
Peter, je vais prendre un moment pour répondre. J’ai passé 20 ou 30 ans à assister à des conférences internationales, de Bilderberg à Doha et à d’autres conférences partout dans le monde, et les Européens sont toujours là. On parle toujours des tensions et de l’éclatement de l’Europe, mais je n’ai jamais entendu un groupe plus déterminé à maintenir son unité que les Européens.
Ce qu’ils me répondent toujours quand je leur dis : « Bon sang, cette union vous donne beaucoup de fil à retordre. » c’est que c’est beaucoup plus facile que de gérer des millions de pertes humaines provoquées par les guerres mondiales, que le reste du monde n’a pas connues, contrairement à eux. Ils se sont juré que ça n’arriverait plus. Quoiqu’il en coûte, l’Europe restera unie. C’est ce qu’on entend dans la bouche de tous les Européens. C’est pourquoi ils vont être très surpris d’apprendre que le continent est en passe de disparaître.
En résumé, Ronald Reagan avait cette vision des États-Unis, qu’il qualifiait de « ville brillante sur une colline. » Pour le président en exercice, les États-Unis s’apparentent à un château entouré de douves. Ça signifie qu’il n’y a pas de forteresse nord-américaine. Ce sont les États-Unis d’abord, et rien que les États-Unis. On nous considère davantage comme des adversaires ou des voisins hostiles que comme des amis et des alliés.
PETER HAYNES : Frank, j’ai lu beaucoup de commentaires dernièrement de Jim Balsillie, qui était jusqu’à récemment, je crois, président du Conseil des innovateurs et qui vient de prendre sa retraite. Il a beaucoup attiré l’attention sur ce document en particulier, et il souhaite mettre l’accent sur la propriété intellectuelle et l’importance pour le Canada de posséder sa propre propriété intellectuelle, mais aussi de mieux comprendre les technologies qu’on contrôle réellement. Pensez-vous que notre gouvernement, le gouvernement Carney, en fait assez pour répondre aux demandes de Jim Balsillie?
FRANK MCKENNA : Je pense qu’on va dans la bonne direction. Il n’a pas tort. Il est impératif de reconnaître qu’on doit d’abord se soucier de notre priorité, qui est le Canada, et accorder davantage d’attention à la protection de la propriété intellectuelle.
En l’espace de quelque temps, on a perdu Avro Arrow dans l’aérospatiale, on a perdu Nortel, qui serait l’équivalent de Nokia ou d’Ericsson dans le secteur de la téléphonie mobile en ce moment, BlackBerry, etc. Par conséquent, on doit être beaucoup plus vigilants à l’égard de la protection de la propriété intellectuelle au Canada.
Je pense qu’on va dans la bonne direction. Je pense que le discours de la nouvelle administration du Canada est le bon. La politique qui consiste à mettre le Canada d’abord est probablement la bonne, même si elle va à l’encontre de ma vision du monde tel qu’il devrait être, et non tel qu’il est actuellement. Je dirais donc qu’on va dans la bonne direction, Peter, mais qu’on a encore du chemin à faire.
PETER HAYNES : Oui. Balsillie attire incontestablement l’attention sur ce sujet précis. Je doute qu’il en reste là.
FRANK MCKENNA : Non, le Conseil canadien des innovateurs, que Ben Bergen a dirigé et dont la direction a récemment changé, fait l’éloge du budget, mais dit qu’il faut en faire plus. Je pense qu’il y a maintenant des groupes d’intérêts très solides qui s’emparent publiquement de cette question. C’est une bonne chose.
PETER HAYNES : Je suis d’accord. Frank, la semaine dernière, l’ambassadrice du Canada aux États-Unis, l’honorable Kirsten Hillman, a annoncé qu’elle quitterait son poste au début de l’année 2026. Comme vous êtes membre à vie du syndicat des ambassadeurs, que pourriez-vous dire sur le temps que Kirsten Hillman a passé au poste que vous avez occupé? Et quels conseils avez-vous à donner à la personne qui va prendre le poste? J’ai lu des rumeurs selon lesquelles le nom de Mark Wiseman circulait dans la presse à propos de ce dossier particulier, mais peut-être que ce sera quelqu’un d’autre. Quels conseils avez-vous pour la personne qui va assumer ce rôle?
FRANK MCKENNA : Pour commencer, Mme Hillman mérite énormément de crédit. Son travail a été héroïque. Elle a joué un rôle essentiel dans la modernisation de l’ALENA et dans les discussions sur l’ACEUM.
Elle a été la négociatrice en chef du Canada pour l’Accord de partenariat transpacifique. Elle nous a aidés à obtenir des rabais sur les véhicules électriques en vertu de l’Inflation Reduction Act sous l’administration Biden et a négocié l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. Elle a fait un excellent travail pour le pays et mérite d’avoir la chance de partir quand elle estime que le bon moment est venu.
Pour ce qui est du nouvel ambassadeur, je pense que c’est assez simple. Pour moi, les caractéristiques suivantes sont importantes… Il faut être spécialiste en affaires, savoir lire un bilan, être proche des entreprises, etc. N’oubliez pas que vous gérez une relation de 1 000 milliards de dollars, la plus importante relation commerciale au monde. Il faut donc être proche des leaders économiques au Canada et aux États-Unis et de toutes les associations commerciales qui les représentent.
Vous devez comprendre les médias. Cet aspect est indispensable à mon avis, surtout maintenant que le président et son équipe s’informent au moyen de la télévision par câble plutôt que par les revues publiées par les groupes de réflexion et la presse écrite. Vous devez être en mesure d’intervenir sur Fox News et de participer à des débats houleux sur Newsmax et CNN. Vous devez occuper l’espace médiatique pour représenter le pays. Ce n’est pas facile pour les fonctionnaires, car ils n’ont pas l’habitude de le faire,
mais il faut quelqu’un à l’aise avec les médias. Il faut quelqu’un qui possède d’excellentes connaissances politiques, qui a cette poignée de main secrète qu’ont les législateurs américains, qui sait ce que c’est que de briguer un mandat public, de s’assurer du soutien de la population et qui est en mesure d’établir des relations politiques.
Je ne peux pas prétendre que je maîtrisais toutes ces compétences ni que l’une d’entre elles se distinguait nettement, mais en tant qu’habitant des provinces maritimes, je pense que ma capacité à m’entendre avec les gens était, selon moi, une grande qualité. Avec le président Bush, j’ai établi une véritable relation autour du baseball. On était tous les deux de grands mordus de baseball.
PETER HAYNES : En voilà une nouvelle pour nos auditeurs.
FRANK MCKENNA : [RIRES] Oui. Je crois que j’en ai déjà parlé une ou deux fois ici. On a eu une réunion d’environ 350 ambassadeurs à la Maison-Blanche qui s’éternisait… Je voulais partir en douce, et le président Bush m’a surpris en sortant. Il m’a dit : « McKenna, où allez-vous? » J’ai dit qu’il y avait les Séries mondiales et que je retournais à la maison pour regarder le match de baseball. Il m’a répondu : « Je vous suis. » Le baseball était donc l’un de nos points communs, entre autres.
Avec Dick Cheney, c’était la pêche sur la rivière Miramichi. On a établi une bonne relation. Et avec Hillary Clinton, on avait tous les deux des téléphones BlackBerry qu’on adorait, et c’est ce qui nous a rapprochés. Il faut donc trouver un point commun et s’en servir pour créer du lien.
Le nouvel ambassadeur va donc devoir semer des graines un peu de partout aux États-Unis. Il va devoir composer avec l’administration, mais il va aussi devoir composer avec la direction que va prendre le pays, avec la personne qui va diriger le Parti démocrate, avec le parti qui va diriger la Chambre des représentants. Il va falloir traiter avec les gouverneurs. Qui émerge? Qui chute? C’est vraiment une campagne politique à grande échelle qu’il va falloir mener. Il vous faut donc des ressources pour y parvenir.
PETER HAYNES : Frank, l’une des grandes déceptions de cette série de balados pour moi a été de ne jamais avoir pu trouver la vidéo dans laquelle vous lancez la première balle lorsque vous étiez ambassadeur à Washington, là où vous affirmez avoir lancé une balle rapide lors d’un match des Nationals de Washington. Contre qui jouaient-ils? Les Blue Jays? Ou était-ce à l’occasion de la fête du Canada?
FRANK MCKENNA : Je ne me souviens plus de l’adversaire, mais je me souviens d’autre chose : L’une de mes dents est tombée pendant la diffusion. J’ai dû garder une main sur la bouche pour essayer de la retenir.
[RIRES]
PETER HAYNES : Les anecdotes des coulisses sont toujours les plus intéressantes. Frank, je poursuis un peu sur le Canada. La semaine dernière, un autre député conservateur a changé de camp et s’est joint au Parti libéral de Carney, ce qui signifie que le parti au pouvoir n’est qu’à un siège de la majorité
Lors de notre récente conférence, Rona Ambrose, notre collègue de la TD, a laissé entendre que l’ancien député de la Nouvelle-Écosse qui avait quitté le Parti conservateur en octobre n’était qu’un cas isolé et que d’autres motivations cachées étaient en jeu. Mais voilà qu’on assiste à un nouveau départ et que d’autres rumeurs courent.
Que pensez-vous de ces défections? Reflètent-elles des problèmes plus profonds au sein du Parti conservateur de Pierre Poilievre? Et qu’en est-il des reproches légitimes adressés à ces transfuges, qui n’ont pas été élus par les électeurs de leur municipalité pour représenter le Parti libéral?
FRANK MCKENNA : Tout d’abord, pour Pierre Poilievre, il s’agit assurément d’un défi, surtout si un autre député venait à s’en aller. Ça confèrerait au Parti libéral une majorité, bien que très courte. Ça change complètement la donne dans la façon de gouverner.
Cependant, chaque défection s’accompagne de jérémiades, de grincements de dents etc. Mais c’est le cas depuis 100 ans Peter. On compte 300 changements de camp au cours des 100 dernières années. Ce n’est donc pas une nouveauté. En fin de compte, tout dépend de qui l’on parle.
Les conservateurs se sont réjouis lorsque David Emerson, un libéral très populaire, a changé de camp deux semaines après son élection. Il avait accepté un poste au sein du gouvernement Harper. De même lorsque Leona Alleslev a changé de camp. De leur côté, les libéraux ont accueilli Belinda Stronach, Scott Brison et d’autres personnalités de premier plan. Ça fait partie des aléas de la vie politique.
Quant à savoir s’il y en aura d’autres, je pense que c’est tout à fait possible. Je me souviens que lorsque j’ai été élu, j’étais encore plus naïf qu’aujourd’hui, et juste avant mon élection, un membre influent du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Robert McCready, a changé de camp pour devenir président de la Chambre, ce qui a permis à Richard Hatfield d’obtenir une majorité. C’était un événement très important.
J’ai été élu peu de temps après, et j’ai demandé à l’un des membres, pourquoi McCready avait fait ça. Il m’a dit : « Frank, c’est parce qu’il a été le premier à s’être vu proposer le poste. » J’ai alors pris conscience que la politique était également imprégnée d’opportunisme.
Quoi qu’il en soit, il y a plusieurs choses qui ont été dites et sur lesquelles je voudrais revenir. D’abord, et je le vois à la télévision nationale, on dit que les Canadiens n’ont pas donné de majorité au gouvernement.
En toute franchise, je ne pense pas que les Canadiens se soient rendus aux urnes en se disant qu’ils allaient voter pour un gouvernement minoritaire ou majoritaire, et que ça ait été l’une des motivations de leur vote. Ensuite, sur le principe, on peut débattre autant qu’on veut. J’ai toujours pensé que la question était de savoir si l’on adhérait à la conception hobbesienne ou à la conception lockéenne d’un gouvernement, c’est-à-dire à la conception du contrat social.
Selon la première, vous élisez une personne. Vous respectez son discernement et vous le laissez suivre la direction qu’il juge appropriée. Selon la seconde, vous épousez servilement le point de vue des électeurs, sans laisser de place au jugement individuel. Ce sont deux visions très différentes du rôle des élus. Je souscris à cette vision selon laquelle on élit une personne et son jugement, que le monde évolue et qu’elle doit évoluer avec lui.
PETER HAYNES : Dans un pays comme le Canada, dont l’orientation politique est généralement modérée, le fait qu’on ait recensé 300 changements de camp au cours des 100 dernières années ne paraît pas tout à fait surprenant, ce qui montre à quel point les Canadiens épousent des opinions proches et, de manière générale, modérées. Quel contraste.
FRANK MCKENNA : Peter, vous avez dit quelque chose de très important. J’espère que c’est le cas, je crois que ça l’est, et j’espère que ça va continuer de l’être. Je l’ai déjà mentionné ici, mais je tiens à le souligner à nouveau : J’organise un événement chaque été à Fox Harbor, et David Frum, un éditorialiste conservateur – qui n’était pas un partisan de Trump – était d’avis que ce qui s’est passé lors de nos dernières élections fédérales relevait presque du miracle et ne pouvait se produire nulle part ailleurs dans le monde, à savoir que les libéraux avaient réussi à remonter un retard de 25 points pour finalement l’emporter en l’espace de quelques mois.
Il n’affirmait pas ça parce qu’il souhaitait la victoire de Carney ou la défaite de Poilievre. Il n’a pas du tout donné son avis. Il a simplement dit que la politique canadienne n’était pas tribale. Les gens n’ont aucun problème à changer de camp politique. C’est une bonne chose selon lui, dans un monde où la polarisation règne.
PETER HAYNES : Sans aucun doute. Pour les auditeurs qui souhaitent en savoir plus sur David Frum, il anime un balado hebdomadaire auquel je me suis inscrit. Je trouve ça très intéressant d’entendre le point de vue d’un républicain qui critique ouvertement l’administration actuelle.
La transition est toute faite Frank, on va maintenant parler du Parti républicain. Je voudrais revenir sur ce dont on a parlé le mois dernier, à savoir la démission de Marjorie Taylor Greene du Congrès. La semaine dernière, elle a accordé une entrevue de 60 minutes à Lesley Stahl. Parmi les sujets abordés figuraient les menaces de mort proférées à l’encontre de sa famille depuis qu’elle s’est opposée à Trump, et les moqueries des républicains dans le dos du président.
Lorsque Lesley Stahl a questionné MTG sur sa responsabilité dans le climat politique délétère aux États-Unis, celle-ci s’est clairement montrée incapable de reconnaître les faits. Elle affirme que sa priorité est les États-Unis, et non Donald Trump. Elle continue de critiquer l’attention portée par le président Trump aux questions internationales plutôt qu’aux problèmes qui touchent les Américains dans leur quotidien.
D’aucuns pensent que si le président agit ainsi, c’est parce qu’il est plus facile de bombarder une installation nucléaire iranienne ou de saisir un pétrolier vénézuélien que de juguler l’inflation et les problèmes liés au coût de la vie aux États-Unis. Que pensez-vous du point de vue de MTG et de l’accent mis par Donald Trump sur les questions internationales?
FRANK MCKENNA : Tout d’abord, il faut reconnaître qu’elle a été l’une des figures les plus controversées aux États-Unis. Ses propos au fil des ans ont été particulièrement incendiaires, et elle a contribué à cette polarisation. Elle semble avoir considérablement changé d’attitude au cours des derniers mois. J’imagine qu’il n’y a aucune raison de douter de sa sincérité.
Je voudrais néanmoins souligner que certaines choses dans son propre district et en Géorgie l’ont, je pense, poussée dans cette direction dans une certaine mesure. Les coûts des soins de santé ont été particulièrement élevés en Géorgie. De plus, la suppression des subventions de l’Obamacare affecte considérablement les habitants de son district. Je pense qu’il en est de même pour les droits de douane.
Elle s’est beaucoup exprimée sur l’affaire Epstein. Je pense qu’elle a beaucoup entendu ses électeurs exprimer leur souhait de transparence à ce sujet. Son électorat n’apprécie guère le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël, et je pense que, de manière générale, c’est une politicienne qui sait va là où le vent souffle et qui souhaite arriver à ses fins.
De mon point de vue, le président Trump est en train de perdre une partie du soutien indéfectible du mouvement MAGA, et sa cote de popularité au niveau national est en baisse. Les élections de mi-mandat approchent, et pratiquement toutes les élections importantes qui ont eu lieu se sont soldées par une baisse considérable de la popularité des républicains, de la mairie de Miami aux élections dans le Tennessee, sans oublier la Virginie et le New Jersey, etc. Allez savoir, peut-être qu’elle lit l’avenir et avance vers un monde où Trump a moins d’influence.
Quoi qu’il en soit, cette situation reflète la polarisation des États-Unis, un pays où une figure emblématique du mouvement MAGA reçoit désormais des menaces de mort de la part de ce même mouvement.
PETER HAYNES : Êtes-vous surpris, Frank, que Donald Trump mette presque exclusivement l’accent sur son action à l’extérieur des États-Unis?
FRANK MCKENNA : Oui, je le suis. Je pense qu’il a davantage de latitude pour agir sans opposition, car les présidents ont d’énormes pouvoirs en matière de politique étrangère. De plus, ça lui confère beaucoup plus de visibilité. Il veut faire les manchettes tous les jours, toutes les heures, et son action sur la scène internationale lui permet d’y parvenir.
Qui plus est, ça lui évite le travail pénible de former des coalitions autour d’enjeux comme les soins de santé et les droits de douane, ainsi que tout le travail quotidien qu’implique la gestion de l’économie d’un pays. C’est pourquoi les présidents et les premiers ministres considèrent souvent que la politique étrangère est plus flatteuse pour leur ego que certains dossiers nationaux complexes qui doivent être traités.
PETER HAYNES : Oui. Il n’a pas réussi à se débarrasser de ces dossiers lors de son premier mandat, et il se rend compte aujourd’hui qu’il ne souhaite pas s’en occuper davantage lors du second. Je remarque également que MTG a vivement critiqué la publication du président au sujet du meurtre de Rob Reiner, suggérant que cet acte n’avait rien à voir avec la politique. Une critique de plus…
FRANK MCKENNA : Peter, pourriez-vous rappeler aux personnes qui nous écoutent ce que le président a déclaré aujourd’hui à propos de la mort soudaine et tragique d’un célèbre artiste américain et de sa femme?
PETER HAYNES : Bien sûr. Dans sa publication, le président américain a laissé entendre que Rob Reiner et son épouse avaient été assassinés hier et que leur fils était actuellement en détention. C’est une véritable tragédie. Quoi qu’il en soit, le président a laissé entendre que Rob Reiner était atteint de « névrose anti-Trump », ce qui aurait conduit à son assassinat. Il a poursuivi en disant qu’il pensait à la famille. Cela dit, des personnes comme MTG et quelques autres ont été assez critiques à l’égard de ces propos.
FRANK MCKENNA : Oui, j’en parle parce que ce n’est pas représentatif des États-Unis. Ce n’est pas l’opinion de la plupart des Américains qui sont courtois et respectueux. Malheureusement, une trop grande importance est accordée à ces déclarations déplacées. Toutefois, il ne faut pas oublier que ce n’est pas les États-Unis que vous et moi avons respectés et appris à aimer pendant de nombreuses années.
PETER HAYNES : Cette fin de semaine a été particulièrement difficile dans différentes régions du monde, avec plusieurs fusillades. Encore une fois, la poussière va certainement finir par retomber, et on pourra discuter plus en détail de ces sujets.
Avant de passer aux prévisions pour 2026, on a passé beaucoup de temps sur ce balado à parler du découpage électoral. On en discutait il y a quelques années. Puis, on a recommencé à s’y intéresser récemment.
Chris Krueger était avec nous. Il expliquait à nos auditeurs la situation au Texas et le projet de découpage électoral, qui vient d’être approuvé par la Cour suprême. Plus récemment, la Californie a modifié ses cartes électorales pour favoriser un parti politique en particulier.
On se demandait s’il y aurait une limite à ces machinations, et peut-être qu’elle a été franchie la semaine dernière lorsque les républicains de l’Indiana ont rejeté une proposition visant à redessiner la carte locale en faveur du président Trump. Et apparemment, l’Illinois, dirigé par le candidat démocrate à la présidence JB Pritzker, a déclaré qu’il ne procéderait au découpage électoral que si l’Indiana se prononçait en faveur de cette mesure. Pensez-vous que ça pourrait mettre fin, même temporairement, aux pratiques de découpage électoral?
FRANK MCKENNA : Je l’espère de tout cœur. Ce qui est en train de se passer est un affront à la démocratie. Tout tourne autour des élections de mi-mandat en 2026, et les deux camps s’adonnent à ces stratagèmes. Malheureusement, cette pratique est soutenue, encouragée et impulsée par le président des États-Unis, dont le rôle devrait être de prôner la modération et de collaborer pour élaborer une approche bipartisane du découpage électoral. Au lieu de ça, il mène la charge.
Pire encore, cette situation est encouragée par une Cour suprême des États-Unis très complaisante, qui semble prête à tout laisser passer. Mais j’espère et je prie pour que le bon sens l’emporte. J’ai trouvé que les législateurs de l’Indiana ont fait preuve d’un courage extraordinaire face à de nombreuses provocations et menaces. Et voilà qu’ils sont désormais confrontés à des primaires pour conserver leurs postes, car le président leur en veut fortement de ne pas avoir adhéré à son projet scandaleux visant à manipuler les élections de l’année prochaine.
PETER HAYNES : L’ancien gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, s’est également exprimé avec beaucoup de véhémence sur ce sujet, faisant clairement comprendre aux démocrates que le découpage électoral devait se faire dans les deux sens. Je sais qu’il insiste sur le fait que certains États n’ont aucune représentation. Même si 40 % des votes proviennent d’un seul parti, celui-ci n’est pas représenté au Congrès en raison de la manière dont les districts sont délimités. Ça n’a aucun sens. Alors, oui, espérons que…
FRANK MCKENNA : C’est un échec des deux partis. Il faut donc qu’ils règlent ce problème ensemble, car je ne pense pas qu’une démocratie puisse fonctionner lorsque des agissements aussi répréhensibles et scandaleux ont lieu. Et je pense que la plupart des Américains, la grande majorité, dirait simplement : on va trouver un moyen consensuel de procéder au découpage électoral tous les dix ans ou autre, de manière à garantir l’intégrité du processus. À ce propos, le Canada pourrait servir de modèle. Selon moi, c’est une caractéristique propre au Canada, largement soutenue par toutes les formations politiques.
PETER HAYNES : Très bien Frank, 2026 approche. Voici quelques prévisions pour l’an prochain. Voilà comment je vais mener la discussion d’aujourd’hui. Je vais vous poser onze questions concernant des événements qui vont avoir lieu en 2026, et on va les passer en revue une par une. Ce que je vous demande, c’est de me répondre simplement par oui ou par non. Une fois ces sujets abordés, on va pouvoir approfondir vos réflexions sur certains des points les plus importants que je vais soulever. On commence?
FRANK MCKENNA : C’est parti.
PETER HAYNES : OK. No 1 : Les libéraux termineront l’année avec une majorité de sièges au Parlement du Canada.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : Le Canada va approuver la construction d’un nouveau pipeline vers le nord de la Colombie-Britannique.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : Le Canada va annoncer son intention de vendre Trans Mountain.
FRANK MCKENNA : Non.
PETER HAYNES : Les États-Unis vont mettre fin à l’ACEUM.
FRANK MCKENNA : Non.
PETER HAYNES : Le président Trump va perdre le contrôle d’au moins une chambre du Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : Gavin Newsom va devenir le principal candidat démocrate en 2028.
FRANK MCKENNA : Non.
PETER HAYNES : Le président vénézuélien Maduro va être forcé de quitter son poste par les États-Unis, et il va devoir fuir le pays.
FRANK MCKENNA : Non.
PETER HAYNES : La guerre en Ukraine va s’achever par un échange de territoires, accordant à Poutine de nouveaux territoires.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : La Chine va envahir Taïwan.
FRANK MCKENNA : Non.
PETER HAYNES : L’indice S&P 500 va reculer cette année.
FRANK MCKENNA : Non.
PETER HAYNES : Les Blue Jays de Toronto vont remporter les Séries mondiales.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : [RIRES] Super. Bien. On va aborder quelques-uns de ces points, à commencer par Trans Mountain. Vous avez répondu non, alors on va reprendre. Dans de précédents podcasts, vous aviez suggéré que le gouvernement allait attendre que Trans Mountain atteigne sa capacité de production maximale. Vous ne pensez pas que cette capacité maximale puisse être atteinte en 2026?
FRANK MCKENNA : À mon avis, ils pourraient même lancer le processus en 2026, mais ça n’aura de sens que lorsqu’ils auront corrigé tous les bogues et procédé à toutes les mises hors service. Voici ce qu’il faut faire.
Premièrement, il faut atteindre une capacité de 100 %, ce qui implique de convertir une partie du marché au comptant en capacité. Et ça n’a pas encore été fait. Pour ce faire, il est nécessaire de s’accorder sur les péages. Et ça n’a pas encore été fait.
Si l’objectif est de maximiser les avantages pour le Canada et les actionnaires, il faut dégoulotter, injecter des solvants dans le pipeline et procéder à des opérations de dragage dans le port de Vancouver. Ainsi, la production totale va croître de 240 000 à 300 000 barils par jour. De mon point de vue, c’est souhaitable de faire tout ça, car ça permettra de maximiser le prix de vente. On disposera d’une année complète, voire plus, d’historique d’un pipeline qui fonctionne au maximum de sa capacité, avec tous les barils supplémentaires qui y ont été ajoutés. C’est à ce moment-là que le Canada peut obtenir le prix le plus élevé.
PETER HAYNES : Et quel est ce moment?
FRANK MCKENNA : Je pense que ce ne sera pas avant quelques années. Oui.
PETER HAYNES : Bref. Comment va-t-on conclure un accord commercial avec les États-Unis? Votre réponse sur l’ACEUM m’a surpris. À vrai dire, je pensais que vous alliez dire qu’ils allaient simplement… qu’ils allaient simplement nous mener en bateau jusqu’à ce qu’ils mettent fin à l’accord, car on sait qu’ils en sont capables.
FRANK MCKENNA : Je pense qu’ils vont s’en servir de manière très préjudiciable dans le cadre des négociations. Les négociations vont être très tendues, etc. Mais pour y mettre fin, le président doit donner un préavis de six mois. D’après ce qui ressort des audiences sur le remaniement de l’ACEUM, il semble que le milieu des affaires américain soit presque unanimement favorable à cet accord. Je pense que les élections de mi-mandat vont susciter beaucoup d’anxiété et de problèmes d’abordabilité, et qu’en fin de compte, le Congrès va réagir et dire : « Revoyez l’Accord s’il faut,
mais y mettre un terme pourrait avoir de véritables conséquences. » Et si, comme je le pense, la simple menace de mettre un terme à l’Accord porte préjudice aux économies des trois pays, alors j’estime que c’est une raison supplémentaire pour que le président Trump fasse machine arrière. Ce que je veux dire, c’est qu’à un moment donné, le Congrès et le milieu des affaires américains, qui se sont montrés très passifs jusqu’à présent, vont finir par riposter.
PETER HAYNES : Pensez-vous que la décision de la Cour suprême en suspens concernant les droits de douane prévus par l’IEEPA pourrait avoir une incidence sur la décision de se retirer de l’ACEUM?
FRANK MCKENNA : Non. Je pense que l’IEEPA, qui est la loi d’urgence économique, va être assez largement rejetée par la Cour suprême et dans des termes assez fermes. On devrait en savoir plus dans les dix prochains jours. Le président va subir un revers et va probablement devoir restituer plus de 100 milliards de dollars de droits de douane, mais il entend compenser ce manque à gagner par des droits de douane spécifiques en invoquant les articles 232, 308, 301, etc. Alors non, je ne pense pas que cette décision puisse avoir une incidence.
PETER HAYNES : Si Gavin Newsom n’est pas le candidat démocrate, alors qui le sera?
FRANK MCKENNA : Je ne pense pas qu’on le sache.
PETER HAYNES : C’est encore trop tôt. OK.
FRANK MCKENNA : Oui, et c’est le cas depuis des décennies. Le problème de Newsom, c’est son physique digne d’Hollywood. Il a tout pour lui. Mais il vient de Californie. La Californie est un État très influent, mais également très impopulaire à l’intérieur des États-Unis.
Par conséquent, remporter la Californie ne vous confère pas une voix supplémentaire pour l’élection présidentielle américaine. Il faut être capable de rallier le Michigan, la Pennsylvanie, le Wisconsin, la Géorgie et la Caroline du Nord. Et je ne pense pas qu’il puisse obtenir des voix dans ces États.
Alors qui? Je ne pense pas qu’on le sache tout de suite. Toutefois, je trouve que le gouverneur Beshear au Kentucky est un candidat très intéressant. Il a réussi à s’imposer dans un État très, très conservateur. Leone au Colorado, Gretchen Whitmer au Michigan, Amy Klobuchar au Minnesota. Ce pourrait être Pete Buttigieg, ou d’autres noms auxquels je n’ai pas encore pensé, voire des noms qui n’ont pas encore circulé. Ce pourrait être Ralph Emanuel, qui l’envisage. C’est un défi. Beaucoup s’y sont essayés, mais peu ont réussi à le relever.
PETER HAYNES : Où Maduro va-t-il se réfugier? Va-t-il aller dans la forêt vénézuélienne tout en restant dans le pays? Ou pensez-vous que les Américains ne vont pas intensifier leurs manœuvres militaires dans la région?
FRANK MCKENNA : C’est vraiment intéressant. Je suis partagé à ce sujet, car il semble que Marco Rubio souhaite vraiment faire quelque chose, et utilise principalement le Venezuela comme moyen de faire plier Cuba, car les deux économies sont inextricablement liées.
La raison pour laquelle je ne pense pas que Maduro disparaisse est que le président des États-Unis va faire beaucoup de bruit pour pas grand-chose. En fin de compte, je ne pense pas qu’il enverra des troupes au sol au Venezuela, où elles seraient en danger. Ses partisans du mouvement MAGA risquent de ne pas apprécier. Il en va de même pour les Américains.
Deuxièmement, une grande partie des opposants à Maduro ont quitté le pays. 8 millions de réfugiés ont quitté le Venezuela. En d’autres termes, l’opposition n’est sans doute pas présente sur le terrain au Venezuela. Elle se trouve en Colombie et dans d’autres pays.
Troisièmement, le fait que le président des États-Unis tente de renverser le gouvernement du Venezuela va probablement susciter un élan de fierté nationale et renforcer la volonté de lutter contre un ennemi commun. Quand on regarde ce qui se passe dans le monde, on constate que les tentatives de renversement de gouvernements n’ont pas souvent abouti, comme on a pu le voir en Iran ou en Russie. À mon avis, le peuple vénézuélien sera davantage enclin à se rallier au gouvernement.
Enfin, et c’est peut-être le plus important, si Maduro a des adversaires – et il en a beaucoup, y compris au sein de la population – il exerce un contrôle absolu sur l’armée. Généralement, vous devez démobiliser l’armée si vous souhaitez effectuer un coup d’État dans un pays.
PETER HAYNES : Frank, j’aurais dû en parler plus tôt, parce qu’il y a eu tellement de tragédies au cours des derniers jours, mais l’une d’entre elles s’est produite en Syrie, où quelques membres de l’armée américaine ont été abattus par un ressortissant syrien qui, je suppose, s’était radicalisé.
Je suis prêt à parier que le mouvement MAGA s’est sans doute offusqué d’apprendre qu’il y avait encore des troupes américaines sur le terrain en Syrie. Je l’admets, je ne le savais pas. Pensez-vous que la présence militaire américaine dans certains endroits pourrait être réduite à la suite de cet événement? Je n’en ai pas beaucoup entendu parler.
FRANK MCKENNA : Tout d’abord, la Syrie, si tout se passe bien, pourrait être l’une des bonnes nouvelles de l’année. Un pays véritablement en proie à l’instabilité qui semble désormais avoir trouvé un certain équilibre sous la direction d’un chef rebelle. Qui l’eût cru? Les choses semblent donc s’éclaircir légèrement.
Je ne dirais pas que cet événement a été un déclencheur, c’est un incident assez isolé qui semble impliquer un militaire animé par un sentiment de colère. Mais je pense que les États-Unis vont réduire leur présence militaire partout dans le monde.
Le pays compte 50 000 soldats au Japon, probablement 50 000 en Europe. Il y en a 400 000 dans le bassin du Pacifique. Il y en a maintenant des dizaines de milliers dans les Caraïbes, y compris un porte-avions. Il y en a 10 000 à la frontière mexicaine. Il y en a des milliers dans des villes partout aux États-Unis. Le seul endroit où il n’y a pas de troupes, c’est à la frontière canadienne.
De toute évidence, parmi toutes les menaces qui pèsent sur le monde et malgré les gesticulations des États-Unis, ces derniers ne considèrent pas le Canada comme une menace, mais plutôt comme un voisin très sûr à leur frontière nord. Ça fait réfléchir, Peter… Je devais juste mentionner que les États-Unis sous Trump critiquent peut-être le Canada à bien des égards, en disant qu’on n’en fait pas assez, entre autres, mais ils n’ont pas besoin de dépenser le moindre centime pour la défense de cette frontière, car on veille au grain.
Je pense donc que les effectifs militaires américains à travers le monde vont être en partie réduits, non pas en raison de la situation en Syrie, mais parce que c’est la direction que prend l’administration Trump. Et je ne peux pas dire que c’est une mauvaise chose. Je ne comprends pas pourquoi les États-Unis ont besoin de dizaines de milliers de soldats en Europe ou au Japon. C’est un vestige de guerres qui remontent à 50 ans.
PETER HAYNES : J’ai été surpris de votre réponse sur l’Ukraine. Comment envisagez-vous la fin de la guerre?
FRANK MCKENNA : J’ai été gêné par la formulation de la question.
PETER HAYNES : En effet, car je ne vous ai pas laissé de latitude à ce sujet. Voulez-vous apporter une réponse différente ou reformuler la question?
FRANK MCKENNA : Est-ce que la guerre va s’achever par un échange de territoires, accordant à Poutine de nouveaux territoires? Je pense que Poutine va finir par obtenir de nouveaux territoires, mais ces territoires ne lui seront pas « accordés », si je puis m’exprimer ainsi. Autrement dit, le territoire qu’il a conquis va à mon avis faire partie de l’accord.
À mon sens, la grande question en suspens est de savoir si des territoires supplémentaires vont lui être accordés dans le Donbass, sans qu’il ait eu recours à la force militaire. Les Ukrainiens auraient du mal à l’accepter. Je pense donc que les frontières vont rester figées et que Poutine va conserver les territoires qu’il a conquis. Les États-Unis et d’autres pays vont garantir la sécurité de l’Ukraine, etc.
Mais surtout, la Russie et les États-Unis vont s’entendre sur ce que Trump considère comme une simple opération commerciale, et la Russie va réintégrer le G7, qui va devenir le G8. La Russie sera alors le partenaire de danse préféré de tout le monde. Et tout ça fera partie de l’accord, du moins en ce qui concerne l’administration Trump.
À mon avis, la question en suspens va être de savoir quelle superficie de territoire la Russie va récupérer, Poutine ayant déclaré que l’Ukraine devait se retirer des territoires du Donbass qu’elle contrôle actuellement. Qu’elle les rende à Moscou. La Russie refuse de restituer quoi que ce soit, et en exige davantage. Mais il ne fait aucun doute que, quelle que soit l’issue, la Russie va conserver le territoire qu’elle a acquis par la force.
PETER HAYNES : Est-ce que ça permettrait au président Trump d’échanger son prix de la paix de la FIFA contre le prix Nobel de la paix?
FRANK MCKENNA : [RIRES] Pour ma part, je suis favorable à l’idée de lui décerner le prix Nobel de la paix s’il parvenait à rétablir la paix au Moyen-Orient et entre l’Ukraine et la Russie. En effet, s’il y parvient, il mérite peut-être une reconnaissance.
Il faut reconnaître qu’il essaie. Je suis sincèrement content de voir les États-Unis s’impliquer et faire des efforts. J’aimerais simplement qu’ils soient plus nuancés dans le cas de l’Ukraine et de la Russie, et qu’ils cessent de présenter la Russie comme la victime plutôt que comme l’agresseur.
PETER HAYNES : Ma dernière question était donc de savoir si les Jays allaient remporter les Séries mondiales. J’allais me poser des questions si vous n’aviez pas répondu « oui. » Pensez-vous qu’on ait les armes pour avec Dylan Cease et l’autre lanceur partant qu’on a recruté de Corée? On a recruté un lanceur de côté pour notre équipe des releveurs en la personne de Rogers. Pour l’instant, Bichette ne s’est pas réengagé et Tucker n’a pas signé. Est-ce qu’on en a fait assez, ou souhaitez-vous voir l’un de ces joueurs revêtir la tenue des Blue Jays?
FRANK MCKENNA : Oui, je veux encore voir une addition. Je pense qu’on s’est améliorés au lancer, ce qui est un atout. Yesavage va rester encore un an, et je pense que c’est une bonne chose. Il ne faut pas oublier Santander, qui n’a pratiquement pas joué l’année dernière, mais qui est sous contrat pour les trois ou quatre prochaines années et qui, en théorie, devrait être un frappeur capable de réaliser 40 coups de circuit. On verra s’il y parvient. Ensuite, je pense qu’on a besoin de Tucker ou Bichette.
J’estime qu’avec tout ça, on aura une assez bonne équipe. De plus, on a démontré qu’on avait une bonne cohésion, un bon esprit d’équipe et le soutien inconditionnel de notre public. J’imagine que les joueurs arrivent probablement gonflés à bloc à l’approche du printemps, parce qu’ils avaient le sentiment de faire partie d’une vraie équipe. Ils ont du jus.
J’aime cet effectif. Je trouve que c’est une bonne initiative d’avoir renforcé l’équipe de lanceurs. Et si Santander pouvait être à la hauteur, et qu’on pouvait recruter Bichette ou Tucker, ça donnerait une équipe redoutable.
PETER HAYNES : Personnellement, je préfère Bichette à Tucker.
FRANK MCKENNA : Pour être honnête, moi aussi.
PETER HAYNES : On sait ce qu’il vaut, et c’est rassurant.
FRANK MCKENNA : Oui.
PETER HAYNES : OK. Pour conclure, Frank, avez-vous d’autres prévisions à formuler pour 2026 sur lesquelles je ne vous ai pas interrogé?
FRANK MCKENNA : Non, je ne pense pas. L’année a été mouvementée. Si l’on avait enregistré ce balado il y a un an, j’aurais certainement misé sur Poilievre pour devenir premier ministre du Canada. Et je n’aurais pas misé sur les Blue Jays. Enfin, peut-être pour des raisons sentimentales, mais ça n’aurait pas été un choix objectif. Cette année s’annonce une nouvelle fois riche en événements, notamment avec l’IA et les centres de données. Le marché va connaître de nombreuses turbulences, et les bitcoins et les stablecoins ne vont pas être épargnés. Et oui, c’est un tout nouveau monde.
PETER HAYNES : Je me positionne à contre-courant de votre lecture sur l’indice S&P 500. Vous avez dit qu’il ne reculerait pas au cours de l’année. Je pense que si. À mon avis, ce sera la plus grande frustration du président Trump de ne pas pouvoir influencer les marchés boursiers, dont il aime constamment vanter les performances. Mon pronostic est donc un recul de l’indice l’année prochaine, car certains investissements des Sept Magnifiques dans l’IA, les centres de données, les prêts et d’autres domaines commenceront à être absorbés.
Howard Marks a écrit un très bon article sur les bulles, et je sais que vous connaissez Howard de Brookfield. Il explique simplement que dans le cas des bulles, il en existe d’irrationnelles qui n’ont aucune justification, qu’il s’agisse de cryptomonnaies ou de choses de ce genre. Il y a aussi les bulles comme la bulle Internet et celle de l’IA.
D’une certaine manière, les gens doivent perdre la tête pour dépenser sans compter afin de garantir que les dépenses soient suffisantes pour tirer pleinement parti de cette nouvelle technologie exceptionnelle. Il a ensuite parlé des chemins de fer, puis plus récemment d’Internet, et enfin de la question de savoir si l’on se trouve actuellement dans une bulle, à laquelle il n’a pas répondu, mais que j’ai trouvée très intéressante. Je pense donc que cette bulle va apparaître. Je pense que l’intérêt va s’estomper un peu l’année prochaine. Mais vous semblez plus optimiste.
FRANK MCKENNA : Peut-être que c’est moi qui aimerais que le souhait soit le père de la pensée sur ce sujet. J’estime que la tendance au Canada est en réalité plutôt favorable. Les chiffres publiés ces dernières semaines sont très positifs dans le pays, Peter. Je croise les doigts pour que ça continue.
PETER HAYNES : Je suis tout à fait d’accord. Frank, je vous souhaite, à vous et à votre famille, de passer un excellent temps des Fêtes. J’ai hâte qu’on se revoie en janvier pour discuter de tout ça. Merci.
FRANK MCKENNA : Merci, Peter.
[MUSIQUE]
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Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
À titre de président suppléant, Frank a pour mandat de soutenir l’expansion soutenue de Valeurs Mobilières TD à l’échelle mondiale. Il est membre de la direction du Groupe Banque TD depuis 2006 et a été premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur du Canada aux États-Unis.
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter s’est joint à Valeurs Mobilières TD en juin 1995 et dirige actuellement notre équipe Recherche, Structure des marchés et indices. Il gère également certaines relations clés avec les clients institutionnels dans la salle des marchés et anime deux séries de balados, l’une sur la structure des marchés et l’autre sur la géopolitique. Il a commencé sa carrière à la Bourse de Toronto au sein du service de marketing des indices et des produits dérivés avant de rejoindre Le Crédit Lyonnais (LCL) à Montréal. Membre des comités consultatifs sur les indices américains, canadiens et mondiaux de S&P, Peter a siégé pendant quatre ans au comité consultatif sur la structure du marché de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.