Invité : Frank McKenna, Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Animateur : Peter Haynes, Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Et si Cuba devenait un territoire canadien? Et si le juge Alito prenait soudainement sa retraite cet été? Ce ne sont là que deux des réflexions les plus provocatricesaudacieuses de Frank dans l’épisode de Géopolitique de ce mois-ci. Frank aborde également la décision « monumentale » de la Cour suprême sur les tarifs douaniers, le changement de stratégie de Donald Trump, qui veut imposer des tarifs douaniers fixes en vertu de l’article 122 d’une loi de 1974, et la suggestion de Jameson Greer selon laquelle le Canada doit accepter un certain niveau de tarifs douaniers dans le cadre des négociations relatives à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), un point auquel Frank s’oppose, car cela va à l’encontre de la notion d’un « accord de libre-échange ». Il discute également de la perspective d’une intervention militaire américaine en Iran, des dernières nouvelles concernant le Vénézuéla et de la possible revitalisation du projet Keystone XL.
| Chapitres: | |
|---|---|
| 1:36 | Réflexions de Frank sur les changements possibles à la Cour suprême et une solution pour Cuba |
| 10:39 | Décision de la Cour suprême sur les tarifs douaniers en vertu de l’IEEPA et le pivot de Donald Trump vers l’article 122 |
| 18:08 | Le Canada doit-il accepter des tarifs douaniers dans l’ACEUM renégocié? |
| 23:52 | Le plan de Donald Trump : remplacer l’impôt sur le revenu par les recettes provenant des tarifs douaniers |
| 27:26 | M. Trump attaquera-t-il l’Iran? |
| 33:34 | Les dernières nouvelles concernant le Vénézuéla |
| 35:27 | South Bow discute de la revitalisation du projet Keystone XL |
Ce balado a été enregistré le 26 février 2026.
[MUSIQUE DRAMATIQUE]
FRANK MCKENNA : Quand le Congrès a voté, les républicains ont soutenu les démocrates pour s’opposer aux droits de douane contre le Canada. Ce n’est pas rien.
PETER HAYNES : Bienvenue à l’épisode 75 de Géopolitique, un balado mensuel de Valeurs Mobilières TD. Je m’appelle Peter Haynes, j’anime ce podcast dans lequel je m’entretiens avec mon collègue, l’honorable Frank McKenna, sur des enjeux géopolitiques mondiaux. On est à la fin du mois de février. Il fait froid dehors, mais on a beaucoup de sujets à aborder au cours des 45 prochaines minutes. C’est parti!
Frank, j’ai dit qu’il faisait froid dehors, mais il ne reste plus que 21 jours avant le printemps. Et vous savez que qui dit printemps dit baseball. Êtes-vous prêt pour la saison de baseball et pour ce qui nous attend cette année, à savoir le système ABS de contestation des balles et des prises? L’autre jour, j’ai assisté à un match d’avant-saison où l’arbitre a été contesté cinq fois de suite, et il s’est systématiquement trompé. Je pense que ça va être amusant.
FRANK MCKENNA : Oui Peter, je suis très enthousiaste, comme je le suis chaque année quand il s’agit de baseball. C’est la période de l’année où l’espoir nous anime. Chaque équipe semble en mesure de remporter le championnat. Et j’ai bon espoir en ce qui concerne nos Blue Jays. On a fait de bons ajouts. On a des joueurs de l’année dernière. S’ils jouent au même niveau qu’ils l’ont fait tout au long de l’année, ça va être passionnant à regarder. Et si toute l’équipe adopte le style de frappe axé sur le contact, que j’ai beaucoup apprécié l’année dernière, on va avoir une équipe très plaisante à regarder.
PETER HAYNES : Oui, j’ai hâte moi aussi. Ça va être une grande saison. J’ai hâte que ça commence. Et les Jeux olympiques viennent de se terminer. On va en parler un peu en fin de balado. Frank, je pense que la majeure partie de notre discussion d’aujourd’hui va porter sur les droits de douane. Mais avant ça, je sais que vous avez un bon réseau. Vous parlez à beaucoup de gens. Je suis curieux : qu’est-ce qu’il se dit ces jours-ci?
FRANK MCKENNA : Eh bien, oui, on va aborder des sujets sérieux, mais on va commencer par quelques trucs un peu farfelus. Les élections de mi-mandat approchent à grands pas. Les gens commencent à s’y préparer, et ces élections vont avoir des conséquences importantes. Si Trump perd la Chambre des représentants ou le Sénat, c’est tout son programme qui s’en verra chamboulé. C’est presque une certitude que la Chambre va basculer, malgré les obstacles financiers et politiques qui s’y opposent.
Tout le monde pensait que le Sénat était impossible à conquérir, et c’est probablement le cas, mais c’est de plus en plus envisageable. Si tel était le cas, ça voudrait dire que le pouvoir de nomination serait entre les mains des démocrates. Ce à quoi pensent les républicains, et ce que rapporte notre collègue Chris Krueger aux États-Unis, c’est qu’Alito, qui est un juge de droite, très conservateur et très favorable au programme de Trump, âgé probablement de 75 ans, pourrait démissionner au cours de l’été.
Autrement dit, il pourrait y avoir une bataille pour la nomination à la Cour suprême des États-Unis. Beaucoup de conservateurs sont mécontents de Trump pour diverses raisons, mais tous s’accordent sur un point : ils doivent contrôler la Cour suprême. Elle leur a accordé l’arrêt Citizens United sur le financement des campagnes électorales, Roe v. Wade, et presque toutes les autres décisions ont été rendues en faveur des conservateurs aux États-Unis.
En théorie, si le Sénat semble être en jeu et que les républicains ne semblent pas suffisamment mobilisés, la démission du juge entraînerait un regain d’énergie au sein du parti, qui se mobiliserait pour voter afin de conserver le pouvoir de nomination pour ce poste vacant. C’est une affaire à suivre. C’est un peu une stratégie désespérée de la part des républicains, comme au Hockey lorsqu’on remplace le gardien de but, mais ça vaut la peine qu’on s’y intéresse.
Deuxièmement, j’avoue que je suis assez sensible à cette stratégie consistant à remplacer le gardien de but. Vous savez, il y a 20 ans, je me suis rendu aux îles Turques-et-Caïques avec le premier ministre Daniel Smith, qui n’occupait pas encore cette fonction à l’époque, et on a travaillé ensemble pour trouver comment susciter l’intérêt des îles Turques-et-Caïques pour le Canada et inversement. On a failli y parvenir. Malheureusement, il y a eu des élections fédérales. Autrement, on aurait pu y arriver.
Les mêmes arguments avancés pour les îles Turques-et-Caïques sont tout aussi pertinents, voire davantage, pour Cuba. On parle beaucoup de Cuba en ce moment. Les États-Unis souhaitent faire tomber le gouvernement. Les Cubains ne sont pas de grands partisans des États-Unis d’Amérique, mais ils apprécient beaucoup le Canada. Imaginez qu’on puisse dire aux Américains : « On va vous rendre service.
On va s’assurer que Cuba est entre de bonnes mains. On est prêts à en faire un territoire du Canada. On est prêts à mettre en place un système démocratique avec des élections, etc. » Les Canadiens pourraient se rendre au soleil, tout en restant dans leur propre pays. Ils pourraient utiliser leurs propres dollars. Ils n’auraient pas à se préoccuper de l’assurance maladie. Et l’argent resterait dans le pays. Imaginez à quel point ça pourrait être exaltant pour le peuple cubain.
Ils sont très proches du Canada. Fidel Castro était aux funérailles de Pierre Trudeau. Les Castro sont des amis très proches du clan Trudeau et de nombreux ministres à Ottawa. Pour couronner le tout, Peter, il y a 24 000 médecins cubains expatriés dans différents pays à travers le monde qui transfèrent des fonds au gouvernement cubain. Bon nombre de ces médecins seraient en mesure de nous aider au Canada. On a besoin de médecins et de professionnels de la santé. Cuba pourrait nous les fournir.
Cerise sur le gâteau, on pourrait avoir accès à certains des meilleurs joueurs de baseball au monde, si on arrivait à les recruter pour nos Blue Jays de Toronto. Donc voilà. Qu’est-ce que vous en pensez?
PETER HAYNES : OK, j’ai beaucoup de questions ou de réflexions, car je ne savais pas où vous vouliez en venir. Tout d’abord, je tiens à souligner que Porto Rico participe seul à la Classique mondiale de baseball. Par conséquent, je pense que Cuba garderait probablement sa propre équipe et ne fusionnerait pas avec le Canada. C’est la première chose à laquelle j’ai pensé quand vous m’avez dit ça.
J’aimerais savoir ce que le Canada aurait à y gagner si on faisait ça. Ce qu’il se passe actuellement dans ce pays est évidemment dramatique. Les États-Unis les privent d’énergie, et tout le monde a vu ces images choquantes montrant les rues submergées par des montagnes de déchets, etc. En ce qui concerne le Canada, qu’aurait-on à y gagner? Est-ce qu’on s’endetterait beaucoup? Quelles seraient nos responsabilités?
Je vois facilement pourquoi les Américains apprécieraient ce projet, car ça éloignerait un pays communiste de leur frontière, à 80 km de là, et le placerait entre des mains démocratiques. Mais qu’est-ce que le Canada y gagnerait, à part ce que vous avez mentionné?
FRANK MCKENNA : Oui. C’est une question intéressante. Il faudrait d’ailleurs qu’on fasse le calcul. Ce qu’en tirerait le Canada, c’est une province où il ferait beau toute l’année. Il y aurait un afflux massif de touristes non seulement du Canada, mais du monde entier. Des hôtels seraient construits. D’ailleurs, des investisseurs canadiens sont déjà présents à Cuba, tant dans le secteur hôtelier que dans le secteur minier.
On verrait donc affluer des fonds provenant de nombreuses régions du monde, sachant que Cuba organiserait des élections libres et démocratiques. Mais en fin de compte, ce qu’il en résulterait, en réalité, c’est un endroit où les Canadiens pourraient dépenser leur argent et profiter du soleil tout en conservant cet argent dans leur pays. Il faudrait donc faire le calcul. Cuba dispose désormais d’un excellent système de santé. Il ne serait pas nécessaire de tout repenser, ce qui représente généralement le coût le plus élevé.
Il faudrait ouvrir son économie à tous les types d’investissements et voir si l’île ne pourrait pas devenir une économie dynamique, quasiment autonome. Elle n’aurait pas le statut de province, probablement pas plus que celui de territoire. Ça pourrait être un endroit comme les Îles Cook. On a étudié différents systèmes avec les îles Turques-et-Caïques. Il pourrait tout simplement s’agir d’une relation territoriale. Mais ça vaut la peine d’y réfléchir, simplement en raison de l’amitié qui nous lie à Cuba en tant que pays et de la possibilité de créer une destination touristique ensoleillée qui permettrait de garder tout notre argent au Canada.
PETER HAYNES : Qu’est-ce qu’il adviendrait de l’idéologie et des idéologues communistes? Est-ce qu’ils se réfugieraient en Russie ou ailleurs?
FRANK MCKENNA : Je suis déjà allé à Cuba, comme beaucoup de Canadiens. Les personnes sur place m’ont dit que si les États-Unis cessaient de les persécuter, leur gouvernement tomberait en un jour et ils deviendraient des personnes ordinaires. Je pense qu’une grande partie de leur idéologie découle de leur animosité de 60 ans envers les États-Unis d’Amérique. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de Cubains qui lisent le petit livre rouge tous les jours ou qui soient des communistes convaincus.
PETER HAYNES : Si le gouvernement envisage cette option, va-t-il en informer les Canadiens? Comment ça marche?
FRANK MCKENNA : Je ne suis pas certain que ça aille plus loin, Peter. J’en discute avec vous et nos auditeurs, mais à ma connaissance, personne d’autre n’envisage sérieusement cette idée. Toutefois, si c’est le cas, les gens devraient se manifester et dire : « Oui, cette piste mérite d’être explorée. » Il y a beaucoup d’obstacles, beaucoup de problèmes, mais comme pour beaucoup d’idées… Il faut les laisser mûrir. Et qui sait? Quelqu’un pourrait véritablement l’envisager.
Ça ne serait intéressant que si les Américains disaient : « Écoutez, nous ça nous va très bien que le Canada protège Cuba. » Du moment où il y a des élections libres et démocratiques et tout ce qui leur tient à cœur. Je ne suis pas certain qu’ils souhaitent véritablement s’approprier Cuba et en assumer la responsabilité. Et je ne suis pas certain que les Cubains soient disposés à s’engager dans cette voie. C’est juste une idée qui mérite qu’on s’y intéresse.
PETER HAYNES : Oui.
FRANK MCKENNA : Mais c’est peu, très peu probable.
PETER HAYNES : Le premier sujet que vous avez abordé était la Cour suprême. Je rappelle que c’est parce que Ruth Bader Ginsburg n’a pas pris sa retraite jusqu’à son décès qu’il y a aujourd’hui une supermajorité au sein de la Cour suprême. De toute évidence, si la santé d’Alito suscite des inquiétudes ou s’il risque de décéder au cours du second mandat, alors que le Sénat est contrôlé par les démocrates, ça pourrait devenir un problème pour l’administration Trump.
FRANK MCKENNA : Vous êtes très perspicace Peter. Si la juge Ginsburg avait quitté ses fonctions au moment où elle aurait dû le faire, c’est un membre du Parti démocrate qui aurait été nommé à sa place. Ça aurait totalement changé la donne au sein de la Cour. La différence, c’est que le Parti démocrate ne se bat pas avec les mêmes armes. Ils ont des plumeaux quand les républicains ont des couteaux.
Le niveau d’agressivité des deux parties est sans commune mesure. Tandis que les démocratiques seraient incapables de destituer Alito, si le Parti républicain décidait qu’il représente désormais un handicap pour eux et qu’il pourrait leur servir en démissionnant, croyez-moi qu’ils pourraient exercer une pression considérable pour qu’il le fasse.
PETER HAYNES : OK, on va rester sur ce sujet et parler de la décision rendue vendredi dernier par la Cour suprême, qui a contraint le président Trump à annuler la pierre angulaire du programme économique de son second mandat. Il s’agit de la décision de la Cour suprême d’annuler les droits de douane prévus par l’IEEPA par un vote de 6 contre 3, soit exactement le contraire de la supermajorité actuelle. Le président Trump s’est immédiatement rangé derrière les droits de douane prévus à l’article 122, qui établissent un taux fixe de 10 % pour tous les pays.
Je sais qu’il a envisagé un taux d’environ 15 %, mais je pense qu’il va finalement s’en tenir à 10 %. À noter que les droits de douane prévus à l’article 122, qui n’avaient jusqu’alors jamais été utilisés, ont en réalité été mis en place par le président Nixon afin de protéger le dollar américain lorsque le pays a abandonné l’étalon-or au début des années 1970. Ces droits de douane ne sont valables que pendant 150 jours et ne sont pas suffisamment flexibles pour servir d’outil de négociation. Que pensez-vous de la décision de la Cour, du pivot de Trump et de la possibilité d’un litige concernant l’article 122?
FRANK MCKENNA : La décision de la Cour est historique, car c’est la première fois que cette Cour s’oppose au président. Sur 26 affaires, le président en a remporté 21, et la Cour a véritablement fait tout son possible pour soutenir son programme. C’est donc une décision importante. Ce qui est également important, c’est la virulence avec laquelle il a critiqué la Cour. Il les a traités d’imbéciles, de laquais et a dit que la Cour était influencée par des intérêts étrangers.
Dans n’importe quel autre pays du monde, une personne qui remettrait ainsi en cause un tribunal ferait l’objet d’une procédure de destitution. Il leur a vraiment tapé sur les doigts, en particulier aux juges républicains. Ce n’était vraiment pas beau à voir. En tant qu’avocat, ce manque de respect envers la Cour était pénible à voir. Toujours est-il que la décision a une portée considérable, car elle a effectivement établi que ces droits de douane étaient une taxe. Les droits de douane et les taxes relèvent du Congrès, et non du président.
Et cette disposition doit être interprétée strictement selon son texte. C’est une défaite cuisante pour lui. Pourtant, il ne fait aucun doute qu’il est bien décidé à imposer des droits de douane pour tenter de remplacer ces tarifs. Il est comme ça. Il a été un partisan des droits de douane toute sa vie et s’est entouré de personnes partageant cette vision. Ils vont donc remplacer les droits de douane prévus par l’IEEPA par ceux prévus à l’article 122, qui étaient initialement conçus comme des droits de douane provisoires destinés à compenser les déficits commerciaux.
Au bout de 150 jours, ces droits de douane doivent être soumis au Congrès. Le président préfère ne pas se tourner vers le Congrès, car il craint que celui-ci rejette ses mesures tarifaires. Au bout de 122 jours, ou 150 jours, il remplacera ces droits de douane par les droits de douane prévus à la section 301. Ceux-ci nécessitent davantage de procédures, et donc une enquête. Il en a donc ouvert. Ces enquêtes portent sur des pratiques commerciales déloyales. C’est ce qui motive les droits de douane de la section 301.
Il va aussi instaurer des droits de douane en vertu de la section 232, qui sont spécifiques à certains secteurs et qui concernent la sécurité nationale. Il a déjà commencé à en désigner quelques-uns, notamment les secteurs de l’acier et de l’aluminium. Mais là, il va vraiment loin. Il inclut les armoires de cuisine et les meubles dans les questions de sécurité nationale. Quiconque trouverait ça risible, mais pas le président et Peter Navarro, son conseiller en matière de droits de douane.
Donc, il va continuer. Neuf autres enquêtes au titre de la section 232 sont en cours. Concrètement, il rebâtit son mur tarifaire, mais ses outils ne sont pas aussi efficaces que ceux de l’IEEPA. Tous ces éléments me poussent à penser que le Congrès va se pencher sur l’utilisation qu’il fait des droits de douane.
PETER HAYNES : Va-t-il y avoir immédiatement un recours collectif ou un procès similaire qui finira par être porté devant la Cour suprême? Est-ce que le cas des droits de douane prévus par l’article 122 va être porté devant la Cour suprême avant l’expiration de ces nouveaux droits de douane de cinq mois?
FRANK MCKENNA : Le problème, c’est que certaines personnes envisagent déjà d’intenter une action en justice en vertu de l’article 122, car celle-ci s’applique à des pays qui n’ont même pas de déficit commercial avec les États-Unis. C’est une mesure très grossière. Soit dit en passant, pour illustrer l’imprévisibilité de la situation, le président a commencé par indiquer un taux de 10 %. Il est ensuite passé à 15 %. Puis, il est finalement revenu à 10 %.
Le résultat, c’est que certains pays importent des voitures aux États-Unis qui seront soumises à un droit de douane de 10 %, alors qu’en Amérique du Nord, les véhicules sont soumis à un droit de douane de 25 %. Les pays du monde entier vont donc avoir plus de facilité à importer des voitures aux États-Unis que les pays d’Amérique du Nord. Une situation pareille appelle forcément une réaction.
La réponse est donc oui, il va y avoir une procédure judiciaire, mais il va falloir plus de 150 jours pour que celle-ci soit traitée par le système judiciaire. Ce qui joue en la faveur du président, c’est que le délai est très court.
PETER HAYNES : Est-ce qu’il pourrait, à sa guise, renouveler les droits de douane prévus à l’article 122 pour cinq mois supplémentaires? J’ai lu ça quelque part. Je voulais savoir si c’était possible.
FRANK MCKENNA : Non, il doit passer par le Congrès.
PETER HAYNES : OK. C’est bon à savoir. En ce qui concerne les revenus tirés des droits de douane, les 150 milliards de dollars ont été versés au gouvernement. J’ai appris que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré vouloir intenter une action en justice afin de récupérer les revenus tirés des droits de douane. Comment s’annonce le processus de remboursement, étant donné que la Cour suprême a en substance transféré cette question aux tribunaux de première instance? Le Canada va-t-il percevoir des remboursements de droits de douane de l’IEEPA?
FRANK MCKENNA : À vrai dire, on est très peu exposés à l’IEEPA, car on a l’ACEUM, l’accord de libre-échange, qui couvre maintenant pratiquement 90 % des échanges commerciaux. Les seuls droits de douane IEEPA qui s’appliquaient concernaient le montant restant des échanges commerciaux, qui est très limité. Sur les 150 à 200 milliards de dollars de droits de douane de l’IEEPA, le Canada n’en perçoit qu’environ 2 milliards, voire 2,5 milliards, ce qui est négligeable, voire dérisoire, compte tenu du volume de nos échanges commerciaux.
On se retrouve dans une situation compliquée. Les tribunaux ne se sont pas prononcés sur la restitution des droits de douane. Il y a actuellement 1 800 procédures judiciaires en cours visant à récupérer cet argent. Personne ne sait. Est-ce la partie qui a payé les droits de douane qui a le droit au remboursement? Qu’en est-il si ladite partie a payé les droits de douane, mais a ensuite augmenté le prix de ses produits sur l’utilisateur final? L’utilisateur final va-t-il pouvoir récupérer l’argent?
Personne n’en sait rien. Ça pourrait coûter beaucoup d’argent au gouvernement américain. Ça risque de prolonger la bataille judiciaire et d’accroître le mécontentement du milieu des affaires à l’égard de ces droits de douane. Personne ne sait comment les choses vont se terminer. Je pense que cette affaire va finir par se retrouver devant plusieurs tribunaux. Le gouvernement des États-Unis est confronté à un petit problème.
En droit, c’est ce qu’on appelle l’estoppel. C’est-à-dire qu’une partie ne peut se prévaloir d’une position contraire à celle qu’elle a prise antérieurement. Tout au long de la procédure judiciaire, le gouvernement des États-Unis a dit aux tribunaux : « Ne vous inquiétez pas si ça prend du temps, car au final, si jamais on perd, on va devoir tout rembourser. »
Maintenant qu’ils ont été contredits par la Cour, maintenant qu’ils ont perdu, ils s’empressent de dire : « Non, non, non, non, non. Non, on n’est pas obligés de rembourser cet argent. » Ils pourraient donc être empêchés d’utiliser cette défense, car tout au long de la procédure judiciaire, ils ont fait valoir l’argument contraire. Les avocats vont se donner à cœur joie avec tous les litiges que ça va entraîner.
PETER HAYNES : C’est une bonne chose que l’un de mes fils ait décidé de faire des études de droit. Comme vous l’avez dit, l’article 122 a en effet un impact très limité sur le Canada. Ce délai de cinq mois est particulièrement intéressant, car il prendra fin juste avant la renégociation prévue de l’ACEUM. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a accordé une entrevue à CBC après le discours sur l’état de l’Union prononcé en début de semaine. Au cours de cette entrevue, il a clairement indiqué que le Canada ne pouvait pas espérer conclure un accord commercial sans droits de douane.
Il a dit, je cite : « Quand on se rend dans d’autres pays et que l’on conclut un accord avec eux, ils acceptent qu’on leur impose des droits de douane », a-t-il expliqué à Katie Simpson, correspondante de CBC News. Il a poursuivi en disant : « Si le Canada accepte de se voir appliquer des droits de douane plus élevés sur ces produits tout en nous ouvrant ses marchés pour des produits comme les produits laitiers et autres, alors on peut en discuter. On ne veut pas se retrouver dans une situation où des pays comme le Vietnam ou la Chine peuvent expédier des marchandises au Canada, y faire un petit travail de bricolage, puis les expédier aux États-Unis sans payer de droits de douane. »
Ces propos soulèvent donc de nombreuses questions Frank. Je vais commencer par la première. Est-ce que Greer pense réellement que le Canada pourrait être une voie de contournement pour l’économie américaine pour d’autres pays ayant des droits de douane plus élevés? Je croyais que c’était le Mexique.
FRANK MCKENNA : Non, ce n’est pas possible. Le Mexique a joué un rôle de plaque tournante pour les produits chinois à bas prix. Pas le Canada. Il fait fausse route. C’est exactement comme les accusations selon lesquelles le Canada serait une source de fentanyl. On parlerait d’une quantité dérisoire de fetanyl. Le Mexique produirait des wagons entiers de fentanyl. C’est juste une tactique de négociation. C’est tout simplement faux. Même quand en ce qui concerne les produits laitiers, ces produits ne représentent qu’un pourcentage infime du commerce.
Encore une fois, ce n’est qu’une diversion. D’ailleurs, quand il dit que tous les autres pays ont accepté les droits de douane, aucun autre pays n’a conclu un accord de libre-échange comme l’ACEUM. Et c’est réciproque. Toutes les parties en profitent. Il régit plus de 2 000 milliards de dollars d’échanges commerciaux et soutient plus de 13 millions d’emplois aux États-Unis, tout comme au Mexique et au Canada. Par conséquent, notre situation en matière de droits de douane est radicalement différente de celle des autres pays du monde.
PETER HAYNES : Frank, vous avez évoqué les produits laitiers. À votre avis, comment le gouvernement fédéral devrait-il traiter cette question très sensible de la gestion de l’offre des produits laitiers dans la province de Québec?
FRANK MCKENNA : En effet, c’est regrettable. En voulant protégeant le secteur des produits laitiers au Canada, on abandonne les autres agriculteurs du pays. Les produits laitiers représentent une infime partie de notre production agroalimentaire par rapport aux autres produits agricoles au Canada : les pommes de terre, le blé, les bleuets, le porc et tout le reste. Mais c’est un sujet sensible sur le plan politique, c’est certain. On peut envisager trois manières d’aborder cette question.
D’abord, dans une logique défensive, le Canada a déjà accordé aux États-Unis une part de ses quotas lors du dernier cycle de négociations, mais ils ne s’en sont pas servis. Ça s’explique en partie par le fait que certaines règles ont rendu l’accès difficile. Je pense qu’on pourrait – et qu’on devrait – changer ces règles et les rendre plus faciles à utiliser. La vérité, c’est qu’on a versé 3 ou 4 milliards de dollars aux agriculteurs pour une petite partie de ce quota à attribuer aux États-Unis, et il n’a pas vraiment été utilisé. Il faut donc s’assurer que c’est accessible. Peut-être que ça suffira.
Deuxièmement, je pense qu’on peut passer à l’offensive. Les États-Unis ont eux aussi un système équivalent à la gestion de l’offre. Pour le sucre, ils ont mis en place un système de quotas afin de protéger 85 % de leur production. On pourrait, par exemple, demander l’accès au secteur sucrier américain. Bien entendu, ils refuseraient, car c’est un secteur sacré. On dirait que la gestion de l’offre l’est tout autant.
Sinon, on pourrait s’en prendre aux armes à feu et leur dire : « Vous êtes responsables de 80 % des armes à feu qui tuent des gens au Canada. Il faut que ça s’arrête. Il faut mettre fin à toutes les failles juridiques, aux salons d’armes à feu, aux achats prête-nom et tout le reste. » Ils diront qu’ils ne peuvent pas le faire. Que c’est sacré. Et on leur dira : « Oui, on comprend bien l’importance du sacré, on a un problème politique avec les produits laitiers. » Ainsi, on dispose de ressources défensives et offensives pour faire face à cette situation.
PETER HAYNES : Pour finir sur ce thème, j’aimerais aborder la question plus générale des droits de douane. Comme il est clair que toutes les futures négociations commerciales avec les États-Unis seront désormais incluses dans l’ACEUM, pensez-vous que le Canada va finir par imposer des droits de douane unilatéraux aux États-Unis? Est-ce une option à laquelle on devrait songer?
FRANK MCKENNA : Je ne pense pas qu’on devrait le faire. Un accord de libre-échange est un accord de libre-échange. En fin de compte, ces négociations s’annoncent complexes. L’idéal serait de supprimer les droits de douane sectoriels sur l’acier, l’aluminium, les automobiles, etc., et de conclure simplement un accord de libre-échange qui serait avantageux pour les deux parties. Nos relations commerciales sont très équilibrées, avec très peu de différence entre le Canada et les États-Unis.
On leur fournit les matières premières qui leur permettent de créer des emplois. Le Mexique produit certes des marchandises qui leur prennent des emplois, mais on fournit du pétrole, par exemple, et de la potasse, de l’acier, de l’aluminium et d’autres éléments qui sont exportés vers les États-Unis sous forme brute et y créent des emplois. D’autre part, on constate un déséquilibre important dans le domaine des services avec les États-Unis. On parle de quelque chose de l’ordre de 36 milliards de dollars en leur faveur.
Je pense qu’il faudrait faire valoir ce point et exiger des ajustements à cet égard. On devrait tenir compte de l’ensemble. Tout est question de négociation. Mais je pense qu’on a des arguments solides, Peter. On est alliés des États-Unis. On a toujours été de bons partenaires commerciaux. De plus, avec tous les conflits que les États-Unis provoquent à travers le monde, il serait préférable pour eux de faire de l’Amérique du Nord une forteresse, où le Mexique, le Canada et les États-Unis collaboreraient au lieu de se disputer.
PETER HAYNES : Pour en revenir aux droits de douane, le président Trump, lors de son discours sur l’état de l’Union, a de nouveau insisté sur le fait que ces mesures contribuaient à la reprise de l’économie américaine. Il continue de caresser l’idée que les droits de douane peuvent remplacer les recettes fiscales. J’ai demandé à mon ami ChatGPT combien de recettes le gouvernement américain avait perçues grâce aux impôts fédéraux. Selon lui, le dernier chiffre disponible était de 2 200 milliards de dollars en 2023, ce qui représente, je pense, 50 % des revenus du gouvernement.
Je crois que les nouveaux droits de douane imposés par Trump ont généré environ 125 milliards de dollars de revenus nets supplémentaires en 2025 par rapport à 2024 ou aux niveaux d’avant leur mise en place. Ce serait donc une erreur de croire qu’il peut remplacer les impôts sur le revenu par les recettes des droits de douane. Pourtant, je n’entends pas beaucoup de critiques de la part des politiciens de l’opposition sur les plateaux de télévision et dans les médias. Qu’est-ce qu’il faudrait pour démystifier cette croyance? Une défaite aux élections de mi-mandat? Et comment peut-on mieux informer le public américain sur les coûts des droits de douane et sur le fait que 90 % à 95 % des revenus tirés de ces droits de douane sont, en réalité, une taxe imposée aux Américains?
FRANK MCKENNA : Pour l’Américain moyen, le principal problème, selon tous les sondages, est l’abordabilité. De plus en plus d’Américains associent les droits de douane à l’abordabilité. Et les démocrates s’efforcent d’insister sur ce lien. Ainsi, à l’approche des élections de mi-mandat, cette question va occuper le devant de la scène, et les démocrates, qui sont généralement plus enclins à soutenir les droits de douane, vont s’y opposer fermement, au motif qu’ils rendent tout plus cher pour les Américains.
C’est ainsi que la question se diffuse dans le débat public et politique. Si les consommateurs constatent que les prix sont légèrement plus élevés à l’épicerie, ils vont désormais faire le lien avec les droits de douane, car c’est cet argument qui sera avancé. Si vous lisez le Wall Street Journal, qui appartient à Murdoch, Rupert Murdoch, propriétaire de Fox News, vous constaterez qu’il est fermement opposé aux droits de douane et les lie directement à la question de l’abordabilité. On va de plus en plus voir ce lien.
On a pu en avoir un aperçu le 11 février dernier, il y a à peine une semaine ou deux, quand le Congrès a voté, les républicains ont soutenu les démocrates pour s’opposer aux droits de douane imposés au Canada. Ce n’est pas rien, car cela oblige les démocrates et certains républicains à prendre clairement position. J’espère que cette tendance va s’amplifier à l’approche des élections.
PETER HAYNES : Mais Frank, je crois que seuls les républicains qui ne se représentent pas aux élections ou qui prennent leur retraite ne peuvent pas être soumis aux primaires. Que va-t-il falloir pour convaincre les autres membres du Parti républicain qui sont probablement du même avis, mais qui craignent de se faire évincer lors des primaires?
FRANK MCKENNA : La pression. Par exemple, l’un des républicains du Colorado, qui, je crois, se représente, est prêt à le faire. Il sait qu’il va devoir passer par les primaires. Les républicains sont comme tous les politiciens. Tout le monde craint de perdre. Si les sondages révèlent une forte propension à voter contre les candidats sortants en raison de problèmes d’abordabilité, ils commenceront à prendre position, en particulier ceux qui vivent près de la frontière nord.
Notre collègue Chris Krueger a souligné un point qui n’a pas été suffisamment pris en compte, à savoir que les principales batailles, en particulier au Sénat, se déroulent toutes le long de la frontière nord, dans des États comme l’Alaska, le Maine, le Michigan, etc. Tous ces États ont un très bon rapport avec le Canada et plusieurs pans de leur économie reposent sur leurs relations avec notre pays. Ça pourrait donc nous être extrêmement bénéfique.
PETER HAYNES : C’est un bon rappel. On va inviter ChrisKrueger dans quelques mois, avant les élections de mi-mandat, afin de passer en revue toutes les éventualités et combinaisons possibles pour les deux chambres du Congrès. On va maintenant s’intéresser aux décisions de Trump en matière de politique étrangère.
Les faucons du gouvernement Trump le convaincront que le moment n’a jamais été aussi propice pour renverser le régime iranien. Avec ce déploiement massif de moyens militaires américains dans la région, pensez-vous qu’une attaque contre l’Iran soit inévitable? Et si oui, à quoi pourrait-elle ressembler?
FRANK MCKENNA : Trump souhaite essentiellement que l’Iran accepte l’accord qu’elle a rompu avec Obama, avec peut-être quelques détails supplémentaires ici et là. Il s’agit de mettre un terme à l’enrichissement nucléaire qui mènerait à la fabrication de la bombe. C’est le principal objectif recherché. L’Iran souhaiterait poursuivre ses activités d’enrichissement, car le pays souhaite utiliser le nucléaire comme source d’énergie.
Trump se trouve donc aujourd’hui confronté à un véritable dilemme. Normalement, le mouvement MAGA est un mouvement isolationniste. Ils sont contre les interventions à l’étranger. Il doit donc lutter contre cette inertie au sein de son propre parti. D’un autre côté, il a déployé tellement de moyens – humains et matériels – dans ce théâtre d’opérations qu’il perdrait énormément de crédibilité s’il ne prenait aucune mesure.
Il y a deux porte-avions là-bas, et je crois que chacun d’eux dispose d’une puissance de feu supérieure à celle de n’importe quelle autre armée sur la planète. Il a mobilisé plus de 12 destroyers, deux porte-avions et plus de 125 avions de combat. Il a mobilisé 150 avions transportant des armes défensives comme des batteries de missiles Patriot, etc.
Les moyens déployés sont donc énormes, et leur maintien sur place coûte des milliards de dollars par jour. C’est pour ça qu’il va devoir faire quelque chose, et plutôt rapidement. Autrement il risquerait de perdre la face. S’il s’enlise trop dans cette guerre, il risque de perdre le soutien du mouvement MAGA. Donc je pense qu’il va agir.
Soit il va lancer une frappe stratégique pour avertir l’Iran de ce qui l’attend, soit il va les contraindre à s’asseoir à la table des négociations avec une forme de négociation qui pourrait être assez similaire à celle conclue par Obama. Mais Obama n’est plus là. Et Trump pourra revendiquer une victoire. Comme quelqu’un l’a déclaré à propos du Vietnam. Les Américains devraient déclarer victoire et déguerpir. À un moment donné, il va revendiquer la victoire et retirer ses troupes. En ce qui concerne la nature de l’accord qu’il va conclure, c’est difficile à déterminer.
Il ne faut pas oublier que l’Iran est tout sauf un petit pays insignifiant. C’est un pays d’environ 93 millions d’habitants. C’est un pays relativement prospère. L’âge moyen de la population est de 34 ans et demi. C’est un pays qui jouit d’une grande influence. Une grande partie de leurs armements sont solidement protégés dans des zones montagneuses, etc.
Partir en guerre contre l’Iran n’est donc pas une mince affaire. Les Américains ne voudront pas envoyer de troupes au sol. Et sans troupes au sol, un changement de régime s’annonce difficile. En somme, cette opération est beaucoup plus complexe que celle du Venezuela et comporte, selon moi, de nombreux risques pour toutes les parties concernées.
PETER HAYNES : Frank, avant de parler d’autres régions, je voudrais aborder une préoccupation soulevée par les opposants aux programmes d’armement à l’échelle mondiale. Ils redoutent que les pays qui consacrent des milliards de dollars à la défense puissent être plus enclins à vouloir tester leur nouvelle puissance militaire, en particulier si des idéologues accèdent au pouvoir dans certains de ces pays qui augmentent considérablement leurs dépenses militaires. Partagez-vous ces craintes? Comment peut-on trouver le juste équilibre, à l’échelle mondiale, entre les capacités de défense de chaque pays et une culture de la guerre naissante?
FRANK MCKENNA : Je suis totalement de cet avis. Peter, quand on étudiait l’économie vous et moi, l’un des concepts classiques qu’on nous enseignait était le dilemme des armes ou du beurre.
PETER HAYNES : Oui.
FRANK MCKENNA : Depuis 70 ans, la Pax Americana, comme on l’appelle, a généré d’importants dividendes de la paix, qui nous ont permis de réaffecter les fonds destinés aux guerres et à l’armement à des dépenses pacifiques, à l’amélioration des systèmes de retraite et de santé, etc. Le chemin qu’on est en train de prendre est tout autre. Je pense que la tentation de sortir l’artillerie lourde, quand on en dispose, est grande.
Ensuite, je pense qu’on est en train de dilapider à vitesse grand V les dividendes de la paix dont on disposait. Et à présent, on affaiblit toutes nos économies de manière peu productive. J’aimerais beaucoup qu’on puisse finir par discuter davantage des moyens de garantir la paix plutôt que de faire la guerre.
PETER HAYNES : Frank, comment le Canada gère-t-il, une fois de plus, cette question épineuse, soit d’où viennent les ressources militaires? Au Canada, l’opinion du gouvernement est que s’il faut faire des dépenses, elles devraient pouvoir être fléchées où bon lui souhaite, sans nécessairement faire appel à des prestataires américains du secteur de la défense. Pensez-vous que cette question va devenir un sujet de discorde entre les deux pays?
FRANK MCKENNA : Eh bien, la question s’est déjà posée en Europe, qui a exprimé le même point de vue. Le Canada a dépensé 75 % ou 85 % de son budget de défense aux États-Unis. Aujourd’hui, on aimerait réorienter ces dépenses de sorte que 70 % d’entre elles soient effectuées au Canada. Pour ça, il faut accorder la priorité aux Canadiens. De plus, on aimerait que davantage de fonds provenant des dépenses militaires soient consacrés à l’adaptation civile.
Oui, je pense que ça pourrait devenir un gros débat avec les États-Unis. Les États-Unis nous en veulent parce qu’on ne dépense pas assez d’argent, mais tout l’argent qu’on dépense, on le dépense chez eux. À présent qu’on va dépenser plus d’argent, ils veulent en plus qu’on le dépense chez eux et pas chez nous. Il y a de nombreux points de friction pour le moment. On va devoir se montrer fermes et décider de ce qui est bon pour notre pays.
Je pense sincèrement qu’il faut rapidement commencer à investir les fonds alloués à la défense de manière à en tirer des retombées civiles et à garder cet argent au Canada. Les États-Unis ont créé une excellente économie autour des dépenses militaires et du maintien de ces fonds dans leur pays. Cette situation atteindra probablement son paroxysme quand il s’agira de questions d’envergure, comme les F-35.
Légalement, on doit en acheter 16, et on va le faire. On pourrait finir par en acheter 50 ou 60 de plus, ou alors opter pour les Gripen, par exemple, et en acquérir deux fois plus pour la moitié du prix, sans toutefois bénéficier des mêmes capacités. Ce sont ces questions qui vont se poser Peter.
PETER HAYNES : Frank, que se passe-t-il au Venezuela?
FRANK MCKENNA : À ce stade, je crois qu’on peut parler d’une capitulation. Les États-Unis ont mené une opération chirurgicale. Extrêmement efficace. Ils ont tiré les leçons de l’Irak, et ont compris qu’il ne fallait pas éliminer les dirigeants du pays. Il semble qu’ils aient réussi à rallier les dirigeants de leur côté jusqu’à présent. Je pense que ça va générer beaucoup d’activité là-bas.
Cette fin de semaine, j’ai parlé au patron d’une entreprise de forage qui opère au Venezuela depuis 10 ans. Ça fait plusieurs décennies qu’il y a seulement deux opérations de forage. Il a expliqué que les commandes affluaient désormais, et qu’on leur demandait toujours plus de forages, toujours plus de forages, toujours plus de forages. Certaines grandes compagnies pétrolières commencent à envoyer du personnel et du matériel pour lancer des programmes de forage dans ce bassin pétrolier extrêmement prometteur.
PETER HAYNES : Et qu’en est-il du peuple vénézuélien? J’entends différents sons de cloche quant à savoir s’ils sont satisfaits ou préoccupés.
FRANK MCKENNA : Oui, je pense que les deux sont vrais. Ils étaient opposés au régime Maduro, mais ils ne veulent pas pour autant être sous la coupe des États-Unis. Je pense que ce qui les préoccupe, c’est de savoir si les revenus pétroliers finiront par revenir entre les mains des membres du gouvernement grâce à l’amélioration des services. Entre-temps, tout ce qu’il y a à faire à mon avis, c’est d’attendre et de voir ce qu’il se passe. Je pense que les gens sont tout simplement perdus. Ils ne sont pas mécontents que Maduro soit parti, mais ils n’ont aucune idée de ce qui s’en vient.
PETER HAYNES : C’est un sujet qu’on va suivre de près, c’est certain.
FRANK MCKENNA : Les expatriés vénézuéliens à qui j’ai parlé sont tous heureux. Il faut rappeler que la diaspora vénézuélienne est très importante. Près de 9 millions de personnes ont quitté le Venezuela pour échapper au cauchemar de Chavez et Maduro. Ainsi, tout ce qui s’apparente à un changement de régime est généralement perçu de manière positive. À mon avis, les Vénézuéliens qui vivent actuellement sur place sont dans une phase d’observation.
PETER HAYNES : Oui, j’aurais utilisé le terme « sceptique » pour décrire les personnes avec lesquelles j’ai discuté et qui sont expatriées. On va donc garder un œil là-dessus. Frank, vous avez parlé du pétrole. J’aimerais vous parler d’une évolution quelque peu surprenante dans le secteur pétrolier au Canada. Plus tôt cette semaine, l’exploitant du pipeline South Bow envisageait publiquement de revitaliser le projet du pipeline Keystone XL.
Ce projet renforcerait considérablement l’engagement du Canada à raffiner du pétrole lourd aux États-Unis. Ça semble aller à l’encontre des récentes réflexions de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, et du premier ministre Carney, sur la nécessité de construire davantage de sorties vers la côte Ouest. Qu’en pensez-vous?
FRANK MCKENNA : Si j’étais au gouvernement du Canada, je serais très sceptique. Tout d’abord, est-ce un projet réaliste? Oui. On a déjà investi beaucoup d’argent pour la sortie du pipeline TransCanada jusqu’à la frontière. En réalité, le gouvernement de l’Alberta a perdu beaucoup d’argent dans cette affaire, tout comme TransCanada. J’imagine donc qu’ils y seront favorables.
Le problème, c’est que si on fait ça, on ne fait qu’empirer une situation déjà mauvaise. Plus on envoie de pétrole aux États-Unis, plus on dépend d’eux, et plus ils peuvent brader notre pétrole. En dix ans, cette situation a fait perdre environ 80 milliards de dollars au Canada, au profit des États-Unis, parce que nous dépendons largement de leur marché. On est de loin leur principal fournisseur de pétrole, avec 4 millions de barils par jour.
Et South Bow n’est pas la seule entreprise à collaborer avec Bridger sur ce projet. Enbridge envisage également d’augmenter sa capacité de 300 000 à 400 000 barils par jour, ce qui permettrait également d’acheminer davantage de pétrole vers le sud. Encore une fois, le problème réside dans le fait qu’il est toujours souhaitable d’acheminer davantage de pétrole vers d’autres marchés,
mais si l’on continue à tout miser sur les États-Unis sans rien obtenir en retour, on lèse les contribuables canadiens qui perdent tous les revenus qu’ils pourraient tirer de revenus nets plus élevés. Il serait préférable qu’on puisse acheminer notre pétrole vers la côte Est ou la côte Ouest afin d’avoir accès aux marchés mondiaux. Selon moi, la meilleure solution à l’heure actuelle est Trans Mountain, qui peut accroître sa capacité de 300 000 à 400 000 barils par jour grâce à diverses techniques de dégoulottage.
Ainsi, on pourrait accéder aux marchés asiatiques. Ça nous permettrait d’obtenir des revenus nets plus élevés et de dégager davantage de fonds pour les producteurs, mais aussi pour les redevances versées aux gouvernements provinciaux et au gouvernement fédéral. Ce serait la meilleure option. J’hésiterais sérieusement à soutenir des projets qui injectent davantage de fonds dans un marché qui brade déjà notre produit.
PETER HAYNES : Est-ce que cette question fait partie des négociations dans le cadre de l’ACEUM?
FRANK MCKENNA : Oui, depuis cet automne. Vos renseignements sont exacts. C’est le Canada qui a effectivement mis cette question sur la table. Mais je pense que même les producteurs de pétrole de l’Alberta hésitent à injecter davantage de pétrole sur le marché américain. Avec l’arrivée du pétrole vénézuélien dans les raffineries du golfe du Mexique, il me semble que nous devons, et je le répète, reprendre l’axiome de Reagan en le réinterprétant légèrement, c’est-à-dire faire confiance tout en diversifiant. Les États-Unis sont notre principal marché. Ils devraient l’être. Mais on a besoin de se diversifier. Il faut les inciter à rester honnêtes. Pour ça, on a besoin de moyens de faire pression.
PETER HAYNES : Le premier ministre va de nouveau se rendre en Extrême-Orient cette semaine.
FRANK MCKENNA : Oui, on dirait que des accords importants se profilent. Le haut-commissaire de l’Inde a déclaré aujourd’hui que de très nombreux accords allaient être conclus avec l’Inde. C’est encourageant.
PETER HAYNES : Absolument. Et il agit clairement dans le sens de cette stratégie de diversification des marchés. C’est peut-être regrettable pour le gouvernement américain, mais toujours est-il que c’est dans l’intérêt du Canada. Le mois dernier, un autre député conservateur, Matt Jeneroux, a rejoint les rangs des libéraux et s’est vu attribuer un poste mineur au sein du cabinet. Résultat : les libéraux sont à trois sièges de la majorité, et trois sièges sont actuellement vacants. À quelle vitesse ces sièges vacants vont-ils être pourvus? Pensez-vous que le premier ministre Carney risque de susciter des réactions négatives au sein de son caucus en nommant immédiatement Jeneroux dans son cabinet?
FRANK MCKENNA : En ce qui concerne ce dernier point, on a très peu d’informations sur Jeneroux. Il n’occupe pas un poste ministériel de premier plan, donc je ne pense pas que ça ait fait jaser. De mon point de vue, il devrait se montrer très prudent pour ne pas donner l’impression qu’il achète leur soutien en leur offrant un poste ministériel. Que ce soit en interne au sein du caucus ou en externe auprès du public, je pense qu’il faut se garder de ce genre de choses.
Des élections partielles vont être déclenchées rapidement. Les chiffres indiquent que les libéraux sont probablement en position très confortable à Toronto et dans les deux circonscriptions de la ville. La circonscription de Terrebonne au Québec est assez indécise. Il n’y avait qu’une seule voix d’écart là-bas. Le Bloc québécois est bien implanté dans cette circonscription. C’est très serré. Les libéraux ne peuvent pas compter sur ce siège, ce qui signifie qu’ils leur en manquent encore un ou deux pour obtenir une majorité suffisante.
PETER HAYNES : Voyez-vous les autres partis se retirer pour éviter que le Bloc québécois ne divise les votes contre les libéraux dans la circonscription de Terrebonne, car cette division pourrait être déterminante pour obtenir une majorité?
FRANK MCKENNA : J’en doute. À ce jour, les différents partis ne sont pas suffisamment en phase pour que ça puisse se faire. Toutefois, tout reste possible, et les électeurs sont imprévisibles. Le premier ministre Carney est très populaire au Québec. Et le Parti libéral du Québec, qui faisait profil bas, a fait un retour en force. Selon un sondage publié ce matin, le Parti québécois recueillerait 30 % des suffrages aux élections provinciales. Jusqu’à 27 % pour les libéraux.
Le Parti québécois a donc perdu chuté de 4 %. Et les libéraux ont gagné 3 %. Ils ont le vent en poupe au Québec. On verra bien. À l’échelle fédérale, les libéraux dirigés par Carney sont très populaires au Québec. Pour être tout à fait franc, Terrebonne pourrait être… Ça va être une bataille serrée, c’est certain. Les deux camps peuvent l’emporter. Ils vont mettre beaucoup de moyens pour tenter de gagner cette circonscription.
PETER HAYNES : Très bien. Frank, j’aimerais terminer par les Jeux olympiques. Le monde entier s’est réuni pour une nouvelle édition très réussie des Jeux olympiques de Milan-Cortina, en Italie. Et bien entendu, en tant que Canadiens, on a eu le cœur brisé non pas une, mais deux fois par les États-Unis en hockey féminin et masculin. De manière générale, tout le monde s’accorde à dire que le Canada n’a pas été à la hauteur des attentes.
De fait, on a terminé 8e au tableau des médailles à Milan, alors qu’on était 4e à Pékin lors des derniers Jeux olympiques d’hiver. Après les Jeux olympiques, la cheffe de mission du Canada, Jennifer Heil, a prévenu que les résultats du pays continueraient d’être médiocres à l’avenir si les gouvernements n’augmentaient pas leur financement. Je l’ignorais, mais il semblerait que le financement accordé aux athlètes olympiques canadiens en 2026 soit le même qu’en 2005.
J’ai l’impression que ce sujet revient sur le tapis à chaque édition des Jeux olympiques, puis on finit par le remettre dessous jusqu’aux prochains Jeux. Si vous occupiez un poste à responsabilité, Frank, quelles mesures prendriez-vous pour aider le Canada à améliorer ses performances olympiques?
FRANK MCKENNA : Tout d’abord, je pense qu’il faut remettre les choses dans leur contexte. En effet, pour les Jeux olympiques de Vancouver, on s’était mis en ordre de bataille pour monter sur le podium, et on l’a fait. L’implication qu’on y met a donc son importance. Et malheureusement, on ne s’est pas suffisamment impliqués pour ces Jeux. Mais pour remettre les choses dans leur contexte, il faut reconnaître qu’il y a une part de chance dans tout ça. Avec un peu de chance, les femmes comme les hommes auraient pu décrocher la médaille d’or.
Il faut bien l’admettre. En curling, le gouvernement ne peut pas faire grand-chose. On excelle dans cette discipline. On a gagné l’or. Les femmes n’ont finalement pas décroché l’or, mais là encore, ce ne sont que de petits détails à ajuster. Voilà des domaines dans lesquels on pourrait facilement s’améliorer. Pour ce qui est des autres situations individuelles, je pense que le gouvernement doit assumer sa part de responsabilité, mais le secteur privé et la population d’une manière générale doivent également s’impliquer pour soutenir ces athlètes.
Il le faut. Ces athlètes travaillent d’arrache-pied. Ils s’investissent et rendent le pays fier. J’ai soutenu une patineuse de Moncton lors de ces Jeux olympiques, Courtney Sarault, et elle a remporté quatre médailles. Elle nous a rendus très fiers. C’est pourquoi, en tant que nation, c’est à nous de soutenir ces athlètes et de nous enorgueillir de leurs performances.
Quand j’entends ces athlètes parler au nom de leur pays, quand je vois leurs exploits, je pense sincèrement qu’il y a de quoi être fiers Peter. Ce ne sont pas seulement des athlètes exceptionnels, mais aussi des ambassadeurs exceptionnels pour le Canada.
PETER HAYNES : Pour conclure, Frank, plusieurs de mes amis se sont rendus à Milan pour assister aux Jeux olympiques. L’un d’eux m’a fait une remarque qui m’a particulièrement marqué : chaque fois qu’ils rencontraient un Ukrainien alors qu’ils portaient leur veste ou leur maillot du Canada, les Ukrainiens leur exprimaient leur profonde gratitude et leur reconnaissance pour tout ce que le Canada avait fait pour eux. C’était vraiment émouvant et ça témoigne bien de la relation qui existe entre ces deux pays.
FRANK MCKENNA : Je suis d’accord. Complètement.
PETER HAYNES : OK, très bien, on arrive à la fin. Il y a beaucoup à méditer Frank. Il y a quelques sujets que vous avez laissés en suspens et sur lesquels on aura sûrement l’occasion de revenir dans les prochains mois. Merci d’avoir été des nôtres. On en rediscutera à la fin du mois de mars, à l’approche du jour d’ouverture. De plus, la Classique mondiale de baseball approche, on va aussi pouvoir en parler. Prenez soin de vous.
FRANK MCKENNA : C’est entendu. Merci.
PETER HAYNES : Merci d’avoir écouté Géopolitique. Ce balado de Valeurs Mobilières TD est présenté à titre informatif. Les opinions dans ce balado n’engagent que les personnes qui les expriment et peuvent ou non représenter les opinions de la TD ou de ses filiales. Ces points de vue ne doivent pas être interprétés comme des conseils en matière de placement, de fiscalité ou autre.
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Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
Frank McKenna
Président suppléant, Valeurs Mobilières TD
À titre de président suppléant, Frank a pour mandat de soutenir l’expansion soutenue de Valeurs Mobilières TD à l’échelle mondiale. Il est membre de la direction du Groupe Banque TD depuis 2006 et a été premier ministre du Nouveau-Brunswick et ambassadeur du Canada aux États-Unis.
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
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Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter Haynes
Directeur général et chef, Recherche, Structure des marchés et indices, Valeurs Mobilières TD
Peter s’est joint à Valeurs Mobilières TD en juin 1995 et dirige actuellement notre équipe Recherche, Structure des marchés et indices. Il gère également certaines relations clés avec les clients institutionnels dans la salle des marchés et anime deux séries de balados, l’une sur la structure des marchés et l’autre sur la géopolitique. Il a commencé sa carrière à la Bourse de Toronto au sein du service de marketing des indices et des produits dérivés avant de rejoindre Le Crédit Lyonnais (LCL) à Montréal. Membre des comités consultatifs sur les indices américains, canadiens et mondiaux de S&P, Peter a siégé pendant quatre ans au comité consultatif sur la structure du marché de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.